Interview de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, dans le "Figaro économie" du 2 aoüt 2002, sur l'application de la règlementation européenne interdisant d'imposer une langue nationale dans l'étiquetage des denrées alimentaires, sur la place du français dans les institutions européennes et sur le respect de la diversité culturelle dans l'Union européenne, Paris le 2 août 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, dans le "Figaro économie" du 2 aoüt 2002, sur l'application de la règlementation européenne interdisant d'imposer une langue nationale dans l'étiquetage des denrées alimentaires, sur la place du français dans les institutions européennes et sur le respect de la diversité culturelle dans l'Union européenne, Paris le 2 août 2002.

Personnalité, fonction : LENOIR Noelle.

FRANCE. Ministre délégué aux affaires européennes

ti : Q - En tant que ministre déléguée aux Affaires européennes, que vous inspire la polémique sur l'étiquetage des denrées alimentaires ?

R - Même si nous en recevons l'écho seulement aujourd'hui, il faut savoir que cette question de l'étiquetage des denrées alimentaires est une affaire ancienne. Elle est sur le point d'être réglée grâce à la solution que nous venons de mettre en place. Celle d'un décret qui nous met en conformité avec l'Europe tout en respectant notre législation sur la protection de notre langue nationale.

Le malentendu entre la Commission européenne et le gouvernement français est venu de ce que la directive de 1978 sur l'étiquetage ne mentionne pas la nécessité d'utiliser les langues nationales alors que la loi Toubon de 1994, elle, impose l'usage du français. Pour faire bref, indiquons que la directive de 1978 a été modifiée dans le sens favorable à notre droit puisqu'elle reconnaît la possibilité de recourir à plusieurs langues dont celles du pays.

Nous sommes d'autant plus sensible à cette évolution que la France comme l'Allemagne a toujours été un fervent défenseur du multilinguisme. Et que 60 % de nos exportations se font en direction de nos quatorze partenaires européens.

L'Union européenne mène une politique très volontariste dans le domaine de l'information du consommateur, afin de garantir la liberté de choix de ce dernier. Sur ce point elle aura toujours notre soutien.

Q - Ne pensez-vous pas que l'Europe peut être un facteur d'affaiblissement de la langue française ?

R - Le français a longtemps joué dans le monde le rôle de "lingua franca". Depuis quelques décennies nous assistons, il est vrai, à une montée de l'anglais que l'élargissement de l'Europe aux pays du Nord a favorisée.

Pour autant l'Union européenne est un espace de protection et de promotion des langues, et particulièrement du français. Nous bénéficions du fait que les institutions européennes que sont la Commission, le Conseil et le Parlement siègent à Bruxelles, ville francophone, et à Strasbourg. Aujourd'hui les textes européens sont publiés en 11 langues différentes. Néanmoins près de 40 % des documents de la Commission européenne et près de 30 % de ceux du Conseil de l'Europe sont initialement rédigés dans notre langue. La France et l'Allemagne ont par ailleurs proposé que les fonctionnaires européens parlent au moins trois langues.

Q - En filigrane de cette polémique sur l'usage des langues se pose la question de la diversité culturelle, un principe parfois menacé y compris au sein de l'Europe ?

R - Le respect des diversités nationales donc culturelles est inscrit dans le traité de l'Union européenne. Or, les pays candidats à l'Europe ne peuvent être que des partisans du maintien de la diversité. Ce sont des pays souvent composés de minorités et dont on a longtemps nié l'identité. Ils n'en sont que plus attachés à la préservation de cette dernière. Nous ne devons pas négliger leur intégration aujourd'hui à un ensemble plus vaste qu'est l'Europe. Favoriser l'émergence d'un patriotisme européen fondé sur la diversité culturelle est la meilleure manière de se garder de toute forme de populisme. Pour ce faire nous sommes prêts à accueillir les jeunes et les étudiants de ces pays, dont je puis vous dire qu'ils sont nombreux à vouloir apprendre le français.


(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 août 2002)


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