Conférence de presse de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur le bilan de l'action gouvernementale durant la session parlementaire extraordinaire et les orientations de la rentrée notamment sur le SMIC et les 35 heures, la décentralisation et la gestion locale des fonds européens, la cohésion économique et sociale, l'équilibre budgétaire, la relance de l'Europe et la PAC, Paris le 3 juillet 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur le bilan de l'action gouvernementale durant la session parlementaire extraordinaire et les orientations de la rentrée notamment sur le SMIC et les 35 heures, la décentralisation et la gestion locale des fonds européens, la cohésion économique et sociale, l'équilibre budgétaire, la relance de l'Europe et la PAC, Paris le 3 juillet 2002.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Point de presse du Premier ministre au Secrétariat d'Etat aux relations avec le Parlement, le 31 juillet 2002

ti : Vous êtes bien nombreux à cette saison, mais c'est une grande joie pour moi, et pour J.-F. Copé, d'avoir avec vous un échange. Je pense vraiment que notre démocratie a besoin de la communication par les professionnels que vous êtes, de manière à ce qu'on ait un éclairage complet des positions de l'exécutif. Et je pense que le contact direct avec les journalistes, médiateurs, qui peuvent porter les questions que posent les Français, finalement, peut aussi être un moyen de donner un coup de tonus à notre débat politique, à la nécessaire information des citoyens. C'est pour cela que je vous remercie beaucoup d'être présents à ce point de presse. Je souhaite pouvoir en faire avec vous régulièrement, de manière assez informelle, mais de façon à ce que vous puissiez avoir les réponses aux questions que vous vous posez. Je suis quelqu'un d'assez direct, donc je me réjouis de ces circonstances.
Je vais faire un peu le point, non pas un bilan parce que le travail qui est fait est mince par rapport à ce qui reste à faire. Donc nous avons bien conscience que les premières semaines de notre action gouvernementale, même si elles ont été actives, avec quelques résultats, dressent les premiers pas d'un chemin qui a ses difficultés et ses exigences mais aussi qui est, pour toute l'équipe gouvernementale, un chemin exaltant.

Nous nous sommes engagés dans une première phase pour faire en sorte que les promesses prises pendant la campagne électorale des présidentielles et des législatives puissent être tenues. Et nous avons fait en sorte que les engagements principaux, liés à des sujets urgents, importants pour les Français, puissent être clairement et sans ambiguïté, tenus dès les premières semaines de l'action gouvernementale. C'est pour cela que nous avons voulu remettre la France dans le bon sens. Cela a été notre priorité. La France prenait une mauvaise direction et nous avons voulu remettre la France dans le bon sens dans ce qui nous paraît être le sens de la vie.

D'abord, ce bon sens était réaffirmer l'autorité de l'Etat et pour nous, la surprise a été quand même réelle de trouver un Etat plus abîmé, moins efficace que nous ne l'attendions dans bien des sujets. C'est pour cela que nous avons voulu sur les fonctions régaliennes, sur ce qui est l'autorité républicaine, dès les premières semaines de l'action gouvernementale, donner de la puissance publique, donner une image d'efficacité et une capacité d'action. C'est pour cela donc que nous avons fait ces deux textes. Je viens d'apprendre qu'à l'instant même le texte sur la sécurité avait achevé son parcours parlementaire. C'est pour moi très important et je salue l'action de tous ceux qui ont travaillé sur ce sujet au Parlement et au Gouvernement, et notamment N. Sarkozy. C'est un texte très important qui replace la sécurité au coeur des préoccupations de l'Etat et qui, par des décisions très concrètes en matière de moyens, mais aussi en matière d'organisation, nous donne les moyens d'agir pour répondre à cette première aspiration des Français, qui est cette aspiration à la sécurité. Peu de liberté sans sécurité, peu de justice sans sécurité, peu de fraternité sans sécurité. C'est donc un préalable très important pour nous. Il faudra continuer cette action au-delà du texte et c'est pour cela que nous avons fait une loi sur cinq ans, de manière à tracer une perspective et que tous les acteurs de la sécurité sachent quel est leur avenir et comment l'Etat voit leur action dans les années à venir.

