Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l'écologie et du développement durable, à RTL le 6 août 2002, sur les dates d'ouverture de la chasse aux oiseaux migrateurs, la création d'une commission d'enquête parlementaire sur l'activité du pastoralisme dans le parc du Mercantour, la politique de l'eau et la préparation du sommet de Johannesburg sur le développement durable. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l'écologie et du développement durable, à RTL le 6 août 2002, sur les dates d'ouverture de la chasse aux oiseaux migrateurs, la création d'une commission d'enquête parlementaire sur l'activité du pastoralisme dans le parc du Mercantour, la politique de l'eau et la préparation du sommet de Johannesburg sur le développement durable.

Personnalité, fonction : BACHELOT NARQUIN Roselyne, ARZT Richard.

FRANCE. Ministre de l'écologie et du développement durable

ti : R. Arzt.- Vu avec le recul de quelques semaines, est-ce que cela valait la peine de réactiver la guerre entre écologistes et chasseurs, en élargissant les dates de la chasse aux oiseaux migrateurs, d'autant que le Conseil d'Etat a revu et corrigé certains de vos arrêtés ?

- "Cette guerre existait, ce n'est pas moi qui l'ai ressuscitée. On a bien vu au cours des derniers mois qu'elle était extrêmement violente et virulente. Aujourd'hui, après l'écume des déclarations médiatiques, il faut passer aux choses concrètes et il faut passer à la réconciliation. J'ai donc construit un certain nombre d'outils pour, dans les mois qui viennent, construire cette réconciliation. D'abord, un outil juridique qui réaffirme clairement ce que nous savions - mais qui avait été mis en doute : les dates de chasse sont bien de la responsabilité des Etats nationaux mais à condition qu'ils étayent ces dates de chasse sur des critères scientifiques précis. J'ai donc, dans le décret en Conseil d'Etat qui, lui, n'a pas été attaqué, décidé la création d'un observatoire de la faune sauvage. Cela va être un outil et un lieu où vont se rencontrer..."

Qui servira de dialogue avec l'Europe ?

- "Voilà. Et surtout un lieu de dialogue où vont se rencontrer les écologistes et les chasseurs et qui, là, vont pouvoir bâtir une chasse durable sur des éléments, disons, incontestables."

Que se passera-t-il pour les chasseurs qui passeront outre et qui chasseront ?

- "La loi est la loi et elle est la même pour tout le monde."

Je passe à d'autres animaux que les oiseaux migrateurs : avec une redoutable régularité dans les Alpes et notamment dans le Mercantour, des loups, espèce protégée, s'attaquent à des moutons, en dévorent quelques uns, d'autres tombent dans les ravins...

- "Il y a en quatre cents qui ont été détruits par un mouvement de panique."

Quelle est votre attitude par rapport à cela ?

- "Nous sommes obligés, là encore, de passer entre deux extrêmes : ceux qui veulent protéger les loups à toute force, même quand ils deviennent des prédateurs redoutables, et puis ceux qui veulent les tuer au premier mouvement ovin de panique. Je crois qu'il faut avoir une autre approche devant cela. D'abord, il faut dire que le maintien du pastoralisme, le maintien d'un élevage ovin extensif est absolument indispensable au maintien de la bio-diversité. Mais, effectivement, il y a des loups qui prolifèrent. Une commission d'enquête parlementaire va être mise sur pied à la demande des députés, en particulier de C. Estrosi. Nous allons attendre les résultats de cette commission d'enquête parlementaire. Pendant que cette commission d'enquête va faire ses travaux, nous allons renforcer les moyens de protection des troupeaux et nous attaquer au véritable problème, qui est le niveau de vie des bergers dans cette région."

La protection d'abord ?

- "La protection, oui mais il y a une véritable crise de la viande ovine et nous allons nous voir avec mon collègue, H. Gaymard, recevoir les pasteurs du Mercantour pour nous poser la question de la viabilité de cette activité pastoraliste absolument indispensable dans cette région pour maintenir la bio-diversité."

Donc vous vous donnez quelques temps pour régler la question ?

- "Oui."

Quelle est la principale raison qui vous fait reprendre à zéro le dossier de la loi sur l'eau ? En quoi est-ce que la loi qui avait été votée par la gauche vous a semblé insatisfaisante ?

