Déclaration de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, sur les relations entre les Jeunes agriculteurs et la FNSEA, notamment les propositions sur les coopératives agricoles, la qualité des produits et le commerce équitable, Périgueux le 4 juillet 2002 | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, sur les relations entre les Jeunes agriculteurs et la FNSEA, notamment les propositions sur les coopératives agricoles, la qualité des produits et le commerce équitable, Périgueux le 4 juillet 2002

Personnalité, fonction : LEMETAYER Jean-Michel.

FRANCE. FNSEA, président

Circonstances : Congrès des Jeunes agriculteurs à Périgueux le 4 juillet 2002

ti : Monsieur le Ministre,
Cher Jérôme,
Mes chers amis,


Je voudrais commencer par te féliciter, cher Jérôme, ainsi que ta nouvelle équipe.

Je suis heureux de me trouver à Périgueux avec vous. C'est la ville des troubadours m'a-t-on dit, mais je vous rassure tout de suite : je ne suis pas là pour faire de la poésie ni pour vous chanter une chanson !

Quand je suis intervenu devant vous l'an dernier, j'étais un tout nouveau président. Aujourd'hui, j'ai un peu plus de bouteille. Et depuis le congrès de Versailles, il y a eu du changement à la FNSEA : nouvelle équipe, nouveau fonctionnement. Nous allons pouvoir travailler sur des bases solides.

J'ai lu avec intérêt votre rapport d'orientation. Vous avez fourni un travail dense et approfondi qui m'a inspiré trois réflexions.

La première concerne les relations entre nos deux organisations. La seconde s'appuie sur les propositions concrètes que vous faites dans votre rapport. La troisième concerne les perspectives agricoles de notre pays.

Sur nos relations tout d'abord.

Je crois que je ne me trompe pas en disant qu'elles sont bonnes, tant entre les professionnels qu'entre nos différents services administratifs. Et j'en suis très satisfait.

Nous avons trouvé les bases d'un travail en bonne intelligence et dans un respect mutuel.

Vous avez pris l'habitude de vous entendre dire, par la FNSEA, que vous êtes l'aiguillon du syndicalisme, mais vous êtes bien autre chose.

Vous êtes d'abord un creuset d'idées, une source bouillonnante de nouveautés, un tourbillon d'initiatives. A la FNSEA, nous sommes fiers de votre fougue et de ces audaces que la jeunesse vous permet. Mais je ne voudrais pas vous cantonner dans votre seul statut de jeune. Ce serait réducteur car vous avez en charge des missions spécifiques que vous assumez pleinement et qui concernent l'installation et la formation.

En matière d'installation, permettez-moi de saluer tout particulièrement le projet présenté hier par Marianne Dutoit. Une politique uniquement centrée sur les aspects réglementaires des transmissions ne suffit pas. Il faut donner envie aux jeunes de choisir notre métier d'agriculteur. Entre crises, et il est difficile de trouver des secteurs qui n'en subissent pas, entre crises et manque de perspectives, les jeunes ne vont pas faire le choix agricole. C'est d'ailleurs ce que nous prouvent les chiffres de l'an dernier : moins de 6000 installations aidées.

Il est fondamental aujourd'hui de mettre en avant les aspects positifs de notre métier. Vous avez raison de vouloir communiquer pour valoriser notre profession. Ensemble, nous réclamons la création de ce fonds de communication, prévu par la loi d'orientation. Nos attentes seront peut-être satisfaites avec une évolution des interventions de l'ANDA.

L'autre mission que vous réalisez avec succès c'est celle de la formation. Vous êtes une formidable école pour tous les responsables syndicaux. C'est dans son CDJA que l'on apprend le sens de l'engagement syndical et de la solidarité agricole. Je sais de quoi je parle. Je suis passé par là moi-aussi.

Pour remplir ces deux missions, je vous fais entièrement confiance. C'est ce qui fait de nos deux organisations des organisations complémentaires.

C'est comme cela que je conçois nos relations : par la complémentarité.

Pour tous les autres aspects de notre vie agricole, pour la politique générale, vous savez contribuer au débat. Et je suis heureux de constater que votre rapport d'orientation enrichit les pistes que nous avons lancées cette année lors de notre congrès.

Nous sommes complémentaires et c'est ce qui explique les différences de fonctionnement entre nos deux organisations. Les Jeunes Agriculteurs ont décidé de fixer l'âge limite de l'engagement à 35 ans. Il paraît que c'est l'âge limite pour supporter des nuits blanches ! A la FNSEA, nous n'avons pas imposé de limites. C'est à chacun de voir, en son âme et conscience, si la compétence et le dynamisme lui font défaut.

Vous évoquez également dans votre rapport, le problème de cumuls de mandats. Nous partageons vos souhaits mais la réalité s'impose à nous : il est de plus en plus difficile de trouver des élus à la fois compétents et disponibles. Je dois reconnaître que nous serions heureux d'avoir plus de 8000 candidats motivés pour 577 postes, comme cela a été le cas lors des élections législatives.

