Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le parlement et porte-parole du gouvernement, à France 2 le 13 juin 2002, sur la mise en examen de R. Donnedieu de Vabre, le baccalauréat, le deuxième tour des élections législatives et la baisse des impôts. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le parlement et porte-parole du gouvernement, à France 2 le 13 juin 2002, sur la mise en examen de R. Donnedieu de Vabre, le baccalauréat, le deuxième tour des élections législatives et la baisse des impôts.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, SICARD Roland.

FRANCE. SE aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement

ti : R. SicardOn va évidemment parler de la campagne électorale. Mais je voudrais d'abord revenir sur cette information qu'on a connue hier : l'un des ministres du Gouvernement, R. Donnedieu de Vabres, a vu sa mise en examen confirmée par la Cour de cassation. Jusqu'ici, il y avait ce qu'on appelait la "jurisprudence Bérégovoy-Balladur", qui voulait qu'un ministre mis en examen démissionne. Cette fois-ci, ce n'est pas le cas. Pourquoi ?

- "Je voudrais d'abord vous rappeler que cette décision de la Cour de cassation est une décision de procédure, ce n'est pas une décision sur le fond de l'affaire..."

Non, elle confirme la mise en examen, il reste mis en examen...

- "Je vous rappelle que c'était par rapport à de la procédure, la question de forme et non pas de fond. Et que sur ce point, le Premier ministre a rappelé que la présomption d'innocence était un principe qui s'appliquait à tous les citoyens français, donc y compris les hommes politiques. Et donc, à ce stade, la présomption d'innocence, est le principe qui s'applique à l'ensemble des citoyens, y compris les membres du Gouvernement."

C'est vrai, mais d'un autre côté, tous les gouvernements précédents, de droite comme de gauche, malgré cette présomption d'innocence, demandaient aux ministres mis en examen de démissionner...

- "Ce n'est pas tout à fait exact. Il y avait un certain nombre de ministres qui étaient mis en examen dans le précédent gouvernement et qui sont restés en fonction, parce que justement le principe de présomption était appliqué. C'est pour ça qu'il faut bien que chacun ait en tête..."

C'était S. Royal pour une affaire de diffamation.

- "Ce n'était pas de la diffamation, et en l'occurrence, c'est ainsi que ça a été appliqué. Donc, je crois qu'il faut que les choses là-dessus soient bien claires, parce que sinon ça voudrait dire qu'on pourrait assez vite rentrer dans une dérive par rapport à ça. C'est le principe de présomption d'innocence qui s'applique et voilà pour ce qu'il en est aujourd'hui."

Cela voudrait dire que si R. Donnedieu de Vabres était condamné, à l'inverse, là, il faudrait qu'il démissionne ?

- "Oui, naturellement."

On dit aussi qu'un remaniement ministériel pourrait intervenir la semaine prochaine, après le deuxième tour des élections et que ça pourrait être l'occasion de trouver une porte de sortie pour R. Donnedieu de Vabres. Vous confirmez, vous infirmez ?

- "On dit toujours beaucoup de choses, c'est un peu la loi du genre ! A la suite des élections législatives, tout à fait comme c'est conforme à la tradition, le Premier ministre remettra sa démission au président de la République et ensuite, nous serons dans une nouvelle étape. Le président de la République choisira peut-être de renommer le nouveau Premier ministre, si, encore une fois les Français donnent au président de la République une majorité à l'Assemblée nationale. Et je voudrais insister là-dessus. Il ne faut pas zapper trop vite ; il y a un deuxième tour, qui est tout fait essentiel, sur lequel nous nous mobilisons beaucoup les uns et les autres, parce qu'il faut donner une majorité à l'Assemblée nationale, qui soit cohérente avec le projet du président de la République. Et nous y travaillons d'arrache-pied. C'est cela notre objectif aujourd'hui."

On va y revenir. Mais je voudrais aborder une seconde question d'actualité du jour, qui est le baccalauréat. Jusqu'à présent, on disait qu'il fallait que 80 % des jeunes aient le baccalauréat. On a l'impression que le Gouvernement n'est plus sur cette ligne, il dit que ce n'est pas réaliste. Est-ce que ça ne risque pas de décourager certains, notamment dans les banlieues, dont vous êtes un élu ?

- "Mais c'est surtout que cet objectif n'est pas atteint. Cela a été un objectif très volontariste, qui avait été fixé par L. Jospin il y a un peu plus d'une dizaine d'années ; et on s'aperçoit aujourd'hui qu'on est assez loin de cet objectif. Pour une raison simple : le baccalauréat n'est pas quelque chose qui se donne, c'est quelque chose qui correspond au travail de ceux qui passent l'examen. Et on le voit aujourd'hui avec l'ensemble de nos jeunes français qui vont commencer à plancher sur le bac. Donc, je crois que le vrai sujet est un sujet de réflexion qu'il faut lancer - d'ailleurs c'est ce qu'ont commencé à faire L. Ferry et X. Darcos -, sur ce que doit être demain le baccalauréat, un examen effectivement pour lequel il faut travailler pour réussir. Et toute les conditions doivent être données aux jeunes Françaises et aux jeunes Français pour que le plus grand nombre d'entre eux l'acquièrent. Mais on ne décrète pas un taux de résultats."

