Déclaration de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur les actions menées en faveur des doctorants et des jeunes chercheurs, avec notamment la mise en oeuvre du Plan décennal de gestion prévisionnelle de l'emploi scientifique, Paris le 15 mars 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur les actions menées en faveur des doctorants et des jeunes chercheurs, avec notamment la mise en oeuvre du Plan décennal de gestion prévisionnelle de l'emploi scientifique, Paris le 15 mars 2002.

Personnalité, fonction : SCHWARTZENBERG Roger-gerard.

FRANCE. Ministre de la recherche

Circonstances : Ouverture du colloque "Génération Jeunes Chercheurs" à Paris le 15 mars 2002

ti : Je suis très heureux d'ouvrir ce colloque " Génération Jeunes Chercheurs ", organisé par le ministère de la Recherche, parce que ce thème correspond à l'une de ses principales priorités. A ma première conférence de presse, le 4 mai 2000, j'avais présenté mes " dix orientations prioritaires " pour la recherche. Ma priorité n°1 s'intitulait " Rajeunir la recherche ". Je disais ceci : " D'abord, il faut rajeunir la recherche pour la renouveler, pour lui donner un nouveau dynamisme. J'entends, donc soutenir les jeunes chercheurs et leur donner des perspectives. " Je voudrais rappeler ce que nous avons déjà fait dans ce but et indiquer nos nouvelles perspectives pour l'avenir.

Cette action s'articule autour de quatre axes principaux :
- rajeunir la recherche publique,
- améliorer la situation des doctorants,
- donner davantage de temps et d'autonomie aux jeunes docteurs,
- diversifier les débouchés professionnels.


I. Rajeunir la recherche publique

Jusqu'à une date récente, nous constations un double phénomène. D'un côté, le vieillissement de la recherche française : l'âge moyen des chercheurs et enseignants-chercheurs est de 46 ans. De l'autre, un phénomène de " file d'attente ", avec la difficulté des jeunes chercheurs à s'insérer rapidement dans notre appareil de recherche.

Les recrutements devenaient de plus en plus tardifs : l'âge de recrutement, qui se situait naguère à 24-25 ans, s'était très sensiblement décalé au-delà de 30 ans. Résultats : un nombre important de post-doctorants placés sous statut précaire et notamment de post-docs français à l'étranger.

Cet exil forcé des cerveaux représente une perte de substance et presque un gâchis de matière grise. L'Etat consacre des sommes importantes à former des docteurs, souvent de grande qualité, dont un certain nombre s'expatrie, en particulier aux Etats-Unis, faute de parvenir à trouver un emploi en France. La France n'a pas vocation à servir d'institut de formation en faveur d'Etats étrangers, qui, au stade ultime, recueilleraient le bénéfice des efforts de formation qu'elle a consentis.

Pour remédier à cette situation préoccupante, qui est préjudiciable aux jeunes chercheurs et au renouvellement de la recherche, nous avons choisi de définir et de mettre en oeuvre une véritable politique de l'emploi scientifique. En particulier pour recruter les chercheurs à un âge plus précoce. La période n'a jamais été aussi propice pour le faire et l'actuelle décennie constitue un moment privilégié pour cette opération de jouvence, avec les départs massifs à la retraite qui interviendront dans les années 2005-2010 et qu'il faut anticiper.

J'ai donc présenté au conseil des ministres du 24 octobre 2001 un Plan décennal (2001-2010) de gestion prévisionnelle de l'emploi scientifique. Le ministère de la Recherche est le premier ministère à mettre en place un tel plan dans la fonction publique.

Le Plan décennal (2001-2010) de gestion prévisionnelle de l'emploi scientifique

Ce Plan décennal comporte 1000 créations d'emplois (500 chercheurs et 500 ITA) dans les EPST de 2001 à 2004, à la fois pour anticiper les départs à la retraite, pour rajeunir l'appareil de recherche publique et pour le renforcer durablement. Il ne s'agit pas d'un simple exercice de " lissage " qui aurait consisté à rendre ensuite la totalité des emplois créés. Seulement une faible partie des emplois créés sera rendue dans la seconde partie de la décennie, lorsque les taux de départ naturel seront plus élevés. Ces restitutions d'emplois ne concerneront, en effet, que 200 postes sur les 1000 créés, soit seulement 1/5 ème des emplois créés. Au total, ce Plan décennal aboutira à un renforcement définitif du potentiel de recherche des EPST de 800 emplois nets.