Au-delà de ce débat sur le cumul, il est important pour l'unité professionnelle que les syndicalistes n'hésitent pas à raisonner en économistes et que les professionnels engagés dans l'économie n'oublient pas leurs valeurs syndicales.

J'en arrive à vos propositions. Vous avez identifié plusieurs leviers qu'il faudrait actionner pour vivre de nos produits, pour percevoir un revenu décent.

Le premier, ce sont les coopératives. Il faut, selon vous, redéfinir le pacte coopératif en raison des valeurs que les coopératives n'appliquent plus.

Je partage cette opinion puisque nous avions dénoncé dans notre rapport d'orientation les incompréhensions entre les agriculteurs et leurs coopératives et le malaise qui se développait et auquel il convenait de mettre un terme.

Pour cela il faut que les coopératives associent les agriculteurs aux décisions. Et que nous, adhérents, nous nous impliquions dans la vie de notre outil. Il faut également trouver un équilibre entre la rémunération des sociétaires et les investissements consacrés au maintien du potentiel de production.

Les coopératives font partie de notre stratégie collective pour conforter notre pouvoir économique. C'est de notre responsabilité. Nous avons les moyens de retrouver l'outil de solidarité auquel nous croyons. D'autant plus que le tableau n'est pas aussi noir que celui que vous brossez. Le partenariat continue à être la règle dans la majorité des coopératives. Mais c'est à nous de rester vigilants et faire en sorte que les phénomènes dénoncés ne s'étendent pas.

Vous proposez concrètement de pondérer les voix en fonction des apports réellement effectués par les coopérateurs. Je vous rappelle que la règle de l'apport total et celle de " un homme : une voix " sont inscrites dans la loi. Plutôt que de récompenser ceux qui respectent la règle, faisons en sorte de retrouver cette règle, garante de la démocratie, que nous n'aurions jamais dû perdre.

Enfin, sur le financement des coopératives. Il est vrai que nous sommes confrontés à un véritable problème. Mais la solution de l'actionnariat que vous proposez ne risque-t-elle pas d'éloigner les agriculteurs de leur coopérative ? Les filiales n'offrent-elles pas des possibilités pour résoudre cette question ? Cela mérite, de notre part, une réflexion approfondie.

Battons-nous pour garder cet outil coopératif qui nous permet de traduire en actions concrètes, la solidarité et l'union agricoles.

En restant dans cette idée de solidarité et de partenariat, vous dénoncez les faiblesses de fonctionnement de certaines interprofessions et le manque d'organisation de nos filières. C'est pour vous le second levier.

Vous savez que le sujet m'est cher. Vous avez pris un risque en le traitant : je pourrais en parler jusqu'à ce soir ! Mais le déjeuner approche alors je ne m'étendrai pas. Laissez-moi vous dire quand même que c'est en étant présents à toutes les étapes de l'écoulement de nos productions que nous serons en mesure de les défendre au mieux. C'est tout l'enjeu de la démarche interprofessionnelle. Une interprofession fonctionne par l'engagement volontaire de chacun. Ce n'est pas le lieu d'expressions divergentes du pluralisme syndical.

C'est en nous impliquant le plus possible dans les filières, en suivant au plus près le sort de nos produits que nous agirons en faveur de l'ensemble des producteurs.

Et lorsque l'on sait ce que prévoit la grande distribution, nous avons raison de ne pas nous laisser faire et de réagir pour que le partage de la valeur ajoutée ne soit pas disproportionné.

C'est dans cet esprit qu'ensemble nous avons d'abord dénoncé l'opacité des transactions commerciales et la remise en cause de la loi.

La Grande Distribution est allée trop loin. Elle nous a fait passer par pertes et profits : les pertes pour nous, les profits pour eux !

Aujourd'hui, le dialogue est amorcé. Des avancées ont été obtenues dans le secteur des fruits et légumes, des discussions sont en cours sur les viandes, des réflexions sur les marges arrières sont engagées. Mais attention ! Rien n'est acquis. Nous devons rester mobilisés et vigilants.

Et j'espère que la commission de la concurrence aura autre chose à faire que de voir des ententes partout ! Il faudra que monsieur Monti comprenne que le droit syndical est aussi respectable que le droit de la concurrence.

La troisième proposition qui a attiré mon attention est celle de l'agriculture raisonnée. Nous avons tout à gagner à nous investir tous dans cette démarche. Ainsi que vous le soulignez, plus nous serons nombreux et plus cette opération sera efficace en terme de communication comme en terme de revenu.

Je suis heureux de constater que nous partageons les mêmes idées sur l'agriculture raisonnée. J'émettrais simplement une réserve quant à votre proposition de créer une marque " agriculture raisonnée ".

Créer une marque risque de semer le trouble chez le consommateur et vous savez aussi qu'une marque ne dure pas toujours très longtemps.

Vous me permettrez de faire un parallèle avec le commerce équitable dont il est également question dans votre rapport. Le commerce équitable est une mention qui garantit au consommateur des produits fabriqués, transformés et commercialisés selon des normes sociales, économiques et environnementales " justes ".

