Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le parlement et porte-parole du gouvernement, à RTL le 29 juillet 2002, sur la politique gouvernementale vis-à-vis de la Corse, la politique économique, le projet de dissolution du groupe d'extrême-droite Unité Radicale et le débat parlementaire sur le projet de loi et de programmation pour la justice. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le parlement et porte-parole du gouvernement, à RTL le 29 juillet 2002, sur la politique gouvernementale vis-à-vis de la Corse, la politique économique, le projet de dissolution du groupe d'extrême-droite Unité Radicale et le débat parlementaire sur le projet de loi et de programmation pour la justice.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, ARZT Richard.

FRANCE. SE aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement

ti : R. Arzt.- Il fallait donc que le Premier ministre rejoigne son ministre de l'Intérieur à Ajaccio, avant-hier, pour que la politique gouvernementale sur la Corse soit vraiment affirmée ?

- "C'était une bonne manière de faire. Pour J.-P. Raffarin, c'est la manière de montrer que l'action publique ne se décide plus seulement dans les lointains ministères parisiens, mais au plus près du terrain. Il y a des mots-clés dans la manière dont J.-P. Raffarin gouverne : la notion de dialogue, le respect d'écoute, de partage. C'est tout cela qui est apparu très clairement à travers cette visite éclair qu'a faite J.-P. Raffarin, en rejoignant N. Sarkozy à sa demande. D'ailleurs, dans une visite très intéressante, parce qu'elle a montré en réalité que les choses sont beaucoup moins tranchées qu'on ne le lit parfois."

Ou qu'on a pu le dire du temps où la droite était dans l'opposition ?

- "Ou en tout cas que la gauche était au pouvoir. Au-delà de cela, l'idée n'est plus de polémiquer, à supposer que cela ait été le cas avant. L'idée est assez simple : c'est que lorsque les problèmes sont complexes, on doit pouvoir, à travers quelques principes directifs, essayer de proposer une autre manière de gouverner la France. Et au cas spécifique de la Corse, ce qu'a proposé N. Sarkozy à la suite de sa visite, est tout à fait intéressant et prometteur pour l'avenir."

C'est-à-dire que la Corse va avoir un rôle de précurseur dans la décentralisation à la française ? Autrement dit, ce qui se fera en Corse, en termes d'étendue des pouvoirs, pourra être repris et copier par d'autres régions ?

- "En tout cas, il y a trois principes simples qui ont été clairement édictés. Première idée : dire que la loi de janvier 2002, telle qu'elle a été corrigée sur sa partie anticonstitutionnelle par le Conseil constitutionnel, doit être appliquée, notamment le programme d'investissements qu'il faut maintenant mettre en oeuvre..."

Donc, pas de rupture là-dessus ?

- "Pas de rupture là-dessus. Deuxième point : il faut que la Corse bénéficie pleinement du fantastique élan de décentralisation qu'on est en train de mettre en oeuvre, et pour lequel la politique qui est conduite est très nouvelle. Des termes tels que la notion de contrat, d'expérimentation, l'idée que chaque région doit travailler aussi à des initiatives nouvelles... Tout cela, c'est une autre manière de faire de la politique. Et c'est très différent de l'idée traditionnelle de tout décider depuis Paris. Il y a bien sûr une grande ambition dont les Corses doivent être des éléments précurseurs, parce que beaucoup de choses ont déjà été réfléchies sur ce sujet. Le troisième point, c'est qu'il n'est pas question de transiger sur la question de l'autorité : la violence, c'est stupide, c'est inacceptable."

La différence de méthode entre Jospin et Raffarin ?

- "Les différences sont nombreuses parce que les hommes ne sont pas les mêmes. Si je devais d'un mot les résumer, je dirais simplement que pour ce qui nous concerne, on essaie, avec Raffarin, de gouverner la France autrement, avec beaucoup plus de mots-clés tels que le dialogue, la réactivité à l'événement, et surtout, avec l'idée qu'il ne faut pas être prisonnier des idéologies. C'est bien le pragmatisme qui nous anime."

Une vraie différence avec la méthode Juppé à propos de la Corse ?

- "Vraie différence surtout avec cette manière, que l'on peut avoir ici ou là, de penser avec des certitudes plus qu'avec des interrogations. Ce qui me frappe toujours dans la manière dont J.-P. Raffarin gouverne, c'est qu'il passe beaucoup de temps à interroger, à questionner, à tester avant de décider. C'est une autre manière, effectivement, de gouverner la France."

C'est ce qui peut parfois donner l'impression de "couacs" ? On a vu cela en matière économique et sociale ces derniers temps, notamment avec le ministre de l'Economie.

- "Ce n'est pas parce que tel ou tel journal prononce des mots, tels que les mots de "couacs", que ces "couacs" existent forcément à chaque fois. Je suis très frappé, voyant les choses de l'intérieur, de certaines amplifications. Il y a des débats, c'est bien normal qu'ils existent. Heureusement d'ailleurs qu'ils existent ! parce que sinon, cela voudrait dire que nous ne sommes pas cohérents avec l'idée du débat. Et il y a un moment où il faut décider. Et ce à quoi vous faites allusion, c'est sans doute ce que vous appelez des "couacs", mais ce que nous appelons, nous, tout simplement l'idée qu'il faut bien travailler ensemble avant de décider, et que c'est bien, qu'ici ou là, les sensibilités s'expriment."