A la Génopole d'Evry le 13 mars 2002, le Premier ministre a dit de ce plan " nous devons le poursuivre et l'amplifier : le plan actuel sera prochainement consolidé au sein d'un plan pluriannuel de recrutement, commun à l'enseignement supérieur et à la recherche, détaillé par champ disciplinaire, et qui tracera des perspectives précises sur plusieurs années. "


II. Améliorer la situation des doctorants

Il faut continuer d'agir pour améliorer la situation des jeunes doctorants sous tous ses aspects : situation financière, protection sociale, conditions de travail dans les laboratoires, condition de vie.

Les perspectives d'emplois

La première manière de soutenir les jeunes doctorants , c'est de leur offrir des perspectives claires et lisibles en termes de recrutement et d'emplois mis aux concours. Pour poursuivre des études scientifiques longues, il est nécessaire de pouvoir disposer de perspectives réelles de débouchés, à l'issue de ces études. C'est le premier objectif du Plan décennal : donner aux jeunes une bonne visibilité des postes disponibles sur la décennie 2001-2010, pour les inciter à entreprendre ou à poursuivre des études scientifiques. Par ailleurs, un second objectif, c'est de rajeunir dès maintenant notre appareil de recherche publique, en lançant une opération de jouvence.

Ce plan vise à rendre justice aux jeunes docteurs, souvent de grande qualité, qui ne parvenaient pas à s'insérer rapidement dans la recherche publique faute de postes en nombre suffisant et qui étaient contraints de rester durablement sur des emplois contractuels de post-docs, voire de s'expatrier. Il faut tirer profit de la chance de constituer pour la recherche française le potentiel actuellement disponible de doctorants et de jeunes docteurs, qui constitue un vivier de grande qualité.

Les jeunes ne se dirigeront pas vers les métiers de la recherche si, à l'issue de leur thèse, les jeunes docteurs doivent passer plusieurs années à travers plusieurs stages post-doctoraux avant d'être titularisés dans la recherche publique. Notre modèle n'est pas le modèle américain, où le jeune docteur n'est souvent recruté sur un poste que de nombreuses années après sa thèse. Notre modèle doit être au contraire fondé sur l'intégration rapide du jeune docteur après un séjour post-doctoral utile mais qui ne devrait pas dépasser deux ans, une fois ses travaux évalués. Des périodes complémentaires de formation en France ou à l'étranger après son recrutement peuvent naturellement être envisagées et doivent être encouragées.

Nous devons aussi faire en sorte d'attirer mieux les jeunes femmes dans ces carrières, où elles ne sont pas encore assez nombreuses. A cet effet, j'ai créé, au sein du ministère de la Recherche, par un arrêté du 17 septembre 2001, une " Mission pour la parité dans les sciences et technologies ". Son rôle est d'agir pour renforcer l'égalité des chances et la place des femmes dans les études et carrières scientifiques.

Les allocations de recherche

Afin d'aider les jeunes doctorants à se consacrer à la recherche, il faut continuer d'améliorer le système des allocations de recherche.

Initialement, l'effort a porté sur l'augmentation du nombre des allocations de recherche.

Le flux annuel des allocations de recherche a augmenté de 10 % et est passé de 3600 à la rentrée 1996 à 4000 à la rentrée 2001, ce qui représente 25 % des étudiants inscrits en première année de thèse. Il est maintenu à ce niveau en 2002. Au total, on compte près de 12 000 allocataires de recherche en 2002. Cet effort était nécessaire. En effet, nous avons trouvé en 1997 une situation où les études doctorales avaient perdu en attractivité, en raison d'une diminution du nombre d'allocations et d'un ralentissement sensible des recrutements dans la période 1993-1997. D'où une baisse du nombre de thèses soutenues, ce qui était très inquiétant pour la qualité des recrutements futurs. Comme le montrent les résultats provisoires de l'enquête annuelle sur les études doctorales, ce mouvement est aujourd'hui enrayé, et l'augmentation du nombre d'allocations de recherche a joué un rôle décisif en ce sens.

Désormais, l'effort porte aussi sur le montant des allocations de recherche, qui n'avait pas été revalorisé depuis plusieurs années. Dès le 1er janvier 2002, ce montant a été augmenté de 5,5 %, passant de 1128 euros (7400 F brut) par mois à 1190 euros (7807 F brut mensuel). Cette mesure représente près de 15 millions d'euros (95 MF). Elle est une première étape de cette revalorisation.

