Interview de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, à RTL le 26 juin 2002, sur son élection, sa conception de la responsabilité du parlementaire, la place d'Edouard Balladur au sein de la majorité parlementaire et les relations entre la majorité et l'opposition. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, à RTL le 26 juin 2002, sur son élection, sa conception de la responsabilité du parlementaire, la place d'Edouard Balladur au sein de la majorité parlementaire et les relations entre la majorité et l'opposition.

Personnalité, fonction : DEBRE Jean-Louis, ELKRIEF Ruth.

FRANCE. Assemblée nationale, président

Circonstances : Election de M. Jean-Louis Debré, député UMP, à la présidence de l'Assemblée nationale le 25 juin 2002

ti : R. Elkrief - Comment le chiraquien pur sucre que vous êtes, le fidèle parmi les fidèles, le président du groupe RPR qui a toujours défendu son parti bec et ongles va devenir "l'homme de tous les députés, le président impartial, accessible et disponible" que vous décrivez ?

- "On peut avoir des idées, des fidélités mais aussi une certaine conception de la démocratie parlementaire. Je vais, sans renoncer ni à mes fidélités, ni à mes idées, être le président de tous les députés."

Vous savez qu'on disait un peu dans l'entourage d'E. Balladur, mais aussi dans l'opposition, que la partition était un peu écrite à l'avance, qu'on a mis les jeunes - ceux qui font bien sur la photo - au Gouvernement et puis les hommes expérimentés, comme J. Barrot et vous, à l'Assemblée pour verrouiller ?

- "Je ne sais pas si on a dit cela. Mais en tout cas, si on le dit, je crois que ce n'est pas la réalité puisque nous avons été élus. J'ai été désigné d'abord par l'ensemble des députés de l'UMP et on ne manoeuvre pas 366 députés - il y en avait 365 avant-hier et il y en a 366 depuis hier - comme ça. Simplement, on a voulu mettre à la tête de l'Assemblée nationale, comme on a souhaité mettre à la tête du groupe parlementaire UMP, des parlementaires qui connaissaient la maison et qui étaient capables de diriger l'ensemble de ces nouveaux députés."

Vous avez peut-être lu la presse, ce matin : le député d'en bas face au député d'en haut que figurait peut-être E. Balladur. C'est ce qu'on lit ?

- "Encore qu'au Perchoir, on est très haut. J'ai toujours été un député de proximité. Je n'aime pas beaucoup cette division entre député d'en haut et député d'en bas. Je crois que la seule division, la seule opposition qu'il y a, c'est entre le député et le parlementaire. Il y a des femmes et des hommes qui sont députés mais qui ne vivent pas à l'Assemblée nationale. C'est un monde très particulier avec ses lois, ses coutumes, ses réflexes, avec ses sensibilités."

Cela vous le connaissez mieux qu'E. Balladur ; c'est ce que vous voulez nous dire ?

- "Je ne peux dire que je le connais mieux. Je suis parlementaire depuis longtemps. J'ai vécu dans ce milieu et je sens l'Assemblée nationale très bien. Par conséquent, je crois que mes collègues députés de l'UMP ont voulu porter à la tête de l'Assemblée nationale un authentique parlementaire."

Il paraît que les députés RPR, avant, vous appelaient leur "nounou" ?

- "J'attache une importance très grande aux rapports humains. Je crois qu'il y a des institutions mais que derrière ces institutions il y a des hommes. Il faut, lorsqu'on est à la tête de ces hommes, les écouter et les entendre. C'est d'ailleurs le rôle du député quand il est dans sa circonscription : ne pas être enfermé dans ses certitudes, être sans arrêt à l'écoute de ses concitoyens. En tant que président du groupe RPR lors de la précédente législature, et aujourd'hui comme président de l'Assemblée nationale, l'une de mes fonctions sera aussi d'écouter, d'entendre et de comprendre les difficultés, les angoisses et les espoirs des différents députés, quels qu'ils soient et quelle que soit leur appartenance politique."

Un dernier mot sur E. Balladur : 163 voix au premier tour, c'est un score honorable. Est-ce qu'il peut être encouragé à jouer un rôle un petit peu critique à l'intérieur de l'Assemblée vis-à-vis du Gouvernement ? Est-ce que vous avez le sentiment qu'il peut poser un problème ?

