Déclaration de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, le 6 juin 2002, sur la politique agricole commune et l'OMC, Blois le 6 juin 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, le 6 juin 2002, sur la politique agricole commune et l'OMC, Blois le 6 juin 2002.

Personnalité, fonction : LEMETAYER Jean-Michel.

FRANCE. FNSEA, président

Circonstances : Assemblée générale des producteurs de blé à Blois le 6 juin 2002

ti : Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Mes chers amis,


Tout d'abord, je vous remercie de votre invitation et de me donner la parole. Vous savez toute l'importance que je donne aux associations spécialisées et au rôle qu'elles jouent à la FNSEA.

L'an dernier, nous avions échangé, ensemble, nos sentiments d'inquiétude face aux perspectives communautaires et internationales. Cette année, l'inquiétude fait place au mécontentement et à la colère car ce que nous craignions s'est réalisé.

Pour vous céréaliers, les mauvaises nouvelles s'accumulent : des importations sans cesse plus importantes, des exportations en recul, un revenu des exploitants en baisse de 38 % depuis 4 ans... la coupe est pleine !

Ce mécontentement, malgré tout, ne doit pas avoir pour effet de nous abattre. Bien au contraire. Nous devons trouver dans la colère que nous ressentons l'énergie pour réagir même si ce n'est pas facile quand le moral n'y est pas. Et le moral n'est pas au beau fixe dans nos campagnes.

Réagir c'est faire connaître nos propositions, faire entendre nos revendications, expliquer nos positions à ceux qui doivent défendre nos intérêts et ceux de l'agriculture toute entière.

Réagir c'est proposer pour ne pas subir. Réagir, c'est exactement ce que vous faites en disant "halte au sabotage" et en annonçant un ordre de bataille. Laissez-moi insister avec vous sur les lieux de cette bataille.

Nous devons réagir à Bruxelles, contre les dysfonctionnements de la commission. Nous devons réagir à l'OMC pour que soit pris en compte notre modèle agricole. Nous devons réagir dans notre propre pays pour défendre notre revenu et pour qu'enfin on nous redonne de vraies perspectives pour l'agriculture.

Réagir à Bruxelles tout d'abord où il semble que les accords conclu ne valent que pour être défaits. En tout cas, nous ne parlons sans doute pas la même langue que la commission. Dans le dictionnaire du jargon bruxellois, préférence veut dire indifférence !

La situation est grave si la Commission ne sait plus son droit ni ses tables de calcul ! Elle méprise la préférence communautaire et calcule les droits d'importation sur des bases erronées, vous l'avez largement souligné. Le secteur céréalier est particulièrement touché par ces dysfonctionnements. La crise que vous subissez a été aggravée.

Il semble aussi que la commission ait quelques difficultés avec les calendriers. Les accords de Berlin nous ont engagés pour la période 2000-2006. Pourquoi est-il question de réviser la PAC avant la date convenue ? Nous attendons cette année un bilan à mi-parcours et non pas une révision.

Certains Etats poussent dans le sens d'une révision et souhaitent une réorientation qui aura pour effet, entre autres, une nouvelle baisse des prix d'intervention. La FNSEA s'y oppose fermement. Tout comme nous nous opposons aux tentatives de consolidation du 2ème pilier de la PAC par l'affaiblissement du 1er. Nous sommes prêts à relever le défi du développement rural à condition que l'on continue à soutenir la politique de gestion et de régulation des marchés. Nous avons eu un débat à ce sujet au COPA : personne ne veut démanteler la PAC.

Le 10 juillet, le commissaire Fischler rendra public le rapport de la commission. Ce rapport aurait dû être connu le 18 juin. Pour une fois, l'inconstance de la commission ne nous nuira pas. Nous profiterons de ce délai supplémentaire pour appuyer nos demandes.

Depuis des mois, ensemble, nous multiplions les démarches auprès des commissaires Lamy et Fischler pour expliquer le modèle agricole auquel nous croyons. Pour démontrer aussi que les crises peuvent être évitées et être moins coûteuses si elles sont gérées en amont.

Vous avez obtenu quelques signes de la commission avec des droits d'importation et des restitutions supplémentaires. Mais ces signes restent faibles et largement insuffisants.

Il nous faut une véritable politique agricole globale et ambitieuse.

Cette politique doit continuer à s'appuyer sur ces fondamentaux que vous rappelez dans votre rapport : la préférence communautaire, l'unicité du marché, la solidarité financière. Ces fondamentaux sont vieux de 40 ans mais sont plus que jamais d'actualité.

L'Union européenne doit aussi s'engager en faveur des organisations communes de marché. Nous avons, en ce moment, la preuve que le démantèlement des OCM met en danger des productions. Les producteurs de viande ou les viticulteurs peuvent en témoigner. Il ne faut pas attendre une aggravation mais agir maintenant pour renforcer les OCM existantes et pour créer celles qui nous manquent.

De plus, il est évident que ce n'est qu'avec une politique agricole forte que l'Union européenne pourra véritablement réussir son élargissement : un marché de près de 500 millions de consommateurs mérite des mesures ambitieuses.

J'entends, de Bruxelles, des voix s'élever pour dire que le budget prévu ne pourra pas contenir tout ce que nous demandons. Je voudrais dire à nos dirigeants européens qu'ils se trompent de logique. Il faut d'abord élaborer la politique et ensuite établir le budget nécessaire. C'est l'opération inverse qui nous conduit au désastre.

Et arrêtons de dire que la politique agricole coûte cher, a fortiori quand on veut développer une politique rurale.