Le texte sur la justice, aussi important, nous donne lui aussi les moyens d'une justice plus efficace. Ce texte est encore en cours de débat et sera prolongé à la rentrée par une loi organique sur la justice de proximité, de manière à ce que l'ensemble de l'architecture de ce dossier puisse être construite telle que nous nous y étions engagés. D. Perben a construit un texte équilibré, qui me paraît être un texte aujourd'hui qui donne de la force à la justice. C'est une attente profonde des Français et c'est pour nous une priorité de l'action gouvernementale. Là encore, cinq ans pour structurer les moyens, pour donner de la lisibilité et puis aussi pour poursuivre l'action engagée.

Deux autres textes importants faisaient partie de ces premières semaines : le texte sur le collectif budgétaire avec notamment la baisse des impôts. La baisse des impôts, c'est pour nous très important. Nous voyons bien qu'il faut essayer d'accélérer le retour de la croissance. Les choses ne sont pas simples. Il faut des gestes significatifs. C'est pour cela que nous avons voulu faire ce geste vis-à-vis des 16 millions de personnes concernées pour engager un message fort de mobilisation des forces vives de ce pays en faisant en sorte que l'impôt pèse moins sur les épaules de tous les acteurs économiques, sociaux de notre pays. Cette initiative importante, qui a tout son poids dans notre effort financier, sera poursuivie dans les années qui viennent, telle que le président de la République l'a définie dans ses engagements.

Texte également important : le texte que F. Fillon a présenté au Parlement, qui est un texte qui s'adresse particulièrement aux jeunes et qui veut lutter contre le chômage des jeunes. C'est un sujet important. Vous voyez que le chômage dans notre pays reste un fléau important. C'est pour nous une préoccupation quotidienne. Nous sommes évidemment très attentifs à ce sujet qui est en partie lié à la croissance, mais pas seulement : des pesanteurs qui pèsent sur nos entreprises, les conditions économiques spécifiques ont pesé sur notre tissu entrepreneurial et ont fragilisé d'une certaine manière la politique de l'emploi. C'est pour cela que nous sommes très attentifs, notamment sur l'emploi des jeunes, à la mesure proposée dans le programme de F. Fillon au Parlement, qui est cette forme de contrat-jeune qui permet à des jeunes de moins de 22 ans d'avoir de vrais contrats dans de vraies entreprises, des contrats à durée indéterminée, de manière à pouvoir s'engager dans la vie professionnelle. C'est un sujet très important, c'est sans doute pour nous le coeur même de l'action contre le chômage. D'autres initiatives seront nécessaires ; nous les développerons à la rentrée. Mais dès maintenant, on a voulu faire ce premier pas en allégeant les charges, ce qui, vous le savez, était aussi un de nos engagements.

C'est un élément important que cette dynamique là, qui fait aussi partie de la démarche sociale que nous allons développer dans les semaines à venir. Quatre textes plus tout le travail que mènent actuellement F. Mer et A. Lambert sur la préparation du budget 2003 fait que nous avons eu un mois de juillet particulièrement chargé, mais je tiens à dire que nous abordons les phases d'arbitrage budgétaire pour le mois d'août avec finalement un dispositif qui, à ce jour, n'a pas trop souffert du retard pris par les échéances électorales, et nous tiendrons les calendriers du débat budgétaire de manière à ce que le Parlement puisse à l'automne avoir son calendrier budgétaire respecté.

C'était la première phase de cette action. D'autres initiatives importantes ont été engagées dans cette première phase. Je voudrais dire un mot de la mobilisation européenne parce que dans ces quelques semaines, j'ai pu rencontrer monsieur Aznar, j'ai pu rencontrer T. Blair, j'ai pu rencontrer monsieur Berlusconi, j'ai pu rencontrer le Premier ministre danois, j'ai pu rencontrer le Chancelier allemand, donc j'achève la tournée des responsables européens pour bâtir cette relance de l'Europe que nous attendons de l'issue de la convention que préside V. Giscard d'Estaing pour le printemps prochain. Je crois vraiment que nous avons là une occasion de restructurer un peu la mobilisation européenne, c'est un point très important. Je compte beaucoup sur les travaux de la convention, donc notre participation cohérente à l'intérieur de cette convention, pour faire en sorte qu'au printemps 2003, une vision claire de l'Europe soit dégagée. Je m'y impliquerai personnellement avec plusieurs membres du Gouvernement, pour faire en sorte qu'un certain nombre d'initiatives puissent être prises pour porter ce message européen, et je compte naturellement le faire dans l'esprit qui fut hier celui du sommet franco-allemand, c'est-à-dire avec des initiatives spécifiques du couple franco-allemand.

