Interview de M. François Loos, ministre délégué au commerce extérieur, à "Europe 1" le 15 juillet 2002, sur l'analyse du dernier solde du commerce extérieur, les missions de la direction des relations économiques extérieures. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. François Loos, ministre délégué au commerce extérieur, à "Europe 1" le 15 juillet 2002, sur l'analyse du dernier solde du commerce extérieur, les missions de la direction des relations économiques extérieures.

Personnalité, fonction : LOOS François, EVRARD Luc.

FRANCE. Ministre délégué au commerce extérieur

ti : On va voir avec vous quels sont les atouts de la France dans la compétition mondiale, et puis, éventuellement d'ailleurs, si votre administration très particulière est un de ces atouts. On commence par l'exercice obligé pour tout ministre du Commerce extérieur : les commentaires sur le dernier solde du commerce extérieur français : 2,1 milliards d'euros d'excédents en mai. Les exportations reculent moins vite que les importations. C'est quand même le signe d'une économie un peu au ralenti ?

- " Effectivement, vous avez raison, d'un côté, on peut être satisfait des 2 milliards d'excédents, et d'un autre côté, il faut voir que cet excédent est dû à la baisse du niveau des importations, et cette baisse du niveau des importations ne tient pas encore compte de la baisse du dollar. C'est un niveau d'importation qui a diminué parce que nos achats de biens d'équipement, c'est-à-dire nos investissements en France ne sont pas assez importants. C'est cela qui est significatif. D'un autre côté, les exportations sont importantes ce mois-là, parce qu'il y a aussi seize Airbus dedans. "

Comme toujours, Airbus joue un rôle essentiel dans nos échanges.

- " Il joue un grand rôle effectivement. Donc, mauvais signe pour le niveau des investissements en France. "

Sur les cinq premiers mois de l'année, on est quand même mieux que l'an dernier : 5,5 milliards d'excédents, contre un déficit de 800 millions. Cela veut dire quand même que, bon an mal an, la croissance est là, même si elle est molle ?

- " Elle est insuffisante. Nous avons besoin d'une croissance en France pour que les entreprises françaises assurent l'emploi, pour que nous puissions assurer les réformes, parce qu'il faut que les recettes fiscales rentrent, il faut que l'économie aille bien dans notre pays. Nous avons besoin de croissance, c'est quelque chose d'indispensable. Aujourd'hui, la croissance pronostiquée, c'est 0,5 % par trimestre. Moi, je préférerais qu'on ait au moins 3 %. "

Comment est-ce qu'on peut accélérer cela ? C'est quand même l'occasion de rappeler que la France et ses exportations jouent évidemment un rôle moteur dans le commerce mondial. On est toujours le 4ème exportateur du monde malgré l'arrivée de nouveaux acteurs ?

- " Oui, nous sommes un grand exportateur, mais d'un autre côté, il faut voir que nous sommes un exportateur intra-européen. D'ailleurs, si vous enlevez l'Europe, nous ne sommes pas mieux que les autres, enfin, nous Français et nous Européens. Et donc, aujourd'hui, moi je fais un vibrant appel aux exportateurs pour qu'ils renforcent leurs activités d'exportation et aux non-encore-exportateurs pour qu'ils deviennent exportateurs. Nous en avons besoin, parce que vous savez, un tiers des emplois sont liés à l'exportation. Si nous voulons être plus performants, nous avons besoin de croissance pour que cela génère des emplois. Le domaine qui a la plus forte croissance au monde, c'est le commerce extérieur. Cela veut dire qu'en vingt ans, le commerce extérieur mondial a été multiplié par 20. "

On voit bien que ce sont les ressorts de la croissance future ?

- " C'est beaucoup plus que la croissance de n'importe quel secteur. L'agro-alimentaire est en croissance, l'automobile est en croissance, c'est bien, mais là où la croissance est la plus forte, c'est le commerce extérieur et il faut donc profiter de tout ça. "

Compte tenu de cette réalité qui est maintes fois rappelée, comment expliquez-vous la réticence des Français face à la mondialisation ?

- " Je pense que dans la mondialisation, il y a l'emploi qui est un bon facteur, mais il y a d'autres problèmes qui apparaissent, c'est-à-dire qu'on ne veut pas se faire imposer des choses. On ne veut pas, au nom d'un développement des échanges, accepter n'importe quoi. Nous n'allons pas accepter n'importe quoi dans le domaine culturel, nous n'allons pas accepter n'importe quoi dans le domaine éducatif, dans les services, et nous sommes extrêmement vigilants pour protéger cela au sein de l'Organisation mondiale du commerce. "

Il faut protéger une forme de modèle européen, donc français dans la compétition mondiale ?

