Interview de M. Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux transports et à la mer, à "LCI" le 5 juin 2002, sur l'importance du dialogue social à la SNCF comme dans les transports en commun urbains, la notion de "service garanti", et le dossier du troisième grand aéroport. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux transports et à la mer, à "LCI" le 5 juin 2002, sur l'importance du dialogue social à la SNCF comme dans les transports en commun urbains, la notion de "service garanti", et le dossier du troisième grand aéroport.

Personnalité, fonction : BUSSEREAU Dominique, HAUSSER Anita.

FRANCE. SE aux transports et à la mer

ti : A. HausserUn accord est intervenu, cette nuit, entre les généralistes et la Cnam, au terme d'une longue nuit de négociations. Un accord moyennant des engagements de bonne pratique - ce qui veut dire qu'il y aura plus de médicaments génériques qui seront prescrits. Cela ne veut pas dire que lorsqu'il y a une volonté politique, la Cnam négocie ?

- "Cela veut dire que l'engagement a été tenu. Cela avait été dit et annoncé par le président de la République durant la campagne présidentielle, cela avait été dit par le Gouvernement de J.-P. Raffarin. Tout le monde a fait preuve de responsabilités : les médecins - et Dieu sait pourtant qu'ils étaient dans une colère noire contre l'ancien gouvernement et le non-dialogue - et la Cnam. Il faudra maintenant que tout le monde fasse preuve de responsabilités. Parce que les génériques prescrits à la place d'un antibiotique, cela sous-entend que nous aussi, malades potentiels, nous ayons des comportements respectables devant notre médecin. Il faudra donc que toute la société française joue le jeu."

Ce sera difficile, non ?

- "Je crois que tout le monde a bien compris que la santé était extraordinaire pour l'avenir. Un enfant qui naît, aujourd'hui, en ce jour de juin, a une vraie chance de vivre jusqu'à 90 ou 100 ans. Cela veut dire que la santé a fait des progrès considérables et qu'évidemment, son coût augmente. Et je pense que les citoyens peuvent avoir une attitude responsable vis-à-vis des bonnes pratiques de cet ordre."

Quand vous voyez cet accord, cela vous fait rêver pour la SNCF qui connaît, comme tous les ans, des mouvements de grève pour la mise en place des horaires d'été. Aujourd'hui, c'est le Sud-Ouest et, hier, c'était l'Est ?

- "Cette très vielle culture des changements d'horaires qui arrivent au moment de l'été ou de l'hiver est quelque chose qu'on pourra changer. Premièrement, parce que je sens chez les organisations syndicales de la SNCF, au niveau national, une volonté différente : ne pas faire de la grève le premier instrument de discussion. Et, deuxièmement, parce que dans la cadre de la régionalisation des transports ferroviaires, depuis le 1er janvier, il y a maintenant des accords entre les régions et la SNCF, qui prévoient qu'en cas d'interruption des services, la SNCF peut être amenée à verser des pénalités aux régions. Tout cela va amener à des comportements favorisant de meilleurs dialogues. Je souhaite qu'il y ait à la SNCF, comme à la RATP, un système de prévention des conflits qui fonctionne et qui permette aux clients de voyager dans de bonnes conditions."

Les pénalités aux régions peuvent vouloir signaler que l'on va avancer vers le service minimum ?

- "Je n'aime pas beaucoup le terme de "service minimum", car il a une connotation un petit peu d'obligation."

C'est cela justement !

- "Le terme utilisé par le président de la République est "le service garanti". Ce qui n'est pas tout à fait la même chose."

C'est l'usager qui a quand même besoin d'un service ?

- "Je n'aime pas non plus, pardonnez-moi, le terme "d'usager" et je préfère le terme de "client". Car, lorsque nous prenons un moyen de transport, nous le payons - l'entreprise, la collectivité -, mais quelqu'un paye. Je veux dire par là que nous souhaitons arriver à un système dans les mois à venir où lorsqu'il y a un conflit, les trains circulent le matin et le soir pour permettre aux gens d'aller travailler. C'est valable également pour les réseaux de transports en commun des régions - et des trains de fret, parce que si nous voulons limiter les problèmes de type Mont-Blanc ou autres et avoir, vraiment, du ferroutage, il faut, qu'en cas de mouvement social, les trains de fret les plus importants puissent circuler pour que le flux tendu des entreprises ne s'interrompt pas et, qu'à l'issue du mouvement social, les entreprises ne se démettent pas de leur contrat avec la SNCF. Il faut également penser au fret si on veut développer le ferroutage et le combiner."

Cela vaut également pour les transports en commun urbains ?

- "Cela vaut également pour les transports en commun urbains. La RATP, depuis quelques années, sous l'impulsion de son président J.-P. Bailly, a mis au point un système intelligent de prévention des conflits, qui fonctionne à peu près convenablement. Cela vaut maintenant la peine de le développer en province. Vous savez, aujourd'hui, qu'il y a un mouvement sur le métro de Marseille. Il y a eu sans arrêt des mouvements en province et en régions. Il faut trouver le même système de dialogue dans les réseaux de province."