- "De l'avis général des acteurs de la loi sur l'eau - que ce soient les présidents des comités de bassin, les agences de l'eau, les agriculteurs, les consommateurs, les industriels -, c'était une loi qui était technocratique, pas concertée et qui était une loi très centralisée. J'ai donc décidé de reprendre le chantier de façon un peu logique. D'abord, il y a un problème d'architecture de responsabilités. L'architecture des responsabilités, c'est le débat sur la décentralisation voulue par J.-P. Raffarin et qui va avoir lieu dans les premiers jours de rentrée. Là, on va fixer l'architecture des responsabilités décentralisées. Deuxième chantier : il y a un problème de transposition des directives européennes. Cela, on va le faire au cours de l'année."

L'Europe considère qu'il y a un problème avec l'eau et la qualité de l'eau en France ?

- "Exactement. On va transposer la directive cadre européenne. Ensuite, il y a un problème de risques : l'eau c'est aussi des inondations, c'est un certain nombre de catastrophes - on l'a vu dans la Somme. Je vais, dans les premiers jours de rentrée, préparer et ajouter à la loi sur les risques industriels un titre sur les risques naturels parce là, il faut aller vite, on ne peut pas attendre. Durant toute l'année 2003, je vais pratiquer les concertations nécessaires pour arriver à un texte décentralisé, simple, concerté et pouvoir le présenter début 2004."

J'ai l'impression que tout cela rentre dans un cadre plus large sur lequel vous êtes en train de travailler : la réunion de l'ONU à Johannesburg sur le développement durable. J. Chirac a rencontré, en votre présence, la semaine dernière des représentants d'ONG militantes de l'environnement. Je voudrais savoir s'ils sont vraiment sur la même ligne : désormais, le Président Chirac est un militant de l'environnement à l'échelle internationale ?

- "Le président de la République est, effectivement, un militant du développement durable. Ce Sommet de Johannesburg est, pour lui, un très gros sujet. La France est vraiment très allante à la suite du président de la République sur ce dossier ; c'est un dossier extrêmement important. On a stigmatisé, à juste titre, les échecs du Sommet de Rio, il y a dix ans. Peut-être que c'était un sommet, là aussi, trop élitiste, le développement durable était resté l'apanage d'une certaine catégorie supérieure d'intellectuels..."

Le Sommet qui vient peut être un succès selon vous ?

- "Je dirais qu'au pire ce sera mieux, parce qu'on vient de tellement loin dans le combat sur la pauvreté qui n'a fait qu'augmenter pendant ces dix ans. Le fait que le développement durable n'a pas été quelque chose qui irriguait l'ensemble des politiques, fait que nous y allons très déterminés. Le président de la République, devant les échecs d'un certain nombre de réunions préparatoires, a jeté toute sa force quand il a rencontré les autres chefs d'Etat à Kananaskis, au Sommet européen de Séville. Il a dit aux chefs d'Etat européens qu'il fallait venir au Sommet de Johannesburg - tous n'étaient pas décidés à y venir. Ils vont venir à Johannesburg à la demande du président de la République. Il a voulu à Kananaskis des chefs d'Etat d'Afrique parce que ce nouveau partenariat d'aide au développement aux pays africains est quelque chose qui fonde aussi notre action. Alors, il veut aussi faire avancer la France sur des dossiers comme la gouvernance internationale. Il y a une gouvernance du commerce ; il faut aussi une gouvernance de l'environnement."

Il aura donc un rôle leader ?

- "Un rôle leader. D'ailleurs, il va animer un colloque, un forum sur la diversité culturelle car il n'y a pas de diversité des espèces animales et végétales sans le respect des différentes cultures."

Comment est-ce que vous définissez la méthode Bachelot en matière d'environnement ?

- "La méthode Bachelot c'est sans doute d'abord écouter les gens, et penser que la raison n'est pas toujours là où on croit."

On a l'impression que vous mettez parfois les pieds dans le plat ?

- "Justement, il faut peut-être les mettre sur les questions d'environnement pour que cela bouge. On voit bien qu'en ne les mettant pas, il ne se passe rien entre Rio et Johannesburg. Ensuite, penser que des gens qui ne sont pas arrivés à mettre les déchets en décharge là où il faut, à traiter l'eau, ont peut-être eu des tas de difficultés. Ensuite, il faut expérimenter et faire de l'expertise parce que c'est la façon de dénouer les conflits."

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvenement, le 12 août 2002)

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