Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la ville et à la rénovation urbaine, à RTL le 2 août 2002, sur l'augementation de 70% des salaires des ministres, sur l'éventuelle création de centres éducatifs fermés pour les mineurs délinquants et la loi "solidarité renouvellement urbain". | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la ville et à la rénovation urbaine, à RTL le 2 août 2002, sur l'augementation de 70% des salaires des ministres, sur l'éventuelle création de centres éducatifs fermés pour les mineurs délinquants et la loi "solidarité renouvellement urbain".

Personnalité, fonction : BORLOO Jean-Louis, ARZT Richard.

FRANCE. Ministre délégué à la ville et à la rénovation urbaine

ti : R. Arzt - Une augmentation de 70 % en tant que ministre, cela n'arrive pas tous les jours... Vous êtes satisfait ?

- "Pas vraiment, mais je voudrais dire pourquoi. On sort d'une situation où il y avait 500 millions de francs, ou à peu près, pour rémunérer les gens des cabinets, les collaborateurs, les frais de représentation etc., des trucs qui n'étaient pas fiscalisés, étaient occultes, on avait des billets qui sortaient... On rentre dans une situation adulte, à la demande et de J. Chirac et de L. Jospin à l'époque. F. Parly, à l'époque ministre du Budget, avait fait la même proposition, je l'ai sous les yeux ; aujourd'hui, le Parlement la reprend. Et on fait croire qu'il s'agit d'une augmentation ! Qu'on dise que les ministres sont trop payés dans ce pays est un débat qui me paraît tout à fait normal, puisque maintenant c'est transparent. Qu'on ne fasse pas croire qu'il y a une augmentation, alors qu'en réalité, il y a une réduction des capacités des moyens des ministres. Cela dit, le débat qui est possible, c'est est-ce que les ministres doivent être des bénévoles de ce pays ? Moi, cela ne me choquerait pas plus que cela ; est-ce qu'ils doivent avoir une rémunération équivalente à une autre fonction tout à honorable de notre pays - professeur d'université ? Ou est-ce qu'ils doivent être aussi bien payés que les ministres espagnols et italiens ? Quelles sont leurs conditions de sécurité, notamment de sécurité personnelle ? Il se trouve que j'étais, l'autre jour, dans un endroit où j'avais 48 personnes du GIGN pour me protéger, 150 policiers de la Brigade anti-criminelle. Ce sont toutes ces conditions de fonctionnement de la présentation..."

Vous-mêmes, vous êtes pour une rémunération conséquente ?

- "Une rémunération équivalente à celle un professeur d'université et des éléments de sécurité me conviendraient par exemple parfaitement bien. Mais la façon un peu hypocrite et malsaine dont ce sujet est traité, en revanche, m'agace."

Par qui a-t-il été maltraité ? C'est parti d'un amendement d'un sénateur socialiste, rattrapé par l'Assemblée, puis le Gouvernement...

- "Par cette espèce de société un peu "monarchie coupable", une espèce de façon non objective, mais coupable, y compris par nous ; [il y a] une espèce de malaise dès qu'on parle des conditions de travail des uns et des autres. Maintenant, les choses au moins sont claires, elles sont fiscalisées et elles peuvent bouger dans un sens ou dans un autre. C'est cela un pays adulte."


En tant que ministre de la Ville, vous êtes un peu concerné bien sûr par la loi sur la justice, qui est en ce moment en discussion à l'Assemblée. Les centres éducatifs fermés, la détention provisoire pour les 13-16 ans, vous approuvez tout ?

- "On ne traitera pas les problèmes de la société française exclusivement par la sécurité et le bras de la justice. Ce qui me paraît important, c'est que la justice soit juste, parce qu'il n'y a rien de pire qu'une condamnation injustifiée ou inexpliquée. 35 % des condamnations ne sont pas comprises par les gens, soit pour des raisons de langue, soit pour des raisons de complexité de nos procédures."

Mais sur cette fermeté ?