C'étaient les premières semaines de l'action gouvernementale telles que nous venons de les vivre. Nous sommes engagés maintenant dans la préparation de la rentrée. Cette préparation est articulée autour d'abord de la relance du dialogue social, qui est conduite par F. Fillon, et puis cela va nous permettre d'aborder dès le mois de septembre, et au Parlement dès le début octobre, le dossier important de l'assouplissement des 35 heures et de la revalorisation des bas salaires par harmonisation des Smic. C'est le dossier majeur sur lequel nous sommes très mobilisés : faire en sorte que les plus bas salaires puissent être alignés sur les plus hauts par une harmonisation des Smic, le tout dans une négociation avec les partenaires sociaux. Nous parlerons aussi de la loi de modernisation sociale, l'ensemble de ces sujets faisant parti du dialogue social, avec, nous le souhaitons, des décisions prises par la voie législative et/ou réglementaire, dès le début du mois d'octobre. C'est pour nous le devoir de vacances social qui est très important pendant ce mois d'août, ce mois de septembre, pour que nous soyons prêts dès le début du mois d'octobre.

Nous lancerons également au mois d'octobre les premiers fondements de la grande réforme de la décentralisation, qui sera une réforme très importante, pour oxygéner un peu notre République, pour donner à la République les valeurs de la proximité et de faire en sorte que les responsabilités soient exercées au plus près du terrain. Nous nous engageons dans un certain nombre d'initiatives, qui associeront les collectivités territoriales à la fois dans plus de responsabilités mais aussi dans une redéfinition des partenariats ; je pense notamment aux logiques d'aménagement du territoire et aux différents textes sur la démocratie de proximité. Un certain nombre d'initiatives seront prises. Nous en avons prise une ce matin, qui était rapide, parce que nous pouvions le faire - c'était directement une compétence de l'Etat -, en ce qui concerne la gestion des fonds européens : nous avons pris la décision ce matin de confier à la région Alsace la responsabilité de la gestion des fonds à titre expérimental pour nous préparer à une plus grande implication des collectivités territoriales dans un dossier très important qu'est la gestion des fonds européens. Le dossier de la décentralisation, qui comprendra trois textes - un texte constitutionnel, un texte-loi organique puis une loi qui restructurera, qui refondera les grands textes de l'intercommunalité : la loi Chevènement, la loi Voynet, la loi Gayssot, la SRU et aussi la loi Vaillant sur la démocratie de proximité -, donc trois textes qui occuperont une grande partie du travail parlementaire dès l'automne et ce, en grande partie, jusqu'au printemps.

Nous aurons également à la rentrée la loi de programmation militaire qui, elle aussi, sur cinq ans, définira les grands objectifs de notre action en matière de défense, ce qui achèvera ce qui est la perspective à cinq ans des fonctions régaliennes de l'Etat de cette volonté de remettre la France dans le bon sens, notamment en assumant ses fonctions régaliennes.

Et puis nous verrons, le début de l'année 2003, notamment avec le dossier des retraites, que nous commencerons donc, après avoir eu des contacts avec les différents acteurs au niveau de l'automne et préparé un certain nombre de discussions avec les partenaires sociaux pour aborder ce problème, dans le calendrier tel que nous l'avons défini dans le cadre de la politique générale qui a été exposée au Parlement pour le vote de confiance.

Voilà les grandes échéances de l'action gouvernementale pour les semaines à venir. Voilà les premières actions qui ont été engagées. Nous restons dans l'esprit d'un gouvernement de mission, nous restons conscients que les Français ont à la fois un profond attachement aux valeurs de la République, nous n'oublions pas ce vote du 5 mai, et nous nous sentons porteurs de ces valeurs de la République, mais nous n'oublions pas non plus l'exaspération des Français sur un certain nombre de sujets importants, et c'est pour cela que nous voulons rester à leur écoute et que nous avons veillé à ce que cette règle des trois tiers que j'avais demandée aux membres du Gouvernement - un tiers d'écoute, un tiers de travail législatif et un tiers de travail purement exécutif - soit respectée. Plus de 57 départements ont déjà été visités par l'équipe gouvernementale et nous sommes très présents sur le terrain à l'écoute des Français pour essayer de faire en sorte que les décisions soient le plus possible prises en bonne compréhension avec la société et avec nos compatriotes.

Si vous voulez que je réponde à quelques questions, je suis à votre disposition. Vous voulez la parole, vous l'avez !

