Interview de M. Hervé Gaymard, ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales, à "France 2" le 15 juillet 2002, sur la position de la France concernant la procédure de révision de la PAC. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Hervé Gaymard, ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales, à "France 2" le 15 juillet 2002, sur la position de la France concernant la procédure de révision de la PAC.

Personnalité, fonction : GAYMARD Hervé, WITTENBERG Jeff.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales

ti : J. Wittenberg - Vous allez avoir une journée importante aujourd'hui à Bruxelles, avec le début des discussions sur la réforme de la PAC. Avant, une question sur le 14 Juillet, avec l'intervention du chef de l'Etat et puis cet attentat manqué. Vous étiez dans la tribune, vous l'avez su comment ?

- "On a su qu'il se passait quelque chose pendant le défilé, des petits papiers ont circulé. On en a su davantage plus tard, et évidemment; on a été atterrés."

Comment avez-vous l'impression que le Président a réagi ?

- "Il a réagi de manière extraordinaire, parce que personne ne s'est rendu compte qu'il s'était passé quelque chose. Pendant l'émission télévisée, beaucoup de gens qui étaient à l'Elysée et qui regardaient l'émission en direct, ne savait pas qu'il s'était passé quelque chose et personne ne s'est rendu compte de rien. Donc, je crois que tout le monde a admiré sa maîtrise de lui-même."

Ces risques vous inspire une autre réflexion ?

- "La vie publique expose toujours les hommes, surtout un président de la République. Chacun a pu apprécier la force de caractère et la sérénité de J. Chirac."

La réforme de la PAC est un dossier important que vous allez superviser maintenant. Cet après-midi, vous serez à Bruxelles. La semaine dernière, on a su que le commissaire européen chargé de l'Agriculture proposait à la Commission une réforme rapide et drastique de la PAC. Vous vous apprêtez à une dure journée ou à de durs mois ?

- "Ce n'est qu'un début puisque je pense que ce dossier de la révision de la politique agricole européenne va durer au moins un an. Mais ce qui est très contestable dans ce que fait la Commission, c'est qu'elle bouleverse complètement le calendrier. Parce qu'il était convenu entre les chefs d'Etat européens en décembre 1999, à Berlin, qu'on commence à parler à partir de 2004 de la réforme de la politique agricole européenne pour qu'elle intervienne à partir de 2006, et que cette année, en 2002, on regarde seulement ce qui ne fonctionnait pas ou mal dans certaines organisations de marché. Aujourd'hui, la Commission outrepasse son mandat. Elle nous présente une réforme globale de la politique agricole européenne alors qu'on l'attendait sur des sujets où on a besoin de réformes et on n'en propose pas. Par exemple, quand vous interrogez les céréaliers aujourd'hui, quand vous interrogez les producteurs de volaille, quand vous interrogez les viticulteurs, les producteurs de fruits et légumes, il y a un certain nombre de réponses concrètes à donner au niveau européen pour résoudre leurs problèmes. Et il n'y a strictement rien dans le papier de monsieur Fischler, ce qui est quand même assez étonnant."

Vous dites que la méthode n'est pas convenable et vous allez demander qu'elle soit modifiée cet après-midi ?

- "Oui, je vais dire au nom de la France ce que j'avais déjà dit d'ailleurs avant que le papier ne soit publié. Mais depuis que le papier a été publié, on a vu l'étendue des propositions de la Commission européenne. Je vais dire que nous sommes fermes mais que nous ne sommes pas fermés. Fermes, parce qu'il faut respecter le calendrier : un accord a été passé au plus haut niveau par les chefs d'Etat et de gouvernement en décembre 1999 à Berlin, et nous considérons que la Commission outrepasse ses pouvoirs en voulant modifier ce calendrier. Nous serons fermes sur un certain nombre de principes car nous pensons que pour qu'il y ait un pays et des paysages, il faut qu'il y ait des paysans, et pour qu'il y ait des paysans, il faut qu'ils aient des revenus. Enfin, nous sommes ouverts parce que nous savons bien qu'il y a un certain nombre de choses qui ne fonctionnent pas dans la PAC - je citais les secteurs qui ne vont pas bien. Je veux dire aussi, en tant que ministre des Affaires rurales, que nous souhaitons avoir une politique ambitieuse de développement rural."

Est-ce que c'est un débat de "la politique de grosse quantité" contre "la politique de belle quantité" que tout le monde souhaite aussi ? Est-ce qu'on va l'orienter dans un sens qui sera meilleur ?

- "C'est une présentation caricaturale. Si vous me demandez si je préfère le beau temps à la pluie, bien évidemment, je préfère le beau temps. Alors on a eu une présentation la semaine dernière..."

On a tendance à pousser à la production quand même...

- "...On a eu une présentation très caricaturale la semaine dernière, en disant : le plan de la Commission, c'est pour l'environnement contre le productivisme ; pour des produits de qualité contre des produits de moins bonne qualité. Je crois qu'il faut sortir de cette présentation caricaturale. Nous sommes pour une politique agricole respectueuse de l'environnement ; nous sommes évidemment pour des produits agricoles de qualité et d'ailleurs, c'est la marque française d'avoir des produits de qualité sinon la France n'aurait pas la place qui est la sienne dans le concert européen et mondial. Mais il faut que nous discutions et que nous regardions de près les choses."

Il y a des signes d'inquiétude dans la viticulture française en ce moment. C'est un dossier sur lequel vous allez intervenir, demander de l'intervention, qu'allez-vous faire ?

- "J'ai déjà obtenu de la Commission européenne un contingent de distillation de crise. Mais comme son nom l'indique, c'est une mesure de crise et d'urgence qu'il fallait, que j'ai obtenu dans les premières semaines après ma nomination comme ministre de l'Agriculture, et j'en suis content. Mais maintenant, il faut qu'avec l'ensemble des acteurs de la filière viti-vinicole, dans les mois qui viennent, nous travaillions à des mesures de fond pour améliorer les choses."

J. Bové est encore en prison, sa libération est espérée par ses amis. Qu'en pensez-vous ? Etes-vous d'accord pour qu'on le...

- "D'abord, je n'ai pas à me prononcer sur ce que fait la justice. Ensuite, je crois que le président de la République, J. Chirac, a tout dit hier, en disant que les lois, et notamment les lois d'amnistie, s'appliquaient à des faits et pas à des individus". Donc personne n'est en dessus ou en dessous de la loi."

La presse a fait état d'autorisations que le Gouvernement a données la semaine dernière à des ensemencements d'OGM en champs libres. Pourquoi donner ce feu vert à quelque chose de controversé ?

- "C'est un sujet complexe, effectivement, mais sur lequel les scientifiques ont beaucoup travaillé. Cette décision a été prise par le Premier ministre en accord avec les ministres du Gouvernement concernés : l'Agriculture, l'Environnement et la Santé. Il s'agit de huit expérimentations en plein champ pour la recherche, sur des espèces comme le soja et le maïs, qui ne sont pas disséminables. Donc, il s'agit de recherche par les entreprises françaises, de quelque chose d'extrêmement contrôlé. Il ne faut pas s'interdire de poursuivre la recherche en cette matière."

Une dernière chose pour le climat : vous êtes bien dans ce Gouvernement de tout à droite, dans cette nouvelle France où tout est concentré autour du chef de l'Etat ?

- "Ce n'est pas que tout est concentré, c'est que les électeurs ont décidé. Quand F. Mitterrand a été élu Président et qu'il avait un Premier ministre de sa sensibilité, c'était..."

...Il n'avait pas le Sénat.

- "C'est la règle de l'alternance."

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 16 juillet 2002)

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