Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le parlement et porte-parole du gouvernement, à Europe 1 le 14 août 2002, sur la stratégie de communication du gouvernement, sur les priorités du gouvernement en matière de décentralisation et de baisse des prélèvements obligatoires et sur le débat concernant la gestion des départs à la retraite dans la fonction publique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le parlement et porte-parole du gouvernement, à Europe 1 le 14 août 2002, sur la stratégie de communication du gouvernement, sur les priorités du gouvernement en matière de décentralisation et de baisse des prélèvements obligatoires et sur le débat concernant la gestion des départs à la retraite dans la fonction publique.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, MARTICHOUX Elisabeth.

FRANCE. SE aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement

ti : E. Martichoux .- On a noté que J.-P. Raffarin a été extrêmement présent ces derniers jours, multipliant interventions et apparitions. On ne l'a jamais autant vu que depuis qu'il est en vacances...

- "Non, vous charriez un peu, si je peux me permettre. On a un Premier ministre qui est très présent parce que c'est vrai qu'il a eu, durant ces 100 jours, à veiller sur la bonne installation de ce Gouvernement et surtout, à ce qui est notre obsession : tenir nos promesses vis-à-vis des Français."

La promesse c'est aussi en termes de communication... On se demande quand même - vous savez qu'on a toujours des arrière-pensées, nous, les journalistes - si ce souci de pédagogie - puisque c'est comme cela qu'on l'interprète - n'est pas annonciateur d'efforts un peu difficiles qu'on va demander aux Français ?

- "Non, il ne faut pas voir les choses comme ça. Il n'y a pas plusieurs séquences en même temps. Quand je vous dis que notre obsession est de tenir nos promesses, c'est parce que cela veut dire en clair que la méthode de J.-P. Raffarin, c'est en permanence de veiller à dire : "on fait ce qu'on dit, on dit ce qu'on fait et on dit pourquoi on le fait". Ce travail d'explication est essentiel car on a bien retenu que lorsque l'on veut engager des réformes difficiles, il faut passer beaucoup de temps à les expliquer et en même temps à veiller à ce que les Français se sentent pleinement associés à cela. Il n'y aura donc pas plusieurs séquences, c'est tout un ensemble : le rétablissement de l'autorité publique, libérer les énergies économiques en baissant les impôts et les charges, réformer l'Etat, décentraliser. Tout cela procède d'une même logique de modernisation de la France."

Mais ce discours qui consiste à dire : "on va tenir les engagements, on va remplir les promesses faites en campagne électorale", nourrit aussi beaucoup de questions et vous savez bien pourquoi. Parce que vous avez, pour l'instant, au Gouvernement, bâti un budget sur une hypothèse de croissance de 3 % pour l'année 2003. Il n'y a pratiquement plus aucun expert, aucun conjoncturiste qui affirme qu'il y aura ces 3 %. D'où toutes ces questions et ces impatiences.

- "Je voudrais quand même attirer votre attention sur le fait qu'il y a encore au moins six grands instituts de conjoncture internationale qui considèrent que les hypothèses de croissance à 3 %, voire un peu plus, sont encore réalistes. Il faut relativiser tout cela."

Le FMI, la semaine dernière, a encore révisé son taux de croissance de 2,6 à 2, 4 %.

- "D'autres instituts ne sont pas sur cette logique. Mais ce que je veux dire - ne nous trompons pas de débat -, c'est que le Gouvernement est en train d'élaborer son budget ; on est en train d'y mettre la dernière main. Il sera présenté en Conseil des ministres le 18 septembre."

C'est cela le grand rendez-vous finalement ?! Ce n'est pas les cent jours, c'est le 18 septembre...!

- "Mais vous m'invitez le 14 août ! On est évidemment en train d'y travailler très activement, sur la base des grands principes qui ont été rappelés : premièrement, le financement des grandes priorités. Je pense en particulier à ce qui relève de l'autorité publique : la sécurité et la justice mais aussi à tout ce qui relève de la baisse des prélèvements obligatoires ; je pense notamment à la baisse de l'impôt sur le revenu ; je pense à la baisse des charges sociales. On a commencé à le faire avec le dispositif de F. Fillon pour les plus jeunes de nos concitoyens. Et puis, en même temps, tout cela se fait dans une logique de maîtrise de la dépense publique car, là aussi, il y a une norme plafond qui a été fixée par le Premier ministre. Tout cela fera l'objet du rendez-vous du 18 septembre. Vous verrez que sur les priorités, les engagements seront tenus."

Les priorités, pour l'instant, telles qu'elles ont été définies - et qui ont donné lieu, d'ailleurs, à des débats à l'Assemblée -, ce sont la justice, la sécurité...

- "La baisse des impôts et des charges."

