Déclaration de Mme Brigitte Girardin, ministre de l'outre-mer, sur le développement des filières agricoles de La Réunion et les projets d'aménagement d'un parc national sur les Hauts, La Réunion le 25 juillet 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Brigitte Girardin, ministre de l'outre-mer, sur le développement des filières agricoles de La Réunion et les projets d'aménagement d'un parc national sur les Hauts, La Réunion le 25 juillet 2002.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Brigitte.

FRANCE. Ministre de l'outre-mer

Circonstances : Voyage de Mme Girardin à La Réunion du 25 au 29 juillet 2002

ti : Monsieur le Député-Maire, Cher André,

Mesdames et Messieurs les Elus,

Mesdames et Messieurs,


Je tiens tout d'abord à vous remercier d'être venus aussi nombreux aujourd'hui et vous dire combien j'apprécie votre accueil chaleureux et convivial, et l'occasion qui m'est donnée d'évoquer avec vous les préoccupations du monde agricole. Je sais toute l'importance que l'agriculture joue dans la vie économique de La Réunion. Je connais, bien sûr, les contraintes qui pèsent sur vous : les difficultés du relief qui laissent peu de place à l'activité agricole, la pression démographique, l'éloignement de la métropole. Mais les Réunionnais ont toujours su se rassembler pour relever les défis, en faisant preuve d'originalité et en développant des projets qui vont au-delà même du simple aménagement de l'espace. J'en veux pour preuve la transformation des Hauts, ou encore le transfert des eaux d'Est en Ouest. Autant de projets, de solutions qui semblaient presque irréalisables, et qui pourtant ont été menés à bien. Permettez-moi de saluer ceux qui, aujourd'hui, poursuivent ces efforts d'aménagement et d'entreprise pour une valorisation productive de l'espace réunionnais. Grâce à votre attachement profond pour votre île, grâce à votre volonté de relever les défis du développement et à votre esprit d'initiative, La Réunion est aujourd'hui à la pointe, en terme de développement de son agriculture.

Elevage, canne à sucre et fruits et légumes sont les trois composantes essentielles de l'agriculture réunionnaise. J'évoquerai devant vous plus longuement l'élevage et la canne à sucre. Mais je tiens à relever que le secteur des fruits et légumes vous permet d'avancer sur la voie de l'autosuffisance.

En ce début de campagne sucrière la question qui se pose est celle du volume des récoltes et surtout celle de la richesse en sucre de ces cannes. Les passages de DINA et de HARRY et les pluies de ces dernières semaines ont fait naître, dans le monde agricole, des inquiétudes et des doutes sur les résultats. Nous saurons, fin août, si les estimations, dont nous disposons aujourd'hui, et qui laissent espérer une campagne comparable à celles des années 2000 et 2001, de l'ordre de 1,8 millions de tonnes, seront avérées. Si ces chiffres se confirment, on pourra considérer, que depuis quelques années, la production se stabilise, malgré un recul continu de la sole cannière, qui représente tout de même près de 52 % de la surface agricole de l'île. Cette tendance à la baisse est un sujet de préoccupation car elle traduit l'extension de l'urbanisation, et l'utilisation du foncier agricole à d'autres fins. Je serai particulièrement attentive à ce que, dans ce département, aux ressources foncières limitées, l'agriculture bénéficie des surfaces dont elle a besoin. Non seulement, il est nécessaire de lutter contre la réduction de la surface agricole utile, mais il faut également favoriser la mise en valeur de nouvelles surfaces pour permettre à la production de canne à sucre, d'atteindre, et de se maintenir, à un niveau qui permette la rentabilité de l'exploitation sucrière et rhumière. Car il s'agit bien de stabiliser et de développer la production en soutenant les producteurs dans cette démarche, de façon à atteindre une production de 2 millions de tonnes, objectif réaliste à condition de poursuivre la préservation, l'aménagement et la valorisation du foncier, par une gestion durable de l'eau.

De plus, je m'engage à être constamment aux côtés de mon collègue, Hervé Gaymard, Ministre de l'Agriculture, de l'Alimentation, de la Pêche et des Affaires Rurales pour défendre les intérêts de la filière dans le contexte Communautaire. Les aides prévues dans le cadre du POSEIDOM pour le transport de la canne, des champs vers les centres de traitement, sont un exemple du résultat de ce travail conjoint, mais beaucoup reste à faire. Vous le savez, la France s'est battue, pour le maintien de l'OCM sucre et a obtenu son renouvellement pour cinq campagnes à compter de 2001, soit jusqu'en 2006, avec un maintien du prix du sucre. Il s'agit d'un résultat très satisfaisant mais qu'il est indispensable d'inscrire dans la durée. Nous allons nous y employer, en préparant ensemble, dès maintenant, les échéances qui nous attendent en 2006, de façon à prévoir les mécanismes propres à défendre les intérêts des planteurs et de l'industrie sucrière et rhumière.

