Discours de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, sur les perspectives de la gauche et du PS pour les élections législatives et le bilan des premières semaines du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, à Paris le 2 juin 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Discours de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, sur les perspectives de la gauche et du PS pour les élections législatives et le bilan des premières semaines du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, à Paris le 2 juin 2002.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. PS, premier secrétaire

Circonstances : Meeting de la Fédération de Paris du PS au Cirque d'Hiver, à Paris le 2 juin 2002.

ti : Chers Amis, Chers Camarades,
Nombreux vous étiez dans les manifestations du 1er mai pour faire reculer l'extrême droite ; nombreux vous êtes encore là aujourd'hui pour faire gagner la gauche avec les socialistes.

Dans 15 jours, les Français auront décidé, souverainement, de leur avenir pour cinq ans. C'est une délibération lourde de sens et de portée. Et je dois ici prévenir le plus grand nombre : il n'y aura pas de session de rattrapage ou de procédure d'appel. Que nul n'imagine, malgré les rappels heureux de Laurent Fabius sur les fatalités de J. Chirac, une dissolution d'ici 2007. Une fois leur a servi d'expérience. Et je n'imagine pas, à mon tour, qu'il puisse être tenté une deuxième fois.

C'est un choix majeur que nos concitoyens doivent accomplir les 9 et 16 juin prochains. Il s'agit, rien de moins, que de déterminer les conditions de l'emploi, les fondements de la protection sociale, la forme et la présence des Services publics, les modes d'intégration républicaine, les réponses à la violence, sans oublier la place des jeunes, l'avenir des retraites, le contenu de la construction européenne, le rapport à la mondialisation. Rien que cela ! C'est-à-dire une conception de la société, des rapports sociaux, des équilibres institutionnels et de la maîtrise du monde que nous voulons.

Et pourtant, Patrick, Bertrand, Charlotte, Laurent l'ont dit avant moi, tout est organisé pour que le débat n'est pas lieu, pour que l'enjeu soit masqué, dissimulé, étouffé. Tout est fait pour que les citoyens soient peu à peu détournés de la nature et du sens de cette grande consultation démocratique, privés même d'arguments contradictoires pour forger leur propre opinion, conduits mécaniquement à confirmer un choix -celui du 5 mai- qui n'a été qu'une adhésion, elle était décisive, aux valeurs de la République et sûrement pas une approbation d'une personne et d'un programme.

Alors, nous pouvons nous dire -et le moment est sans doute grave à une semaine du premier tour- que les leçons du 21 avril n'ont pas été retenues :

- D'abord, la leçon des risques de la dispersion -les 16 candidats de l'élection présidentielle, les 15 ou 20 des élections législatives moins pour favoriser une confrontation d'idées, une expression démocratique que pour financer des organisations groupusculaires ;

- L'obsession thématique, comme si la légitime préoccupation de l'insécurité devenait la préoccupation unique encore aujourd'hui pour mieux écarter les autres sujets ;

- La fatalité du pronostic prononcée comme une évidence, alors que nous le savons aujourd'hui : tant qu'une élection n'est pas jouée, tant que les électeurs ne se sont pas prononcés, rien n'existe et tout peut se produire, le meilleur comme le pire ;

Beaucoup à droite voudraient oublier la mobilisation civique de l'entre-deux tours, occulter la formidable manifestation du 1er mai, à laquelle ils nous conseillaient de ne pas nous y joindre, voudraient également évacuer le sursaut républicain et, si l'on y songe, ce mouvement, cette jeunesse dans la rue les avaient davantage inquiétés que le haut niveau de l'extrême droite. Car où était la droite entre les deux tours ? Que faisait-elle ? Qui combattait-elle ? Simplement des centristes qui ne voulaient pas rentrer dans l'UMP. C'était cela son objectif dans l'entre-deux tours : favoriser déjà une logique d'écrasement pour, au lendemain du second tour, essayer de rafler la mise. Ce mouvement, cette attitude, ce comportement continuent à faire le délice de l'extrême droite : la torpeur soigneusement entretenue, la dépolitisation voulue par les conservateurs et l'indifférence apparente qui entourent le scrutin. Ceux qui pratiquent depuis des mois -et nous les dénonçons- une non-campagne font en réalité, et peut-être sans le vouloir, la campagne du Front national.