Le marché de proximité, notre marché intérieur, celui de l'Union européenne est notre premier marché. Toutes nos propositions vont en ce sens. Mais une PAC renforcée nous permettra aussi d'affronter le marché mondial et d'être des interlocuteurs combatifs lors des négociations internationales.

L'OMC, c'est notre deuxième lieu de bataille.

Le sujet est important car il est au coeur de l'actualité. Les négociations ont déjà commencé, les discussions vont s'accélérer en 2003. L'Union européenne devra être prête.

D'autant plus que les négociations s'annoncent difficiles. D'après les experts, l'agriculture est, avec l'acier, un des sujets les plus conflictuels de ce cycle international.

Les américains ont déjà pris les devant, sans états d'âme, en adoptant ce Farm Bill généreux qui montre que les agriculteurs les plus performants ont de graves problèmes de revenu. La décision de George Bush est surprenante, elle est contraire au discours tenu par les Etats-Unis à Doha et elle est lourde de conséquences pour nous agriculteurs européens mais aussi pour ceux des pays en développement. Mais il faut reconnaître au président des Etats-Unis la volonté de défendre ses farmers. J'attends de nos dirigeants français et européens des déclarations identiques à celles prononcées par Bush. Permettez-moi de citer deux phrases : "le succès des agriculteurs américains est essentiel au succès de l'économie américaine". La suivante est encore meilleure : "l'agriculture est une question de sécurité nationale pour les Etats-Unis".

Avec un tel langage, les Etats-Unis nous montrent la voie de la combativité. J'espère que l'Europe sera à la hauteur pour lutter contre un libéralisme à outrance et favoriser une mondialisation maîtrisée et régulée.

Il faudra être offensifs car ce qu'on nous laisse entrevoir est peu engageant : baisses des restitutions, baisses des soutiens, augmentation des accès et j'en passe.

Il y a effectivement une bataille à mener.

La FNSEA l'a rappelé lors de son congrès, nous comptons sur l'Union européenne pour maintenir des tarifs douaniers raisonnables qui restent le meilleur rempart contre les excès du marché mondial. Mais les européens devront surtout se battre pour faire admettre les normes non tarifaires.

Ces normes sont des garanties pour les consommateurs sur les modes de production, les conditions de travail, la protection de l'environnement ou encore le bien-être animal. Et ces garanties font aussi et surtout le prix de nos produits. Et sur ce point, il faudra être intransigeant car c'est notre revenu qui en jeu. Pour cela, nous réclamons un étiquetage clair car il n'est pas question d'être en concurrence avec des produits qui ne respectent pas les mêmes cahiers des charges.

Notre combat doit être celui du revenu. N'hésitons pas à marteler qu'il n'y aura pas de pays sans paysans et pas de paysans sans revenu.

Pour défendre notre revenu, il faut agir sur ce troisième lieu de bataille : dans notre pays.

Tout d'abord, parce que la défense de notre revenu passe aussi par notre capacité à nous organiser, à faire preuve de solidarité et d'unité.

C'est de cette manière que nous avons obtenu la suspension de la modulation.

Cette décision est une victoire syndicale. Mais il ne faut pas s'arrêter là. Il faut aller plus loin et être capable d'affronter toute la question de la gestion des aides. C'est inscrit dans les accords de Berlin, il faudra en reparler. Alors faisons dès maintenant des propositions, sans attendre celles que ne manquera pas de faire le commissaire Fischler le 10 juillet.

Faut-il une dégressivité, un prélèvement linéaire, un certain plafonnement ? C'est ensemble que nous déciderons d'une solution car ce n'est qu'ensemble que nous pourrons nous faire entendre. Quoiqu'il en soit, la mesure ne peut être qu'européenne.

La gestion des aides est une de nos préoccupations. Mais vous savez que nous devons nous battre sur d'autres fronts.

Nous devons agir pour briser le double carcan qui étouffe notre agriculture : celui des charges et celui de la suradministration. Il faut simplifier pour laisser la place à l'initiative, au dynamisme et à l'efficacité.

Nous devons défendre nos filières de qualité pour reconquérir la valeur ajoutée.

Nous devons consolider notre unité pour prendre en main nos productions et nos filières. C'est d'ailleurs ce que vous faites en proposant votre interprofession "Intercéréales". Je connais votre démarche, vous savez tout l'attachement que j'ai pour les interprofessions. Vous avez tout mon soutien pour vous accompagner.

A la FNSEA, notre objectif est d'¿uvrer pour toutes les productions, pour toutes les régions, pour le bien de tous les agriculteurs. Mais attention ! Cela ne signifie pas qu'il faut enfermer toutes les productions dans un schéma unique. Il faut continuer à cultiver la diversité dans l'unité.


Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs,

Mes chers amis,

Le 11 juin prochain, la FNSEA répondra à l'appel du COPA pour le grand rassemblement organisé à Strasbourg. Nous y affirmerons que l'agriculture doit être une ambition pour l'Europe comme elle est une ambition pour la France.

Vous serez nombreux à donner de la voix à Strasbourg et il est vrai que nous ne sortirons de la crise céréalière qu'en nous faisant entendre par l'Europe.

Mais à Strasbourg, nous manifesterons pour toute l'agriculture, pour tous les agriculteurs. Notre message n'est pas un message sectoriel. C'est un message global pour les paysans et pour leur revenu. Un message pour que l'agriculture soit le succès de l'économie française et européenne.

Alors mobilisons-nous ! Soyons debout pour défendre notre avenir. Pour dire haut et fort que notre métier a un prix.

Je vous remercie.


(Source http://www.fnsea.fr, le 14 juin 2002)

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