Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, à France 2 le 6 juin 2002, sur les stratégies de la droite pour les élections législatives, le poids de l'UMP, l'avenir de l'UDF et ses propositions de campagne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, à France 2 le 6 juin 2002, sur les stratégies de la droite pour les élections législatives, le poids de l'UMP, l'avenir de l'UDF et ses propositions de campagne.

Personnalité, fonction : BAYROU François, MAZEROLLE Olivier, LECLERC Gérard.

FRANCE. UDF, président

Circonstances : Elections législatives les 9 et 16 juin 2002

ti : OLIVIER MAZEROLLE
Nous allons maintenant à Pau, rejoindre Gérard LECLERC qui se trouve en compagnie de François BAYROU.

GERARD LECLERC
Bonsoir François BAYROU. A trois jour du premier tour, la droite est donnée gagnante, la gauche semble peiner à mobiliser, le Premier ministre est populaire, seule ombre au tableau, les risques de division, d'éparpillement. Est-ce que, quelque part, vous n'y contribuez pas en présentant une centaine de candidats UDF ?

FRANÇOIS BAYROU
Sûrement pas. La place naturelle de l'UDF c'est au moins celle-là et l'UDF est un plus pour l'opposition si elle veut devenir majorité. Parce que pour devenir majorité, il faut passer de 19 % à 51 % et vous sentez bien que cela ne peut se faire que si chacune des sensibilités du pays trouve sa place dans la majorité nouvelle. Et donc, l'UDF garantit que tous ces Français qui attendent ce pluralisme aient leur place.

GERARD LECLERC
Vous savez, Jacques CHIRAC hier a dit qu'il voulait une vraie majorité et Jean-Pierre RAFFARIN ce matin dans " Le Figaro " disait qu'il souhaitait que l'UMP dispose seule de la majorité de sièges car, dit-il, l'union c'est la condition de l'action ? Vous êtes visé, non ?

FRANÇOIS BAYROU
Cela, c'est les électeurs qui décident et je suis sûr que s'ils ont le choix, eux préféreront une majorité équilibrée. Parce que les électeurs français veulent d'une part écarter la cohabitation, du moins je le crois et je les y encourage parce que la cohabitation c'est le pire des systèmes pour la France. Nous l'avons connue depuis cinq ans. Par pitié, qu'on ne reparte pas cinq ans de plus avec cette guerre souterraine, intestine que se livrent les deux responsables du pouvoir et qui nous affaiblit dramatiquement. Donc, ils veulent et ils attendent, je crois, dans leur très grande majorité, qu'on écarte la cohabitation. Et puis deuxièmement, ils veulent et ils souhaitent que le pouvoir soit équilibré et que tout ne soit pas entre les mêmes mains.

GERARD LECLERC
Mais en même temps, l'UMP, on dit que dans l'UMP les différentes sensibilités de la droite sont représentées et puis finalement qu'est-ce qui différencie aujourd'hui les anciens clivages à droite, que ce soit sur l'Europe, sur la décentralisation ? Tout cela, ça a disparu. Pourquoi maintenir l'UDF, sinon peut-être des intérêts de boutique ?

FRANÇOIS BAYROU
Vous voyez qu'il y a une différence essentielle, c'est ceux qui veulent qu'il y ait un parti unique et ceux qui veulent qu'il y ait un pluralisme. C'est une différence de fond. Pour gouverner un pays moderne, faut-il être monolithique ou faut-il au contraire que les grandes sensibilités trouvent leur place ? Vous voyez que dans cette question, il n'y a pas seulement une question d'organisation des partis, il y a une réponse pour la manière dont on veut exercer le pouvoir. Moi je sais, je ne dis pas " je crois ", je sais que dans le monde où nous entrons il faut considérer que chacun a sa place pour définir la ligne et que le pluralisme est un bien, et qu'il faut non pas des gens qui obéissent mais des partenaires qui, librement, sont capables de dire : " oui, vous avez raison " ou bien " non, vous êtes en train de vous tromper ". Et si dimanche les Français ont le choix entre une majorité monolithique et une majorité solidaire mais pluraliste, je suis sûr qu'ils choisiront le pluralisme et l'équilibre.

GERARD LECLERC
Alors il y a un débat qui s'est noué ces derniers jours autour des impôts et du Smic. Francis MER a dit, a confirmé qu'il allait faire une baisse de l'impôt sur le revenu de 5 % mais il a dit qu'il n'était pas partisan d'une augmentation du Smic, à cause de l'emploi. Vous, vous vous étiez prononcé pour le Smic ?

FRANÇOIS BAYROU
Oui, je pense qu'il faut mieux payer le travail en France. Simplement, il ne faut pas que ça coûte plus cher à l'entreprise, donc il faut baisser les charges. Et ce grand débat en réalité nous l'avons eu pendant toute la campagne présidentielle. Certains disaient, c'était le cas de Jacques CHIRAC, donnons la priorité à la baisse des impôts. Et d'autres disaient , c'était mon cas, donnons la priorité à la baisse des charges, parce qu'il faut mieux payer et mieux reconnaître le travail en France. Et je suis persuadé qu'un des problèmes que les Français rencontrent tous les jours, c'est qu'il n'y a pas assez de différences entre quelqu'un qui travaille tous les jours de la semaine, à 100 % de son temps, et puis son voisin de palier qui est au RMI, avec des allocations, quelquefois un peu de travail au noir, gagne autant ou presque autant que lui. On a besoin de reconnaître le travail. On a besoin de récompenser le travail¿

GERARD LECLERC
Donc on baisse les charges¿ on augmente le Smic ?