En même temps, le nombre des nouveaux allocataires de recherche bénéficiant d'une rémunération de moniteur, en contrepartie d'un service d'enseignement de 64 h par an, est passé de 45 % des nouveaux allocataires en 1997 à 67 % en 2001. Désormais, un peu plus des deux tiers des nouveaux allocataires de recherche voient leur allocation de recherche complétée par une rémunération de moniteur. Cette augmentation du nombre de monitorats est poursuivie en 2002.

La généralisation du monitorat à la quasi-totalité des allocataires de recherche devrait être effective d'ici la rentrée 2003.

Dès le 1er janvier 2002, 67 % des nouveaux allocataires de recherche perçoivent donc à la fois l'allocation de recherche (7807 F brut par mois) et la rémunération de monitorat (2 200 F brut par mois), soit 10 007 F brut par mois (1500 euros brut par mois). Désormais, cette situation est celle de plus de la moitié (55 %) du nombre total des allocataires de recherche.

Par ailleurs, le flux annuel de bénéficiaires de Conventions industrielles de formation à la recherche (CIFRE) est porté à 820 en 2002, soit une augmentation de 220 depuis 1997. Au total, on compte 2337 bénéficiaires de conventions CIFRE en 2002, contre 1794 en 1997. Au total, le nombre de bénéficiaires d'allocations de recherche ou de CIFRE est passé de 11 000 en 1995 à 14327 en 2002. La revalorisation de l'allocation de recherche au budget 2002 ne constitue qu'une première étape. Il est nécessaire d'aller plus loin.

Une nouvelle allocation de recherche et de formation doctorale

Depuis plusieurs mois, nous travaillons sur une nouvelle allocation de recherche et de formation doctorale, modernisée et revalorisée, combinant soutien financier à la thèse et préparation à une insertion professionnelle.

En effet, tous les allocataires ne bénéficient pas d'une activité complémentaire de monitorat, et, par ailleurs, l'enseignement supérieur ne constitue pas le seul débouché des étudiants en thèse : d'autres possibilités sont ouvertes, dans l'entreprise et, de façon ponctuelle, dans le secteur public.

La nouvelle allocation de formation doctorale unifierait, dans un seul dispositif, le soutien financier à la recherche et une activité complémentaire aux contours élargis - allant des heures d'enseignements assurées dans les universités à des activités de consultance dans les entreprises, ou à des expertises réalisées pour le secteur public. Cette allocation garantirait une rémunération plus satisfaisante aux doctorants (1 500 euros brut par mois), et leur permettrait de se préparer, dès la thèse, à leur insertion professionnelle future en diversifiant leurs débouchés. Cette proposition a été retenue par Lionel JOSPIN dans son discours sur la recherche, à Evry.

Harmoniser les soutiens publics et privés

Au-delà de cette refonte des dispositifs publics de soutien à la thèse, il est nécessaire d'harmoniser les soutiens publics et privés . En effet, il existe aujourd'hui de nombreuses bourses de thèse financées par des associations, par des collectivités locales, ou encore par des établissements publics, qui offrent des conditions matérielles et de protection sociale très différentes.

Réduire les disparités entre ces bourses, notamment en matière de protection sociale offerte aux doctorants, s'impose pour améliorer la lisibilité et l'équité du système et inciter les jeunes à se lancer dans des études scientifiques longues.

Naturellement, cela passe par un dispositif de conventionnement entre l'Etat, ses établissements d'enseignements supérieur et de recherche, les associations caritatives et les collectivités locales, afin de respecter les objectifs, les spécificités et l'autonomie de chacun. Ces conventions pourraient par exemple répartir clairement les responsabilités entre, d'une part, des établissements de recherche et d'enseignement supérieur, qui ont vocation à encadrer et jouer le rôle d'employeur des doctorants, et d'autre part, des associations ou des collectivités qui doivent pleinement assurer leur rôle de financeur de bourses, mais de financeur seulement.

Dans ce cadre, il conviendra aussi de traiter la question de la nécessaire protection sociale du doctorant et d'intégrer son coût dans le montant de la bourses attribuée au doctorant. Il ne s'agit là, bien sûr, que d'une proposition et j'attends beaucoup des réflexions de la deuxième table ronde.

Les écoles doctorales

Les écoles doctorales ont été mises en place il y a presque dix ans pour élargir la formation reçue par les doctorants. Il s'agissait également de leur apporter de nouvelles possibilités d'ouverture tant vers les thèmes de recherche développés dans leur université que vers le monde extérieur à l'université, dans la perspective d'une meilleure préparation à leur avenir professionnel.

