Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, à France-Inter le 10 juin 2002, sur les résultats du premier tour des élections législatives de 2002, la bipolarisation de la vie politique française et l'évolution des institutions. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, à France-Inter le 10 juin 2002, sur les résultats du premier tour des élections législatives de 2002, la bipolarisation de la vie politique française et l'évolution des institutions.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, PAOLI Stéphane.

FRANCE. SE aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement

Circonstances : Premier tour des élections législatives le 9 juin 2002

ti : S. Paoli.- L'abstention est quand même le phénomène dominant de ce premier tour. Quelle explication lui donnez-vous ? Le scepticisme, disait à l'instant D. Bromberger...

- "C'est toujours extrêmement difficile d'interpréter l'abstention. Le taux est très fort et il faut naturellement s'en préoccuper. Mais je crois effectivement, comme D. Bromberger, que c'est bien le scepticisme de beaucoup de nos concitoyens qui en est la première explication. Quand vous regardez dans le détail les résultats, nous, bien sûr, nous ressentons une grande satisfaction, puisque c'est un encouragement par rapport aux premiers pas de ce gouvernement. Les fondations de la maison sont posées incontestablement dans le domaine du rétablissement de l'autorité, de la baisse des impôts et des charges, le dialogue social. Et puis c'est aussi le résultat d'un gros travail depuis de nombreux mois pour essayer de comprendre à la fois les raisons de notre échec en 97 et puis les conditions d'une victoire aujourd'hui. Enfin, je veux que vous sachiez aussi qu'il y a beaucoup de modestie dans notre esprit."

Vous le disiez dès hier soir. Mais vous avez pris conscience que c'est sur le "faire" justement maintenant que vous allez être jugés.

- "Exactement. Il faut vraiment que vous sachiez que nous abordons ce deuxième tour avec l'idée que la tâche est immense. Au-delà de la force des chiffres - c'est toujours très spectaculaire, les résultats -, derrière cela, il y a ce que les gens nous ont dit pendant la campagne. Je peux témoigner à titre personnel pour être dans une circonscription qui est le reflet un peu de la France d'aujourd'hui, avec des problèmes d'insécurité très importants, avec un Front national qui a été très important..."

Mais il est encore à 12 % des voix, ce qui est beaucoup...

- "Absolument. Il est à 15 % même. En l'occurrence, le phénomène nouveau dans cette circonscription, qui était un peu une circonscription test, c'est qu'il n'y a plus de triangulaire, effectivement. Mais en même temps, derrière cela, le message des gens c'est : "attention ! vous avez désormais une obligation de résultat"."

Est-ce qu'il n'y a pas aussi un inconvénient - P. Le Marc s'en posait la question juste avant le journal de 8 heures - à disposer d'une telle majorité maintenant, compte tenu des enjeux qui vous attendent ? Vous allez avoir pratiquement tous les pouvoirs, vous allez avoir tout à faire. Est-ce qu'il n'y a pas là, aussi, un danger pour vous ?

- "Très honnêtement, je ne comprends pas bien ce débat, là. Je vois bien pourquoi la gauche le mène, évidemment. Il est tout à fait normal que..."

On peut se poser la question, quand même. L'abstention montre qu'une partie importante de la population continue de s'interroger sur les enjeux politiques...

- "Oui bien sûr, mais ce n'est pas le fait d'avoir une majorité très importante ou moyennement importante qui va faire la différence. Je dirais qu'une majorité très serrée comme une majorité très forte a ses avantages et ses inconvénients. Comprenez en même temps que nous n'allons pas verser des larmes sur l'importance des suffrages que les Français nous ont accordés à ce premier tour, et j'espère qu'ils confirmeront l'essai au deuxième. Le fond du problème n'est pas là. Le fond du problème, c'est qu'il y a en France une ambiance de dernière chance. C'est-à-dire que vraiment, on a le sentiment que derrière la grande déception de ces cinq années de gouvernement de gauche plurielle, il y a maintenant l'idée de nous dire : "Vous avez un mandat clair, vous devez rétablir l'autorité publique, vous devez absolument modifier les rapports économiques et sociaux, avec des rapports beaucoup plus sains, beaucoup plus respectueux pour les partenaires sociaux, pour les acteurs locaux". Beaucoup d'élus ont été très souvent humiliés de la manière dont les décisions se prennent à Paris, sans concertation, sans discussion. Un petit exemple : la vignette automobile. Quand le Gouvernement a supprimé la vignette automobile, qui était un impôt perçu par les départements, cela a été très mal vécu sur le terrain, parce qu'on ne comprenait pas pourquoi l'Etat ne s'occupait de baisser ses propres impôts. Ce sont des exemples comme cela qui ont montré que sur le terrain, les gens veulent maintenant du résultat et c'est cela qui fait la différence."

Est-ce qu'il y a un effet Raffarin qui joue ?

- "Oui, naturellement. Je crois que J.-P. Raffarin a vraiment apporté une marque très particulière, très originale dans l'espace politique français. D'abord parce que c'est un visage nouveau, et ensuite parce que la personnalité de l'homme est très intéressante : c'est la main de fer dans le gant de velours. Je crois que c'est tout à fait cela. Il donne le sentiment d'être très déterminé, mais en même temps très respectueux des uns et des autres, et il écoute beaucoup. Et cela, en France, est un phénomène nouveau. En politique, on a besoin d'avoir des gens qui écoutent, qui comprennent, qui entendent, qui partagent, qui respectent."

