Conférence de presse de M. Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la francophonie et de la coopération, et de Mme Noëlle Lenoir, ministre aux affaires européennes, sur l’actualité internationale, Bruxelles le 22 juillet 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la francophonie et de la coopération, et de Mme Noëlle Lenoir, ministre aux affaires européennes, sur l’actualité internationale, Bruxelles le 22 juillet 2002.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique, LENOIR Noelle.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie; FRANCE. Ministre délégué aux affaires européennes

Circonstances : Réunion du Conseil Affaires générales-Relations extérieures à Bruxelles le 22 juillet 2002

ti : Le ministre - Nous avons donc assisté aujourd'hui à la première réunion du Conseil Affaires générales sous présidence danoise. Parmi les principaux sujets qui ont été abordés ce matin, en présence de Mme Noëlle Lenoir, je retiens principalement le programme de travail pour le semestre, en particulier le calendrier de conclusions des négociations d'adhésion. Notre collègue grec nous a présenté le programme d'Athènes pour la Politique européenne de sécurité et de défense et l'Eurogroupe, puisque comme vous le savez, le Danemark ne participe pas aux différents travaux dans ce domaine.

Au titre du suivi du Conseil européen de Séville, nous avons modifié le règlement intérieur du Conseil. La présidence nous a présenté ses intentions pour la mise en ¿uvre de ces décisions, par exemple l'organisation sur deux jours, des travaux du "Conseil Affaires générales et Relations extérieures" à compter du mois d'octobre.

Les ministres ont également discuté de plusieurs autres sujets sur lesquels des conclusions ont été adoptées. Je mentionne en particulier les Balkans occidentaux. Le Conseil a lancé notamment un appel à la mise en ¿uvre de l'accord du 14 mars décidant la création du futur Etat de Serbie-Montenegro et à l'adoption, le plus rapidement possible, de sa charte constitutionnelle dans la perspective de son intégration européenne.

S'agissant du contentieux sur l'acier avec les Etats-Unis, nous avons suivi la recommandation de la Commission consistant à poursuivre les discussions avec les Etats-Unis pour obtenir à la fois compensations et exemptions et à renvoyer à septembre une décision sur les contre-mesures européennes éventuelles.

Notre collègue danois a fait le point sur la préparation du sommet mondial sur le développement durable de Johannesbourg. Nous avons adopté des conclusions sur la stratégie de communication de l'Union. Il est important d'assurer une forte visibilité de l'Union à Johannesbourg. Visibilité, cohérence, union doivent être nos principaux objectifs.

Nous avons aussi adopté des conclusions sur l'Afghanistan, réaffirmant le soutien de l'Union européenne au processus de Bonn et au gouvernement de M. Karzai. Ces conclusions donnent aussi des orientations très précises au représentant spécial de l'Union, M. Vendrell, que j'ai rencontré la semaine dernière à Paris.

Enfin, nous avons adopté des conclusions sur la situation humanitaire dans le sud de l'Afrique, demandant aux Etats de la région d'adapter leur politique pour aider à surmonter la crise alimentaire actuelle.

Au cours du déjeuner nous avons abordé les principaux points suivants :

La situation au Proche-Orient, pour souligner l'impératif d'une initiative politique concomitante avec la politique de sécurité qui est menée.

Le représentant espagnol a évoqué la situation de l'îlot de Persil.

Nous avons également discuté, sur la base d'un rapport de M. Solana et du ministre grec, des relations entre l'Union et l'OTAN. Le Conseil a adopté le "concept général" d'une reprise par l'Union de l'opération de l'OTAN en Macédoine et je souhaite à cet égard que les préparatifs militaires et techniques de cette opération soient rapidement menés afin de mettre en ¿uvre la volonté exprimée par les chefs d'Etat et de gouvernement au Conseil européen de Séville.

A la demande de notre collègue britannique, qui était de retour d'une visite en Asie méridionale, nous avons fait le point sur les tensions entre l'Inde et le Pakistan. M. Solana se rendra dans la région du 26 au 29 juillet et j'irai moi-même en Inde et au Pakistan début août.

