Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à RTL le 25 février 2002, sur le rétablissement de la confiance entre les agriculteurs et les consommateurs, les revenus agricoles, la place de la politique agricole dans la campagne électorale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à RTL le 25 février 2002, sur le rétablissement de la confiance entre les agriculteurs et les consommateurs, les revenus agricoles, la place de la politique agricole dans la campagne électorale.

Personnalité, fonction : LEMETAYER Jean-Michel, ARZT Richard.

FRANCE. FNSEA, président

ti : R. Arzt - Nous sommes au Salon de l'agriculture, non loin des stands des vaches béarnaises, lourdaises et bretonnes. Pourquoi est-ce ce salon est si important pour l'agriculture française ?

- "C'est peut-être plus important que jamais, c'est devenu la grande semaine de communication, bien sûr, envers les agriculteurs, cette année plus que d'autres encore, pour leur redonner du moral, mais surtout en direction de l'opinion publique, parce que nous avons besoin de mieux communiquer par rapport à ce que nous avons pu faire auparavant."

Votre syndicat, la FNSEA, publie un document, une plaquette, où on peut lire qu'il faut redéfinir les termes du contrat unissant les agriculteurs à la nation. Cela veut dire que selon vous, la relation entre les agriculteurs et le reste de la population s'est gravement détériorée ?

- "Il y a un peu de contradiction, dans le sens où les agriculteurs sont toujours très aimés des Français et d'un autre côté, il s'est creusé un fossé entre la réalité de notre agriculture et la perception qu'en a l'opinion. Il faut donc que nous montrions réellement comment a évolué notre agriculture, pour que le consommateur ait confiance en ces paysans."

La confiance, cela vient de tout ce qui a pu se passer - les maladies, l'ESB, la fièvre aphteuse, la dioxine... C'est cela qui a créé un fossé ?

- "Oui, c'est vrai que le consommateur a été fortement interpellé par les crises que nous avons vécu, l'ESB, la dioxine, même la fièvre aphteuse, là où d'ailleurs les éleveurs sont souvent des victimes de la situation. On voit actuellement un cas de dioxine en Savoie, c'est une catastrophe pour les éleveurs, mais on a l'impression que pour l'opinion, les agriculteurs ont marché sur la tête et ils n'ont pas compris le développement agricole qu'on a connu sur les vingt dernières années, ils n'ont pas compris que notre agriculture avait besoin aussi de se moderniser. Et ce que je veux pouvoir expliquer, c'est que modernité peut se conjuguer avec qualité, parce que la qualité est très attendue."

C'est votre réponse pour rétablir la confiance ?

- "Ma réponse, c'est aussi la transparence. Si on veut avoir la confiance du consommateur, il faut que nous soyons transparents. Et c'est aussi notre engagement dans l'agriculture raisonnée, transparents dans nos pratiques agricoles, pratiques agronomiques, pratiques en élevage, pour que le consommateur comprenne la manière dont évolue notre agriculture, dont elle se modernise."

L'évolution de l'agriculture, ce sont aussi les agriculteurs qui sont de moins en moins nombreux - un tiers d'agriculteurs en moins depuis douze ans. Vous insistez sur une politique qui puisse favoriser les installations volontaires ?

- "2001 est une année catastrophique en matière d'installations. Nous sommes tombés en dessous de 6.000 installations, quand une charte avait été signée il y a un peu plus de cinq ans, prévoyant 12.000 installations par an. Donc, vous voyez dans quelle situation nous sommes. S'il n'y a pas une politique agricole volontariste en matière de renouvellement des générations, on fera le constat dans une dizaine d'années qu'on n'aura pas fait les bons choix à un moment donné. Il faut vraiment mettre une politique agricole¿"

C'est à base de primes, comment cela se passe ?

- "Non, pas du tout ! Je crois qu'au contraire il faut surtout que ce soit une politique qui défende le revenu. La crise agricole c'est aussi une crise de revenus et quand R. Lacombe disait qu'il n'y aurait pas de pays sans paysans, j'y ajoute qu'il n'y aura pas de paysans sans revenus. Et cette politique de revenus doit passer par une politique des prix. Il y a bien entendu la politique des aides sur le plan communautaire, mais il faut surtout qu'on ait la volonté d'obtenir une valorisation de nos productions sur le marché par une bonne politique des prix, par une bonne régulation des marchés."

La politique des aides sur le plan européen pourra-t-elle durer longtemps, notamment avec l'élargissement? Cela coûte très cher...