Un autre pilier de l'agriculture réunionnaise est l'élevage. Dans ce domaine aussi, La Réunion se montre dynamique. Partie de peu, l'île est devenue quasiment auto-suffisante en viande de porc, et à plus de 60 %, en viande de volaille. Concernant la filière bovine, la dynamique et la croissance existent. Conjoncturellement, cet élevage, comme toute la production agricole réunionnaise, est malheureusement confronté à des problèmes liés à des catastrophes naturelles - DINA est encore présent dans tous les esprits. Il me paraît important de souligner, à ce sujet, qu'à titre tout à fait exceptionnel, pour tenir compte de la situation spécifique de certains types d'élevage, et à la demande du Ministère de l'Outre-mer, le fonds de secours a accepté d'indemniser certaines pertes. Il s'agit de mesures exceptionnelles car ces productions auraient dû normalement être assurées, comme doivent l'être les bâtiments et installations d'élevage. Ces mesures sont justifiées. Parce que l'élevage à La Réunion présente un formidable potentiel de développement en terme économique et en terme d'emploi. Parce qu'il fait vivre de nombreux éleveurs et qu'il permet, aussi, l'utilisation et la valorisation de terres difficiles d'accès. Parce qu'enfin, il profite à la population de l'île qui dispose ainsi de produits locaux de qualité.

Je tiens donc à saluer le dynamisme de l'ARIBEV et de l'ARIV, et celui de toutes les organisations professionnelles qui se battent, pour que ces productions animales trouvent leur place dans le paysage réunionnais et se développent, afin de permettre à La Réunion d'être autonome dans un premier temps, et d'exporter certaines productions dans un avenir proche. Pour cela, des efforts ont été entrepris en terme de productivité et d'organisation de la production, en amont dans l'alimentation animale, et en aval avec l'aménagement d'abattoirs. Bien sûr, ceci a été possible grâce à des mesures communautaires d'exonération, mais aussi grâce à l'utilisation d'outils industriels performants qui autorisent aujourd'hui une production d'aliments du bétail de qualité permettant de faire face aux besoins des éleveurs. Ce développement a pu bénéficier de certaines mesures incitatives, même si certains ajustements sont encore nécessaires. Je pense en particulier aux problèmes rencontrés par certaines SICA et coopératives qui n'ont pu bénéficier de certains avantages, en terme de cotisations patronales, en particulier. Tous les efforts nécessaires seront entrepris pour que cette dynamique bénéficie à l'ensemble du monde agricole.


S'il est important de veiller à ce que les droits des exploitants agricoles et de leurs groupements soient respectés, il convient aussi d'être vigilant à l'égard de l'application de la réglementation nationale ou communautaire. Dans ce domaine, la filière bovine a été et continue d'être particulièrement concernée. L'obligation de ne plus utiliser les farines animales pour l'alimentation du bétail, au-delà du surcoût qu'elle a entraîné, pour la fabrication des aliments, a aussi eu pour conséquence la nécessaire élimination de ces farines. L'élevage réunionnais, le seul des DOM à bénéficier d'une unité d'équarissage permettant de transformer les déchets en farine, a dû prévoir un plan d'élimination de ces farines dont le recyclage via l'alimentation animale était devenu impossible. La situation particulière de La Réunion avait été reconnue, en son temps, par la mission interministérielle d'élimination des farines animales qui avait indiqué qu'il faudrait tenir compte des différentiels de coûts de production de ces farines. Je dois vous préciser que des solutions sont actuellement à l'étude pour permettre à la société chargée de cette élimination de faire face aux difficultés financières qu'elle rencontre.

Autre sujet de préoccupation pour la filière bovine réunionnaise, en matière de respect de la réglementation européenne : la leucose bovine et la lutte contre cette maladie. Je suis persuadée, comme pour beaucoup de problèmes, que la solution doit être trouvée dans une concertation sereine. Le plan d'éradication, prévu sur sept ans, doit, pour ses modalités pratiques et sa réalisation, associer les éleveurs et les services de l'Etat dans un travail conjoint, tourné vers l'élimination de cette épizootie.