Autrement dit, avoir annoncé, comme l'avait fait le ministre de l'Economie, qu'il serait bon qu'il y ait une hausse des tarifs d'EDF et, dans un deuxième temps, on apprend qu'il n'y en aura pas, cela fait partie d'une méthode de débats ?

- "Sur le point précis des tarifs, quelle est la préoccupation première dans cette période où l'on doit être particulièrement attentif aux évolutions de l'économie ? C'est la préservation du pouvoir d'achat. Regardez les grandes décisions qui ont été prises, qu'il s'agisse de la baisse de l'impôt sur le revenu ou qu'il s'agisse du maintien des tarifs, ou encore d'une réflexion générale sur la modernisation et l'harmonisation des Smic, l'idée qui est derrière, c'est de préserver le pouvoir d'achat et de baisser le coût du travail. C'est à bien que cela que l'on s'attache. Cela ne veut pas dire pour autant que l'Etat actionnaire n'a pas à avoir, dans les mois qui viennent, une réflexion approfondie avec l'ensemble des entreprises publiques. Evidemment, cela concerne EDF. Et là-dessus, ce sera naturellement l'affaire du travail entre le Gouvernement et les présidents de ces différentes entreprises."

C'est-à-dire qu'il y a un équilibre à trouver entre efficacité économique et préoccupations sociales pour ce Gouvernement ?

- "Bien sûr, sachant aussi que la préservation du pouvoir d'achat, cela fait partie de l'efficacité économique, parce que les salariés sont la clé lorsque l'on parle de consommation, d'épargne, d'embauche et d'investissements."

Ne pas donner seulement l'impression de travailler pour les privilégiés, une préoccupation que l'on entend dans la majorité ?

- "C'est surtout un reproche que l'on entend dans l'opposition. On est sorti de ces querelles théologiques. Il se trouve que l'on a changé de siècle, cela tombe bien, arrêtons avec ces idéologies qui ne sont plus les nôtres ! On n'est pas obligé, sans arrêt, comme le faisait monsieur Jospin, d'opposer les Français les uns contre les autres - les pauvres contre les riches, les gens de la ville contre les gens de la campagne et je ne sais quoi encore... Tout cela est fini, on veut essayer de travailler au rassemblement du plus grand nombre, parce que les problèmes sont tellement difficiles, que ce soit sur les questions économiques ou sur les questions de sécurité, qu'on n'en est plus à ces débats de théologie."

Concernant les idéologies extrêmes, le Gouvernement décide d'aller vers l'interdiction de l'organisation dans laquelle militait M. Brunerie, l'auteur de l'attentat contre J. Chirac, le 14 juillet, Unité radicale. Qu'est-ce qui a décidé le Gouvernement à aller dans ce sens ?

- "Tout simplement le fait que le Gouvernement est déterminé à rétablir l'autorité publique et que cela passe aussi par la lutte contre les extrémismes. Dans cette affaire, il a été considéré que l'application de la loi de janvier 1936 se justifiait pleinement. D'où la décision du Gouvernement d'interdire ce groupuscule d'extrême droite."

L'expérience montre qu'interdire les mouvements de ce genre, cela ne les empêche pas de se reconstituer sous un autre nom en général...

- "Je ne veux pas rentrer dans cette polémique. Simplement, ce que je peux vous dire, c'est que le Gouvernement est très déterminé à lutter contre toutes les formes d'extrémismes qui existent dans ce pays."

Vous êtes porte-parole du Gouvernement, vous êtes aussi secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement. Le texte sur la justice qui est passé au Sénat, sera à l'Assemblée en fin de semaine. Il n'y aura pas le même genre de débat à gauche, où on voyait que pour la sécurité, les socialistes ne savaient pas s'ils devaient voter contre, voter pour ou s'abstenir. Là, ils ont l'air d'être farouchement contre.

- "On verra bien. Ce qui m'a frappé, c'est que, sur tous les textes, tous les sujets, il y a deux versions au PS : vous avez les "archéos" d'un côté et les "modernes" de l'autre, et on en sait jamais lequel des deux gagne. Ce qui me surprend, c'est qu'en ce qui concerne par exemple le texte sur la justice, cela correspond à ce que les Français ont demandé ; deuxièmement, je voudrais quand même rappeler que certes, ce n'est pas ce qui a été fait par les socialistes pendant cinq ans, mais les internats fermés, l'ordonnance de 1945, les juges de proximité, tout cela était dans le programme de L. Jospin ! C'est peut-être pour cela d'ailleurs que les anciens ministres socialistes n'ont pas voté pour L. Jospin... Ce que je veux simplement noté, c'est que tout cela correspond aux attentes des Français, aux engagements du président de la République et qu'on est là, vraiment, pour essayer de rétablir l'autorité publique, ce qui est aujourd'hui la première préoccupation des Français pour le nouveau Gouvernement."

On a l'impression, à vous entendre, d'une certaine continuité ?

- "Je n'en sais rien, après tout, ce n'est pas important. Ce qui compte, c'est l'efficacité publique et si tout le monde veut s'attribuer une partie de la paternité, c'est tant mieux pour la France."

(Source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 29 juillet 2002)

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