Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, à Europe 1 le 1er août 2002, sur le bilan de trois mois de travail gouvernemental, les grands dossiers à traiter à la rentrée, l'augmentation du chômage, les relations entre l'UMP et l'UDF, la proposition parlementaire d'augmenter les rémunérations des ministres et les déplacements de N. Sarkozy et J.P. Raffarin en Corse. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, à Europe 1 le 1er août 2002, sur le bilan de trois mois de travail gouvernemental, les grands dossiers à traiter à la rentrée, l'augmentation du chômage, les relations entre l'UMP et l'UDF, la proposition parlementaire d'augmenter les rémunérations des ministres et les déplacements de N. Sarkozy et J.P. Raffarin en Corse.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, DHUEZ Jean-michel.

FRANCE. SE aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement

ti : J.-M. Dhuez - "Le travail accompli est fort mince par rapport à celui qui reste à faire" : c'est la déclaration, hier soir, de J.-P. Raffarin. Première question : qu'est-ce qu'il reste à faire pour le gouvernement Raffarin ?

- "Il reste évidemment beaucoup à faire. Ce gouvernement est en place depuis deux mois. Et ce que je veux simplement dire, c'est qu'à travers le rapport d'étape qu'a dressé J.-P. Raffarin, il y a une réalité : nous avons commencé à poser les fondations de la maison, de faire en sorte que la France commence à aller dans le bon sens, avec le rétablissement de l'autorité publique, à travers les deux lois d'autorité sur la sécurité et la justice. Et deuxièmement, à changer de politique économique et sociale : on commence un peu à baisser les impôts, à baisser les charges sociales qui pèsent sur l'emploi des jeunes les moins qualifiés. Voilà une orientation très nouvelle par rapport à ce qui s'est fait jusqu'à présent."

Ce sont des choses qui sont déjà enclenchées ou même déjà votées, par exemple la loi sur la sécurité. Mais quels sont les grands dossiers que vous allez entamer à la rentrée ?

- "En ce qui concerne l'automne, il va y avoir évidemment une activité très lourde, sur plusieurs grands chantiers. D'abord, bien sûr, mettre en oeuvre ce que nous venons de voter. Ne vous y trompez pas : ce n'est pas parce que la loi est adoptée que les choses sont faites. Maintenant, le Gouvernement a les moyens de travailler, parce que le Parlement en a débattu et l'y autorise - ça, c'est pour la sécurité et la justice. Deuxième grand aspect des choses, c'est bien entendu tout ce qui relève du volet social. Dans ce domaine, le Premier ministre a chargé F. Fillon d'un lourd travail, à la fois de réflexion sur l'harmonisation des Smic, sur l'assouplissement des 35 heures, parce que beaucoup de Français veulent, s'ils le souhaitent, pouvoir travailler plus pour gagner plus. Et il y a un vrai travail à faire sur le libre choix des Français par rapport au pouvoir d'achat. Et il y a toute une série de réflexions sur un autre grand chantier, qui est celui de la décentralisation, donner du pouvoir au plus proche du terrain. Cela aussi était dans le programme de J. Chirac."

Il y a un autre grand dossier qui est récurrent depuis des années, et sur lequel finalement le Premier ministre est plutôt discret, c'est celui des retraites. Qu'est-ce que vous allez faire ? Allez-vous entamer ce chantier ?

- "C'est la suite. En réalité, nous allons bien sûr compléter le volet social et la décentralisation avec deux autres grands rendez-vous. Le premier, c'est l'élaboration du budget, parce que c'est vrai que dans ce domaine, on programme une baisse d'impôts, il va falloir aussi travailler aux économies. Et la grande réforme - c'est l'affaire du premier semestre 2003 -, c'est le grand chantier des retraites. Mais sur ces sujets, il faut que vous ayez bien à l'esprit que nous n'imaginons pas de prendre une décision qui touche à la vie de l'entreprise, au droit social, au droit du travail, aux retraites, sans associer pleinement les partenaires sociaux. Donc, il va y avoir à la clé beaucoup de concertations, parce que c'est un sujet sur lequel on a fait beaucoup de rapports, beaucoup de commissions et on n'a jamais décidé. Là, l'objectif est de consulter mais de décider et de le faire très vite."