Je me permets d'insister : ce sont, pour l'instant, les grandes priorités, ce sont les gagnants. On va se demander qui sont les perdants car il faudra faire des économies.

- "C'est là où il y a justement un travail de pédagogie à faire. Ce que nous voulons faire changer dans ce pays, c'est l'idée selon laquelle on oppose les uns aux autres. Les perdants contre les gagnants, c'est un vocabulaire qu'on ne connaît pas et qu'on ne veut pas connaître. Ce n'est pas comme ça que cela marche. Moderniser l'Etat et faire en sorte que la dépense publique soit efficace ne veut pas dire pour autant que la dépense publique doit augmenter dans tous les domaines. C'est cela qui doit changer."

Permettez-moi alors de formuler cela autrement : où va-t-on trouver des économies ?

- "Vous le verrez bien. Vous verrez que dans un très grand nombre de domaines l'efficacité publique ne veut pas dire qu'on augmente systématiquement les dépenses. Je vais vous donner une piste de réflexion : celle de la décentralisation. Le Premier ministre a inscrit dans son action la décentralisation comme un chantier absolument majeur. C'est effectivement - tout le monde le voit et je peux en témoigner en tant qu'élu de ma ville de Meaux - important de rapprocher la décision du citoyen. C'est plus efficace et souvent beaucoup moins dispendieux pour la dépense publique parce qu'on va à l'essentiel et qu'on évalue les résultats. C'est cette culture-là que nous voulons absolument changer."

Développer la décentralisation pour y trouver des économies ?

- "C'est plus que cela : c'est faire en sorte que l'action publique soit plus efficace."

Vous m'avez dit, tout à l'heure, que des instituts de conjoncture maintenaient leurs prévisions de croissance à 3 %. Vous pouvez dire encore aujourd'hui que vous êtes assez optimiste ? Comme J.-P. Raffarin l'a dit lui-même ?

- "Oui, nous le sommes. Je veux surtout dire que les mots-clés qui sont les nôtres, à l'occasion de cette très prochaine rentrée, sont d'abord la notion de confiance. On ne peut pas moderniser un pays si on ne bâtit pas ensemble une société de confiance dans laquelle les uns et les autres ont confiance en eux et entre eux. Et cela implique effectivement un vrai travail de respect, d'écoute et de modernisation."

Qu'est-ce que ça veut dire ?

- "Cela veut dire tout simplement que nous avons le sentiment que quand on mène une politique qui consiste, premièrement, à rétablir l'autorité publique dans un pays qui, on le voit bien aujourd'hui, est tétanisé par les problèmes d'insécurité, par l'impuissance ou le sentiment d'impuissance des pouvoirs publics, par le sentiment d'impunité des délinquants, il y a besoin de retrouver confiance. Deuxième élément : confiance dans une nouvelle politique économique et sociale. Quand on baisse les impôts et les charges sociales, c'est parce qu'on veut faire en sorte que ceux qui travaillent, qui créent, ceux qui entreprennent, ceux qui prennent des risques, voient la juste récompense de leurs efforts. Et ça, en France, cela a été tabou pendant très longtemps parce que notre pays a été gouverné avec de l'idéologie en permanence. Et nous, les idéologies, on ne peut plus les supporter ! Nous appartenons à une génération qui a changé de siècle et qui ne veut plus sans arrêt chercher des mots en "isme" pour justifier des actions. Le seul mot en "isme" qui nous plaise, c'est celui de "pragmatisme"."

A propos de pragmatisme, J.-J. Aillagon a lancé une espèce de pavé dans la mare au début du mois d'août, en disant qu'il souhaitait une hausse de la redevance pour ménager la qualité du service public audiovisuel. J.-P. Raffarin dit qu'il ne travaille pas dans cette direction. Qu'est-ce qu'on dit aux contribuables ?

- "Il y a deux aspects dans la proposition de J.-J. Aillagon : il y a un premier point qui est une proposition de réforme de la manière dont on gère la redevance. Vous savez qu'aujourd'hui..."

La collecte ?

- "La collecte, voilà. Vous savez qu'aujourd'hui, beaucoup de spécialistes, d'experts ont publié des rapports montrant que le coût de la collecte de la redevance était très élevé par rapport à son rapport. En clair, le nombre d'agents qui y travaillent, était très important par rapport..."

1 500 agents.

- "... par rapport au rendement de cette taxe. Et c'est vrai qu'il y a là une réflexion sur la modernisation de l'Etat et sur la valorisation, y compris des agents qui y travaillent. Ce premier point, c'est un premier point d'étude : est-ce que par exemple, cela doit être adossé sur la collecte d'un autre impôt ? C'est une réflexion. Le deuxième point, c'est de savoir si on augmente cette redevance. Ces deux pistes sont actuellement à l'étude. Et selon un vieux principe de la Vème République, les ministres proposent et le Premier ministre arbitre. Il ne l'a pas encore fait, il le fera à la fin du mois d'août."

