Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, à RTL le 17 juin 2002, sur le résultat du deuxième tour des élections législatives, la convocation d'une session extraordinaire de l'Assemblée nationale et l'élection du président et sur la volonté d'union de l'UMP. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, à RTL le 17 juin 2002, sur le résultat du deuxième tour des élections législatives, la convocation d'une session extraordinaire de l'Assemblée nationale et l'élection du président et sur la volonté d'union de l'UMP.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, ELKRIEF Ruth.

FRANCE. SE aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement

ti : R. Elkrief Vous avez été élu à Meaux. Vous aviez perdu en 1997. Vous avez obtenu 59,5 %. Vous êtes soulagé et content. C'est un sentiment de revanche qui vous anime aujourd'hui ?

- "Non, simplement, j'avais une circonscription qui était assez typique de la situation politique de la France : j'avais été battu par une triangulaire avec le Front national, présent avec 23 % des voix en 1997. Pendant cinq années, j'ai essayé - et cela a été le cas de tous mes collègues victimes, comme moi, de ces triangulaires - de passer beaucoup de temps à comprendre ce qui s'était passé, ce qu'attendaient les gens. Il faut bien que chacun comprenne, notamment nos adversaires, que notre projet n'a pas été élaboré en claquant des doigts. Cela a été un travail méthodique, adossé sur des heures et des heures d'interviews et d'entretiens avec les gens, tout simplement, sur nos terrains respectifs. C'est comme cela qu'ont émergé notamment l'attente face à l'insécurité."

Cela a payé, comme on dit. Aujourd'hui, une majorité très importante pour l'UMP, pour la droite. Comment allez-vous éviter d'être arrogant, hégémonique ? L'histoire de l'Etat RPR, comme il a souvent été dénoncé, est-ce que vous n'allez pas [la] recommencer ?

- "Je n'espère pas. L'arrogance, l'hégémonie n'est pas spécialement le propre, pour reprendre une formule très polémique, de l'Etat RPR. Nos adversaires ont aussi souffert de ce mal. J'espère que l'on vivra avec l'oeil rivé sur ce qu'ont été les moments plus douloureux de notre histoire politique. C'est vrai que sur le plan électoral, 1997 a été très dur pour beaucoup d'entre nous. Mais je fais partie en tout cas de ceux qui vivront sans cesse avec plus d'interrogations que de certitudes sur tous ces sujets et avec l'idée, qu'en fait, maintenant, ce qu'attendent les gens, c'est l'obligation de résultats. Je crois que le grand mandat qui nous est confié est là. Réussir, réussir et réussir. Dieux sait que sur tous ces chantiers, il y aura bien des difficultés."

On voit quand même 40 % d'abstention. C'est un record. Comment comptez-vous renouer un peu le lien avec cette partie de la population ? On parle de deux France : une France qui vote et une France qui s'intéresse à la politique et une autre qui est en dehors de la politique ?

- "C'est quelque chose qui ne peut pas se décréter. C'est un vrai gros travail en profondeur que d'aller chercher les abstentionnistes. En réalité, je ne suis pas de ceux qui disent que les abstentionnistes sont des gens qui ne s'intéressent plus à la politique. Il y a, me semble-t-il, beaucoup de gens qui considèrent qu'ils vont s'abstenir parce que beaucoup d'entre nous, à leurs yeux, ne méritent pas qu'on se dérange aux urnes. Alors, Dieu sait que cela me choque, parce que nos grands aînés ont versé leur sang pour qu'on ait le droit de voter. Mais on ne peut pas uniquement faire cela. On ne peut pas dire qu'il faut que le vote soit obligatoire. Il faut voir derrière cela pourquoi ils n'y sont pas allés. Je crois vraiment que pour beaucoup d'entre eux, ils attendent des résultats. Ils ne supportent plus que beaucoup d'entre nous aient passé leur temps à dire, par exemple pour la sécurité, "cela va s'arranger parce qu'on met 3.000 policiers supplémentaires". Non, ce qui les intéresse, c'est comment on fait baisser la délinquance concrètement. Dans le domaine de l'école, ce n'est pas "faut-il plus d'enseignants ?" : Non, c'est "réduisons de manière drastique l'illettrisme à l'entrée de la sixième, améliorons la réussite pour tous les Français". Voilà, c'est ce type de choses concrètement qu'ils attendent."

Cela se met en marche quand et comment précisément, puisque maintenant c'est l'heure de l'action ?

- "Très vite, tout le travail de J.-P. Raffarin et de son équipe, derrière le président de la République, durant un mois, a été de commencer à poser les fondations de la maison et à essayer de montrer que nous n'étions pas là par hasard et que nous avions un vrai projet méthodique. Sur tous ces sujets, nous allons, dès la session extraordinaire de juillet, enclencher la mécanique de l'action."