[A propos du Smic et de l'augmentation de la rémunération des ministres]

C'est un peu schématique comme façon de présenter les dossiers. D'abord, il ne vous a pas échappé certainement que le Smic avait augmenté de 2,4 %, donc quand on dit une "non-augmentation du Smic", c'est imprécis. La précision, c'est que le Smic a augmenté de 2,4 % et que les règles de calcul de l'augmentation des Smic ont conduit à ces 2,4 %.

En ce qui concerne [...] les décisions proposées par le Parlement sur le salaire des ministres. Je tiens à vous dire que je ne suis pas demandeur ; que le gouvernement a d'autres priorités. Il est clair que l'action gouvernementale n'a pas pour ambition d'augmenter le salaire des ministres. C'est clair, net et précis. C'est vrai que le gouvernement précédent s'était engagé à la régularisation de la mise à la disposition des moyens au service des membres du gouvernement. Il n'a pas fait cette régularisation ; c'est, je crois, regrettable. Il est vrai, et je remercie le Parlement de s'être préoccupé de ce sujet, que dans notre pays, un ministre, aujourd'hui, a un salaire inférieur à un parlementaire, inférieur à un haut fonctionnaire, un salaire inférieur par rapport à tous ses collègues européens. Nous avons cette spécificité. Malgré cela, je ne suis pas demandeur et je m'en expliquerai demain, en répondant directement au Parlement qui a pris cette initiative et donc, à l'occasion des débats de la CMP, la commission mixte paritaire, où nous répondrons au Parlement sur la position du Gouvernement sur ce sujet. Ce n'est pas à son initiative.

Je ne suis pas un dogmatique. Donc méfiez toujours d'anticiper mes réponses, en croyant à un esprit de système. Vous avez pu déjà noter qu'elles étaient inspirées par le pragmatisme. Et donc c'est demain que je répondrai sur ce sujet, mais je vous ai déjà donné le ton qui était le mien sur cette affaire, et je crois qu'il faut répondre au Parlement, qui a fait une proposition, une initiative parlementaire. Il ne serait pas courtois de ma part que je ne m'adresse pas directement au Parlement pour répondre à une initiative du Parlement. "

[A propos de la politique économique du Gouvernement]

La politique économique suivie par le Gouvernement est très claire : c'est le retour au plus vite possible à la croissance. Mais il est évident qu'il y a un certain nombre d'incertitudes qui sont posées notamment par la situation internationale et la situation économique générale. C'est pour cela que nous avons pris un certain nombre de décisions pour accélérer ce retour à la croissance. Mais il est aussi évident que la politique du Gouvernement est une politique équilibrée. Je suis très attentif au retour à la croissance, mais je suis très attentif aussi à la cohésion sociale, à la cohésion économique et sociale. Et c'est cet équilibre que j'ai toujours en perspective, et c'est pour cela que j'ai trouvé que les circonstances faisaient qu'un certain nombre d'entreprises publiques, à un moment, chargeaient trop la barque, et que je l'ai dit avec netteté. Donc j'aurai la même attention et en permanence sur les équilibres économiques, mais aussi sociaux, de notre politique. Pour la rentrée, je vous l'ai dit, ce qui me paraît prioritaire pour les familles les plus modestes, aujourd'hui, c'est de faire en sorte que les salaires les plus bas puissent être harmonisés, notamment en ce qui concerne donc le Smic, par la négociation sociale et par le travail que nous avons engagé. C'est donc cela le chemin que nous prenons pour essayer de conduire les partenaires sociaux à une évolution de ces salaires les plus bas. Je resterai attentif aux autres initiatives, en fonction notamment des prévisions de croissance que nous pourrons arrêter à la fin du mois d'août, d'après les informations qui seront à ce moment-là disponibles.