Enfin, je veux voir un autre signe du dynamisme des organisations d'éleveurs de La Réunion, dans leur volonté affichée d'anticiper les problèmes telle que l'élimination des déjections animales. En effet, les éleveurs sont confrontés à ce problème, alors même que d'autres agriculteurs achètent des engrais importés, en particulier les producteurs de canne. Il faut se féliciter de certaines initiatives visant à éliminer les déjections animales en valorisant des sous-produits de matière végétale, tels que les résidus de canne, à travers un processus de compostage. Le compost ainsi obtenu pourrait servir dans la culture de la canne elle-même. Ces projets pourraient être accompagnés avec l'aide, par exemple, d'organisme de recherche tel que le CIRAD, qui a toutes les compétences requises et le savoir-faire en la matière, pour trouver des solutions innovantes. Je suis certaine que c'est grâce à de telles initiatives, qu'il faut encourager, que nous parviendrons à trouver des solutions à ces problèmes avant qu'ils ne deviennent réellement ingérables. Et l'on ne peut que souligner la complémentarité de ces deux secteurs, la canne à sucre d'un côté et l'élevage de l'autre, en particulier, l'élevage extensif de bovins à viande qui permet de valoriser les terres des Hauts. Je souhaite que cet élevage, et de façon générale l'élevage bovin, au-delà des quelques difficultés rencontrées actuellement, puisse se développer au point de devenir comme d'autres élevages réunionnais une référence dans la région.

Ceci m'amène tout naturellement à aborder le problème des Hauts de La Réunion. Bien sûr, c'est pour tirer profit du relief particulier de l'île que le " plan d'aménagement des Hauts " a été mis en oeuvre dans le respect des orientations préconisées par le schéma d'aménagement régional de La Réunion. Grâce à l'action de son commissaire, ce plan doit continuer à porter ses fruits grâce à l'élevage, l'arboriculture, ou encore la diversification de l'agriculture à travers l'horticulture. Outre son rôle dans le développement harmonieux et équilibré des Hauts, ce plan a également des avantages en terme de prévention des risques et de développement du tourisme vert. Dans ce contexte, une mission a été mise en place pour développer le projet d'un " parc national " sur les Hauts de La Réunion. A cet égard, je voudrais dire qu'il me semble important, avant que des décisions définitives ne soient prises, de faire toute la place nécessaire à la concertation la plus large possible, en particulier, avec les acteurs économiques productifs de la zone, que sont les agriculteurs. Bien sûr, pour ce qui concerne les zones gérées actuellement par l'Office National des Forêts, soit la moitié de la superficie des Hauts, une protection particulière doit être proposée afin de garantir la préservation d'un patrimoine environnemental unique. Pour d'autres zones, où la présence des hommes permet de valoriser les terres, peut-être faut-il étudier une autre solution, moins contraignante, permettant au dynamisme réunionnais de continuer à s'exprimer. Le ministère de l'Outre-mer sera donc particulièrement attentif à ce que toute proposition de création d'un parc national ou régional, puisse se faire dans cette logique, d'un développement durable qui préserve l'environnement, et permet une gestion durable de l'espace, mais n'oublie pas les activités humaines, et en particulier, agricoles.

Comment ne pas finir ce tour d'horizon de l'agriculture réunionnaise sans évoquer le parfum vanillé indissociable de l'île Bourbon. Il me semble indispensable de ne pas oublier la production de vanille, de géranium et d'autres plantes à parfum et de faire en sorte que cette diversité de production persiste afin que la vanille " Bourbon " de La Réunion, poursuive son chemin et soit conforme à sa réputation. Ce serait grave que cette production disparaisse. Le ministère de l'Outre-mer avec le ministère chargé de l'Agriculture et le soutien de l'ODEADOM veillera à l'évolution de ces productions dont personne ne peut négliger l'importance à La Réunion.

Puisque j'ai cité l'ODEADOM, je voulais vous dire que j'ai pris note des difficultés que certaines filières rencontrent avec cet office dans la mise en place de financements. Des assurances nous ont été apportées quant à un traitement rapide de ces problèmes en lien avec l'attente de réponses de la part de la Commission Européenne. Tout devrait rentrer dans l'ordre prochainement.

La Réunion, j'en suis sûre, va consolider sa place d'entrepreneur dans l'océan Indien grâce au dynamisme des producteurs réunionnais et à leur esprit d'entreprise. Certaines de vos initiatives portent déjà leurs fruits. Je pense aux actions menées à Madagascar, dont la stabilisation politique en cours permettra la poursuite d'activités agricoles initiées par des Réunionnais, aux Comores, aux Seychelles et bien sûr à nos voisins de l'île Maurice.

Je serai tout particulièrement à l'écoute des besoins de l'agriculture réunionnaise, vitale pour le développement de l'île. Toujours prête à relever les défis, comme elle a su le faire par le passé, elle continuera à le faire avec l'ambition de faire bénéficier de son expérience les pays de la région qui pourraient en ressentir le besoin.


(Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 31 juillet 2002)

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