Depuis 1997, le ministère de la Recherche a profondément rénové ces écoles pour :

- encourager dans ces écoles doctorales les travaux interdisciplinaires et les thématiques émergentes ;
- améliorer l'insertion professionnelle des doctorants : l'école doctorale est désormais chargée, à côté de la formation à la recherche, de préparer le doctorant à son avenir professionnel, soit dans l'enseignement et la recherche publics, soit hors de ceux-ci, en particulier dans l'entreprise et le monde socio-économique . Ce débouché dans l'entreprise est de plus en plus important, puisque une forte part des 11 000 docteurs diplomés par an sont destinés à y trouver leur emploi.

Les écoles doctorales, au nombre de 317 accueillent désormais plus de 67 000 doctorants.

La coordination entre les écoles doctorales doit être assurée ; à cet effet, le ministère de la recherche et des associations partenaires viennent d'ouvrir un site internet destiné aux étudiants intéressés par la formation doctorale : les pré-doctorants, c'est-à-dire les étudiants de second cycle envisageant de poursuivre des études doctorales, les doctorants et post-doctorants français, mais aussi les enseignants-chercheurs qui participent à la formation doctorale. L'objectif de ce nouveau site est de permettre de renforcer et de réorganiser l'information, et de constituer le point d'entrée principal pour les jeunes chercheurs : avant, pendant, après la thèse.

La relation doctorant-directeur de thèse

Par ailleurs, la relation entre le doctorant et le directeur de thèse doit être clarifiée et précisée, pour ne pas risquer des aléas.

D'une part, en termes de disponibilité. La plupart des directeurs de thèse consacrent suffisamment de temps à leurs étudiants, les suivant, les accompagnant dans leur travail. D'autres le font moins : dans ce cas, cette insuffisance de l'encadrement entraîne un allongement excessif de la durée de thèse, voire un abandon du doctorant, qui , finalement, renonce à soutenir une thèse. Il faut remédier à ces inégalités dans l'accompagnement du travail de thèse, qui peuvent avoir des conséquences lourdes sur le travail et l'avenir des thésards.

D'autre part, le lien doctorant-directeur de thèse peut être d'une qualité relationnelle variable. Beaucoup de directeurs de thèse ont des relations équilibrés avec leurs thésards . D'autres, en revanche, maintiennent le doctorant dans une situation de " disciple " dépendant de son maître à penser. Enfin, quelques-uns tendent à utiliser les travaux des thésards à des fins de valorisation personnelle.

Il faut remédier à ces disparités de situation. La relation doctorant-directeur de thèse doit sortir de la subjectivité et de l'opacité, pour obéir à des règles claires, qui précisent les droits et devoirs réciproques de chacun.

La " charte des thèses "

A cet égard, la " charte des thèses ", établie en septembre 1998, constitue un progrès. Mais elle doit être à la fois concrètement appliquée partout et précisée sur plusieurs points.

Pour garantir la disponibilité effective du directeur de thèse, il faudrait envisager de préciser cette charte par un objectif quantitatif, comme un nombre maximum de doctorants par directeur de thèse dans une discipline donnée. Ce nombre pourrait d'ailleurs varier en fonction des exigences des différentes disciplines.

Par ailleurs, on pourrait aussi envisager de clarifier les conditions d'attribution des primes d'encadrement doctoral.

Enfin, pour garantir des relations équilibrées et équitables entre doctorant et directeur de thèse, il faudrait appliquer les dispositions de la " chartes des thèses ", qui prévoient des procédures de médiation en cas de conflit. En cas de difficultés, le doctorant doit pouvoir sortir de cette relation singulière, de ce tête-à-tête exclusif avec son directeur de thèse, qui peut conférer à celui-ci un pouvoir excessif, voire entraîner des abus de pouvoir.

Quant au problème du harcèlement sexuel, il doit, lorsque les faits sont établis, donner lieu à l'engagement de procédures disciplinaires et judiciaires. Pour ma part, j'ai demandé à la Mission pour la parité dans les sciences de ce saisir de ce problème.


III. Donner davantage de temps et d'autonomie aux jeunes chercheurs

Alléger les obligations de service des jeunes enseignants-chercheurs

Soutenir les jeunes chercheurs, c'est d'abord leur donner davantage de temps pour se consacrer à leurs recherches. Le poids des tâches qui pèsent sur les enseignants-chercheurs peuvent freiner leur activité de recherche. Nous proposons donc de conduire une politique de décharges de service plus ample, en particulier pour les jeunes maîtres de conférences. Leur charge pédagogique doit être réduite pour leur permettre de mener, dans les meilleurs conditions, leur activité de recherche. Ces décharges devront s'articuler avec la participation des chercheurs et des doctorants à l'enseignement.

