Interview de M. Noël Mamère, député des Verts, à "RTL" le 22 juillet 2002, sur le projet de loi Sarkozy sur la sécurité et les pouvoirs de la police, la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv et le rôle des Verts au sein de l'opposition de la gauche. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Noël Mamère, député des Verts, à "RTL" le 22 juillet 2002, sur le projet de loi Sarkozy sur la sécurité et les pouvoirs de la police, la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv et le rôle des Verts au sein de l'opposition de la gauche.

Personnalité, fonction : MAMERE Nöel, ARZT Richard.

FRANCE. Les Verts, député

ti : R. Arzt - Le Journal officiel a publié hier les comptes de campagne des candidats. Vous avez déclaré avoir dépensé 4,15 millions d'euros. Cela veut dire que vous avez moins dépensé que d'autres candidats qui étaient un peu dans votre catégorie : moins que J.-P. Chevènement, qui a fait un score guère supérieur à vous ; moins que R. Hue, qui a fait nettement moins...

- "Oui, cela veut dire que l'on peut faire une campagne honnête, qui soit entendue des Français, sans pour autant être dispendieuse. C'est un des bons aspects de la législation sur les campagnes électorales. Il faudra cependant revoir la question des 500 signatures. Vous savez toutes les discussions que nous avons eu à l'occasion de cette élection présidentielle. Il faudrait se rapprocher d'un système à l'italienne, pour précisément faire en sorte que les candidats à l'élection présidentielle aient une plus grande légitimité populaire."

En quoi consiste le système italien ?

- "C'est un système où l'on fait une campagne de recrutement de signatures, et il faut avoir plusieurs milliers de signatures, mais cela ne se compte pas par 5.000 ou 10.000, cela se compte par 20.000."

Parlons maintenant de votre travail de député de l'opposition. La semaine dernière, vous avez adopté un ton très rude au moment du débat sur la loi Sarkozy sur la sécurité. Vous avez dénoncé un texte qui, selon vous, couvrira les bavures de la police, vous avez fait une allusion à la police de Vichy et au souvenir du Vel d'Hiv...

- "Je préfère que vous évoquiez le souvenir que j'ai voulu évoquer du Vel d'Hiv. Oui, je suis sur la ligne qui a été proposée par le président de la République, lorsqu'il a été élu pour la première fois en 1995, et qui a rompu avec une tradition détestable, en reconnaissant la responsabilité de la France dans le massacre du peuple juif et dans la Shoah..."

J.-P. Raffarin l'a redit hier.

- "C'est très bien, je ne vais pas m'en plaindre. Mais j'étais à la tribune de l'Assemblée nationale, je fais partie des 577 représentants du peuple. Il était normal que, ce jour-là, j'évoque le soixantième anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv, puisque c'est par la France et par les Français qu'a réellement commencé l'élimination systématique des Juifs, ce que l'on a appelé la Shoah."

Il faut donc sortir cette phrase du contexte de la loi sécurité ?

- "Il faut surtout lire le texte que j'ai lu à l'Assemblée nationale, qui n'a rien à voir avec l'interprétation qui en a été faîte par les politiciens, très rapidement relayés par des journalistes peu scrupuleux, ou en tout cas, peu attentifs au texte que j'ai prononcé."

On regardera ça, mais J. Glavany par exemple, a estimé que vous avez défendu les thèses "gauchistes et irresponsables" ?

- "J'aimerais savoir sur quels motifs J. Glavany s'est opposé à la loi Sarkozy sur la sécurité, puisque tout comme moi, il a voté contre. Si c'est pour montrer du doigt quelqu'un qu'il n'aime pas beaucoup, parce que j'ai le courage de dire ce que je pense et de ne pas rester dans une notion qui a coûté cher à Jospin et qui s'appelle "l'équilibre" dans lequel se trouve aujourd'hui le Parti socialiste, qui ne sait pas très bien ce qu'il veut, qui vote l'article 2 de la loi sur la sécurité, parce qu'il y a plus de policiers, mais qui va voter contre au total, tout en disant que cette loi sur la sécurité est bien... Effectivement, on donne beaucoup trop de pouvoirs à la police et surtout où on stigmatise des populations, comme par exemple les gens du voyage, en faisant croire que tous les gens du voyage viennent de Roumanie et qu'ils organiseraient tous la prostitution ou ce que Sarkozy appelle la "mendicité agressive". Ces amalgames sont dangereux. Il est dangereux dans une démocratie..."

Vous êtes complètement contre cette loi, on l'a compris...

- "Je ne suis pas pour cette loi, je suis contre cette loi et je suis surtout contre la manière dont on traite la question de l'exclusion sociale dans ce pays. Ce n'est pas uniquement par la répression. Oui, il faut des sanctions. Mais il n'y est rien dit sur les victimes, il n'est rien dit sur la prévention, et c'est là-dessus qu'il faut travailler. Pendant la campagne électorale, j'ai parlé des éducateurs de rue, j'ai parlé de la protection judiciaire de la jeunesse..."

On ne va pas refaire la campagne !

- "Mais c'est pourtant là que se pose le problème !"

Sur l'insécurité routière, les premières mesures envisagées par G. de Robien, le ministre de l'Equipement - une police spécialisée, plus de lutte contre l'alcool au volant -, cela va-t-il dans le bon sens à votre avis ?