Cela veut dire que "l'objectif 80 %", on est obligé d'y renoncer...

- "Ce n'est pas qu'on est obligé d'y renoncer, c'est qu'il faut constater qu'il n'est pas atteint, sauf à ce qu'on donne le bac. Mais ce n'est pas l'objectif. Vous savez, ces grands systèmes, fondés sur l'idéologie, qui visent à décréter la manière dont tous les jeunes doivent se trouver, ce sont des objectifs très idéologiques qui ne sont plus aujourd'hui tout à fait d'actualité. L'objectif est que chaque enfant soit armé, si je puis dire, pour réussir sa vie professionnelle. Et c'est là-dessus que l'Education nationale a besoin naturellement d'évoluer et de se moderniser, ce qui est normal."


Venons-en maintenant à la campagne électorale. Vos adversaires de gauche disent que si la droite gagnait, tous les pouvoirs seraient entre les mêmes mains, et que ce serait très dangereux ou très risqué. Que répondez-vous à cela ?

- "Il ne faut absolument pas que les Français se laissent abuser par cet argument de circonstance, qui est présenté aujourd'hui par L. Fabius ou F. Hollande, en toute occasion. Il ne faut pas s'y tromper : les socialistes sont prêts à tout pour retrouver le pouvoir, y compris en imposant une cohabitation aux Français. Or on a vu les résultats pas très brillants de cette cohabitation : l'inaction, l'absence de courage politique, l'absence de réformes, et le Front national présent dès le premier tour des présidentielles. Donc, il faut vraiment que chacun prenne ses responsabilités et comprenne que nous avons besoin aujourd'hui d'une majorité cohérente à l'Assemblée pour réformer ce pays et le moderniser, parce que c'est maintenant qu'il faut le faire."

Il n'y a pas que la gauche en fait qui utilise ce thème, il y a aussi, d'une manière un peu différente, F. Bayrou, qui dit : "Il ne faut pas qu'un seul parti régisse l'ensemble de la majorité".

- "Personne ne dit le contraire de cela. Il n'a jamais été dit qu'il fallait qu'il y ait un parti unique. Il est question simplement de faire en sorte qu'il y ait une majorité présidentielle à l'Assemblée nationale. Et sur ce point, il faut que les Français, dans ce deuxième tour, mesurent bien l'enjeu. Quelles que soient les différences de sensibilité des uns ou des autres, tous ceux et celles qui sont d'accord enfin pour se rassembler avec l'idée qu'il faut rétablir l'autorité publique, qu'il faut un peu libérer les énergies, baisser les impôts et les charges, remettre du dialogue social, tous ceux qui sont d'accord là-dessus doivent donner une majorité présidentielle, parce que c'est là-dessus qu'on va réformer ce pays. On a un projet fantastique pour y parvenir."

Vous parlez des impôts, et l'un des arguments de la gauche est de dire que vous allez baisser les impôts sur le revenu et que ça ne va profiter qu'à ceux qui les payent, c'est-à-dire les plus fortunés...

- "Oui, c'est un argument qui est absolument incompréhensible pour moi, lorsqu'il vient de la bouche de L. Fabius. Fabius a bataillé auprès de ses propres amis pour commencer à baisser l'impôt sur le revenu, y compris les tranches les plus hautes. Deuxièmement, L. Fabius, a supprimé la vignette-automobile. Je rappelle quand même que la vignette-automobile, quand vous êtes propriétaire d'une 4L, vous ne faites pas d'économie d'impôt ou quasiment pas - c'est une quinzaine ou une cinquantaine d'euros. Et quand vous êtes propriétaire d'une Jaguar ou d'une Ferrari, vous payez 2.000 euros. Alors excusez-moi ! Et ça, ce sont les socialistes qui l'ont supprimée, cette vignette-automobile ! Donc, très franchement, je crois qu'il n'est pas bien placé pour donner des leçons de ce genre."

Revenons à votre nouveau parti, l'UMP. Ce matin, dans Le Figaro, A. Juppé a l'air de se déclarer candidat. Cela vous paraît une bonne idée pour présider ce nouveau mouvement ?

- "Il a évoqué cette perspective. Je crois qu'en tout cas, il y a des enjeux politiques majeurs qui vont suivre l'élection législative - la présidence de l'Assemblée nationale, la constitution d'un groupe UMP, et puis à l'automne, la constitution d'un grand parti de soutien au président de la République."

Mais A. Juppé serait-il un bon président pour ce parti ?

- "D'abord, je crois que chaque chose doit se faire en son temps. Attendons qu'il en fasse, s'il le souhaite, l'annonce officielle. Je crois qu'il est naturellement de ceux qui ont de ce point de vue la personnalité et toutes les qualités pour engager ce mouvement de constitution d'un grand parti de soutien à la majorité présidentielle. Mais une haie après l'autre."

5Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 13 juin 2002)

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