Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, à RMC le 7 juin 2002, sur la dispersion des candidats aux élections législatives, le débat sur la cohabitation et les thèmes de campagne de la droite. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, à RMC le 7 juin 2002, sur la dispersion des candidats aux élections législatives, le débat sur la cohabitation et les thèmes de campagne de la droite.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. SE aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement

ti : J.-J. Bourdin Une remarque avant de rentrer dans le vif du sujet : on a célébré en 1998 la victoire de la France "Black-Blanc-Beur", la France championne du monde de football. Mais je constate qu'aux législatives, il y a vraiment très peu de candidats issus de l'immigration. L'immigration serait réussie dans le monde du football, mais pas du tout en politique ?

- "Non, je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous. Vous avez eu, l'année dernière, des élections municipales qui ont montré justement - ce que vous appelez la France "Black-Blanc-Beur" est une formule un peu caricaturale, car la France c'est la France - que beaucoup de gens dans les listes municipales étaient issus de l'immigration plus récente. Et je crois que ce processus se fait à rythme certes lent, mais il se fait, et de manière permanente. Dans la ville dont j'ai été réélu maire en 2001, j'ai placé naturellement dans ma liste des gens qui représentent assez bien la population de la ville sous toutes ses formes."

On ne retrouve pas cela sur les bancs de l'Assemblée ?

- "Non, c'est exact, mais le processus se fait encore une fois de manière inexorable. Le tout est qu'il se fasse de manière intelligente. On ne présente pas un candidat en fonction de son origine, mais en fonction de son talent, de ses qualités et de ses compétences. C'est, par exemple, ainsi que vous le voyez dans le gouvernement que conduit J.-P. Raffarin, une secrétaire d'Etat au Développement durable qui est d'origine algérienne, T. Saïfi, et qui a été choisie pour sa qualité et sa compétence. Je crois que c'est cela qui montre la capacité d'intégration de la République."

La dernière actualité, c'est une déclaration de J.-M. Le Pen qui demande la démission de J. Chirac en cas de défaite aux législatives ?

- "J.-M. Le Pen reprend là un argument qui est souvent présenté par la gauche et le Parti socialiste, M. Fabius, M. Hollande."

C'est une alliance objective ?

- "En tout cas, on retrouve souvent des termes proches, dans les attaques politiques contre J. Chirac, entre ce qui est dit par l'extrême droite et ce qui est dit par l'extrême gauche. Ce type de discours est un peu surprenant à la veille d'une élection législative. Et certains prennent leur désir pour des réalités. La réalité, aujourd'hui, est assez simple : il ne serait pas convenable et raisonnable de préjuger du choix des Français avant l'élection ou de donner le sentiment que l'on fait pression sur eux."

"Cette élection, c'est une pétaudière" : je lis Le Point de cette semaine, et je lis l'éditorial de C. Imbert : "A droite, les réfractaires de Bayrou, à gauche les insoumis de Chevènement ; pullulent ensuite les tribus écologiques, les sectes trotskistes, le grenouillis des "divers droites", et puis les dissidents de la dissidence, les tartarins de Saint-Josse avec leurs braconniers, les amicalistes, quelques illuminés, des fricoteurs et même un frère candidat contre sa soeur ! Cette dispersion faramineuse a déjà emberlificoté le premier tour de l'élection présidentielle et détourné l'électeur vers un simili-scrutin proportionnel". Est-ce qu'on assiste à la même chose ?

- "Je ne crois pas. Au delà du talent de plume de C. Imbert, en réalité, la situation est quand même assez claire. Nous avons, en particulier à droite, une dynamique que nous n'avons pas eue depuis très longtemps. Et cette dynamique correspond à ce qu'attendent nos électeurs. Pour la première fois, il y a un grand rassemblement de personnalités de droite et du centre qui ont une idée et une seule : donner une majorité présidentielle à J. Chirac pour que nous puissions engager les réformes que les Français ont demandé lors des élections présidentielles. C'est ce qui fait la différence avec le reste. On nous a souvent dit que nous étions divisés et que l'on se battait. Non, cette fois, c'est terminé. Il y a une dynamique de rassemblement très forte. C'est formidable pour engager le redressement de ce pays."

