Interview de M. Patrick Braouezec, député PCF, à RTL, le 6 juin 2002, sur le PCF, son organisation et son projet politique, ainsi que sur la stratégie à adopter en cas de nouvelle cohabitation. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Patrick Braouezec, député PCF, à RTL, le 6 juin 2002, sur le PCF, son organisation et son projet politique, ainsi que sur la stratégie à adopter en cas de nouvelle cohabitation.

Personnalité, fonction : BRAOUEZEC Patrick, ELKRIEF Ruth.

FRANCE. PCF, député

ti : R. Elkrief - J. Chirac demande une vraie majorité, une majorité un peu à son image. Sort-il de son rôle de président ?

- "A mes yeux, oui. Comme l'a dit A. Duhamel à l'instant, il a eu une intervention en deux temps : une première qui convenait tout à fait pour un président de la République, c'est d'appeler à voter, à participer et à continuer ce qui s'était passé lors du deuxième tour de la présidentielle. Ensuite, il est effectivement, à mes yeux, un peu sorti de son rôle, en demandant avec force de lui donner une majorité. Vous me direz que c'est de bonne guerre..."

C'est un peu logique. Il a envie de gouverner les mains libres, après cinq ans de cohabitation.

- "C'est un peu logique, mais il aura effectivement, pour la première fois, vraiment les mains libres. Je pense que de notre côté, nous avons aujourd'hui tout intérêt à dire qu'il faut effectivement une victoire d'une gauche diverse à l'Assemblée nationale, parce que sinon, il va effectivement avoir dans ses mains l'ensemble des pouvoirs."

Et cela ne bloquera pas le fonctionnement d'un Gouvernement et de la société ?

- "A partir du moment où vous avez deux têtes, un président de la République, fort de ses convictions, et de l'autre un gouvernement, fort des siennes, et qu'on ne recherche pas le consensus mou, comme cela a peut-être été trop le cas avec la cohabitation dans la dernière période, je ne le pense pas. Je crois qu'aujourd'hui, les Français ont besoin que des gens s'engagent avec des convictions. A partir du moment où ils tiennent leurs engagements, ils se reconnaîtront au bout du compte. Ce qui tue la politique au niveau de la cohabitation, c'est quand on est à la recherche d'un consensus mou et qu'on veut faire plaisir à tout le monde."

S'il y avait une nouvelle cohabitation avec la gauche, vous seriez pour une cohabitation dure, offensive ?

- "Tout à fait."

Contre J. Chirac ?

- "Pas contre J. Chirac en tant que tel, mais contre la politique qu'il défend, y compris sur le plan européen. On aurait des choses à dire. Nous sommes dans une Europe, aujourd'hui, où de plus en plus se tiennent des politiques de droite, voire d'extrême droite. On aurait peut-être justement l'occasion de montrer la différence et de proposer une autre conception européenne, non pas basée sur les exigences des pouvoirs économiques et financiers, mais sur l'exigence de satisfaire les revendications des salariés dans une Europe autre, l'Europe sociale."

On revient sur le résultat de R. Hue à la présidentielle : 3,37 %. Un score calamiteux. Immédiatement, vous, avec d'autres personnes du PCF, vous avez demandé une organisation radicalement contestataire et moderne, pour une gauche alternative, ouverte notamment aux écologistes, à l'extrême gauche et aux mouvements sociaux. En bref, cela veut dire la fin du Parti communiste. Vous demandez une autre organisation, un autre parti ?

- "Je ne crois pas à la fin de l'idée communiste, pas du tout même. Peut-être même que cette idée, si on la rend moderne et contemporaine, va se montrer tout à fait opportune par rapport aux choix de société qu'on a à faire. Par contre, je crois que la forme "parti" peut effectivement être dépassée. Il faut qu'on retrouve d'autres façons d'organiser des mouvements politiques. On le voit au niveau des jeunes, qui ne se reconnaissent plus dans les partis, mais qui par contre se mobilisent de fois sous forme de réseaux, peut-être à l'image d'Attac ou d'autres organisations. Je crois qu'on a effectivement besoin de rassembler aujourd'hui une gauche alternative, qui permette de construire un projet politique et qui ne rejette personne."

Franchement, n'est-ce pas ce qui a été fait ces dernières années ? On a vu toutes les formes de rénovation du Parti communiste et cela a abouti à pas grand chose !

- "Non, on n'a pas vu toutes les formes de rénovation. On a vu un parti qui s'engluait dans une forme pyramidale, même s'il y a eu un certain nombre de réformes de façade. Et puis, il n'y a pas que la forme qui compte, c'est aussi le projet politique. Or, ce projet politique, on a eu du mal à l'élaborer. Il ne s'en est pas servi pendant la campagne des présidentielles, ce qui pose encore un autre problème."

Parce qu'il appartenait au Gouvernement ? Parce qu'il y avait ce lien avec le PS ?

- "Parce qu'on n'a pas su, dès le départ, dès 1997, articuler ce qui devait l'être, entre parti du gouvernement et parti du mouvement social. Si on veut faire des transformations dans ce pays, ce n'est ni comme le propose O. Besancenot d'un côté, avec des manifestations dans la rue, ni de l'autre ce que propose F. Hollande, au niveau de la sociale-démocratie, à savoir les changements par les institutions et par la gestion. C'est dans l'articulation entre mouvement social et points d'appui, que représentent des élus, à quelque niveaux qu'ils soient, que l'on fera les transformations dont notre peuple a besoin."

Ce n'est pas un peu "langue de bois" ? On a l'impression d'avoir entendu cela si souvent...

- "Non, je ne pense pas que ce soit "langue de bois"."

Concrètement, qu'est-ce que cela donne ?

- "Concrètement, cela donne que, par exemple, quand il y a eu en Seine-Saint-Denis, en 1997-1998, le mouvement des écoles, des lycéens, des parents d'élèves, des professeurs qui exigeaient un certain nombre de moyens, on s'en est servi à l'Assemblée nationale pour dire que oui, il faut qu'il y ait des moyens nouveaux en Seine-Saint-Denis, pour l'école. C'est cette articulation entre le mouvement des gens et notre participation à la direction du pays qui a permis que des moyens supplémentaires soient accordés. Je crois que cette question, si on l'avait abordée de la même façon en ce qui concerne les infirmières, en ce qui concerne un certain nombre d'autres salariés, on n'en serait peut-être pas là, et on aurait peut-être mieux compris que les gens avaient vraiment besoin de changements profonds."

Qu'est-ce que vous faites quand vous voyez que le FN, par exemple, recrute beaucoup d'ouvriers, et que finalement, il occupe un peu la place du Parti communiste protestataire de l'époque ?

- "On continue, en ce qui nous concerne, en tout cas à Saint-Denis, à militer et à faire en sorte que ces gens ne soient pas trompés par le FN, qui est un parti ultra conservateur, qui ne fera rien, si jamais il arrivait à des postes de responsabilité, pour les gens qu'il est censé aujourd'hui représenter, en tout cas, pour lesquels il essaye effectivement de faire croire qu'il est là pour les défendre. [Il ne faut] pas oublier que Le Pen est un milliardaire, que toutes les mesures qu'il préconise ce sont des mesures qui vont à l'encontre des salariés et des plus petits, de ceux qui sont dans des situations de précarité. C'est cela qu'il faut qu'on arrive à faire comprendre avant tout. L'idée que le FN est un parti xénophobe, raciste, etc. Ce sont des choses que les gens attendent. Par contre, ils ont du mal encore à percevoir que c'est un parti qui est contre la classe ouvrière."


(Source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 6 juin 2002)

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