Interview de M. François Fillon, ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité, à RTL le 16 juillet 2002, sur la tentative d'assassinat contre Jacques Chirac et le compte-rendu par la presse des débats au sein du gouvernement sur la "révision concertée des conditions de licenciement". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Fillon, ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité, à RTL le 16 juillet 2002, sur la tentative d'assassinat contre Jacques Chirac et le compte-rendu par la presse des débats au sein du gouvernement sur la "révision concertée des conditions de licenciement".

Personnalité, fonction : FILLON François, ARZT Richard.

FRANCE. Ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité

ti : R. Arzt.- La tentative d'assassinat contre J. Chirac continue à faire les titres des journaux. Pour vous, il y a une relation évidente entre la fréquentation de l'extrême droite et cette intention de tuer le Président ?

- "Il faut être très prudent et attendre que l'enquête nous en dise plus avant d'anticiper sur les raisons de cet attentat. Je pense surtout à J. Chirac et à sa famille, parce qu'on a beau s'être préparé, quand on est président de la République, sans doute, à l'idée qu'un événement comme ça puisse un jour arriver, le fait de savoir qu'on a voulu vous tuer, c'est quelque chose qui doit vous changer. Et je lui dis toute mon amitié."

Vous considérez que les réactions des partis - majorité, opposition - qui expriment une émotion à peu près unanime, sont une nouvelle illustration d'un sursaut républicain ?

- "Oui, je pense qu'il y a prise de conscience dans notre pays depuis le premier tour de l'élection présidentielle, que les institutions méritent du respect et que les hommes qui les incarnent méritent aussi du respect. On est allés trop loin avant le premier tour de l'élection présidentielle dans le dénigrement personnel, dans les attaques, dans l'abaissement des symboles qui caractérisent les institutions. Il y a aujourd'hui un retour qui me semble positif."

Il y a aussi - il en avait été beaucoup question pendant la campagne présidentielle - un climat général d'insécurité, dont parlait beaucoup J. Chirac. Ce genre d'incident en est aussi une illustration ?

- "Non, je ne crois pas. Il ne faut pas exagérer les choses. Simplement, il y a une violence et une solitude dans notre société qui génèrent des actes, sans doute, comme celui auquel on vient d'assister. On a vu d'autres exemples, avec le tueur de Nanterre : des êtres apparemment normaux, sans histoire, en même temps extraordinairement seuls, renfermant une violence qu'on a du mal à imaginer.

Venons-en aux questions relevant de votre ministère, les Affaires sociales : les licenciements. Avant-hier, J. Chirac a annoncé une nouvelle structure qui permettra au Gouvernement d'intervenir massivement pour apporter des solutions quand il y a des plans sociaux, des licenciements. C'est la position que vous aviez exprimée ; vous êtes content de cet arbitrage ?

- "Ce n'est pas un arbitrage. D'abord, il faut dire que nous, nous n'allons pas mentir aux Français en leur faisant croire qu'on peut empêcher les licenciements par la loi - comme l'avait fait le gouvernement précédent. C'est justement en mentant aux Français qu'on les détourne de la vie politique et qu'on provoque les comportements extrêmes qu'on a connus lors de l'élection présidentielle. En revanche, nous ne faisons pas partie de ceux qui disent que l'Etat ne peut plus rien faire, que l'Etat doit assister en spectateur aux accidents de l'économie".

Concrètement, qu'allez-vous faire ?

- "Ce qu'on veut faire d'abord, c'est de la prévention. C'est-à-dire essayer, avec les entreprises, d'identifier les secteurs les plus fragiles pour ne pas apprendre par la presse les catastrophes qui se produisent. Deuxièmement, nous voulons faire de la coordination sur le terrain, entre les collectivités locales, l'Etat, les organisations syndicales. A la fois, pour mieux défendre les salariés, qui, souvent - notamment lors de dépôt de bilan de petites entreprises - sont dans une situation de grand dénuement. Et puis, pour faire la réindustrialisation qui est nécessaire."