Le principal débat a été consacré à la situation au Zimbabwe. Nous avons décidé d'élargir les sanctions contre les autorités de Harare en étendant la liste des personnalités du régime interdites de visa dans l'Union. J'ai, pour ma part, rappelé la nécessité de tenir dans les meilleures conditions la conférence entre l'Union européenne et la SADC qui reste prévue début novembre à Copenhague.


Q - Monsieur le Ministre, concernant la situation actuelle au Proche Orient, pourrait-on avoir plus de précisions sur vos discussions ? Sur l'Iraq, quelle est la position de l'Union européenne sur les menaces quotidiennes américaines ?

R - En ce qui concerne la situation au Proche-Orient, nous avons fait un point détaillé de la situation diplomatique après la réunion du Quartet et nous avons souligné les avancées diplomatiques après les entretiens entre le Quartet et un certain nombre de pays arabes. Les choses bougent dans cette région. Nous avons évoqué la situation qui reste dramatique sur le terrain à la suite des attentats terroristes récents et souligné la nécessité de fixer un calendrier précis, en particulier de s'en tenir à l'objectif d'élections dans les Territoires palestiniens au début de l'année prochaine comme cela est aujourd'hui fixé. Dans ce contexte, j'ai rappelé l'importance que nous attachons à la tenue d'une conférence internationale. C'est mentionné par la déclaration qui a été adoptée. Je crois qu'il est important, effectivement, que nous ne perdions pas le momentum politique indispensable dans cette période, si nous voulons éviter que le vide ne soit mis à profit par les terroristes cherchant à tirer argument, justement, d'un trop grand immobilisme dans cette région.

Le deuxième point concerne l'Iraq. Nous n'avons pas évoqué la question. Vous savez qu'en ce qui concerne la situation en Iraq, aucune action militaire américaine, contrairement aux rumeurs, n'est aujourd'hui envisagée. Nous en restons là pour le moment.

Q - Est-ce que vous avez évoqué la question de Kaliningrad et les déclarations du président Chirac sur la question des visas ?

R - Nous avons évoqué la situation de Kaliningrad. J'ai rappelé l'importance qu'il y avait, Mme Lenoir l'a évoquée également, à tenter d'accélérer la réponse que nous devons apporter aux Russes dans ce domaine. Nous essayons de respecter les deux principes qui s'imposent, ce qui n'est pas facile. D'un côté le respect de la libre circulation et de l'autre côté, la nécessité de respecter l'acquis européen. Voilà la position que nous défendons, et nous estimons qu'il est important que très rapidement nous puissions avancer sur ce sujet. Mme Lenoir a demandé que la Commission puisse accélérer les propositions qui pourraient être faites.

Q - Accélérer, c'est anticiper les propositions de la Commission ?

R - Mme Lenoir - Puisque nous nous trouvons confrontés à un problème tout à fait particulier et unique en son genre - il n'y a pas d'équivalent dans l'ensemble de l'Europe à cette situation -, nous avons souhaité que des solutions très imaginatives soient trouvées, à la fois pour faciliter le lien entre les habitants de Kaliningrad et les autres parties de la Russie, et pour respecter l'engagement international résultant du Traité et des accords de Schengen. C'est pourquoi le président a évoqué la question des visas pour indiquer que c'était une des pistes, une des modalités qui pourraient être trouvées dans le cadre de cette solution imaginative.

Q - Dans l'exposé du ministre grec sur le programme de travail, la possibilité d'un calendrier des solutions aux problèmes UE/OTAN a-t-elle été évoquée ?

R - M. de Villepin - On a reconnu la nécessité d'essayer de parvenir le plus rapidement possible à un accord, mais il n'y a pas, à ce stade, de calendrier.

Q - A propos du Zimbabwe, Monsieur le Ministre, qu'espère-t-on en étendant la liste des personnes interdites de séjour dans l'Union européenne et le ministre des Affaires étrangères du Zimbabwe sera-t-il invité à la conférence UE/SADC ?

R - Nous estimons en effet qu'il est important que le Zimbabwe puisse participer à cette réunion, cela fait partie des contacts importants à conserver pour faire passer les messages qui sont les nôtres. Nous souhaitons bien évidemment que cette conférence puisse se tenir comme prévu avec la participation du ministre des Affaires étrangères zimbabwéen.