- "Il faut que ce soit juste d'abord. Deuxièmement, ces centres fermés, il faut bien qu'on essaye quelque chose entre la prison et rien du tout. Et le ministère de la Ville va mettre le paquet sur la partie pédagogique, sur la partie civique, sur la partie formation. Il faut bien essayer de faire quelque chose de cette jeunesse qui a perdu ses repères. Donc, mon boulot de ministre de la Ville, c'est de faire en sorte que le contenu de ces centres soit un contenu valorisant, et qu'ils permettent une sortie digne."

C'est le genre de choses dont vous parlez dans les conseils de sécurité intérieure ? Il y en a un aujourd'hui, sous la présidence de J. Chirac. C'est votre apport à vous ?

- "D'abord, le principe des conseils de sécurité intérieure, c'est qu'il est confidentiel et secret."

Il y en a quand même un aujourd'hui ?

- "Il y en a un aujourd'hui."

Ça, ce n'est pas secret !

- "Non, mais son contenu... Cela dit, c'est vrai qu'il y a manifestement un rétablissement des pouvoirs régaliens - c'est-à-dire la police, la justice, l'armée - dans ce pays. Et puis, il y a de l'autre côté une équipe gouvernementale qui, elle, est l'équipe des mystères de la société française, des mystères de la vie, de la lutte contre l'exclusion, de cette situation des quartiers et des logements sociaux inacceptable dans notre pays. J'étais hier à Marseille, par exemple, avec J.-C. Gaudin et madame Andrieu et j'ai vu, derrière cette espèce de chaleur provençale, ce mélange religieux extraordinaire, quelques endroits qui sont inacceptables pour la République. Malheureusement, il y en a beaucoup plus que cela - 155 en France - et il va bien falloir les traiter."

Question technique : où en êtes-vous avec cette loi "solidarité renouvellement urbain", qu'avait votée la gauche il y a un an, et qui impose aux communes 20 % de logements sociaux, sans quoi il y a des pénalités ?

- "Le principe de la loi, qui est que l'ensemble des communes fassent des efforts en matière de logements, me paraît être un chemin plutôt sain. Le problème que l'on a est un problème de modalités d'exécution, pour deux raisons : la première, c'est que l'on taxe les communes - on les punit, si j'ose dire -, alors que ce ne sont pas les décideurs. Le décideur, c'est l'Etat qui met ou pas les prêts locatifs aidés - on les appelle les PLU maintenant [ndlr : Plans Locaux d'Urbanisme]. Et ce sont, deuxièmement, les organismes HLM, qui font ou qui décident de ne pas faire. Donc, il va falloir qu'on fasse une concertation pour atteindre l'objectif, qui me paraît sain, mais probablement en modifiant quelques modalités d'application."

Exemples ?

- "Exemples : le délai d'exécution, le fait que ce soit sur un bassin de vie un peu plus large que les territoires communaux... Ce sont de vraies modalités. C'est une loi qui a été faite un peu rapidement. Mais son principe me paraît sain."

A Valenciennes, la ville dont vous avez été le maire, a été créé un service d'urgence juridique et psychologique, qui vient en aide aux personnes qui ont subi une agression ou un cambriolage. Cela a-t-il vocation à se développer ailleurs qu'à Valenciennes ?

- "D'abord, l'expérimentation est dans six villes de France. L'idée est assez simple : quand il vous arrive quelque chose - une agression, un cambriolage, quoi que ce soit -, on est complètement déstabilisé, un peu paumé, il y a plein de trucs à faire. Là, il y a une petite voiture avec deux personnes, un psychologue et un administratif ou un juriste, qui vient en aide immédiatement aux victimes et les oriente vers les médecins, les hôpitaux, les avocats, les problèmes administratifs... Donc, cette procédure légère - pour l'instant, il y a eu 400 interventions en huit semaines - a un impact psychologique remarquable. Donc, je crois que cela a vocation à s'étendre."

En combien de temps le proposez-vous ?

- "Le propre de l'expérimentation est qu'elle dure six mois. On va faire un bilan définitif. Vous me demandez un pronostic : c'est que cela va s'étendre. Mais attendons la fin de l'expérimentation."

(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 2 août 2002)

Rechercher