Hier, la non-campagne portait sur la question récurrente de l'insécurité. Inutile d'en sortir, nous y revenions. Et l'on voulait parler d'autre chose, Lionel était une nouvelle fois interrogé sur ce thème. Aujourd'hui, le thème récurrent, c'est la cohabitation. C'est seulement d'elle qu'il s'agit et dont il faudrait parler aux Français ! C'est un mauvais alibi pour ne pas évoquer l'essentiel, c'est-à-dire la vie quotidienne de nos concitoyens, la place et le rôle de la France en Europe et dans le monde. Mais, c'est surtout un argument de circonstance. Que dis-je de circonstance ! De convenance, aujourd'hui. En 1986, il me souvient que, déjà, la question de la cohabitation se posait et que J. Chirac, à l'époque, était plutôt partisan d'aller gouverner durant le premier septennat de F. Mitterrand. À l'époque, et tous n'étaient pas forcément de cet avis à droite, la cohabitation lui convenait. En 1993, E. Balladur avait même fait une théorie de la cohabitation -c'est plutôt son penchant naturel- pour suggérer que, finalement, la cohabitation était utile. Et que dire de 1997 ! Nul ne contraignait J. Chirac, après la dissolution ratée, d'accepter la cohabitation. Des solutions plus radicales -je n'ose pas dire plus courageuses- s'offraient à lui. Surtout s'il avait voulu éviter ce qu'il appelle aujourd'hui une épreuve (ou même une crise) pour le pays ! Et nul ne le forçait à faire durer cet état cinq ans -ce qu'il nous dit avoir été insupportable.

Bref, ce qui valait hier n'aurait plus court aujourd'hui, tout simplement parce que la droite veut saisir l'opportunité d'une élection présidentielle -au dénouement imprévu, invraisemblable- pour confisquer, capturer, capter tous les pouvoirs de la République à son seul bénéfice et pour mener librement, à sa guise, comme elle voudra, la politique qui est la sienne et qui n'a pas changé. Nul besoin de la caricaturer, de l'inventer, c'est toujours la même : celle d'Alain Juppé, puisque c'est encore lui qui gouverne par personne interposée.

L'occasion est en effet trop belle, pense la droite, de vouloir transformer un succès collectif -le nôtre aussi- pour la défense des valeurs de la République en moyen d'assurer pour elle sa prééminence complète sur l'état pendant cinq ans. La droite dans cette élection n'est pas contre la cohabitation, elle d'abord contre la gauche. Et c'est pourquoi nous, la Gauche, ne revendiquons rien -aucun système institutionnel, aucune novation juridique- d'autre que d'appliquer la Constitution, que de faire respecter la liberté du suffrage, que de concourir à égalité (au moins à égalité) avec nos rivaux de droite.

Nous voulons concourir pour simplement affirmer nos idées, présenter nos projets, faire valoir notre programme et laisser les Français trancher cette question, sans qu'il soit besoin de faire pression sur eux.

