Déclaration de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, sur les différentes fonctions de l'agriculture, notamment la dimension de la production, la fonction territoriale et la fonction sociale, Paris le 20 juin 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, sur les différentes fonctions de l'agriculture, notamment la dimension de la production, la fonction territoriale et la fonction sociale, Paris le 20 juin 2002.

Personnalité, fonction : LEMETAYER Jean-Michel.

FRANCE. FNSEA, président

Circonstances : Conseil fédéral de la FNSEA à Paris le 20 juin 2002

ti : Monsieur le Ministre,
Mes Chers Amis,


Monsieur le Ministre, je vous remercie d'avoir accepté notre invitation à ce conseil fédéral. Nous avons déjà eu l'occasion de nous rencontrer, mais le cadre était plus étroit que celui d'aujourd'hui.

Cette réunion est une excellente occasion, parce qu'après deux mois de frénésie électorale et la fin prématurée de la coupe du monde pour les bleus, la France va pouvoir se remettre au travail !

Le précédent locataire de la rue de Varenne avait à peine eu le temps de faire le tour des dossiers. Vous bénéficiez, me semble-t-il d'un bail plus long. Cela devrait nous laisser le temps de faire connaissance.

C'est une excellente chose de vous avoir parmi nous aujourd'hui. Vous avez, rassemblés devant vous des représentants de toutes les productions agricoles, de toutes les régions.

On peut dire en fait que cette salle est un concentré de l'agriculture française.

Je suis d'autant plus à l'aise pour le dire que les exploitants qui sont ici ont été élus, ils sont représentatifs de notre agriculture.

La FNSEA est une organisation professionnelle démocratique. Dans les départements, les préfets le savent bien puisqu'ils reçoivent les résultats de nos élections professionnelles et valident les statuts des fédérations départementales.

C'est cette démocratie qui fait notre force. C'est notre présence, avec 25 000 syndicats locaux sur l'ensemble du territoire métropolitain et des territoires d'Outre-mer, qui fait de nous un interlocuteur privilégié et un partenaire solide.

Avec ces atouts, nous fournissons un travail très important, pour défendre l'agriculture et les agriculteurs.

Les détracteurs de la FNSEA ont tendance à confondre efficience avec puissance, présence avec monopole. Cette idée avait même réussi à faire son chemin jusqu'à la rue de Varenne.

On a remis en cause notre représentativité, notre intégrité, notre rôle d'agent de développement. On a même voulu nier notre existence. Cette campagne de dénigrement nous a profondément atteints. Mais il suffit de regarder cette salle pleine : nous avons tenu bon. La FNSEA existe depuis plus de 50 ans. Elle est toujours debout aujourd'hui.

Dès votre prise de fonction, vous nous avez immédiatement considéré comme un vrai partenaire. La concertation s'installe et votre présence ici en est un signe fort dont nous vous remercions.

Mais au-delà, l'essentiel c'est ce que vous allez faire pour l'agriculture et les agriculteurs.

Et depuis le 6 mai vous avez eu le temps de vous rendre compte que vous avez du pain sur la planche. Parce que l'agriculture va mal. Les campagnes n'ont pas le moral. Le premier ministre a déclaré lors d'un déplacement en Ille et Vilaine qu'il " mesurait le blues rural " : nous attendons des mesures contre le blues !

Bien sûr, il y a ces crises sectorielles, il y a ces marchés qu'on ne gère plus, il y a cette paperasse qui s'accumule. Tout cela, ce sont les signes extérieurs du malaise, et j'y reviendrai plus en détails tout à l'heure.

Mais le malaise est bien plus profond que cela.

L'agriculture souffre d'un manque d'ambition politique. C'est là le c¿ur du problème. Les agriculteurs n'ont plus de perspectives. Et on comprend alors qu'en 2001 on ait compté, en France, moins de 6 000 installations aidées. On ne choisit pas un métier que l'on croit sans avenir.