L'ACI " Jeunes Chercheurs "

Soutenir les jeunes chercheurs, c'est aussi leur donner davantage d'autonomie scientifique et faciliter leur prise de responsabilité. Les jeunes chercheurs doivent pouvoir se consacrer à des projets innovants, à des thématiques personnelles, éventuellement distinctes de celles de leur équipe de rattachement.

Pour aider les jeunes équipes qui présentent des projets innovants, qui explorent de nouveaux champs disciplinaires ou de nouvelles directions de recherche, pour favoriser la prise de responsabilité scientifique des jeunes chercheurs, le ministère poursuit l'Action Concertée Incitative Jeunes Chercheurs. Là encore, il s'agit de favoriser la souplesse, l'initiative et la créativité. Cette ACI concerne les jeunes chargés de recherche et maîtres de conférence nommés depuis moins de 3 ans. Il s'agit de mettre le pied à l'étrier à de jeunes chercheurs et de favoriser leur prise de responsabilité et leur autonomie accrue par rapport aux structures habituelles, jugées parfois trop traditionnelles. Bref, cette ACI se veut une prime à l'initiative scientifique et au non-conformisme.


IV. Diversifier les débouchés professionnels

Par ailleurs, le monde de la recherche doit être un monde ouvert sur l'extérieur, qu'il s'agisse de l'Université, de l'administration ou de l'entreprise. A cette fin, nous souhaitons renforcer la mobilité des jeunes docteurs.

L'université

Le Plan décennal (2001-2010) de gestion prévisionnelle de l'emploi scientifique s'attache à favoriser la mobilité des personnels de recherche. Ce Plan décennal comporte le doublement d'ici 2004, du nombre de postes réservés à l'accueil des enseignants-chercheurs dans les organismes de recherche. Parallèlement, il y aura augmentation de la capacité d'accueil des chercheurs dans les universités.

L'administration

Par ailleurs, les jeunes docteurs doivent avoir accès aux carrières administratives et aux grands corps de l'Etat. Le mouvement d'ouverture des emplois d'encadrement supérieur et des corps techniques de l'Etat, initié par le ministère de la Fonction publique, doit s'amplifier dans les prochaines années.

L'entreprise

Enfin, nous favorisons aussi la mobilité vers les entreprises, pour irriguer les activités économiques par la recherche.

L'insertion des jeunes chercheurs dans l'entreprise bénéficie de plusieurs mécanismes incitatifs, à différents niveaux de formation : conventions de recherche pour les techniciens supérieurs (CORTECHS), stages de longue durée en PME, diplômes de recherche technologique (DRT), conventions industrielles de formation par la recherche (CIFRE), qui permettent aux doctorants de préparer leur thèse en entreprise, aide au recrutement des post-doctorants en PME.

Le 22 novembre dernier, nous avons célébré le vingtième anniversaire de la création des CIFRE. Depuis leur création, leur réussite ne s'est pas démentie.

En vingt ans, 10 000 jeunes doctorants ont bénéficié d'une convention . Grâce au soutien du ministère de la recherche, le nombre de CIFRE accordées chaque année depuis 1997 a progressé de plus de 36 % ; 2 300 jeunes doctorants en bénéficieront en 2002.Plus de 90 % de ces docteurs trouvent un emploi entreprise à l'issue de leur thèse. Ces conventions concernent aujourd'hui l'ensemble des domaines scientifiques. Non seulement les sciences de l'ingénieur, mais aussi les sciences de la vie, les sciences de la terre et l'ensemble des sciences humaines et sociales.

Plusieurs dispositifs ont été mis en place pour aider les jeunes chercheurs à créer une entreprise innovante où à participer à sa création ou à son activité.

La loi sur l'innovation et la recherche du 12 juillet 1999 : les chercheurs et enseignants-chercheurs peuvent désormais valoriser eux-mêmes les résultats de leurs travaux, créer leur propre entreprise, participer au capital d'une société, siéger dans un conseil d'administration ou de surveillance, y exercer une activité de conseil scientifique . Auparavant, il y avait seulement, en moyenne, vingt entreprises créées chaque année par des chercheurs, Dès 2000, il y en avait une centaine.