- " Il faut savoir qu'on ne peut pas tout acheter. Il y a des choses sur lesquelles le commerce c'est du commerce, et là, on peut être clair ; et puis, il y a des choses qui correspondent à notre mode de vie, à notre culture, à notre histoire et, celles-là, évidemment, il faut évidemment les protéger. Au sein de l'Organisation mondiale du commerce, la France est un des acteurs pour que la mondialisation soit la plus humanisée possible. Nous sommes pour une défense de l'homme dans notre politique, mais pour l'homme en France et pour l'homme dans le monde. "

La crainte qu'on a souvent aussi vis-à-vis de la mondialisation, c'est qu'elle se traduise notamment en France par une remise en cause d'un certain nombre d'acquis sociaux. Notamment parce que les entreprises, pour maintenir leur compétitivité, sont quand même tentées de réduire leurs coûts dans tous les domaines, surtout les coûts salariaux. C'est cela aussi : il faut rester compétitif tout en préservant l'essentiel de ces conquêtes sociales ?

- " Je pense que la France a besoin d'être un site attractif. C'est-à-dire que ce que l'on produit en France doit être compétitif par rapport au niveau mondial. Nous devons donc produire des produits de qualité qui soient suffisamment rémunérateurs, mais pour cela aussi, il faut que notre administration, notre système public ait la performance équivalente de celle des entreprises. Autant on ne peut pas demander tout aux entreprises si on ne demande rien au secteur public. Il faut que cette performance soit la performance de la société française dans son ensemble. "

Là, au Commerce extérieur, vous avez quelques résultats à faire valoir. Je voudrais parler de la DREE, la Direction des Relations économiques extérieures, qui, c'est une première je crois, va être certifiée ISO-9001 cette semaine, alors que ça n'était jamais arrivé dans une administration. Cela veut dire quoi ?

- " Moi, je suis assez fier d'arriver à ce moment-là. Figurez-vous qu'en 1995, lorsque j'étais jeune député, juste précédemment chef d'entreprise, exportateur à 64 % d'ailleurs, j'avais demandé dans un article de journal que les administrations soient également certifiées. Nous avons besoin de travailler avec des administrations qui ont le sens du client, qui savent qu'elles ont un service à rendre, que la qualité de ce service peut se critiquer, peut s'améliorer, qu'il peut y avoir des progrès. La DREE, c'est une administration qui a parfaitement compris cela. "

Quelle est la commission d'abord pour le client ?

- " La DREE, c'est d'aider les entreprises à exporter, grosso modo. Il y a 154 bureaux à travers le monde et il y a environ 2000 agents, et ces 2000 agents ont à peu près tous suivi une formation sur ce qu'est la qualité, et ils sont tous passés par un système de certification qui leur donne aujourd'hui ISO-9001. C'est, pour toutes les entreprises qui savent ce que c'est, une certification de très bonne qualité qu'il faut évidemment maintenant conserver. Ce n'est pas un truc acquis une fois pour toutes. C'est quelque chose qu'il faut, au jour le jour, remettre en question pour pouvoir conserver ce niveau de qualité. Et alors, le fait que ce soit certifié fait que toutes les critiques, aussi minimes soient-elles, remontent à l'organisateur qui en tient et qui améliore de nouveau. C'est ce que font les entreprises qui sont certifiées. Eh bien, l'administration de la DREE le fait aussi. "

La Direction des Relations économiques extérieures fait un peu figure d'exception à Bercy. On imagine bien que c'est parce qu'elle est dans le secteur concurrentiel que cela est possible. Est-ce que cela peut être une piste pour la grande réforme de l'Etat et peut-être l'amélioration ou la modification de sa façon de travailler ?

- " Moi je crois qu'effectivement, des mesures de réforme de l'Etat peuvent s'inspirer de ce modèle. C'est un modèle qui correspond à une administration qui a une clientèle. L'administration n'a pas toujours une clientèle. L'administration a quelquefois comme rôle d'étudier, d'être une force de proposition. dans ce cas, ce n'est pas la même chose. Mais c'est un modèle pour une réforme qui est nécessaire. Nous avons besoin d'avoir le même niveau de compétitivité de nos entreprises et de nos administrations. Je crois que cela, tous les Français en sont conscients, et qu'à Bercy, on ait fait un pas en avant est quelque chose d'extrêmement exemplaire pour le reste de l'administration. "

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 16 juillet 2002)

Rechercher