Déclaration de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, sur la place du mouvement mutualiste et coopératif agricole, le fonctionnement de l'Union Européenne, et notamment la politique agricole commune, Bruxelles le 25 mai 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, sur la place du mouvement mutualiste et coopératif agricole, le fonctionnement de l'Union Européenne, et notamment la politique agricole commune, Bruxelles le 25 mai 2002.

Personnalité, fonction : LEMETAYER Jean-Michel.

FRANCE. FNSEA, président

Circonstances : Congrès de la Confédération nationale de la mutualité, de la coopération et du crédit agricoles à Bruxelles les 25 et 26 mai 2002

ti : Je suis très honoré de participer à vos travaux sur l'Union européenne. Je sais que vous avez eu deux journées de travail bien remplies sur nos institutions et sur les grandes questions que nous pose la construction européenne.

Je n'ai pas la prétention de vouloir rivaliser avec les intervenants de qualité qui se sont succédé à cette tribune depuis hier. Je voudrais simplement vous apporter le témoignage du syndicalisme agricole et la voix des agriculteurs français sur l'Union européenne et plus particulièrement sur la politique agricole commune.

Il y a tout juste un an, je faisais, non sans émotion, devant vous mes premiers pas de président de la FNSEA. Aujourd'hui, ce n'est pas l'émotion qui domine mais une certaine inquiétude. Inquiétude face aux crises qui secouent le secteur agricole, inquiétude face aux dérives américaines, et inquiétude face aux changements que l'on voudrait porter à la PAC. Mais j'y viendrai tout à l'heure.

Laissez-moi vous dire tout d'abord toute l'importance que j'accorde à la participation de la FNSEA à vos travaux. Je veux marquer ainsi tout l'intérêt que nous portons au mouvement mutualiste et coopératif. Vous êtes, au sens noble du terme, la vitrine de l'agriculture dans les secteurs du crédit, de l'assurance, de la coopération. Et vous donnez la possibilité à l'agriculture d'exister dans des secteurs qui ne sont pas purement agricoles.

Ce qui fait l'originalité de votre mouvement, ce sont vos racines agricoles. Prenez garde à ne pas trop vous en détacher car elles font aussi votre force. En vous coupant de ces racines, en vous éloignant de votre histoire, vous risquez de perdre plus que vous gagnerez.

Alors, si vos activités sont différentes, si nos intérêts ne convergent pas toujours, nous pouvons nous retrouver dans une philosophie qui a pour terreau l'agriculture.

Vous avez choisi pour thème de votre congrès "l'Europe, acteur de l'économie mondiale". Vous avez fait un choix d'autant plus judicieux que dans certains pays de l'Union, le contexte électoral a fait surgir des positions politiques anti-européennes. J'ai déjà eu l'occasion de le dire, je tiens à le souligner à nouveau, le repli sur soi serait la pire chose qui pourrait nous arriver.

Les agriculteurs français, et plus particulièrement le syndicalisme, ont toujours suivi avec intérêt les différentes étapes de la construction européenne. Depuis les premiers traités jusqu'à l'élargissement nous avons toujours apporté notre contribution. La FNSEA avait même consacré en 2000, lors de son congrès de Strasbourg, son rapport d'orientation à la question européenne.

Nous y avions affirmé tout le bien que nous pensions de cette Europe qui nous a donné un marché élargi pour nos produits, des moyens pour répondre aux défis sociaux, économiques et environnementaux, une monnaie unique qui marque la fin des dévaluations et permet une plus grande transparence des prix.

Mais il n'est pas dans nos habitudes, à la FNSEA, de faire de l'angélisme.

L'Europe a des défauts que chacun peut dénoncer. La suradministration, l'insuffisance de démocratie, les excès technocratiques ont transformé l'Union en monstre bureaucratique. Le citoyen ne se sent pas proche de ses institutions européennes qu'il juge éloignées de ses préoccupations.

Ces problèmes sont réels. Mais ce n'est pas en sortant de l'Europe que nous pourrons les résoudre. Bien au contraire. C'est avec plus d'Europe et plus de démocratie que l'on y répondra.

Car l'Europe, c'est un marché gigantesque de 376 millions d'habitants, parmi les plus riches de la planète. C'est une formidable puissance économique : le premier foyer de concentration de richesse au monde se trouve dans un rayon de 1000 kilomètres autour de Metz.

Exister sans l'Europe, est aujourd'hui un non-sens.

A la FNSEA, nous avons foi en l'Europe. Il faut que l'Europe ait foi en son agriculture.

Pour cela, elle doit montrer qu'elle sait défendre les intérêts agricoles au sein même de l'Union européenne et également sur la scène internationale.

Dans quelques semaines, tout près d'ici, le commissaire Fischler fera connaître le bilan de la politique agricole commune engagée à Berlin en 1999.