- "J'ai beaucoup d'estime pour M. Balladur et je crois qu'il a sa place, et une place éminente, au sein de la majorité parlementaire. Cette majorité a deux fonctions : soutenir le Gouvernement mais aussi exercer un devoir de vigilance. Car nous avons été élus sur un certain nombre de promesses électorales et il faut que le Gouvernement transcrive dans la loi ces promesses électorales. Nous allons être, nous, parlementaires de la majorité, vigilants à ce que ces engagements soient respectés."

366 députés justement : on dit qu'à la place du système RPR, c'est un système UMP avec une grosse machine, difficile un peu à manoeuvrer, mais, en même temps, lourde ?

- "On ne manoeuvre pas les députés. Oui, c'est une machine qui est lourde ; oui c'est une machine qui est difficile parce qu'il y a 366 députés. Chacun a sa personnalité. Mais, justement, ceux qui sont responsables de faire fonctionner le groupe ou de faire fonctionner 577 députés, comme c'est de la responsabilité du président de l'Assemblée nationale, c'est par cette écoute, par cette proximité on peut faire en sorte que l'institution fonctionne bien."

Comment allez-vous donner des gages à l'opposition ? Vous dites qu'il ne faut pas que la majorité soit hégémonique, que vous allez écouter la voix de l'opposition". Allez-vous leur donner des commissions, des commissions d'enquête parlementaires ? Comment voyez-vous les choses ?

- "D'abord, de manière institutionnelle, l'Assemblée nationale, par la répartition d'un certain nombre de postes, donne obligatoirement une place à l'opposition. Et il est normal que cela soit ainsi puisque l'Assemblée nationale est le temple de la démocratie."

Concrètement ?

- "Il y aura des vice-présidents qui appartiendront au Parti socialiste. Concrètement, dans la conférence des présidents, j'écouterai les problèmes et les souhaits des socialistes et, dans la mesure de mes possibilités et de mes moyens, chaque fois que je le pourrai, je permettrai à l'opposition, et je faciliterai même, l'expression des idées de l'opposition pour qu'elle s'exprime puisque l'opposition représente aussi des millions de Français. S'il y a un endroit où cette opposition doit s'exprimer, c'est d'abord dans l'hémicycle."

J. Chirac, le président vous a-t-il appelé ? Vous a-t-il félicité ?

- "Je n'ai jamais parlé de mes relations avec J. Chirac."

Pour un coup de fil de félicitations, ce n'est pas très indiscret !

- "C'est mon problème et n'attendez pas de moi la moindre confidence à ce sujet."

On dit presque que vous aviez envie d'être ministre et que c'est aussi une manière pour lui de vous faire un cadeau et de vous consoler ?

- "Je ne pense pas que la présidence de l'Assemblée nationale soit un lot de consolation, ou alors c'est un beau lot de consolation. Non, j'ai été élu par les députés avec une mission qui est de faire en sorte que, du fait de la réforme des institutions, du fait du quinquennat et de cette concordance entre la majorité parlementaire et la majorité présidentielle, on en revienne à ce que les constituants de 1958 ont voulu, à savoir une architecture institutionnelle qui repose naturellement sur un Président clé de voûte des institutions mais qui fonctionne avec un parlementarisme rationalisé. C'est-à-dire un Parlement qui remplisse parfaitement sa fonction mais qui n'outrepasse pas ses fonctions."

L'audit devrait être remis aujourd'hui à J.-P. Raffarin. Vous croyez que cela peut servir de prétexte pour ne pas appliquer les promesses justement ?

- "Cela peut servir surtout pour l'ensemble des Français à savoir quelle est la situation de la France au moment où un nouveau gouvernement arrive. Je crois qu'il est normal que l'on agisse ainsi. Quand je suis devenu maire d'Evreux, j'ai fait un audit des finances publiques. Je crois que c'est ainsi que l'on fonctionne et que l'on fonctionne bien, en montrant les responsabilités des uns et des autres."

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 26 juin 2002)


Rechercher