C'est ce que nous avons voulu dire, mardi 11 juin à Strasbourg. Vous avez entendu 20 000 agriculteurs européens demander une ambition agricole pour l'Europe : nous, nous demandons aussi une ambition agricole pour la France.

Lors du salon de l'Agriculture, nous avions exposé notre vision de l'agriculture. Cette vision repose sur les trois fonctions fondamentales de l'agriculture que sont la fonction de production, la fonction territoriale et la fonction sociale.

Fonction de production tout d'abord avec une agriculture qui fournit au consommateur des produits sains et fiables. Fonction territoriale ensuite avec des agriculteurs engagés dans l'animation et l'aménagement de l'espace rural et la préservation des ressources naturelles. Fonction sociale enfin qui fait de l'agriculture un maillon fort de l'emploi.

Voilà notre modèle agricole pour une agriculture que nous voulons multifonctionnelle et citoyenne.

Ce modèle, nous le voulons durable. Et il le sera à la condition que les agriculteurs puissent vivre de leur métier. Or, aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Les problèmes de revenu nous inquiètent fortement et les pouvoirs publics doivent agir pour inverser la tendance.

Si votre vision agricole rejoint la nôtre, si vous croyez en l'agriculture française, il faut traduire cette ambition dans les faits.

Il faudrait commencer par nous donner des perspectives européennes et internationales.

On a tellement réformé la PAC pour s'adapter aux exigences de l'OMC qu'aujourd'hui on a perdu le sens du marché communautaire.

Bien évidemment, personne ne souhaite une Europe protectionniste. Mais il faut savoir gérer l'ouverture. Et c'est en affirmant une véritable personnalité européenne que l'on sera capable de porter le projet économique et structurel de l'agriculture.

Pour cela nous demandons à nos dirigeants français, dont vous faites partie monsieur le ministre, de tout mettre en ¿uvre pour réaffirmer et rénover la préférence communautaire et retrouver des organisations communes de marché efficaces et dignes de ce nom. Sans cela, aucune identité économique et sociale européenne forte ne pourra exister.

Le 10 juillet, la commission européenne fera connaître sa vision de l'agriculture. Des fuites, bien organisées, sur la prochaine parution du rapport, nous font craindre le pire. Il n'y a pas, dans le projet de monsieur Fischler, d'ambition agricole. Et si on ne résiste pas, si on accepte ce que propose le commissaire européen, n'ayons pas peur de le dire : on signe la fin de l'agriculture, mais pas seulement, on signe aussi la fin du développement rural ! Il faut le répéter : on ne pourra pas développer le deuxième pilier de la PAC sans renforcer d'abord le premier pilier.

Monsieur le Ministre, il faudra vous montrer convaincant à Bruxelles : nous comptons sur votre pugnacité.

Mais ici même, en France, vous avez les moyens d'affirmer votre ambition agricole.

J'évoquais tout à l'heure la fonction territoriale de l'agriculture. L'aménagement du territoire et la protection de l'environnement font partie de notre métier. Il faut nous soutenir dans ces actions.

Nous soutenir cela veut dire concevoir une solide politique des structures et mener une politique d'installation volontariste. Ces politiques sont garantes d'un espace rural vivant et équilibré.

Sur l'environnement, nous avons eu l'occasion d'en discuter ce matin-même, avec votre collègue Roselyne Bachelot. Je voudrais toutefois attirer votre attention sur nos trois demandes principales.

En premier lieu, il faudrait apporter plus de cohérence entre les réglementations et éviter d'empiler les lois les unes sur les autres, je pense en particulier à cet ensemble directive nitrates / installations classées / PMPOA.

En second lieu, il faudrait aussi mieux utiliser le contrat en faisant plus de place à la concertation et à la conciliation avec les agriculteurs.

Et enfin, d'une manière générale, nous attendons une législation environnementale fondée sur l'équité et qui tienne compte des exigences de production, des exigences des marchés et des exigences écologiques.