Vous le savez, la FNSEA est fortement engagée sur ce dossier. Nous avons préparé ce rendez-vous de la mi-parcours et multiplié les rencontres et les courriers pour rappeler les fondamentaux de la politique agricole européenne : préférence communautaire, unicité de prix et du marché, solidarité financière. Et il n'est pas question de prendre prétexte de ce rendez-vous pour engager, de manière précipitée, la réforme de la PAC que certains souhaitent. Le calendrier doit être respecté et tout nouveau démantèlement doit être proscrit.

Mais pourquoi faut-il attendre l'effondrement des marchés pour faire la preuve que le respect de la préférence communautaire est nécessaire ? Le secteur céréalier en fait l'amère expérience avec l'aviculture. Il est urgent de marquer un coup d'arrêt aux dérèglements provoqués par des importations massives qui mettent en péril nos filières et le revenu des producteurs.

Pourquoi encore faut-il subir ces crises à répétition pour démontrer que le démantèlement des organisations communes de marché met en danger nos productions et les producteurs ? Les secteurs de la viande bovine et de la viticulture en sont les plus touchés.

La politique agricole commune a quarante ans cette année. Face à l'évolution des marchés, face aux attentes des consommateurs et des citoyens, les règles ont été adaptées, réorientées. Demain, l'élargissement nous conduira à d'autres changements.

Mais attention : à force de prendre des virages trop serrés, nous risquons la sortie de route. Les agriculteurs ne sont pas opposés à certaines évolutions de la PAC. Ils prouvent, depuis quarante ans, leur grande capacité d'adaptation.

Mais les agriculteurs veulent des perspectives et de la visibilité. Ce n'est pas en mettant de côté les grands principes de la PAC, en affaiblissant les politiques de gestion du marché au profit du développement rural et en minimisant le budget de l'élargissement que l'on parviendra à relever le défi du maintien du revenu des agriculteurs et du renforcement des filières agro-alimentaires.

Nous ne sommes pas opposés à la politique de développement rural mais pas à n'importe quelles conditions budgétaires.

Nous ne voulons pas d'une politique agricole "à la petite semaine". Nous ne voulons pas d'une politique uniquement constituée de mesures ponctuelles pour soigner en urgence une agriculture blessée par des crises. A la FNSEA, nous attendons une politique agricole globale et ambitieuse. Cette politique doit continuer à s'appuyer sur une véritable volonté de gestion des marchés, sur des OCM solides. Il faut donc renforcer les OCM existantes et en créer pour les secteurs qui n'en ont pas et non démanteler ce qui existe.

C'est la condition pour que les agriculteurs retrouvent le moral face aux crises qui les frappent. La politique du revenu doit encore s'appuyer sur une politique des prix. Comment en effet imaginer un métier où l'écart entre les coûts de production et le prix du marché s'accroît toujours plus.

Nous n'avons pas dit autre chose à notre congrès de Versailles. Il n'y aura pas de paysans sans revenu ! Notre métier a un prix.

Cette ambition doit être à la mesure des négociations internationales qui nous attendent et promettent d'être difficiles. Si nous ne le savions pas, nous ne pouvons plus l'ignorer : les Etats-Unis défendent sans complexes le revenu des agriculteurs américains. Et lorsque George Bush déclare, au moment de la signature du Farm Bill : "le succès des agriculteurs américains est essentiel au succès de l'économie américaine" nous attendons le même discours du commissaire Fischler et du commissaire Lamy qui prendra part aux négociations de l'OMC.

Avant de se lancer dans une réforme précipitée de la PAC, la Commission devrait déjà mieux la défendre. L'Union européenne et la France doivent mettre leurs complexes de côtés et soutenir leurs agriculteurs. Je l'ai dit à Hervé Gaymard, notre nouveau ministre de l'Agriculture : nous comptons sur nos dirigeants français et européens pour porter nos intérêts sur la scène internationale. Face à la détermination américaine, nous n'avons plus le choix : la meilleure défense, c'est l'attaque !

Si ma voix ne porte pas suffisamment, j'irai le leur dire de plus près : Messieurs les politiques, soyez combatifs, soyez offensifs !


Mes chers amis,


Quand les règles du jeu ne sont plus respectées, quand les Etats-Unis piétinent les accords de l'OMC, quand la grande distribution française se moque de la loi, les agriculteurs et leurs entreprises ont de quoi être inquiets.

C'est lorsque surgissent ces difficultés, lorsque risque de prévaloir l'individualisme, que nous éprouvons le besoin de retrouver les valeurs de mutualisme et de solidarité.

Vous incarnez ces valeurs que nous partageons avec vous. En ces temps troublés, je vous encourage à continuer à faire circuler ces idées.


Je vous remercie.


(Source http://www.fnsea.fr, le 31 mai 2002)


Rechercher