Mais, la droite veut y mettre tous les moyens. Et d'abord ceux du gouvernement. Jean-Pierre Raffarin, dont la popularité momentanée s'explique essentiellement par l'atout décisif qui était le sien par rapport à ses concurrents : il n'était pas connu -d'autres n'avaient pas cette chance, nous dit qu'il est sans doute l'un des Premiers ministres les plus populaires depuis A. Juppé en 1995 ! Jean-Pierre Raffarin n'est pas à la tête d'une équipe ministérielle mais d'un comité de campagne. Il ne gère pas les affaires de l'Etat, mais l'état de l'UMP. Et s'il se drape d'en haut dans son manteau de Premier ministre pour refuser tout débat avec la gauche, il a vite fait de tomber parfois bien bas pour battre les estrades en compagnie des candidats de droite, et les Ministres font de même. C'est le gouvernement du verbe, de la parole, de l'annonce. La communication a pris, depuis le début, le pas sur l'action. Tout est bon : déplacement ici, visite ailleurs, conseil des ministres où la communication est de règle, séminaire pour en ajouter, colloques, commande de rapports, nominations, rendez-vous, déjeuners familiaux¿ Et même envoi de message à l'équipe de France de football ! Souhaitons qu'elle n'en reçoive pas d'autres.

Promettre à tous ! Tel est le mot d'ordre¿ C'est-à-dire à personne. Chaque jour est une occasion de flatter telle ou telle catégorie, tel ou tel groupe de pression, tel ou tel intérêt particulier, perdant toute référence à l'égard de l'intérêt général. Tout est mis au service du rendez-vous du 16 juin : baisse des impôts (on sait lesquels), annonce de baisse des charges pour les entreprises bien portantes et sans contrepartie, augmentation de toutes les dépenses possibles. C'est de la " monnaie de singe " qui est aujourd'hui distribuée pour faire effet, pour faire appel électoral, pour faire "incitation à voter"¿ Quelle conception de la République ! Quelle image pour la France de voir un gouvernement laisser les Ministères vides pour prêter main-forte à des candidats du Parti unique !

La méthode : parler beaucoup, en dire le moins possible. Mais efficace, sans doute, habile peut-être au plan médiatique -si l'on en juge par l'occupation des antennes, elle n'en connaît pas moins quelques ratés qui dévoilent plus des intentions ou des décisions déjà arrêtées que des faux-pas. Des exemples ont déjà été cités, comme la consultation à 20 euros : discussion depuis longtemps engagée, revendication sans doute légitime qui suppose des contreparties, mais onéreuse pour les finances sociales. Un Ministre a eu le tort de dire le vrai : il avait parlé de la décision obligée d'une augmentation des cotisations sociales pour financer la mesure ; il avait même précisé que ceux qui diraient autre chose seraient des charlatans -il se méfiait déjà de son équipe. Immédiatement, on l'a fait taire. On a prétendu qu'il n'avait pas compétence (au moins pour connaître ses collègues) et il a été dit que, bien sûr, il n'y aurait pas d'augmentation des cotisations sociales. Si ce n'est pas les cotisations sociales, ce sera la CSG. Car il s'agit bien de cela. Ils peuvent menacer -notamment le Président de la Caisse Nationale d'Assurance Maladie, c'est leur méthode ; ils peuvent masquer la réalité, il n'empêche : ils ont toujours les mêmes pratiques, les mêmes réflexes. Quand A. Juppé, Premier ministre, évoquait un plan, le préparait, et même l'appliquait pour la Sécurité sociale, c'était bien la CSG qui augmentait ; il avait même, lui, ajouté le RDS -il existe encore, et les deux points de TVA -nous en avons fait l'essentiel de la baisse. La mesure n'est donc pas simplement une maladresse, elle est une préparation. Il en est de même sur le moratoire des 35 heures à l'hôpital. Un Ministre l'a dit : c'est récuser. Mais, en fait, il s'agit d'arrêter le processus, à l'hôpital d'ailleurs comme dans les autres entreprises publiques ou privées. Parce qu'il s'agit de donner la liberté totale aux chefs d'entreprise pour recourir autant qu'ils le voudront aux heures supplémentaires. Que deviendraient les 35 heures alors ? Où seraient finalement l'esprit de la réforme et les créations d'emplois ? Et que dire sur le SMIC ! Un moment, Jean-Pierre Raffarin, pris d'un élan de vérité, a dit qu'il n'augmenterait pas le SMIC car ce serait dangereux pour l'emploi. Pour ensuite se rétracter, coup de téléphone du Chef de l'Etat et période électorale obligent, et dire qu'il verra ce qu'ils pourront faire¿ Ce sera d'ailleurs au cours de la troisième semaine du mois de juin¿ Heureux calendrier !