Q - Sur le conflit de l'îlot de Persil, quelle est votre évaluation sur le fait qu'il n'y a pas eu de position unique de l'Union européenne et votre évaluation sur le rôle des Etats-Unis ?

R - Tout d'abord, nous nous réjouissons du fait que le 20 juillet, l'Espagne et le Maroc aient pu arriver à un accord concernant l'îlot de Persil. L'important, et je crois que c'était l'objectif commun de l'ensemble des pays de l'Union européenne, était de plaider dans le sens de l'apaisement. Je crois qu'aujourd'hui cet apaisement, ce souci du dialogue, la volonté de trouver une solution l'ont emporté et nous nous félicitons particulièrement du fait que les Etats-Unis aient largement contribué à la recherche d'une solution.

Q - Quelques précisions concernant Kaliningrad. Est-ce que l'administration française a déjà approfondi le sujet, car jusqu'à présent la Commission européenne considérait que la seule formule possible dans le cadre de Schengen était celle des visas ? Peut-il y avoir un régime spécial seulement pour la Pologne et pour la Lituanie ?

R - Nous sommes très conscients des contraintes qui pèsent sur les Etats que vous avez mentionnés, mais nous sommes très désireux aussi de pouvoir arriver à un accord. Nous explorons, et à ce titre il y a une réflexion interne, les différentes possibilités partant de la volonté que nous avons de satisfaire aux principes que j'ai évoqués tout à l'heure.


Q - Il semblerait aujourd'hui que l'Europe attende beaucoup des élections palestiniennes, avez-vous un autre scénario au cas où les élections ne seraient pas possibles ?

R - Ce qui est important, dans la perspective des élections au début de janvier, c'est que cela doit nous mobiliser, dès maintenant. Organiser des élections pour le mois de janvier, cela suppose toute une série de décisions, un compte à rebours et il est très important d'inscrire la démarche de la communauté internationale dans un cadre résolument volontariste. La perspective d'élections en janvier implique bien sûr, pour que ce soit crédible, pour qu'elles puissent effectivement se réaliser, toute une série d'exigences sur le plan matériel pour le bon déroulement du scrutin. Cela implique aussi évidemment qu'un certain nombre de mesures soient prises par les Israéliens pour rendre possible ces élections qui ne sauraient se tenir dans des territoires sous occupation israélienne. Donc, il y a là véritablement la volonté de faire en sorte, semaine après semaine, mois après mois, que des dispositions puissent être prises et, dans l'esprit français (vous savez que c'est une idée soutenue par une large partie de la communauté internationale et en particulier l'Union européenne) la conférence internationale pourrait constituer un élément supplémentaire du momentum politique indispensable pour permettre de faire de ce rendez-vous des élections un temps fort au Proche-Orient.

Q - Monsieur le Ministre, sur la défense, comment l'Union européenne pourra-t-elle remplacer l'OTAN en Macédoine sans un accord avec l'OTAN jusqu'à la mi-septembre ? Sur Kaliningrad, le président Chirac dit que le système des visas est inacceptable et qu'en même temps il faut penser à un système équivalent. Qu'avez-vous comme idée de système équivalent ?

R - Sur le deuxième point je vous ferai la même réponse que tout à l'heure. C'est-à-dire que nous réfléchissons et que nous sommes en train d'examiner les différentes possibilités existant dans ce domaine. Je ne suis pas en mesure de vous en dire davantage aujourd'hui.

Sur la première question, il est évident que la volonté exprimée à Séville, est de faire en sorte que l'Union européenne puisse relayer la présence de l'OTAN en Macédoine. Nous estimons que tout doit être fait dans un calendrier relativement court, pour permettre de satisfaire à cet objectif et nous essayons de nous y employer.

Q - Dans le cadre des négociations d'élargissement, vous avez demandé à la Pologne de tout mettre en ¿uvre pour introduire les visas pour des pays tiers et maintenant votre message est "arrêtez tout cela"¿

R - Non, pas du tout. Nous prenons en compte, bien évidemment, la situation de nos amis polonais, c'est une évidence. La réflexion se situe dans le cadre d'un certain nombre de contraintes, c'est pour cela que c'est un sujet difficile, mais nous sommes déterminés à essayer de trouver une solution.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 24 juillet 2002)

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