Concernant les CTE, dès votre prise de fonction, vous avez décidé d'un audit pour mesurer la pertinence économique, sociale et environnementale de cet outil. La FNSEA sera auditionnée dès la semaine prochaine. Peut-être pouvez-vous nous indiquer dès maintenant ce que vous comptez en faire. Pour notre part, vous le savez, nous pensons que le CTE n'est pas le passage exclusif pour toute mesure agri-environnementale.

Et j'ajouterai un mot sur le régime de la prime à l'herbe qui prend fin en 2003. Il faut envisager rapidement les mesures qui permettront de soutenir les éleveurs.

Par vos origines, vous êtes sensible, je le sais, aux problèmes des éleveurs. Ils attendent de vous une revalorisation significative de la prime à l'herbe. C'est le sort des éleveurs et l'harmonie du territoire qui sont en jeu.

Il est tout aussi urgent d'alléger les charges, notamment fiscales, qui pèsent sur nos exploitations.

Il faut également revenir sur l'application des 35 heures, notamment pour le travail saisonnier. Dans de nombreux secteurs de production la concurrence est de plus en plus vive. Les coûts de main d'¿uvre peuvent faire la différence. La loi sur les 35 heures doit être adaptée pour permettre aux exploitations de rester compétitives. Des négociations sont en cours avec les partenaires sociaux. Nous espérons les voir aboutir très prochainement et nous comptons sur une extension rapide.

Enfin, d'une façon générale, il est temps de desserrer le carcan bureaucratique qui nous écrase. Il faut redonner sa place à l'initiative individuelle, à la liberté d'entreprendre : il faut administrer sans étouffer. Nous croulons sous les règlements, les contrôles, les agréments, les déclarations. Nous vous demandons une réglementation claire et simple, et cela dans tous les domaines. Nous demandons finalement une administration efficace et proche des agriculteurs.

L'Etat doit faire confiance aux acteurs économiques et sociaux : la profession agricole peut et sait se prendre en charge. Et je citerais l'exemple des négociations que nous menons actuellement avec la grande distribution.

Nous avons pris l'initiative de réunir à la FNSEA, les partenaires que sont les producteurs, les distributeurs, les transformateurs et les négociants pour poser les bases de nouvelles relations.

La démarche n'est pas évidente mais je suis certain qu'entre acteurs responsables nous trouverons des solutions pour sauvegarder les revenus et répartir correctement la valeur ajoutée. Et je voudrais vous remercier ici, monsieur Raffarin et vous-même, pour l'appui que vous avez apporté à cette action.

Je le redis : il faut sortir des marges arrières et obtenir une transparence des pratiques commerciales. C'est dans la loi ! Et dans la commission d'examen des pratiques commerciales, j'espère, et j'ai eu l'occasion d'en parler avec votre collègue Renaud Dutreil, monsieur le Ministre, qu'il y aura une place pour la FNSEA !


Monsieur le Ministre,
Mes Chers Amis,


Voilà monsieur le ministre, notre vision de l'agriculture et les questions qui inquiètent les agriculteurs.

Je ne souhaitais pas faire un catalogue des difficultés et de nos demandes. J'aurais pu et j'aurais dû vous parler de l'assurance-récoltes, de la politique de la montagne, de la viticulture ou encore des céréales. Cela méritera des séances de travail supplémentaires avec vous et l'ensemble de vos services.

Nous attendons de vous des réponses concrètes, notamment pour les secteurs en crise, mais nous attendons surtout de connaître votre ambition pour l'agriculture française.

Finalement, monsieur le ministre, je ne vous demande qu'une seule chose : concernant l'agriculture, soyez d'abord et avant tout le ministre des agriculteurs.

Vous avez montré jusqu'à présent votre qualité d'homme de dialogue. Nous attendons l'homme d'action. Actions en faveur des agriculteurs et de leur revenu : il n'y aura pas de pays sans paysans et pas de paysans sans revenu et pas de revenu sans prix !

Je vous remercie.

(source http://www.fnsea.fr, le 1 juillet 2002)

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