Ensuite, il y a des domaines où la parole est plus franche, plus directe, plus libre. En agriculture par exemple : même si j'en parle ici à Paris, nous sommes sensibles à cette situation où les plus grosses exploitations qui reçoivent le plus avaient été, par le Gouvernement de Lionel Jospin, soumises à la modulation des aides pour que les plus petites soient davantage appuyées dans leurs efforts de qualité. C'en était trop pour certains, et notamment pour la droite. Et, la première mesure qu'a prise le gouvernement en matière d'agriculture est la suppression de la modulation des aides pour que les plus gros est davantage. On retrouve la même logique, la même cohérence, la même philosophie que pour l'impôt sur le revenu¿ C'est un gouvernement des plus favorisés. Et ce serait un comble que les plus modestes finalement donnent crédit à un gouvernement qui veut faire le bonheur de ceux qui les exploitent, les utilisent et les frappent.

Et puis, il y a les sujets sensibles où il ne faut guère s'avancer mais déjà prévoir : le retour aux instructions individuelles en matière de justice et l'aveu -là aussi d'un Ministre- qui nous dit que pour l'amnistie des délits politiques¿ C'était prématuré ! Cela pourrait venir ! Mais, là encore, après les élections.

Voilà pourquoi la droite gouvernementale refuse tout débat avec nous. Elle sait que, sur son programme, elle s'expose, que toute sortie de l'ambiguïté se fait à ses dépens. Elle veut par la ruse, l'habileté, l'arnaque même n'affoler personne juste le temps de l'élection. Mais sa crainte de perdre quand même la mise, ne pas assurer complètement le " coup " l'a conduit, au-delà du déploiement des moyens du gouvernement, à requérir le Chef de l'Etat comme chef de parti¿ Il ne se fait d'ailleurs pas prié. Il vient prêter main-forte aux candidats de l'UMP, pose même sur les photos avec eux, pensant qu'il est aussi candidat aux élections législatives, et nous dire qu'il veut tous les moyens pour agir et gouverner (rien que cette supplique devrait nous inquiéter). Mais, est-ce le rôle d'un Président de la République que de se muer en animateur de campagne ? Est-ce le mandat qu'il a reçu du peuple ? J. Chirac ne devrait-il pas lui-même faire preuve de plus de retenue, alors que le 5 mai, il fut l'élu de 82 % des Français qui entendaient - à travers le bulletin qui portait son nom- rappeler leur attachement aux valeurs de la République. Et que ceux qui ont fait ce geste, et qui ne doivent pas le regretter car il s'agissait de faire barrage à l'extrême droite, ne se sentent pas tout de même contraint de faire un autre.

Ils ont toute liberté pour saisir maintenant le bulletin de vote de la gauche pour faire en sorte que cette gauche-là, enfin, défende et mieux que d'autres les valeurs de la République : une République plus sociale, plus démocratique, d'une République plus exigeante.

Mais, après le gouvernement, ses moyens, le Chef de l'Etat et ses artifices, pour relayer ce message, j'ai cru comprendre que Bernadette Chirac elle-même avait été sollicitée. On la voit ici, ailleurs¿ Mais, là encore, qu'elle est cette conception de la République ? Qu'elle est cette campagne qui s'ouvre -et qui va bientôt se clore- où gouvernement, Ministre et même la famille sont au service d'un seul parti ? Je comprends que François Bayrou -qui les connaît bien- s'en soit effrayé depuis longtemps ; il n'est en tout cas plus seul aujourd'hui.