Assistons-nous aussi à une grande réorganisation du paysage politique ? Au fond, est-ce qu'on va vers une bipolarisation du paysage politique français ? Un grand parti à droite, l'UMP, un grand parti à gauche, le Parti socialiste, ce à quoi on assiste un peu partout en Europe d'ailleurs...

- "Oui, tout à fait. J'allais vous dire que cette bipolarisation est indispensable. Elle a une énorme vertu en démocratie, c'est qu'elle permet des choix clairs, et c'est absolument indispensable qu'il y ait en France des choix clairs. Le phénomène nouveau, c'est qu'il n'y a plus de triangulaires cette fois-ci, ou très peu. [Les triangulaires], c'est quand même ce qui a largement faussé les résultats de 97. Dès lors qu'à droite, nous avons - et c'est notre grandeur - refusé toute alliance avec l'extrême-droite, nous avons donc délibérément décidé de ne pas gagner plutôt que de gagner en nous alliant avec l'extrême droite. Aujourd'hui, il faut bien voir que ce phénomène a montré ses résultats : la droite et le centre ont réussi, grâce à une stratégie de rassemblement, un projet très nouveau, des visages nouveaux, à remporter ce premier tour. On verra ce qu'il en est du deuxième tour. Mais, il faut bien que chacun ait à l'esprit que la vraie alternance, elle est entre la gauche et la droite, à condition que la droite soit la droite, et c'est là-dessus que nous devons être capables d'apporter un discours nouveau."

Ce quinquennat commence avec une reconstruction du paysage politique français. Mais sera-ce un régime plus présidentiel ou sera-ce un régime plus parlementariste ? Au fond, comment vont se répartir les pouvoirs ?

- "C'est l'un et l'autre. La Vème République a ceci de particulier que quand on n'est pas en cohabitation, tout procède du président de la République. Mais en même temps, si l'essentiel procède du président de la République, il faut un gouvernement qui mette en oeuvre une politique et il ne peut le faire qu'avec une Assemblée majoritairement favorable. Donc, c'est le cas, On est revenu, et si je peux me permettre cette comparaison, avec un esprit très comparable à celui qui était celui de 1958, c'est-à-dire vraiment une attente de réformes très importante, certes pas des réformes institutionnelles - je crois que ce n'est pas tant l'attente des Français - mais une réforme en termes d'efficacité publique, d'action et de résultats. Il y a l'idée de dire qu'on ne communique pas si on n'a pas de résultats ; il faut en même temps communiquer et agir, expliquer sans cesse. Les réformes économiques et sociales, qui doivent être mises en oeuvre, sont énormes autant que la réforme de l'efficacité de l'Etat. Je pense bien sûr à la sécurité et à la justice qui sont aujourd'hui les deux grands domaines dans lesquels les Français attendent du résultat."

Il faut donc s'attendre à avoir un président de la République assez présent, assez actif, s'exprimant beaucoup ?

- "Encore une fois, la formule qui convient, c'est de dire que le Président a en charge l'essentiel, quand on n'est pas en cohabitation. La polémique avec la gauche est un peu déplacée quand la gauche dit qu'il ne faut pas que la droite ait tous les pouvoirs. Ce n'est pas "fromage et dessert", si je peux me permettre cette expression. Quand il n'y a pas de cohabitation, le pouvoir procède du président de la République ; quand il y a une cohabitation, le pouvoir procède de l'Assemblée. Cela donne de l'immobilisme. Mais enfin, c'est quand même la gauche qui a eu tous les pouvoirs pendant cinq années en cohabitation : elle a nommé tous les directeurs qu'elle souhaitait, tous les collaborateurs qu'elle souhaitait, et elle a fait passer toutes les réformes qu'elle souhaitait. Donc c'était bien la gauche qui avait tous les pouvoirs. L'alternance démocratique devrait faire normalement, si les électeurs transforment l'essai dimanche prochain, que ce soit plutôt du côté de la droite et du centre désormais."

Est-ce qu'il ne faut pas aussi peut-être qu'il y ait plus de débat démocratique ? Est-ce qu'au fond cette campagne des législatives n'a pas manqué d'explication sur les enjeux - ceux de la droite, ceux de la gauche - pour que les citoyens sachent aussi ce pourquoi ils allaient voter ? Peut-être que l'abstention s'explique par cela aussi...

- "Je n'ai pas ressenti cela sur le terrain, je vous le dis très franchement. Sur le terrain, les gens me disaient : "on a compris, on a vu les enjeux, on a compris les débats ; maintenant, on va voter et laissez-nous faire". La difficulté était plutôt de mobiliser les gens en leur disant : "venez à nos réunions". Les gens nous disaient : "Attendez, on sait ce qu'on a à faire maintenant. Ce que l'on souhaite, maintenant, c'est que les choses se fassent. On veut de l'action, on veut aller aux résultats, on veut voir ce que vous êtes capables de donner". Et c'est là-dessus que nous, nous sommes maintenant engagés très fortement, avec beaucoup de détermination. L'idée, l'obsession pour nous, c'est mettre en oeuvre le programme sur lequel J. Chirac a été élu."

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 10 juin 2002)

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