Si vous gagnez, vous concentrez tous les pouvoirs. La gauche dit que ce n'est pas sain...

- "Sur ce sujet, vous remarquerez que la gauche est à géométrie variable. C'est vraiment en fonction des convenances du moment. Je veux bien que l'on nous explique qu'on concentrerait tous les pouvoirs, je voudrais seulement rappeler une règle assez simple : sous la Vème République, quand il n'y a pas de cohabitation, le pouvoir procède pour l'essentiel du président de la République ; quand il y a une cohabitation, le pouvoir procède quasiment exclusivement de l'Assemblée nationale. Nous l'avons vu pendant cinq ans, c'était la cohabitation et c'est la gauche qui a concentré l'essentiel des pouvoirs. On l'a vu notamment dans les nominations. Ils ont nommé à leur convenance l'ensemble des directeurs d'administration, de cabinets ministériels et ils ont mené leur politique. Je trouve un peu gros de vouloir faire croire aux Français qu'avec une cohabitation les pouvoirs seraient partagés. C'est totalement faux et on le sait bien aujourd'hui."

Est-ce que vous exclurez les candidats de l'UMP qui appelleraient à voter pour J.-M. Le Pen, pour le Front national, au second tour ?

- "Oui, naturellement, sans hésitation."

Et ceux qui se maintiendraient dans une triangulaire ?

- "De la même manière, nous considérons que tout ce qui peut, de près ou de loin, favoriser l'élection d'un candidat extrémiste, nous l'en empêcherons."

Le Smic : coup de pouce ou pas ?

- "Là aussi, sur le Smic, on a beaucoup débattu sur cette question. Le Premier ministre a clairement rappelé la position qui était celle du Gouvernement. Une haie après l'autre, si vous le permettez. Nous avons mis en place une méthode sur le plan du droit du travail, de la vie de l'entreprise et du dialogue social, qui consiste à dire qu'il faut qu'il y ait une vraie concertation avec les partenaires sociaux. Un rendez-vous a été pris avec les partenaires sociaux lors de la troisième semaine du mois de juin. C'est à ce moment-là que les choses seront décidées."

F. Mer n'y est pas favorable...

- "Il n'y est pas non plus défavorable. Les choses ne sont pas tout à fait passées en ces termes. Chacun a rappelé qu'il y avait des réalités économiques, notamment en ce qui concerne le coût du travail. Tout cela doit être mis dans la réflexion d'ensemble avec un autre fait majeur : aujourd'hui, une des conséquences des 35 heures, c'est qu'il y a cinq Smics différents. L'objectif aujourd'hui n'est pas tant de savoir à quel moment on augmente ou pas le Smic - sachant qu'il y a automatiquement une augmentation légale qui est prévue tous les ans -, c'est comment est-ce qu'on simplifie et comment est-ce qu'on arrive, petit à petit, à un seul Smic. J'appelle votre attention sur un tout petit détail que la gauche semble avoir oublié, mais qu'il est bon de rappeler qu'en 1999 et 2000, il n'y a eu aucun coup de pouce du Smic."

Est-ce que la CSG va augmenter dans les mois qui viennent ?

- "Non. Là-dessus, la Gouvernement a été tout à fait clair : il n'est pas question d'augmenter les cotisations. Je rappelle que la philosophie de notre politique économique est de baisser les prélèvements obligatoires pour stimuler l'économie. C'est bien là-dessus que l'on va s'engager maintenant et on commence de le faire avec l'impôt sur le revenu dès cet été."

D. Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, a parlé, hier ou avant hier, de service minimum garanti à la SNCF. Est-ce que ce sont des propos de campagne électorale ?

- "Je vous répondrai définitivement sur cette question - et vous pourrez d'ailleurs le vérifier -, une fois que cette réforme sera mise en oeuvre après toute la concertation nécessaire."

Elle sera mise en oeuvre ? On se dirige vers un service minimum garanti à la SNCF ?

- "Toutes ces mesures exigent une concertation avec les partenaires sociaux. On ne décide plus exclusivement d'en haut, sans en parler à personne. Il y a là un engagement du président de la République, à savoir l'idée de ce service minimum garanti, pour tenir compte d'un certain nombre de paralysies au sein des services publics, notamment aux heures de pointe et aux départs en vacances. Il y a un vrai sujet sur lequel, de manière récurrente, à chaque grève, tout le monde parle dans diverses directions. Il faut maintenant qu'on ait une discussion de travail. Et c'est le rôle du ministre de le faire avec les partenaires sociaux."