Cela donnera quelle structure, à quoi elle peut ressembler ?

- "C'est encore un peu tôt pour en parler. C'est de la coordination interministérielle. J'ai une expérience dans ce domaine : en tant que président de région, j'ai mis en place une coordination de ce type pour faire face aux problèmes du textile dans Scholte. Avec l'Etat, on a mis de l'argent et on a pu, en particulier, mettre en place des actions pour permettre le reclassement des salariés frappés par ces licenciements. C'est un point très important que le Président a d'ailleurs évoqué dans son discours du 14 juillet ; c'est la mise en oeuvre de l'engagement qu'il a pris d'une assurance-emploi, c'est-à-dire d'un compte de formation individuel..."

Qui permet aux PME d'être sur le même terrain que les grandes entreprises...

- "Oui, voilà. Et qui permet à tous les salariés, face à un accident professionnel, face à un accident dans leur parcours, de trouver les moyens et le temps de se former pour apprendre un nouveau métier. Parce que souvent, les plans sociaux c'est en fait le résultat de la disparition d'une activité économique et de transferts dans d'autres pays d'une activité."

F. Mer, le ministre de l'Economie n'avait pas compris tout ça. Il a dit : "Les licenciements, c'est l'affaire des patrons".

- "Ce qui est très choquant dans cette affaire, c'est qu'on retrouve dans la presse l'intégralité des réunions de ministres."

Vous confirmez que ça s'est bien passé comme ça ?

- "C'est normal qu'il y ait des débats ! Un gouvernement qui ne débattrait pas ne serait pas un gouvernement efficace. Un gouvernement qui travaille, c'est un gouvernement qui débat."

Heureusement que la presse est là pour en rendre compte.

- "Non, parce que si les réunions de ministres continuent à être dans la presse de cette manière-là, il n'y aura plus de réunions de ministres. Ou alors, chacun dans ces réunions de ministres parlera la langue de bois. Il est naturel qu'il y ait entre le ministre de l'Economie et des Finances et le ministre des Affaires sociales des divergences d'approches sur ces sujets-là. Au fond, on est à l'interconnexion des problèmes économiques - la nécessité de la liberté pour l'entreprise -, et du rôle qui est le mien, c'est-à-dire veiller à ce que les salariés soient le mieux traités possible, notre recherche de la défense..."

...Vous êtes fâché avec F. Mer ?

- "Non, on n'est pas du tout fâchés. J'ai un grand respect pour F. Mer, il apporte beaucoup au Gouvernement. Je souhaite qu'il puisse y avoir - je n'ai pas connu ça dans les gouvernements précédents auxquels j'ai appartenu -, un lieu où l'on puisse débattre, comme des hommes politiques que nous sommes, des problèmes. Donc, je souhaite que ce lieu soit maintenu. J'appelle mes collègues, en tout cas ceux qui informent la presse sur ces sujets, du risque qu'il y a à stériliser l'action du Gouvernement en agissant de cette manière."

C'est un autre débat. Nous avons tendance à remercier ceux qui vous informent, évidemment. Un mot sur l'UMP, qui va être créé à l'automne...

- "Vous savez, c'est plus grave que ce que vous pensez. Vous vous plaignez souvent vous-mêmes de la langue de bois des hommes politiques mais la langue de bois des hommes politiques, elle est pour une part aussi le résultat de l'usage qui est fait de leurs propos."

Dites-moi comment s'appellera le courant de pensée que vous voulez créer dans l'UMP ?

- "Je ne sais pas encore comment s'appellera l'UMP. Ce que je veux essayer de faire, c'est de démontrer que la République rénovée, que le patriotisme éclairé sont des réponses aux problèmes de la mondialisation et au fond, à l'avenir de l'Europe, et au message que l'Europe peut aujourd'hui délivrer au monde."

Vous serez le gaulliste de gauche des années 2002 ?

- "Non, ce sont des termes qui n'ont plus de sens. J'essaierai de défendre l'idée d'une République rénovée."

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 16 juillet 2002)

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