L'idée de ce commerce équitable est d'apporter un soutien aux producteurs des pays en développement. Cette idée est ensuite valorisée par certaines marques.

Il nous est difficile à nous, producteurs des pays développés de reprendre cette mention.

En revanche, l'agriculture raisonnée pourrait être en quelque sorte notre commerce équitable. En effet, elle garantit au consommateur le respect, par les producteurs, de normes environnementales et sanitaires. Elle permet également aux agriculteurs de mieux faire connaître leur métier et d'être plus transparents sur leurs pratiques.

C'est ensuite à nous de nous investir dans nos filières pour négocier, avec les marques et les labels, l'utilisation de la mention agriculture raisonnée.

Et c'est là que l'agriculture raisonnée, suivie par le plus grand nombre, nous permettra de défendre le prix de nos produits.

Je vais conclure sur les perspectives agricoles. Votre rapport d'orientation s'intitule : " Vivre de nos produits ici et maintenant ". Vous me pardonnerez ce jeu de mot facile : il faut aussi penser ensemble à " là-bas et demain ".

Là-bas c'est Bruxelles, c'est Genève. Demain, c'est le bilan à mi-parcours, l'évolution de la PAC, l'élargissement et les négociations commerciales internationales.

Bruxelles nous avait promis un bilan à mi-parcours de la PAC le 18 juin dernier. Cela a été repoussé au 10 juillet.

La présidence espagnole a été agressée par les projets sur la pêche ; Fischler n'allait pas repasser les plats avec l'agriculture. Aujourd'hui, j'en entends sur les propositions de la commission. Rien n'est officiel et pourtant tout est déjà connu. Soyons vigilants. Ne réagissons pas tant que nous n'avons pas sous les yeux la véritable proposition européenne. Tout ce que nous pourrons dire sur les soi-disant projets de la commissions sera du bavardage.

Par contre rien ne nous empêche de rappeler ce qu'est notre modèle agricole, bien au contraire.

Notre modèle agricole c'est celui d'une agriculture forte sur le plan national, communautaire et international.

Notre modèle, c'est celui d'agriculteurs nombreux répartis sur l'ensemble du territoire.

Notre modèle c'est celui des prix et du revenu.

Pour y arriver, nous attendons une politique ambitieuse. Une politique européenne qui retrouve ses fondamentaux : la préférence communautaire, la solidarité financière, l'unicité des prix et du marché.

Une politique européenne qui organise et régule avec des organisations communes de marché dignes de ce nom.

Une politique européenne dont le budget doit être à la mesure de l'ambition.

La construction européenne représente une des premières réussites mondiales de la deuxième moitié du 20ème siècle. L'élargissement est le grand projet de la première moitié du 21ème siècle. On ne peut pas comprendre que les gouvernements ne veuillent pas consacrer plus de 1,27 % des richesses nationales à une telle ambition. Il faut avoir les moyens de sa politique et non pas la politique de ses moyens !

Nous en avons un bon exemple aux Etats-Unis. George Bush n'a pas de complexe à affirmer que le succès de l'agriculture américaine c'est le succès de l'économie américaine. Pourquoi nos dirigeants européens devraient-ils être gênés par de véritables engagements en faveur des agriculteurs ?

La politique européenne agricole n'aura de sens que si elle met les prix à leur vraie place. Et ce n'est pas en affaiblissant le premier pilier de la PAC pour renforcer le second que l'on aidera les agriculteurs. Attention, nous ne manifestons pas une opposition au développement rural. Nous disons simplement que si on ne permet pas d'abord aux agriculteurs de gagner leur vie, ils disparaîtront et s'ils disparaissent, s'en est fini aussi du développement rural. Méfions-nous des fausses bonnes idées.

Voilà rapidement dessiné, le modèle agricole vers lequel nous devrions aller. Pour retrouver un revenu, pour retrouver des produits, pour retrouver un métier.

A la FNSEA, nous nous battons constamment dans ce sens. Nous menons des actions sur l'emploi, sur la viande bovine, sur l'aviculture ou encore les céréales. Nous manifestons à Strasbourg ou ailleurs. Nous vous remercions de nous soutenir et d'être toujours à nos côtés pour préparer nos victoires syndicales.


Monsieur le Ministre,
Cher Jérôme,
Mes chers amis,


Je ne partirai pas sans avoir remercié Jean-Luc pour le travail qu'il a fourni au cours de ces deux années. J'ai apprécié son engagement syndical et sa fidélité et j'ai découvert un homme chaleureux et un homme de conviction. Je n'oublierai pas l'animateur infatigable des soirées de la rue de La Boétie ! Et je souhaite la bienvenue à Jérôme ainsi qu'à sa nouvelle équipe.

Je sais qu'il a déjà en tête la défense des paysans et qu'il a fait sien notre slogan du palais des sports :

Il n'y aura pas de pays sans paysans, pas de paysans sans revenu, pas de revenu sans prix !


Je vous remercie.

(Source http://www.fnsea.fr, le 5 juillet 2002)

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