Vous avez déjà des idées ou J.-P. Raffarin a déjà quand même quelques grandes orientations sur ce dossier ?

- "Il y a bien sûr un certain nombre de pistes. Il y a, par exemple, l'idée qui avait été évoquée ici ou là d'une épargne-retraite volontaire, un peu le système de la "préfon" tel qu'il existe pour les fonctionnaires aujourd'hui, ce que certains appellent aussi des "fonds de pension à la française", qui viendraient compléter le système, avec une aide fiscale. Il y a une réflexion sur le fait de pouvoir choisir librement la date son départ en retraite ; il y aurait bien entendu un âge légal qui serait fixe et maintenu, celui de 60 ans, mais ensuite, il y a possibilité de faire une retraite à la carte. Sur tout cela, il faut que nous discutions. La philosophie qui est la nôtre, c'est de laisser le libre choix aux Français, tout en sauvant le système des retraites, car beaucoup d'années d'immobilisme ont conduit à cette situation qui nécessite l'urgence."

Un mot du chômage : hier, on a pris connaissance des chiffres du chômage pour le mois de juin. Nouvelle hausse, et F. Fillon disait que de toute façon, les perspectives ne sont pas fameuses... Alors, qu'allez-vous faire pour gérer ce dossier ?

- "Pour ce qui concerne le chômage, il faut changer de manière assez importante la politique économique et sociale. Notre obsession, c'est de nous dire qu'il faut, pour redonner un nouvel élan à l'emploi, à la dynamique d'embauche, absolument alléger le coût du travail et simplifier la capacité d'embauche. Or, aujourd'hui, les procédures administratives sont extrêmement lourdes. Et c'est vrai que si vous ajoutez à cela la charge des prélèvements obligatoires, impôts et charges sociales, tout est fait finalement pour dissuader l'emploi dans le secteur marchand. Et c'est là pourtant qu'on a besoin de créer de l'emploi. Et puis, il faut travailler à la qualification. C'est donc sur tous ces éléments qu'on a des chantiers à ouvrir. C'est vrai qu'il y a quelques lois à modifier, parce que, dans ces domaines, toutes les rigidités qui ont été introduites, à commencer bien sûr par les 35 heures, vont plutôt dans le mauvais sens."

Vous faites confiance aux entreprises pour embaucher, moyennant l'allégement des charges ?

- "L'idée est que l'on essaie d'inverser un peu les choses. Nous vivons depuis trop longtemps dans une société de méfiance, une société verticale, dans laquelle tout passe par l'obligation, par la contrainte, par la lourdeur, par l'idéologie. Nous voulons changer cela, mais pour cela, effectivement, le pacte de confiance repose sur l'idée qu'on doit débattre ensemble, qu'on doit fixer des règles, mais qu'en même temps, il faut qu'on incite les entreprises. L'emploi ne se décrète pas : les entreprises embaucheront si elles ont moins de charges et si elles ont moins de lourdeurs administratives. C'est à nous de le faire, et aussi de faire en sorte que l'économie soit plus souple dans un certain nombre de domaines pour faciliter l'embauche, l'investissement et la consommation."

Après la conférence de presse, J.-P. Raffarin a reçu les parlementaires UMP et UDF. Cela se passe bien entre l'UMP et l'UDF, vous qui êtes chargé des relations avec le Parlement ?

- "Cela se passe d'abord très bien au sein de l'UMP..."

C'est déjà ça !

- "Oui, absolument. Je suis récemment engagé en politique, mais je crois savoir que les majorités n'ont pas toujours fait preuve d'une telle cohésion, d'une telle union. L'ambiance est excellente, c'est une ambiance pugnace..."

