Déclaration de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la justice, sur le rôle et les missions des personnels de direction des établissements pénitentiaires et la reconnaissance de leur profession dans la future loi pénitentiaire, Fresnes le 19 mars 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la justice, sur le rôle et les missions des personnels de direction des établissements pénitentiaires et la reconnaissance de leur profession dans la future loi pénitentiaire, Fresnes le 19 mars 2002.

Personnalité, fonction : LEBRANCHU Marylise.

FRANCE. Ministre de la justice

Circonstances : VIème congrès des personnels de direction de Force ouvrière à Fresnes le 19 mars 2002

ti : Monsieur le secrétaire général
Mesdames les directrices
Messieurs les directeurs,
Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie pour votre invitation à laquelle je tenais à répondre.

Permettez-moi d'abord de vous dire que je reviens à Fresnes avec une certaine émotion.

Nous avons tous en mémoire les événements du mois de mai 2001, la dramatique prise d'otages et son dénouement.

Chacun se souvient de l'extraordinaire implication des fonctionnaires de cet établissement au premier rang desquels je citerais les surveillants pris en otages bien sûr mais aussi personnels de direction.

Sang froid, sens du devoir, esprit d'équipe et dévouement me semblent pouvoir caractériser ce qu'ils ont entrepris ce jour là.

C'est que dans les situations de crise, le chef reste un modèle et une référence pour l'action. Le savoir-faire de ceux qui ont su gérer cette crise avec professionnalisme et efficacité n'est pas étranger à l'issue favorable de ces événements.

Au delà de ces événements, je souhaite rendre un hommage particulier à l'ensemble de votre profession.

Les directeurs de services pénitentiaires ont, chacun d'entre vous le sait, la difficile tâche de maintenir les équilibres à l'intérieur des établissements pénitentiaires.

Equilibres nécessairement précaires qui nécessitent un subtil dosage entre préservation de l'ordre interne et esprit d'ouverture. Ce combat quotidien est d'autant plus difficile que les directeurs sont bien souvent isolés dans des établissements parfois excentrés.

La sécurité des personnes et des biens dont vous avez la charge, l'accompagnement des personnes placées sous main de justice, l'encadrement et le suivi des personnels sont au coeur de vos missions que vous accomplissez avec passion, au nom des valeurs républicaines.

Ces dernières années, le monde pénitentiaire a connu une sur-médiatisation. Cette demande d'information nouvelle de la société a été facilitée par les directeurs qui ont su gérer cette ouverture souhaitable et nécessaire.

Vous avez su en cette occasion faire passer un message positif et tous ceux qui ont vu un de ces reportages sur la prison ont pu faire la différence entre les bâtiments, souvent indignes, et ceux qui y travaillent, qui méritent la reconnaissance de notre pays.

La préparation du projet de loi pénitentiaire a été une occasion rare de débattre sur l'évolution de l'institution pénitentiaire.

Je sais que vous n'avez pas ménagé vos efforts pour faciliter cette grande consultation des personnels considérée comme un exemple.

Je sais également que vous avez su prendre part à ces débats et je tiens aujourd'hui à vous en remercier.

Confrontés régulièrement aux conflits sociaux que connaît l'institution pénitentiaire, j'ai noté que le découragement ou l'exaspération légitime face à des débordements n'entraînait jamais le renoncement face à la nécessité de la continuité du service public.

Car c'est à vous qu'il revient de gérer les situations difficiles créées par un climat social souvent agité. Je sais le travail et les inquiétudes que cela vous donne et je vous remercie tout particulièrement du travail que vous accomplissez alors sans compter pour que les détentions soient aussi apaisées que possible en dépit de troubles pouvant venir de notre propre administration.

Vos efforts récents pour accompagner la mise en oeuvre de l'ARTT dans les établissements en témoignent également.

Dans un contexte social difficile, les directeurs agissent en vertu d'un principe de responsabilité.

Ce principe est parfois lourd a assumer tant la prise en charge quotidienne des personnes placées sous main de justice s'est complexifiée. Le développement du partenariat de l'administration pénitentiaire rend plus délicat l'exercice des missions qui vous incombent, mais il l'enrichit également.

Cette complexité nouvelle justifie que votre métier soit mieux reconnu par le corps social et mieux identifiée au sein de la haute fonction publique de l'Etat. C'est la raison pour laquelle, vous le savez, votre statut sera prochainement rénové.

Le bon exercice de vos missions nécessite enfin des moyens nouveaux. Le programme de construction et de rénovation d'établissements pénitentiaires va provoquer de nouvelles perspectives pour les métiers pénitentiaires.

Votre métier va connaître dans les prochaines années de fortes évolutions qu'accompagneront le rajeunissement du corps des directeurs.

D'autres formes de management illustrées par un nouveau mode de dialogue entre l'administration centrale et les responsables des services déconcentrés, afin que chacun conduise son action selon des objectifs conformes aux missions de l'administration pénitentiaire et de la structure dont il a la charge.

Le renforcement de la fonction de gestion des ressources humaines et une autonomie accrue de vos capacités de gestion par la globalisation des crédits de fonctionnement, tout cela constituent les enjeux majeurs de la décennie à venir pour l'encadrement supérieur de l'administration pénitentiaire.

Je souhaite enfin, mais c'est le prochain gouvernement qu'il faudra sensibiliser à cette impérieuse nécessité, que vous puissiez de moins en moins ressentir un sentiment d'isolement : il faut étoffer les équipes de direction, il faut que les directeurs, qui ont en charge les détenus mais aussi les personnels soient mieux secondés, et qu'ils puissent avoir en toute circonstance la possibilité de s'entretenir de leurs difficultés avec un ou plusieurs adjoints. Les besoins en emplois ne concerne pas que les personnels de surveillance ou éducatifs.

Je ne peux enfin m'empêcher de penser que notre rencontre est sans doute la dernière, compte tenu des échéances électorales. Vous savez le gouvernement que je vous souhaite, mais même si c'est ce gouvernement là, il n'aura sans doute plus le même garde des sceaux...

Je voudrais donc vous dire combien, j'ai apprécié de travailler avec vous. Nous n'avons pas toujours été d'accord, c'est cela le dialogue social, mais au moment de bientôt prendre congé je veux vous dire tout mon respect et ma considération pour ceux qui ont la lourde responsabilité de diriger nos établissements pénitentiaires et pour ceux qui, comme vous, par leur engagement syndical se dévouent, au prix bien souvent de leur vie personnelle, à la défense de leur profession et de l'intérêt général.

Je vous remercie et vous souhaite une excellent fin de congrès.

(source http://www.justice.gouv.fr, le 27 mars 2002)

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