Cela voudrait dire qu'il n'est pas nécessaire de légiférer là-dessus ?

- "J'ai toujours dit - et j'ai siégé près de dix ans à la commission des lois de l'Assemblée nationale - et Pierre Mazeaud le disait souvent avec beaucoup de talent, que l'excès de loi tue la loi. Et si on peut, par le dialogue social, par la discussion, entreprise par entreprise, ville par ville, région par région, obtenir que les choses se passent sans recours systématique à la grève, je crois que la société française aura fait un progrès. Et, à ce moment-là, la loi ne sera pas nécessaire. Naturellement, si on n'y arrive pas, il faudra légiférer. Mais je suis persuadé que le sens du dialogue social que prône ce Gouvernement, là encore, l'emportera."

Combien de temps vous donnez vous pour y arriver ?

- "Le temps nécessaire. Si on se donne en matière de dialogue social des butoirs, on est sûr que le butoir va servir de prétexte pour ne pas réussir. Nous prendrons le temps qu'il faudra mais l'engagement du président de la République sur l'esprit du service garanti sera respecté."

Vous avez un autre secteur difficile qui est celui du troisième aéroport. Dès son arrivée, G. de Robien a dit que le dossier serait remis à plat et que le secteur de Chaulmes serait certainement écarté. Vous avez dénoncé le cirque qui avait été fait autour de cela. Mais que faut-il faire ? Il faut faire voter les gens ? Il faut des référendums locaux ?

- "Il faut bien voir le dossier. Il faut d'abord voir si un troisième aéroport est nécessaire. Nous sommes un pays où il y a la région parisienne, mais il y a aussi la région Rhône-Alpes, la Bretagne et les autres régions de France. Est-ce qu'en développant les aéroports régionaux, on ne peut pas éviter un troisième aéroport en région parisienne ? S'il y en faut un - et c'est le débat qui le dira - on n'est pas obligé de le mettre à 100 kilomètres de Paris - ce qui était le cas précédemment - sur des cimetières militaires australiens et sur des terres agricoles parmi les plus riches de notre pays. Il faut remettre le dossier à plat. M. Gayssot avait menti - c'était un mensonge d'Etat et c'est pour cela que je le dis avec gravité - en disant aux Franciliens, qui sont légitimement inquiets par le bruit de Roissy d'Orly, qu'on ferait un troisième aéroport. Ce qu'il a oublié de leur dire, c'est que ce serait dans quinze ans. Pendant ce temps-là, les seuils de trafic auraient éclaté. Et pendant ce temps-là, également, il autorisait la construction de pistes supplémentaires à Roissy et d'un nouveau aérogare. Nous revenons sur ce mensonge d'Etat, nous remettons le dossier à plat. Nous le ferons dans la concertation avec les populations."

Aujourd'hui, il y a un problème de desserte des DOM-TOM, avec Air Liberté qui connaît de graves difficultés et Air France en position de quasi monopole...

- "Je reçois aujourd'hui les dirigeants d'Air Liberté, pour faire le point sur la situation de leur compagnie et voir avec eux ce qu'il est possible de faire. C'est vrai que nous avons un problème de desserte à coût convenable de l'Outre-Mer, car au fur et à mesure qu'Air France se retrouvait seul, naturellement, nos compatriotes ont l'impression qu'Air France est en situation de monopole et que les prix ont augmenté. Là aussi, le président de la République a pris des engagements. Avec ma collègue en charge de l'Outre-Mer, nous allons annoncer, dans les jours à venir, des mesures pour améliorer la desserte de l'Outre-Mer et permettre, en particulier aux jeunes et aux étudiants, de se déplacer dans les meilleurs conditions financières."

Vous êtes un proche du Premier ministre qui a été qualifié de "Pompidou poitevin" par V. Giscard d'Estaing. Mais D. Voynet dit, elle, que ce Gouvernement a le projet le plus à droite depuis Pompidou. Où est J.-P. Raffarin ?

- "J.-P. Raffarin, je le connais depuis longtemps. C'est un libéral social profondément européen et profondément décentralisateur. Le Président Giscard d'Estaing a oublié de dire, hier soir en Auvergne, que le dernier voyage du Président Pompidou avait été à Poitiers - son dernier déplacement avant sa disparition. Chacun s'en souvient. Je crois que ce terme de "Pompidou poitevin", pour J.-P. Raffarin, c'est un compliment. Car c'est comme le Président Pompidou un homme de fermeté, mais un homme de dialogue."

C'était nécessaire que J. Chirac s'engage à nouveau dans la campagne ?

- "Bien sûr. Il a été élu Président des Français. C'est fondamental de ne pas revenir à la cohabitation et c'est très important que le Président l'explique aux Français avec ses mots. C'est ce qu'il fera, ce soir, dans le journal de France 3."

Et ce malgré les sondages ?

- "Comme le dit souvent avec talent A. Juppé : "Je serais aujourd'hui sondeur, j'aurais pris une année sabbatique"."

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 5 juin 2002)

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