...On parle quand même un peu de courants, il y a des divergences ?

- "Je n'en vois pas tellement ; je n'en vois même pas du tout ! Aujourd'hui, ce que je constate, notamment dans la nouvelle génération des parlementaires - parce que vous savez qu'il y a une part de nouveaux députés très importante -, un enthousiasme, une volonté de faire bouger les choses et aussi une volonté d'obligation de résultats formidables. C'est vrai qu'aujourd'hui, il y a beaucoup d'enthousiasme à avoir fait voter des textes aussi essentiels que la sécurité, la justice en ce moment, qui sont des textes que les Français attendent et sur lesquels nous allons pouvoir rendre des comptes de manière positive."

L'UMP, cela va bien... L'UDF maintenant ?

- "En ce qui concerne l'UDF, je constate que l'UDF affirme être dans la majorité et, en même temps, je regrette un peu que certaines phrases malheureuses donnent le sentiment aux Français que l'UDF ne sait pas très bien dans quelle famille..."

Le président du groupe UDF à l'Assemblée nationale dit que "le Gouvernement n'a pas dit toute la vérité aux Français". C'est vrai, vous avez menti, au moins par omission ?

- "On va laisser H. Morin faire son propre commentaire de texte. Je ne peux pas laisser dire que le Gouvernement n'a pas dit toute la vérité, et notamment pas sur la situation économique. Aujourd'hui, on a une situation économique qui est un peu tendue. Mais je veux quand même rappeler que les fondamentaux de l'économie française sont solides, que des indicateurs, tels que la confiance des ménages, la confiance des entreprises, les indicateurs de consommation, montrent qu'en réalité, si le Gouvernement rend du pouvoir d'achat en baissant les impôts et les charges sociales, il y a quelques raisons de penser qu'on doit pouvoir stimuler suffisamment la croissance, pour mettre en oeuvre la politique que nous souhaitons. Donc, je dirais à H. Morin que, plutôt que de jouer les prophètes de mauvais augure, qu'il nous donne des conseils positifs. On a absolument besoin de tout le monde. C'est d'ailleurs valable pour l'UDF, mais c'est aussi valable pour l'opposition."

L'opposition semble un peu molle justement, même parfois presque d'accord sur certaines de vos idées ? Elle s'oppose, mais mollement...

- "Disons en tout cas que l'opposition donne le sentiment aujourd'hui - ce qui est un peu normal d'ailleurs, un lendemain de défaite, nous avons connu cela en d'autres temps, donc dans ce domaine, il faut faire oeuvre de modestie - d'une période où il y a le débat interne entre les archéos et les modernes. Donc, c'est vrai que ce débat donne un peu de cacophonie. Ce n'est pas très grave. Le fond des choses, c'est que toutes les bonnes idées doivent profiter à la France, d'où qu'elles viennent, même de l'opposition. Et là-dessus, je peux vous dire que la notion d'idéologie, de sectarisme n'appartient vraiment pas à notre vocabulaire."

L'autre grand dossier du moment, c'est la rémunération des ministres. Alors, faut-il augmenter les ministres ou les secrétaires d'Etat ?

- "D'abord, cette proposition émane du Parlement..."

De M. Charasse, un sénateur socialiste...