Vous comprenez aussi qu'à deux jours des élections législatives, les Français aient envie de savoir ?

- "C'est pour cela que je vous réponds qu'il y a là-dessus un engagement sur lequel le Gouvernement va travailler avec les partenaires sociaux."

[Deuxième partie de l'interview]

L'allégement des charges pour les jeunes a été promis par J. Chirac. Où en est-on ? Que va-t-il se passer ?

- "Cela fait partie des engagements très importants sur lesquels le Président a exprimé des positions parfaitement claires durant sa campagne. Le Gouvernement, qui a pour première préoccupation de mettre en oeuvre cette politique, travaille d'arrache-pied. L'idée est assez simple : elle consiste à dire que nous avons constaté une augmentation très importante du chômage des jeunes depuis ces derniers mois, notamment des jeunes les moins qualifiés. C'est une priorité absolue sur le plan économique. Il faut donc alléger le coût du travail, car tous les chefs d'entreprises interrogés sur ce sujet montrent que le coût du travail, notamment pour les moins qualifiés, est l'obstacle majeur à l'embauche aujourd'hui."

"Les moins qualifiés", cela veut dire quoi ? Qui est concerné ?

- "Je ne peux vous en dire plus à ce stade, car le Gouvernement est en train d'y travailler."

La décision sera prise dans combien de temps ?

- "C'est un peu tôt pour le dire."

Avant l'été ?

- "Dans les semaines qui viennent, le Gouvernement sera en situation d'être plus précis sur ce dispositif. Mais, en tout cas, l'objectif est de dire que les jeunes les moins qualifiés, ceux qui sont aujourd'hui les premières victimes du marché de l'emploi tel qu'il existe, bénéficieront d'allégements significatifs de charges patronales dans les contrats qu'ils pourront signer avec leurs employeurs. Il y aura naturellement par rapport à cela des parcours qualifiants. L'objectif, encore une fois, est la qualité de ceux qui viennent sur le marché du travail en terme de formations professionnelles."

Il y aura une obligation ? Est-ce que le chef d'entreprise sera dans l'obligation d'engager un jeune ou plusieurs jeunes ?

- "On n'est plus dans cette philosophie-là. On a travaillé sur l'idée de bâtir une société de confiance et non une société de méfiance. M. Jospin a passé beaucoup de son temps à imposer par des lois obligatoires pour tout le monde, aux mêmes moments, avec des contraintes et des sanctions. Moralité : tout est bloqué dans ce pays. Il faut donc faire en sorte que les gens se parlent. Plutôt que de pointer du doigt les méchants et les gentils, d'opposer les gens les uns aux autres, nous sommes dans une logique de dialogue, de respect et d'écoute, de compréhension. Il faut que chacun voit - à travers des incitations et non pas des obligations - son intérêt à participer à la bonne marche de l'économie."

P. Douste-Blazy veut remplacer le RMI par le RMA, "Revenu minimum d'activité". Vous y êtes favorable ?

- "Il a tout à fait raison. Nous y avons beaucoup travaillé - j'ai été d'ailleurs de ceux qui ont beaucoup contribué à cette réflexion. L'idée est de dire que concrètement, on ne peut pas rester dans un pays où il est plus intéressant financièrement, dans certaines circonstances, de rester au RMI dans un système d'assistanat, plutôt que de prendre un emploi parce que financièrement, c'est moins intéressant."

Vous allez changer le RMI ?

- "Ce n'est pas le RMI qui est en cause, mais c'est comment faire pour que celui qui accepte un travail qui lui est proposé y voit financièrement plus d'avantages que de rester au chômage ou dans un système d'assistanat."

C'est aussi un chantier qui va être ouvert ?

- "C'est un chantier qui va être ouvert. Vous en voyez l'importance considérable. C'est vraiment l'idée de faire évoluer notre société vers plus de responsabilités dans une logique de droits et de devoirs."

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 7 juin 2002)

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