Je pense que ce concept [la France d'en bas] dont on parle beaucoup et dont je ne veux pas faire un dogme, ce serait contraire, c'est un concept qui est plus subtil que simplement la structuration en terme de revenus. Ceux qui sont désignés par cette sémantique en fait sont tous ceux qui ne sont pas entendus et ceux-là, ce sont souvent des ouvriers, ce sont des agriculteurs, ce sont des artisans, ce sont des entrepreneurs, ce sont toute une catégorie de Français qui ne s'estiment pas, aujourd'hui, forcément entendus par la République. Et il ne faut pas voir là une catégorie sociale. C'est tout un métissage social qui aujourd'hui ne se sent pas complètement écouté dans l'ensemble de notre organisation politique. C'est à ceux-là que je suis attentif. Et donc il y a beaucoup de créateurs d'entreprise, beaucoup de forces vives de l'économique, du social et du culturel, qui ont en effet, pour les uns apprécié la baisse d'impôt, pour les autres apprécié l'allégement des charges pour les jeunes, et pour tous, la sécurité et la justice, parce que c'est pour eux, dans toutes les parties de la France aujourd'hui, un sujet très important. Je ne crois pas que dans notre pays, la sécurité, la justice soient un sujet de campagne électorale, et qu'une fois que la campagne électorale est terminée, on tourne le dos à cette préoccupation. C'est un sujet qui reste quotidien. Et je vais vous dire le fond de ma pensée, c'est que pour toute la France, cela reste une priorité avant toutes les autres préoccupations

[A propos des chiffres du chômage]

Je pense que la situation de l'emploi reste en effet préoccupante, comme je vous l'ai dit, c'est pour cela que nous avons tenu dès les premières semaines à nous attacher vraiment à traiter une partie de ce sujet qui est un des sujets les plus graves, qui concerne les jeunes. Quand une société tourne le dos à sa jeunesse, elle prépare bien peu l'avenir et c'est pour cela que nous avons voulu mettre l'allégement des charges pour les jeunes de moins de 22 ans comme priorité. Il y aura d'autres initiatives qui pourront être prises, mais je crois que ce qui est très important en effet, c'est que la confiance puisse revenir, que l'on restimule toutes les forces vives, qu'on relance une politique de la création d'entreprise. Il y aura des initiatives à la rentrée prises par R. Dutreil sur la création d'entreprise, pour mettre en place des aides nouvelles, et surtout pour simplifier la vie administrative des entrepreneurs. C'est un sujet très important. Nous y travaillons, mais nous sommes progressivement dans notre pays, aujourd'hui, en train de transformer tous les acteurs économiques en bureaucrates. Et tout ceci peut freiner aussi la croissance. Je pense que les informations que nous avons sur les fondamentaux de l'économie sont bons. Les fondamentaux de notre économie, aujourd'hui, ne doivent pas nous conduire au pessimisme. Il y a évidemment une prudence à tenir sur tous ces sujets, puisqu'on voit bien que les effets internationaux ont des répercussions sur notre économie nationale. Mais aujourd'hui, nous devons nous mobiliser pour l'emploi. Mais globalement, sur le retour à la croissance, il y a des incertitudes sur le degré et sur le calendrier, pas sur la direction, ce bon sens qui est celui d'une croissance renforcée, dès l'automne prochain, dès le second semestre de 2002.

[A propos du pacte de stabilité]

Non, je suis favorable aux principes du pacte de stabilité. Je pense que ce sont des principes de bonne gestion, et donc les principes du pacte de stabilité sont des principes auxquels tout gouvernement peut être, je crois, légitimement attaché. Je pense que les ratios sont difficiles à tenir, mais les principes sont bons, et donc quand on discute avec les partenaires européens, qu'est-ce qu'ils nous demandent aujourd'hui - Ce n'est pas forcément d'avoir de bons ratios c'est : "Est-ce que la France, enfin, va s'attaquer à ses vrais problèmes - Est-ce que la France enfin va cesser de parler des problèmes de retraite va s'attaquer au sujet des retraites - Est-ce qu'enfin, vous allez vous attacher à réformer en structures vos fondamentaux dans l'économie et notamment dans votre organisation de la présence de l'Etat au sein de l'économie" - Voilà un certain nombre de questions qui sont posées par nos partenaires. Et je crois que nous avons d'autant plus l'accord de nos partenaires que notre base réformatrice sera dans le concret, perçue par tous. Je suis assez confiant. J'ai vu hier avec le chancelier Schröder et avec monsieur Aznar, il y a peu, que nous avions des visions très voisines sur le pacte de stabilité. Je pense qu'il faut garder l'esprit de cette politique nécessaire à ce que l'euro soit une monnaie forte, mais il faut aussi tenir compte des efforts que font les différents pays. Je pense, en ce qui concerne la France par exemple, à des efforts qui sont très importants et qui servent la cause de l'Europe : la loi de programmation militaire va être un effort français très important. Mais la sécurité de l'Europe se trouvera aussi renforcée et donc c'est aussi une façon de s'affirmer européen.