- "D'abord, il ne faut pas parler de "sécurité routière", il faut parler de "violence routière". La France est le pays de l'Union européenne dans lequel il y a le plus d'accidents tous les ans : 8.500 morts par an. Je trouve assez drôle que des gens qui sont au pouvoir depuis plus de 30 ans, qui ont été le relais des lobbies de l'alcool et de l'automobile - puisque les deux causes principales de la violence routière, sont la vitesse au volant et l'alcoolisme -, découvrent aujourd'hui qu'il y a un fléau dans notre pays et qu'on n'a pas été assez sévère. Ce que propose monsieur de Robien, c'est bien mais il y a une chose à faire, plutôt que de mettre des boîtes noires dans les voitures : c'est d'obliger les constructeurs automobiles à brider les moteurs. Mais cela, je ne l'ai pas vu parce que les constructeurs automobiles sont toujours un lobby très puissant dans ce pays."

Que ce soit un grand chantier de J. Chirac...

- "C'est très bien, nous n'allons pas nous en plaindre. Mais qu'il aille jusqu'au bout. En ce domaine, il est plus facile de tenir ses promesses qu'en matière économique."

Je reviens à la gauche : plusieurs responsables de gauche - M. Rocard, et surtout D. Strauss-Kahn - ont préconisé, ces derniers temps, une union de tous les partis de gauche, un grand parti de toute la gauche. Qu'en pensez-vous ?

- "Si la gauche plurielle est morte le 21 avril au soir, ce concept reste toujours un bon concept. Et nous ne donnerons pas de bases populaires et solides à la gauche pour préparer l'alternance, si nous ne respectons pas la diversité dans la gauche. Les Verts sont dans la gauche, ils n'ont pas l'intention d'en sortir, loin de là, ils pensent même pouvoir jouer un rôle important dans la revitalisation de la gauche. Mais les Verts ont une problématique particulière, ou en tout cas qui est nouvelle par rapport à ce qu'ont apporté dans le débat politique et de société les communistes et les socialistes, les deux autres grandes composantes de la gauche."

Donc, il ne faut pas les mélanger ?

- "Bien sûr que non, il ne faut pas les mélanger, parce que les réponses ne sont pas les mêmes. Quand, par exemple, les socialistes ou d'autres vous disent qu'il faut "humaniser la mondialisation", qu'est-ce que cela veut dire ? La mondialisation libérale n'est rien d'autre que le capitalisme mondialisé, qui n'agit qu'à court terme."

En termes d'organisation, il peut y avoir à gauche une tentation de parallèle avec la droite et l'UMP, qui est une fusion de partis ?

- "D'abord, la gauche n'a pas une tentation caporaliste, comme l'a toujours eu la droite ; nous ne sommes pas dans une logique bonapartiste. Donc, on n'est donc pas là pour mettre le doigt sur la couture du pantalon. Et les Verts, dans la gauche, ne feront progresser la gauche que s'ils savent se faire entendre sur leurs thèmes. Dans chacun des villages de ce pays, aujourd'hui, il y a une crise écologique qui menace. Et les réponses que nous apportons, comme celles que nous avons apportées à la question de la loi sur l'eau, qui, aujourd'hui, est démantelée par la ministre de l'Ecologie et du Développement durable, comme les réponses que nous avons apportées à la question de la sécurité industrielle, comme les réponses que nous apportons au nucléaire, ne sont pas les mêmes que celles du Parti socialiste et du Parti communiste. Il faut donc que les Verts jouent leur rôle dans la gauche et apportent leurs réponses, qu'elles soient entendues des Français, et en particulier des jeunes, puisque ces jeunes sont aujourd'hui complètement en jachère..."

Pour jouer ce rôle, y aura-t-il un tandem le moment venu entre vous et D. Voynet, à la tête des Verts ?

- "Ce n'est pas à moi de le dire, c'est aux militants Verts. Nous avons les Journées d'été qui commencent le 27 août à Saint-Jean-de-Monts, puis notre congrès au mois de décembre. Mais je ne souhaite qu'une chose : c'est que D. Voynet, N. Mamère, G. Hascoët, Y. Cochet, A. Lipietz et tous les autres, nous nous rassemblions. Parce que, franchement, les querelles que nous montrons aux Français ne nous honorent pas, nous affaiblissent. Et nous avons mieux à faire dans cette période de crise, de crise écologique, qui est une crise planétaire, et de crise sociale."

Pourquoi êtes-vous allé voir J. Bové dans sa prison avant-hier ?

- "Parce qu'au-delà de la personne de J. Bové, de l'amitié que je lui porte et du respect qui est le mien pour lui, il est le symbole d'une lutte planétaire contre le capitalisme mondialisé, contre ses méfaits. Quand il se bat sur la question des OGM, il a raison ; quand il se bat contre l'uniformisation de la bouffe ou de la culture, il a raison..."

Mais comment expliquez-vous, ce que ses amis - et sans doute vous aussi - considèrent comme une condamnation particulièrement sévère ?

- "La condamnation est sévère. Qu'il soit en prison, il ne l'a jamais renié, il n'a jamais dit que ce n'était pas normal. En revanche, ce qui n'est pas bien, c'est ce qui a été fait par le Parquet, qui s'est opposé au juge d'application des peines, qui disait qu'il pouvait sortir..."

Comment l'expliquez-vous ?

- "Je l'explique par le fait qu'aujourd'hui, nous sommes dans un pays où il y a une véritable déclaration de guerre qui a été faite à tous les responsables syndicaux, puisque dans la loi d'amnistie, il y a deux exceptions : celle de la récidive et celle de l'action en réunion. C'est fait pour condamner et traiter politiquement les leaders syndicaux."

Vous organiserez une grande fête pour sa sortie ?

- "Oui, le 1er août, bien sûr. Mais il y en aura d'autres, parce qu'aujourd'hui, malheureusement, J. Bové n'en est qu'aux hors-d'oeuvres. Il y aura d'autres jugements au cours desquels il risque des peines beaucoup plus lourdes. Il faudra se mobiliser à Paris comme ailleurs."

(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 22 juillet 2002)

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