Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, dans "L'Est républicain" le 17 juillet 2002, sur les grandes orientations du projet de relance de la décentralisation. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, dans "L'Est républicain" le 17 juillet 2002, sur les grandes orientations du projet de relance de la décentralisation.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre, DIDIER Chantal.

FRANCE. Premier ministre

ti : - Vous êtes à Matignon depuis deux bons mois. Comment qualifieriez-vous la tâche d'un Premier ministre ?

- C'est un travail d'architecte. Le concepteur est à l'Elysée et le bâtisseur doit mettre en harmonie un certain nombre de professionnels. Il faut à la fois la vision globale et le souci du détail. C'est une responsabilité accaparante, passionnante et qui oblige, je crois, à un certain effacement personnel.

- A propos d'harmonie, certains de vos ministres ont tenu des propos divergents. Selon vous, Matignon doit-il tout arbitrer ou laisser une certaine liberté à l'équipe ?

- Je suis favorable à la créativité mais aussi à la cohérence. Matignon arbitre les décisions budgétaires et de programmation, l'ensemble de l'action gouvernementale, mais 38 ministres, c'est 38 personnes. C'est aussi mon travail de gestion des ressources humaines de faire en sorte que la rigueur d'un ministre soit compatible avec la chaleur d'un autre, de conjuguer les talents. La gestion n'est pas forcément la caporalisation.

- Vous commencez en Lorraine une série de visites sur le terrain pour évoquer la décentralisation. Cette réforme programmée sera-t-elle une "régionalisation" ?

- Ce sera une réforme qui s'appuie sur deux piliers. Le pilier régional a pour vocation la cohérence, la programmation. Il se fonde sur la relation Etat-régions pour faire en sorte que chaque partie du territoire ait les mêmes chances de développement et que soit respectée l'égalité républicaine. C'est plus de responsabilités pour les régions. Une réforme fiscale et des expérimentations très poussées pour que la Région s'affirme comme un moyen de la réforme de l'Etat.

- Et le second pilier ?

- C'est la proximité, c'est-à-dire l'échelon départemental et les relations avec les communes et l'intercommunalité. Dans un pays comme le nôtre, il faut les deux. Si l'on est cohérent sans proximité, on est jacobin. Si l'on fait de la proximité sans cohérence, on aboutit à la dispersion et au gaspillage. Ce sera donc une réforme de régionalisation mais aussi de territorialisation autour du département.

- La révision constitutionnelle intègrera-t-elle l'autonomie fiscale des collectivités locales ?

- Nous avancerons dans cette direction. Je ne renie pas, Premier ministre, mes convictions de parlementaire. J'ai d'ailleurs beaucoup travaillé sur ces questions avec André Rossinot. Aujourd'hui, l'Etat a mis sous tutelle les collectivités territoriales en leur délivrant des dotations qui sont plus importantes que leurs ressources propres. Ce n'est plus une situation d'autonomie. Il faudra réformer toutes les finances locales en augmentant progressivement les ressources propres.

- Comme président de région, vous souhaitiez que vous soient transférées les compétences en matière de formation professionnelle, environnement, agriculture, développement économique, culture, tourisme. Ces voeux seront-ils repris ?

- Nous restons sur ces perspectives avec deux lois. Une première loi constitutionnelle, à l'automne, renforcera le fait régional et permettra les expérimentations. Et, au début de 2003, une loi organique organisera les transferts que vous évoquez ; certains tout de suite et, d'autres, après expérimentations de plusieurs années.

- Cette grande réforme fera-t-elle l'objet d'un référendum ?

- Une réforme constitutionnelle exige soit le référendum soit le Congrès. Nous déciderons de la procédure quand la rédaction du texte législatif sera achevée.

- Allez-vous réformer le mode de scrutin régional ?

-Il le faut, tout comme le scrutin européen, d'ailleurs. Je souhaite un scrutin qui soit, pour partie du moins, plus enraciné dans le territoire. La réflexion est en cours et je souhaite que nous puissions en discuter à l'automne, au Parlement.

- Il viserait à dégager des majorités de gestion ?

- Absolument.

- La fiscalité locale ne risque-t-elle pas d'augmenter ?

- Nous voulons une meilleure gestion par la proximité et la cohérence, ce qui permettra d'éviter les gaspillages. Aujourd'hui, il y a une multiplicaiton des tâches et doublons dans les missions. Une clarificaiton des structures entraînera des économies et une meilleure productivité administrative. Donc, pour moi, le total de la fiscalité devra baisser. Gérer au plus près du terrain doit être aussi source d'économies.

- Les élus concernés par le TGV-Est viennent d'en appeler à vous pour que les engagements de l'Etat soient tenus. Qu'allez-vous leur dire ?

- Je vais explorer le sujet avec eux. Je suis dans la situation où le déficit public est de près de 25 % supérieur à ce qui était annoncé, où de nombreux engagements pris ne sont pas financés. Je ne donne pas de réponse négative. J'appelle simplement à une discussion nationale car il y a plusieurs grands projets d'infrastructure qui sont dans cette situation. Je veux tout examiner et discuter avec les différents acteurs, à l'automne, les arbitrages nécessaires.

- Deux de vos ministres ont évoqué la remise à l'étude du canal Rhin-Rhône. Qu'en pensez-vous ?

- Pour le moment, nous n'avons pas suffisamment de moyens financiers pour soutenir tous les projets qui sont programmés et sur lesquels la parole de l'Etat est engagée. Les autres projets ne sont donc pas, pour l'heure, à l'ordre du jour. Le TGV pour Strasbourg, j'en reconnais l'urgence et la priorité. Tant que des engagements aussi importants que celui-là ne sont pas financés, je ne peux qu'être prudent sur de nouveaux projets.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 17 juillet 2002)

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