- "Oui, et cela a été voté, je crois, à l'unanimité de la commission mixte paritaire, donc droite et gauche. Ce que je veux simplement dire sur ce sujet, c'est que dans la proposition du Parlement, il ne s'agit pas, contrairement à ce que l'on entend ici ou là, d'une augmentation de la rémunération du ministre. Il s'agit en fait de rétablir le montant qui était le sien avant la suppression des fameux fonds spéciaux. La nouveauté est que l'on veut régulariser, dans la proposition des parlementaires, et en plus la rendre imposable. Donc, cette idée de transparence donne une proposition qui, effectivement, paraît équilibrée. Maintenant, pour le reste, je voudrais effectivement rappeler que ce problème n'avait pas été réglé par le gouvernement précédent, qu'il avait laissé le soin au suivant de le faire. L'honnêteté m'oblige à vous dire que même si c'était un sujet important - puisqu'il en va de la crédibilité des institutions aussi d'une certaine manière, parce qu'aujourd'hui, un ministre est effectivement beaucoup moins payé que ses collaborateurs, moins payé qu'un parlementaire... -, je voudrais quand même rappeler que ce n'était pas pour nous une priorité. On avait, depuis deux mois, beaucoup d'autres priorités à mettre en oeuvre. C'est vrai qu'aujourd'hui, le Gouvernement ne s'en était pas spécialement préoccupé. La proposition est venue des parlementaires ; elle nous paraît effectivement a priori plutôt équilibrée, transparente. Mais la réponse sera donnée par le Gouvernement, cet après-midi, à l'Assemblée et au Sénat."

Alors, quelle sera la réponse ? J.-P. Raffarin dit qu'il n'est pas demandeur. Cela va-t-il être enterré ou pas ?

- "Il n'était pas demandeur, c'est la vérité, c'est une initiative qui a été prise par les parlementaires. Cet après-midi, le Gouvernement fera connaître son sentiment sur cette proposition."

Le dossier corse a été relancé le week-end dernier par la visite de N. Sarkozy et de J.-P.Raffarin. Les nationalistes étaient à la préfecture d'Ajaccio. Ils sont plutôt satisfaits de la politique. Et cette nuit, le FLNC dit qu'il doute des capacités du Gouvernement à régler le problème. Le FLNC peut-il être un interlocuteur ?

- "Aujourd'hui, le ton a quand même un peu changé. Il ne faut pas s'y tromper : la visite de N. Sarkozy, la venue de J.-P. Raffarin en Corse, tout cela s'est fait dans un climat que l'on n'avait pas vu depuis longtemps en Corse, pour une raison assez simple : on a parlé d'écoute, de dialogue et de respect. On a clairement mis les choses sur la table, en proposant aux Corses d'être des éléments précurseurs dans la grande réforme de décentralisation qu'on veut engager pour la France, dans laquelle on parle d'expérimentation, de territoire, de contrat, d'initiative locale. A l'évidence, les Corses peuvent être des précurseurs formidables dans ce domaine. C'est cela qui a changé. La seule chose que je peux dire, c'est qu'il y a une limite à cela : c'est que la violence est inacceptable, stupide, et ça, ce sera toujours non. Parce que l'autorité publique est un élément absolument majeur de la cohésion nationale."
J.-P. Raffarin veut que ses ministres ait une idée par semaine. Alors, pour vous, cette semaine, quelle est votre idée ?

- "Quand on a l'honneur de participer à un gouvernement, on est très préoccupé par la mise en oeuvre de sa mission, l'accomplissement de sa mission. Mon idée de la semaine, c'est plus qu'une idée, c'est une obsession : c'est de faire en sorte que les textes que nous sommes en train de débattre, aujourd'hui et demain à l'Assemblée nationale, puis au Sénat soient adoptés dans les meilleurs conditions de débat possibles. Et ce texte sur la justice qui a commencé mercredi, hier, et qui se déroule aujourd'hui, demain et peut-être un peu plus, samedi s'il y a besoin, c'est un texte fantastique, très important, dans lequel D. Perben va, en complément à ce qui a été fait sur la sécurité, réorganiser complètement l'efficacité publique dans le domaine de l'autorité. Et autant vous dire que sur ce sujet, où on parle intelligemment de prévention, de respect, mais aussi de respect de la loi, de sanction, et de voir comment on peut sauver beaucoup de nos jeunes qui, aujourd'hui, sont victimes de la délinquance, là, dans ce domaine, tout est à faire, et c'est un fantastique chantier. Voilà l'idée de la semaine."

(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 1 août 2002)

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