[A propos de la PAC]

Les relations que j'ai avec J. Chirac ne sont pas celles d'avocat et ne se posent pas sur le terrain juridique. Elles sont de confiance et donc ce sont des échanges de proximité. Je pense que vous avez raison d'employer le mot "évolution." Le gouvernement français est favorable à des évolutions en ce qui concerne la politique agricole commune, mais selon le calendrier de Berlin et avec les grands principes des accords de Berlin. Nous souhaitons faire en sorte que pour 2006, des évolutions de la PAC soient prêtes et pour cela, nous avons des débats à organiser en France, des accords à passer avec nos partenaires européens, pour faire en sorte que nous soyons vraiment prêts en 2006. Mais ce qui nous paraît important, c'est que l'ensemble des grands dossiers européens soient traités de manière simultanée. Les Britanniques sont très attachés au chèque britannique, on peut le comprendre. Les Espagnols sont très attachés au fonds de cohésion, on les comprend. Les Allemands sont très attachés à leurs contributions aux coûts européens, c'est légitime. Les Français sont très attachés à la PAC, c'est légitime. Tous ces dossiers-là sont des dossiers qui concernent les pays fondateurs de l'Union européenne. On peut discuter de tous ces sujets. Mais discutons les ensemble, selon le calendrier prévu. Il n'y a aucune raison de faire dès maintenant de la PAC l'élément d'ajustement de la politique d'élargissement de l'Union européenne. Donc oui à des évolutions sur un calendrier qui a été défini à Berlin.

[A propos de l'entrée de la Roumanie dans l'Union européenne]

Je garderai la réponse, en ce qui me concerne, à la visite du Premier ministre roumain que j'accueillerai dans quelques semaines à Paris.

[A propos de la réglementation sur la chasse]

La France aime trop l'Europe pour limiter l'Europe à des directives, à des procédures, à des carcans administratifs, bureaucratiques et technocratiques. La France aime l'Europe dans sa conscience, dans son destin, dans sa mobilisation. La France a besoin de l'Europe, aujourd'hui, pour être un multiplicateur d'influence. Je suis profondément européen, je crois à une capacité de sécurité européenne, je suis profondément attaché à l'élargissement. Je crois vraiment qu'il faut s'impliquer sur la réflexion sur les institutions européennes : quelle sera la place d'un président élu dans l'Union européenne - Voilà des sujets qui sont des sujets qui peuvent mobiliser l'opinion. Alors, quand l'Europe fait en sorte qu'elle donne le sentiment d'être trop pointilleuse sur un certain nombre d'aspects, je crois qu'il faut que les Etats puissent avoir un dialogue pour avoir discuter. C'est ce qu'on a fait par exemple pour les oiseaux migrateurs. C'est-à-dire qu'on a chargé un médiateur de voir avec l'Europe, quelles étaient les marges de manoeuvre pour savoir, entre le canard à col vert et les autres, quand est-ce qu'on pouvait avoir les ouvertures de chasse. Et on a regardé un peu les opportunités, et puis on envoie cela au Conseil d'Etat. On va essayer de trouver une ligne. Mais je pense que là, nous sommes dans une pratique juridique. Nous allons assumer l'Etat de droit et nous respecterons évidemment l'Etat de droit. Mais nous avons essayé de faire en sorte qu'on puisse tenir compte des spécificités territoriales françaises. Si vous voulez, moi je suis profondément européen, mais la chasse en France, elle nous vient de la Révolution. Ce n'est pas la même chose que la chasse dans d'autres pays. Moi je respecte beaucoup les traditions des autres pays. Donc il faut qu'on mesure ce qu'est la chasse pour nous. Cela ne veut pas dire qu'il faut être ni intégriste ni ultra. Toujours l'équilibre. Faire en sorte que le bon sens soit respecté et que les pratiques puissent être assumées. Là encore, remettre la politique dans le bon sens me paraît une bonne priorité

[A propos de la directive européenne sur l'étiquetage des produits en langues étrangères]

R. Dutreil a pris une décision tout à fait ouverte. Le français est obligatoire, les autres mentions sont évidemment légitimes. Donc il n'est pas question d'abandonner notre langue. Il n'est pas question d'abandonner ce que nous sommes. Il n'est pas question d'avoir un conflit non plus avec l'Union européenne pour que soient présentes d'autres langues sur les mentions des produits. Donc la position prise par R. Dutreil me paraît raisonnable. Il est important que nous soyons attachés à notre langue, à notre culture. On voit bien que nous avons besoin de défendre ce qui nous rassemble. Mais, évidemment, il ne faut pas le faire avec un esprit féodal, intégriste. Restons ouverts, il faut que les autres langues puissent aussi être présentes, et c'est le sens du texte qui a été pris par le secrétaire d'Etat aux PME.