Face à l'enjeu essentiel pour l'avenir des Français à l'occasion des élections législatives et devant cette déferlante de moyens de toute nature au service d'une même propagande jamais vue depuis longtemps, la gauche doit se mobiliser de manière exceptionnelle pour les deux prochaines semaines.

D'abord sur ses idées et sur son programme, en cohérence avec le message des Français le 21 avril : le besoin de règles, le souci du dialogue et les exigences sociales qu'il faut entendre et satisfaire. En cohérence aussi avec l'action de Lionel Jospin dont on ne dira jamais assez combien le bilan pendant cinq ans a été considérable pour notre pays. Et le reproche que nous pouvons nous faire collectivement -et que je me fais personnellement, c'est de ne pas avoir suffisamment fait campagne pendant l'élection présidentielle sur le bilan de la Gauche, sur ce que nous avons fait avancer dans notre pays et que nous ne laisserons jamais caricaturer ou reprendre par la droite. Car il s'agit bien de cela : 1 million de chômeurs en moins, la Couverture Maladie Universelle, la Parité, le PACS, les 35 heures, les emplois-jeunes, l'indépendance de la Justice. Qu'il y ait eu des insuffisances, des contraintes et parfois des frustrations, je les entends. Mais, en même temps, je ne laisserai pas la droite, je ne laisserai pas les conservateurs nous dire que ce que nous avons fait pendant cinq ans ne serait pas à la hauteur de ce qu'a toujours engagé la Gauche pour la France, c'est-à-dire une avancée, des réformes, des progrès qui restent pour beaucoup dans les mémoires, les années passant.

Nous devons encore faire campagne sur ces idées, ce programme en cohérence avec les messages, en cohérence avec notre bilan, en cohérence avec le projet de Lionel Jospin pendant la campagne présidentielle. Et dire que sur l'emploi, il y a encore beaucoup à faire ; mais les dernières statistiques publiées pour le mois d'avril qui venaient confirmer une baisse du chômage auraient mérité le salut de la part du gouvernement de l'action de son prédécesseur. Pourtant, deux millions de chômeurs c'est encore beaucoup trop ! Et combien de précaires ? De mauvais emplois ? D'emplois sous-payés ?

C'est la raison pour laquelle nous avançons l'idée d'une croissance forte, fondée sur la consommation à travers le redressement du pouvoir d'achat des ménages ; l'éducation, la formation tout au long de la vie comme deuxième, troisième chance pour accéder au savoir, à la connaissance et aux qualifications de demain. Et puis, la lutte contre le chômage de longue durée : 200 000 emplois pour les chômeurs qui aujourd'hui attendent et n'en peuvent plus, qui exigent même d'avoir enfin la dignité de pouvoir servir leur pays, leur collectivité et surtout faire vivre leur famille.

La deuxième grande idée que nous portons dans cette campagne est la solidarité entre les générations. Pour les jeunes, qui doivent avoir l'autonomie pour mener leurs études, qui doivent avoir leur parcours professionnel assuré, leur insertion. Solidarité pour les familles qui doivent pouvoir concilier vie professionnelle et vie personnelle. Solidarité avec les générations futures à travers l'exigence que nous avons de respecter l'environnement et d'assurer aussi le renouvellement des énergies pour ne pas dépendre d'une seule. Solidarité pour les retraités d'aujourd'hui ou de demain, à travers la consolidation du régime de répartition et le droit à partir en retraite à 60 ans, et aussi la capacité de donner à ceux qui ont 40 ans d'annuité de pouvoir partir avant.

Priorité aussi pour la République :

· La République, c'est d'abord les Services publics, permettant à chacun d'y accéder où qu'il vive sur le territoire ; et de pouvoir, par l'éducation, par la santé avoir la chance d'une promotion personnelle ou sociale. Des Services publics qu'il faut assurer, qu'il faut garantir, qu'il faut éloigner parfois des menaces du marché. Et quand j'entendais le Commissaire Européen à la Concurrence dire que, depuis quinze jours qu'un nouveau gouvernement était en place en France, les idées de concurrence avaient progressé¿ Alors inquiétons-nous.