FRANÇOIS BAYROU
Moi je suis pour une baisse des charges et augmentation de ce qu'on appelle le salaire direct, c'est-à-dire ce que le salarié touche à la fin du mois¿

GERARD LECLERC
Et sur l'impôt sur le revenu, il faut le baisser également¿

FRANÇOIS BAYROU
Oui, le gouvernement¿

GERARD LECLERC
Même s'il n'y a qu'un Français sur deux qui le paie ?

FRANÇOIS BAYROU
Le gouvernement en a fait le choix. Moi, j'aurais donné la priorité à la baisse des charges, mais c'est un dialogue tout à fait normal qu'on doit avoir à l'intérieur d'une majorité et au Parlement, parce que je vous rappelle que le Parlement ça sert à ça. Si on a inventé le Parlement dans l'histoire, c'est pour voter les impôts et pour définir ce que sont les charges d'une Nation.

GERARD LECLERC
Alors vous avez soutenu les médecins en grève. Il y a eu un accord, ils ont obtenu la consultation à 20 euros et la visite à 30 euros. En même temps on sait que les économies sur les génériques ne suffiront pas, ça va coûter environ un milliard. Est-ce qu'il ne faut pas dire clairement qu'il va falloir augmenter les cotisations ou la CSG ?

FRANÇOIS BAYROU
Non. Moi j'avais proposé¿

GERARD LECLERC
Et comment fait-on alors ?

FRANÇOIS BAYROU
Moi j'avais suggéré qu'on laisse un euro à la charge du patient. Que sur une consultation de 20 euros ou une visite de 30 euros, le patient puisse assumer un euro à sa propre charge, j'aurais trouvé cela bien et juste. Un euro c'est une tasse de café, à peu près. C'est, comment dirais-je, c'est une participation à la solidarité nationale. Et ainsi on aurait trouvé un accord avec les médecins et équilibré les comptes parce que, en effet, il faudra équilibrer les comptes.

GERARD LECLERC
Alors vous vous êtes prononcé contre la cohabitation, vous avez dit que¿

FRANÇOIS BAYROU
Depuis¿

GERARD LECLERC
Que c'était nuisible et pervers¿

FRANÇOIS BAYROU
Depuis 16 ans¿

GERARD LECLERC
Maintenant vous savez ce qu'on dit : à force de parler de la cohabitation, on ne parle pas des projets.

FRANÇOIS BAYROU
On vient d'en parler. Vous ne pouvez pas me faire ce reproche, on a parlé du Smic, on a parlé de la récompense au travail, on a parlé de l'équilibre des comptes de la Sécu, parlons des projets. Mais la cohabitation ce serait un drame dont les institutions françaises ne se relèveraient pas. Il y a 16 ans, avec Monsieur BARRE nous étions une poignée à dire : la cohabitation c'est un drame. Et à l'époque, personne ne comprenait ce qu'on voulait dire. Maintenant on a sous les yeux le résultat de tout cela et les Français ont constaté quel épuisement c'était pour notre Nation. Et donc je suis sûr que de droite et du centre, c'est normal, mais beaucoup de Français de gauche aussi n'ont pas envie de ce système et qu'ils vont choisir de l'écarter. Simplement, ils n'ont pas envie que tous les pouvoirs se retrouvent entre les mêmes mains, donc ils ont une clé et je crois que l'UDF est cette clé.

GERARD LECLERC
La forte mobilisation contre le Front national qu'on a connue au lendemain du 21 avril est retombée. Le Front national dit pourtant qu'il risque d'être présent, qu'il sera présent dans 2 à 300 circonscriptions. Est-ce que ce risque existe et comment y faire face ?

FRANÇOIS BAYROU
On peut se tromper puisqu'on s'est déjà trompé. Moi je ne le sens pas comme ça, je pense que les Français quand ils votent à une élection législative, ils votent pour des candidats locaux et ils les jugent. Ce n'est pas seulement une élection nationale sur étiquette c'est aussi, et c'est très important, le choix de femmes, d'hommes implantés, qu'on connaît, dont on reconnaît le travail. Et c'est d'ailleurs, en grande partie, le rôle du premier tour de cette élection que de choisir qui va être au deuxième et je suis sûr que ça peut, que ça va être le choix des Français de voter non pas pour un bulletin anonyme, mais pour des femmes et des hommes qu'ils connaissent et qu'ils apprécient.

GERARD LECLERC
Et si au deuxième tour le candidat de la droite n'est pas dans les deux premiers, il doit se retirer ?

FRANÇOIS BAYROU
S'il y a un risque d'élection du Front national il faut que les règles qui ont présidé à l'élection de Jacques CHIRAC s'appliquent, s'appliquent pour l'élection législative.

GERARD LECLERC
Et d'un mot, s'il y a¿

FRANÇOIS BAYROU
Il y a des millions de Français de gauche qui ont apporté à leurs voix à Jacques CHIRAC pour écarter l'extrême droite, il est naturel que ces règles s'appliquent aussi à l'élection législative.

GERARD LECLERC
Et si, d'un mot, la gauche gagnait et qu'il y avait la cohabitation, que ferait¿

FRANÇOIS BAYROU
La gauche...

GERARD LECLERC
Que doit faire le président de la République ?

FRANÇOIS BAYROU
La gauche ne gagnera pas¿

GERARD LECLERC
Donc la question ne se pose pas¿

FRANÇOIS BAYROU
Parce que c'est pour les Français un choix qu'ils comprennent très bien. On fait comme s'il s'agissait de jeter les dés sur la table, on verra de quel côté ils tombent. Non ! Ce sont les Français qui choisissent, ils sont un corps électoral, les patrons c'est eux et ils ne voudront pas de la cohabitation parce qu'elle est mauvaise, parce qu'elle est néfaste.

GERARD LECLERC
François BAYROU merci.

FRANÇOIS BAYROU
Merci à vous. FIN-


(source http://www.udf.org, le 11 juin 2002)

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