- "Oui, cela coûte très cher, c'est la seule véritable politique européenne et je pense que si on met tout bien à plat, cela ne coûterait pas si cher que cela. En revanche, il y a à gérer l'élargissement de politique agricole, mais un certain nombre de choix ont été faits sur le plan européen qui nécessitent, si on veut garder des agriculteurs, un certain nombre de compensations. Il faut donc qu'elles soient légitimes pour pouvoir les conserver et il faudra gérer aussi correctement l'élargissement de ce point de vue-là."

Quand J. Chirac, hier, en visitant le Salon de l'agriculture déplore une concertation très insuffisante entre le Gouvernement et les professionnels agricoles, vous êtes d'accord ?

- "Quand j'ai pris mes responsabilités il y a à peine un an à la FNSEA, c'est vrai que la concertation, ce n'était pas ce que j'aurais pu espérer. J'ai essayé de remettre de l'huile dans les rouages, mais on ne peut pas imaginer une politique agricole en France sans une véritable concertation avec les corps intermédiaires et les syndicats, particulièrement avec le syndicalisme majoritaire que nous représentons."

Et cette concertation que vous souhaitez, elle pourrait être mise en ¿uvre par un gouvernement de droite comme de gauche ?


- "Je ne sais pas qui nous aurons fin juin comme ministre de l'Agriculture, mais en tout cas, celui qui sera en place, je souhaite qu'il ait le souci de la concertation avec la FNSEA, avec les Jeunes agriculteurs, avec l'ensemble des organisations... C'est indispensable si on veut que ce que nous débattons sur le plan national soit bien relayé aussi dans ce département - parce qu'il faut aussi souligner que notre politique agricole se décline via les commissions départementales d'agriculture, et c'est ça aussi la concertation."

On a longtemps dit que la FNSEA était très proche de J. Chirac. Plusieurs de vos prédécesseurs ont d'ailleurs continué leurs carrières comme élus du RPR. Vous avez rompu avec cette proximité chiraquienne ?

- "Je considère qu'on doit travailler avec le gouvernement qu'on a en face de nous. Les paysans, en tant que citoyens, voteront pour qui ils ont envie. La FNSEA, je l'ai dit et répété, ne donnera pas de consigne de vote. Hier, le Président Chirac est venu au Salon de l'agriculture, je crois qu'il a été effectivement bien accueilli, on verra... Mais je pense que L. Jospin sera aussi très bien accueilli ce matin."

Oui, il arrive dans un peu plus d'une demi-heure. L'an dernier, des agriculteurs en colère lui avaient jeté des ¿ufs - c'était des ¿ufs frais, mais enfin, quand même¿

- "Je le regrette. Je le regrette, parce que le Salon de l'agriculture doit vraiment être ouvert à tous, dans la dignité. Je souhaite donc que quels que soient les hommes politiques qui cette année vont être très nombreux à visiter ce salon, ils soient reçus dignement. C'est la volonté du président de la FNSEA."

De votre point de vue, on voit bien qu'en période électorale, ils viennent tous. Mais qui est le plus utile à qui dans ce salon ? Est-ce que c'est les agriculteurs qui tirent avantage de rencontrer tous les candidats ou est-ce que c'est utile aux candidats de venir voir des agriculteurs et de se montrer ?

- "En tout cas, ce que je souhaite cette année, c'est que s'intéresser à l'agriculture et à ses paysans cela ne s'arrête pas à la fin du salon. La campagne électorale va encore durer quelques semaines et c'est d'ailleurs l'objectif d'un rendez-vous que nous faisons le 27 février, pour dire que l'agriculture et ses paysans doivent rester une ambition pour notre pays et que les candidats qui vont venir cette semaine n'oublient pas de parler encore de l'agriculture et des paysans dans les semaines à venir."

Vous estimez qu'il serait normal que la question agricole occupe autant de place dans le débat électoral que, par exemple, la sécurité ?

- "Je pense que c'est de cet enjeu-là. L'aménagement du territoire, la place que nous jouons dans la ruralité appellent à prendre l'agriculture comme un dossier prioritaire pour notre pays."

Le journal Ouest France, comme chaque année, publie un sondage IFOP sur le monde agricole vu par les Français. Et J. Bové est cité à 46 % comme celui qui est le plus capable de défendre les intérêts des agriculteurs. Vous, vous êtes à 13 %. Comment expliquez-vous ce succès ?

- "Je pense que si on avait sondé les agriculteurs, les chiffres seraient inversés. Et je trouve qu'avec 13 %, au bout de dix mois de présidence, je suis déjà beaucoup connu des Français. A ce rythme, ce ne sera pas mal dans deux ou trois ans."


(Source :Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 26 février 2002)

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