· La République, c'est aussi l'égalité des droits et des devoirs dans le cadre d'une laïcité qui est aujourd'hui encore la valeur essentielle dans une société comme la nôtre

· La République, c'est aussi de lutter contre toutes les discriminations qui empêchent beaucoup de se croire précisément en République

Enfin, il y a l'Europe dont il faut parler dans cette campagne et qui mérite là plus de développement encore que la cohabitation ou les schémas institutionnels, parce que c'est l'Europe qui devra assurer une part de notre avenir. Nous la voulons plus forte cette Europe, nous la voulons plus sociale, plus politique. Et nous ne pouvons plus admettre que l'Europe soit toujours vécue comme une contrainte, comme un risque, comme une menace, alors qu'elle est une chance si nous en décidons ainsi. Pas seuls ! Mais déjà ici, en France, pour en faire une Europe de progrès et pour emmener les autres -plus vite d'ailleurs que nous ne l'avons fait ces dernières années. C'est un défi pour nous, les socialistes, en France, mais aussi pour les socialistes dans toute l'Europe face au danger de l'extrême droite, à la menace identitaire nationaliste. Il nous faut donc un grand mouvement socialiste conscient de l'épreuve qu'il traverse, mais aussi exigeant par rapport aux valeurs qu'il veut porter. Il ne doit pas se soumettre à l'égard du libéralisme comme il s'est soumis peut-être trop souvent par le passé. Et Lionel Jospin et ses Ministres étaient bien seuls dans les instances européennes pour faire prévaloir d'autres conceptions de la construction européenne.

C'est par l'Europe que nous maîtriserons la mondialisation, que nous ferons prévaloir, nous aussi et avec tous ceux qui voudront nous suivre -sans oublier tous ceux qui, sans nous attendre, sont dans la rue parfois, un autre monde. Ajoutons que pour construire un autre monde, il faut sans doute de grandes mobilisations populaires, mais il faut aussi des gouvernements qui agissent. Rien n'est possible sans le levier du pouvoir, de l'action étatique. Qui pourrait prétendre que la France, que l'Europe auraient avancé comme elles ont avancé dans ces dernières décennies s'il n'y avait pas eu des gouvernements socialistes ou sociaux-démocrates pour agir, pour consolider, pour construire, pour réformer, pour avancer !

Nous devons donc faire campagne sur nos idées, bien sûr, sur notre programme, sur nos valeurs, sur nos principes, mais le faire rassemblés. Rassemblés, les socialistes l'ont montré et avec quelle force ces dernières semaines. Rassemblés ! Toute la gauche ! Et celle qui le voudrait pourrait aussi avoir sa place, même si elle vient de plus loin que de la gauche plurielle. Une gauche unie, capable de réserver des circonscriptions dès le premier tour -et nous l'avons montré ici à Paris et j'en remercie le Premier secrétaire et le Maire de Paris qui ont compris, avant d'autres même, que malgré les sacrifices qu'il fallait demander à nos candidats, c'était la seule façon de faire gagner la gauche avec d'autres, mais aussi par nous. Car, c'est nous qui -à Paris comme ailleurs- tirons l'essentiel de l'attelage ; c'est nous, socialistes, qui avons cette responsabilité de faire avancer la gauche, mais aussi de la rassembler. La rassembler en France, la rassembler en Europe. Et surtout, ne pas oublier que dans cette campagne où nous voulons faire gagner nos candidats, nous voulons aussi lutter contre l'extrême droite. Et nous affirmons clairement, à chaque fois, quelle est notre attitude par rapport à l'extrême droite. Et nous l'avons montré, et que quelle façon, lors de l'élection présidentielle. Et nous pourrions espérer aujourd'hui la même clarté de la part de la droite¿ Nous la cherchons¿ Et nous ne la devinons guère. Les mots sont là " Lutte contre l'extrémisme " ; mais les connivences, les alliances, les compromissions sont aussi ici plus que là.