Elle commence quand ?

- "La session extraordinaire devrait commencer très rapidement, après l'élection du président de l'Assemblée nationale. Vous savez qu'il y a besoin que l'Assemblée nouvelle se mette en place. Par définition, après le 30 juin, si le président de la République confirme ses intentions, il y aura la convocation d'une session extraordinaire. "

Qui devrait durer combien de temps à peu près ?

- "Normalement, c'est le mois de juillet qui sera consacré à ces premières lois urgentes - parce qu'il y a urgence. L'idée est que très vite les Français voient que nous voulons tenir les engagements du président de la République dans le domaine de la sécurité - il y aura une loi d'orientation préparée par N. Sarkozy -, la justice avec D. Perben, le collectif fiscal notamment pour ce qui concerne la baisse de l'impôt sur le revenu et aussi, bien entendu, la loi d'amnistie qui est une tradition républicaine et qui n'ira d'ailleurs pas au-delà de la tradition républicaine."

Seulement les contraventions et pas les politiques ?

- "Voilà. Absolument."

Parlons justement de cette élection au Perchoir. C'est peut-être un premier test pour l'UMP, l'Union pour la majorité présidentielle. Il y a déjà deux candidats - E. Balladur et J.-L. Debré - de la même famille politique. Comment allez-vous faire pour trancher ?


- "Ce sont les parlementaires qui trancheront. Les candidats vont, comme il se doit, faire campagne auprès de l'ensemble des parlementaires de la majorité présidentielle. Et il y aura naturellement un élu. C'est un peu prématuré de la commenter. J'attire simplement votre attention sur le fait qu'avant qu'il y aura l'élections du président du groupe de l'UMP. C'est vrai que je crois que tout cela doit être l'occasion de voir les uns et les autres s'exprimer sur le projet qui est le leur. Et maintenant, il n'est plus possible d'avoir une candidature simplement comme cela : on n'est pas candidat parce qu'on est de droit candidat, mais on est candidat sur la base d'un projet. Il y a différentes étapes dans la restructuration de l'espace politique à droite et au centre autour du président de la République. C'est cela maintenant le boulot qui est à faire."

Justement, quelle physionomie va avoir cette UMP qui doit se construire progressivement ? Est-ce que ce sera un parti sur le modèle du PS, avec des courants et des primaires pour désigner le candidat à la présidence de la République dans cinq ans ? Ou est-ce que ce sera une autre structure ?

- "C'est tout cela qui sera en débat maintenant. Nous avons, je crois, réussi une première étape, qui est de montrer aux électeurs notre volonté forte de faire l'union qu'ils attendaient de nous. Nous avons d'ailleurs une des explications de notre victoire aussi ample : c'est l'union. Dans l'essentiel des circonscriptions, il y avait une dynamique et non pas des querelles de personnes. C'est un premier point. Maintenant, il faut le nouveau débat..."

Il y en a quelques unes qui ont été réglées par le scrutin et par le vote...

- "Vous avez raison, mais vous avez vu que c'était tout de même un nombre très limité de primaires. Maintenant, quelle est l'étape suivante ? C'est un grand débat qui va avoir durant les semaines et les mois qui viennent, jusqu'à l'automne, pour décider justement de l'esprit de ce parti. Ce qui est en tout cas essentiel, c'est que ce parti soit porteur, tout en respectant les sensibilités des uns et des autres, d'une dynamique qui est une dynamique d'efficacité par rapport au projet de la majorité présidentielle."

On a déjà compris qu'A. Juppé était plus que candidat aux commandes et qu'il serait, sans doute, aux commandes. Est-ce qu'il sera seul ? Y aura-t-il d'autres gens autour de lui qui symboliseront un peu les autres courants de la droite ?

- "Je ne peux pas vous répondre aujourd'hui. A chaque jour suffit sa peine. Ce que je peux dire, en revanche, c'est qu'il y a une volonté très forte de tous les protagonistes de la constitution de ce nouveau grand parti de la majorité, de respecter les différences de sensibilités. Je crois que c'est absolument essentiel. On n'élimine pas comme cela, par décret si j'ose dire, des différences de sensibilités. En revanche, nous avons vu que ce qui nous rassemble est beaucoup plus important que ce qui nous divise. Dès que l'on met de côté les querelles de personnes, on est très nombreux autour d'un projet, en l'occurrence du président de la République. Je suis donc assez optimiste sur la manière de continuer dans cet élan."


(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 18 juin 2002)

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