Nous avons créé 31 incubateurs publics et 10 fonds d'amorçage.

Le concours national d'aide à la création d'entreprises de technologies innovantes a permis en trois ans de soutenir près de 800 projets d'entreprise, dont 300 ont déjà aboutis. Ce qui représente plus de 2 200 emplois.

Des actions de sensibilisation à l'entreprenariat sont menées dans les universités, avec le soutien du ministère et de l'ANVAR.

En outre, des séminaires de sensibilisation et d'initiation des étudiants en cours de thèse au monde des entreprises, les " Doctoriales ", sont organisés à l'initiative du Ministère de la Recherche avec la collaboration de l'Association Bernard Grégory (ABG) par les établissements d'enseignement supérieur. Depuis 1997, 113 " Doctoriales " ont accueilli près de 8500 doctorants.

L'objectif principal de ces séminaires de sensibilisation au monde professionnel est de créer un lieu de rencontre entre doctorants et acteurs économiques.

Par ailleurs, depuis trois ans, les écoles doctorales ont mis en place des formations spécifiques (communication, nouvelles technologies de l'information et de la communication, langues étrangères, conduite de projet, etc..) pour aider les doctorants à préparer leur avenir professionnel.

Après l'exposé des résultats des enquêtes que nous avons commandées à l'institut CSA - et je remercie Stéphane Rozès d'en fournir une première analyse -, vous allez vous distribuer en quatre tables rondes. Chacune traitera différents aspects de votre parcours. La synthèse de vos travaux par Pierre Joliot et les conclusions qu'en tirera Jean-Yves Le Déaut nous permettront sans doute d'aller plus loin pour l'amélioration de vos situations, et d'ouvrir de nouvelles perspectives.

J'ai tenu à organiser cette large consultation parce que la situation des doctorants, au point d'articulation entre étudiants et chercheurs, est en pleine évolution.

Ce mouvement est le résultat d'une volonté politique forte, impulsée par Lionel Jospin d'abord lorsqu'il était ministre de l'éducation nationale, puis à la tête du gouvernement. Il a pour effet de faire des jeunes docteurs des professionnels qui allient, le plus souvent, une expertise scientifique pointue, une capacité à conduire un programme de recherche au plus haut niveau, et un savoir-faire qui facilite leur insertion extra-académique.

Notre rôle est maintenant de perfectionner les processus par lesquels leurs compétences seront reconnues et valorisées. Les efforts déjà faits, ceux qui restent à accomplir visent à faire s'épanouir ce potentiel de forces vives.

Une opération de jouvence

Dans son premier discours d'investiture en 1953, Pierre Mendès France, prenant le contre-pied de la phrase prononcée jadis à l'encontre de Lavoisier au Tribunal révolutionnaire, avait déclaré : " La République a besoin de savants ". J'ajoute : elle a besoin de jeunes savants ou en tout cas, de jeunes docteurs. La jeunesse c'est le temps de l'imagination, de l'invention, de l'innovation. Celui de l'aptitude à s'évader du conformisme, des routines et à sortir des sentiers battus. La science ne progresse jamais sans insolence . Au sens littéral du terme : c'est à dire l'insoumission aux habitudes. J'agis donc pour donner un " coup de jeune " et donc un coup de fouet à la recherche française, en faisant que les jeunes chercheurs puissent y touver toute leur place. Cette opération de jouvence est maintenant engagée avec détermination. Je souhaite qu'elle se poursuive dans les années qui viennent. Ce qui est en jeu, c'est le rajeunissement et donc le renouvellement de la recherche française dans un monde lui-même en profonde mutation.

Un nouvel élan pour la recherche

Je voudrais citer une dernière fois Pierre Mendès France, intervenant cette fois en 1956, au colloque national de Caen sur " la recherche et l'enseignement scientifiques ". Celui-ci déclarait : " L'accès à la culture, à la science et à la recherche est indispensable dans une démocratie moderne.. Le développement de la science, est au premier chef, affaire politique ". Je partage cette conviction. La recherche est, à la fois, la matrice de la production de nouvelles connaissances et le moteur principal de la compétitivité, de la croissance et de l'emploi.

Pour un pays, soutenir la recherche, c'est choisir la modernité. C'est choisir et de se tourner vers le progrès et le futur. Il nous faut donc, ensemble, donner un nouvel élan à la recherche, qui doit être une grande ambition collective pour la France.

(source http://www.cpu.fr, le 23 mai 2002)

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