Voilà quels sont les enjeux du scrutin. Il aura des conséquences fortes sur trois équilibres essentiels :

L'équilibre de la société : du vote des Français, de la majorité qui gouvernera dépendra l'arbitrage entre le marché et l'Etat, entre l'économique et le social, entre l'intérêt particulier et l'intérêt général, entre le court terme et le long terme.

· L'équilibre de la démocratie : concentration des pouvoirs, si la droite s'en empare ; menace sur l'indépendance de la Justice, si elle poursuit ses intentions ; inégalité entre les collectivités locales, si elle veut faire la décentralisation à sa guise ; et surtout, banalisation de la construction européenne, vassalisée aux intérêts américains. L'Europe que nous voulons est une Europe qui assure ses alliances, qui fait ses choix : choix de la démocratie, choix de la lutte implacable contre le terrorisme et la violence, mais aussi choix de la paix partout dans le monde avec le souci de l'équilibre, tout particulièrement au Proche-Orient.

· Il faut, et c'est le troisième équilibre, une Europe qui sache résister aux pressions, aux pressions nationalistes, guerrières et économiques. Nous avons à promouvoir un modèle en Europe, un modèle politique, un modèle de Droits de l'Homme, un modèle social.

Les élections législatives sont peu-être la consultation la plus importante de cette année 2002. Elles le sont d'autant plus qu'il s'est produit ce traumatisme du premier tour, mais aussi le résultat du second tour. Par rapport à ce qui était prévu, par rapport aux schémas institutionnels qui pouvaient faire ici ou là référence, rien ne s'est finalement déroulé comme il était attendu.

Ce sont donc, par paradoxe, les élections législatives qui, aujourd'hui, déterminent l'avenir politique de notre pays pour cinq ans. Il ne s'agit pas donc d'une formalité, d'une consultation de second ordre. Il s'agit de nous, de notre communauté nationale de notre destin collectif, et de la forme que nous voulons donner à la construction européenne.

Ce qui s'est passé lors de l'élection présidentielle -abstention, dispersion, manque de repère, effacement de l'enjeu- ne doit pas se reproduire. Le sursaut républicain que nous avons retrouvé au lendemain du premier tour doit se prolonger jusqu'au bout. La droite joue, de façon d'ailleurs cynique, sur la fatigue, sur l'anesthésie du débat démocratique, sur la perte des réflexes. Nous avons donc, nous la Gauche, au nom même de notre conception de la République et d'une consultation démocratique, l'obligation de faire une campagne claire, de faire une campagne forte, de faire une campagne sur nos idées.

Il reste peu de jours, c'est vrai ! Raison de plus pour agir, pour aller plus loin, pour prendre contact autant qu'il le faudra. Vous avez une responsabilité essentielle, vous, militants, sympathisants de la gauche. Vous avez là le devoir de faire en sorte que ce pays, le nôtre, prenne en main son destin comme il convient et fasse entendre une voix différente.

Tout est possible. Rien n'est acquis. Tout dépend de vous. C'est la plus belle des libertés que nous avons. Celle qui a surgi d'ailleurs dans l'esprit des plus jeunes au lendemain du premier tour : le vote, le suffrage, c'est l'acte essentiel dans une république citoyenne.

De notre capacité à agir, de notre volonté à combattre la résignation ou la peur dépend l'issue du scrutin. La jeunesse est là, présente, ardente, elle nous donne envie de poursuivre. Les plus expérimentés nous donnent envie d'être à la hauteur des combats passés.

Tout est possible si nous en décidons les 9 et 16 juin. La Gauche est là et la France a besoin de la Gauche.

(source http://www.parti-socialiste.fr, le 3 juin 2002)

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