Et la baisse de la TVA promise dans la restauration ?

- "La baisse de la TVA, cela fait partie des promesses que le Gouvernement veut tenir et il y travaille activement avec Bruxelles. Vous savez que sur ce point les discussions sont engagées par F. Mer, en particulier. Sur ce point, nous sommes très très déterminés à tenir nos engagements. Le tout est de montrer à la Commission de Bruxelles que nous adossons nos réformes fiscales sur des réformes de structure, de modernisation de l'Etat. Par exemple : la réforme des retraites. Vous savez que les autorités de Bruxelles sont très attentives à ce que les pays membres de l'Union européenne fassent des réformes de structure, qu'ils ne se retrouvent pas à la fin des fins avec des déficits, avec des dossiers non traités, dont celui des retraites qui fait partie des points de l'héritage, malheureusement."

A propos des retraites, comment répondez-vous aux inquiétudes qui naissent chez les syndicats ? Par exemple, à Bercy, au ministère des Finances, ils croient comprendre qu'on va chercher des économies dans le non remplacement total des fonctionnaires qui vont partir à la retraite. Ils seront très nombreux d'ici à 2010.

- "Encore un débat qui mérite d'être posé autrement. Le problème n'est pas d'avoir une approche quantitative ; ce n'est pas plus ou moins de fonctionnaires. C'est : les fonctionnaires à la place qui est la meilleure pour eux-mêmes et pour le service public. Il y a des domaines dans lesquels il y a besoin de renforcer les effectifs, on l'a vu par exemple dans les domaines de l'autorité publique. Je peux mesurer très concrètement dans ma région, combien le renforcement des effectifs de police, des matériels de police est indispensable. Là, bien sûr que c'est indispensable ; on le voit bien dans les zones difficiles, en zone rurale comme en zone urbaine, puisque malheureusement les deux sont concernées. D'autres domaines ne sont pas dans ce cas-là. Mais ce que je veux surtout dire, c'est que dans le domaine de la fonction publique et des fonctionnaires, l'énorme travail va être un travail de considération. Il faut que, demain, on travaille à la carrière des fonctionnaires, à la rémunération des fonctionnaires, à leur valorisation et à faire en sorte que les uns et les autres se sentent fiers d'exercer le service public au lieu de vivre, comme c'est le cas aujourd'hui, cette crise de considération matérielle et morale qui les blesse et qui, à l'évidence, n'est pas bon pour la cohésion d'une nation."

Vous n'avez pas tout à fait répondu quand même. Vous allez étudier sérieusement la nécessité ou non de remplacer complètement les fonctionnaires qui partent à la retraite ?

- "Je veux vous répondre en vous disant que ça ne peut pas être une approche globale de l'ensemble de la fonction publique. Ce sera service par service, ministère par ministère. Car c'est bien comme ça qu'on veut essayer de moderniser ce pays."

"Nous allons effectivement tenter de bonnes raisons à la droite d'avoir la trouille de la rentrée sociale". C'est signé : O. Besancenot de la LCR. Vous lui répondez quoi ?

- "Rien de particulier à ce stade. C'est un rendez-vous assez classique que nous fixent la LCR et un certain nombre de mouvements de ce type à chaque rentrée scolaire. Je veux simplement dire sur ce point que nous avons donné toutes les conditions pour faire en sorte que, justement, il n'y ait pas de mouvement social. Le dialogue social, le respect des uns et des autres, l'écoute, la considération font partie de la méthode Raffarin. Je considère que dans des domaines aussi importants que le domaine social, un Gouvernement qui s'engage à ce que rien ne soit fait dans la vie de l'entreprise, dans le droit du travail, par un Parlement ou par un gouvernement, avant d'avoir fait l'objet d'une concertation avec les partenaires sociaux, c'est tout de même très nouveau par rapport à ce que nous avons connu sous le gouvernement précédent."

Rentrée chaude ou pas on verra, mais en tout cas rentrée avec énormément de chantiers pour le Gouvernement.

- "C'est vrai, beaucoup de chantiers : la décentralisation, qui va être un chantier absolument passionnant et très attendu par les Français, parce que cela veut dire qu'ils vont participer de la décision publique demain, beaucoup plus qu'aujourd'hui. Un volet social important, parce que la réflexion sur le Smic et l'augmentation du Smic, son harmonisation, les 35 heures et leur assouplissement, et toute une série d'éléments qui vont viser à améliorer le pouvoir d'achat des Français. Car c'est cela notre obsession : améliorer le pouvoir d'achat des Français, faire en sorte qu'ils retrouvent une partie des fruits de leur travail."

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 14 août 2002)

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