[A propos de la maîtrise des déficits publics]

C'est vrai parce que ce n'est pas facile. C'est vrai d'ailleurs qu'un certain nombre d'entre nous avaient pronostiqué la victoire de la droite au vu des finances publiques, et au vu de l'habitude de la sagesse des Français. Nous avons une stratégie qui est tout à fait claire. On a fait en sorte qu'un certain nombre de décisions budgétaires soient respectées. Vous savez que nous trouvons une situation que l'audit a définie comme étant très difficile. Et nous avons, pour limiter notre déficit public, un certain nombre de mesures sévères que nous devons prendre, [dans] nos pratiques budgétaires, et faire un certain nombre d'économies. Nous allons essayer de faire en sorte que ceci touche ce qui n'est pas utile aux Français, ce qui est plus facteur de lourdeur que de dynamisme. Nous sommes en train de faire ce travail-là. Cela va être le travail du mois d'août. Pour le budget 2003, nous ferons en sorte qu'on puisse à la fois assumer les engagements qui sont les nôtres, mais en même temps, veiller à ce qu'il n'y ait pas de dépenses excessives. Donc, c'est un travail au scanner, dans chacun des budgets, pour pouvoir faire des économies. C'est plus ou moins facile. Pour le moment, nous sommes dans la phase où les ministres discutent avec le ministère du Budget. Donc c'est toujours une phase un peu de rudesse et puis après, le Premier ministre fera les arbitrages et essayera de trouver les équilibres nécessaires.

[A propos de la levée de l'embargo sur le boeuf britannique]

Nous avons demandé à notre agence une étude sur le sujet. Nous aurons les résultats, je crois, au mois de septembre. J'ai dit à T. Blair que nous prendrons notre décision juste au regard des résultats de cette étude. Donc la réponse est pour la rentrée, prochainement.

Nous sommes pour l'Etat de droit et donc nous respectons le droit. Nous n'avons pas de difficulté à assumer nos décisions. On pourra les contester, on pourra prendre des précautions juridiques nécessaires. Il peut y avoir des précautions qui sont prises sur ce sujet - vous connaissez le dossier, moi aussi. Donc on pourra prendre nos précautions, mais notre souhait est d'apporter une réponse claire à partir des résultats de l'étude qui, nous pensons, sera très claire.

[A propos de la procédure de dissolution d'Unité radicale]

Nous avons engagé la démarche qui n'est pas, à ce jour, conclue. Je crois qu'il est très important d'être attentif dans notre pays à tout ce qui est lié à la montée ou pourrait être lié à des montées de l'extrémisme. Nous sommes très attentifs à ces sujets. La société française est une société à la fois forte et fragile, forte dans ses convictions, mais aujourd'hui nous sentons bien qu'il peut y avoir un certain nombre de tensions. Il faut qu'on soit particulièrement vigilant sur tout ce qui peut conduire à un développement de l'extrémisme, tout ce qui peut conduire à la xénophobie, à l'antisémitisme, au racisme. Je suis très attentif à ces sujets parce que je sens que notre société aujourd'hui a perdu un certain nombre de ses repères. Et il faut rappeler à tous aujourd'hui que la République française rassemble, la République française n'est pas fait d'une somme de communautarismes, la République française appartient à tous, tout le monde doit y trouver sa place et tous ceux qui voudraient développer ces extrémismes particulièrement blessants pour notre histoire nationale et pour notre peuple, doivent être aujourd'hui particulièrement visés par les mesures dont vous parlez. Donc c'est un sujet sur lequel nous travaillons dans le respect des valeurs de la République. Cela fait partie, au-delà de tous les clivages politiques - bien sûr j'appartiens à une famille politique, bien sûr je suis issu d'une victoire politique d'un camp politique - mais je n'oublierai jamais ce 5 mai, qui est un grand rassemblement républicain, et au-delà des clivages politiques, il y a un certain nombre de valeurs dont nous sommes porteurs.

Je vous remercie.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 6 août 2002)

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