Tribune de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, dans "Sud-Ouest" du 11 août 2002, sur les grandes orientations de la politique gouvernementale, intitulée "Confiance et courage". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, dans "Sud-Ouest" du 11 août 2002, sur les grandes orientations de la politique gouvernementale, intitulée "Confiance et courage".

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

ti : Les élections présidentielles et législatives d'abord, la session parlementaire extraordinaire du mois de juillet ensuite ont donné à la France un nouveau sens dont je voudrais tirer quelques enseignements.

La France dans le bon sens Notre action législative s'est organisée autour de quatre points cardinaux qui donnent les principales orientations de l'action du gouvernement. Je n'ai pas la prétention du bilan après 100 jours de gouvernement, je cherche seulement à tracer l'avenir.

Notre Nord, notre cap, le retour de l'autorité républicaine.

Ces dernières années l'augmentation de la délinquance et de l'insécurité ont pu donner le sentiment à nos concitoyens que certains principes, certaines valeurs étaient sens dessus dessous. L'autorité du gendarme, du policier et, à travers elles, celle de l'Etat n'étaient plus respectées : d'autres faisaient la loi dans des zones devenues des zones de non-droit. La loi sur la sécurité vise à donner de nouveaux moyens à la police et à la gendarmerie, plus d'effectifs, un maillage territorial plus cohérent, un rôle nouveau pour les maires. La France dans le bon sens, c'est une France où l'autorité régalienne est restaurée.

L'Est, c'est l'organisation, celle d'une justice plus efficace.

La loi sur la justice va dans ce même sens. Elle prévoit des moyens et des emplois supplémentaires pour une justice plus rapide et plus proche, de nouveaux droits pour les victimes et un traitement adapté aux nouvelles formes de délinquance des mineurs.

Agir pour la restauration de l'autorité républicaine était un préalable : les Français ne peuvent se sentir libres dans leur quotidien si leur cage d'escalier n'est pas sûre, s'ils sont victimes de trafics constants, s'ils n'ont plus confiance en l'autorité de la loi. La loi sera appliquée avec sérénité et humanité.

L'Ouest, c'est la dynamique de la liberté, celle qui allège les contraintes notamment fiscales.

Notre action a donc également porté sur l'environnement fiscal. Une fiscalité trop importante pèse sur l'emploi et sur le désir d'entreprendre alors que, chaque année, 300 000 emplois sont créés grâce aux 180 000 nouvelles entreprises qui représentent une valeur ajoutée de 19 milliards d'euros. Les énergies individuelles sont le moteur de la croissance. Baisser l'impôt sur le revenu, c'est un signe à destination de ces 16 millions de Français qui, par leur travail mais aussi par leur consommation, font avancer l'économie de notre pays et permettent les redistributions et les solidarités qui sont la fierté de notre société.

Mais la baisse de la fiscalité ne suffit pas. L'allègement des charges qui pèsent sur les comptes des entreprises comme sur les salaires et donc sur le pouvoir d'achat est pour mon gouvernement une nécessité. Cela a été initié avec les contrats sans charges pour les jeunes de moins de 22 ans afin de faciliter l'accès au premier emploi : le Parlement, dont le rôle doit se trouver renforcé, a été sur ce sujet particulièrement audacieux. Quant à la dynamique de l'intelligence, elle est nécessaire à la mobilisation de notre pays, c'est pour cela par exemple qu'un budget comme celui de la recherche ne sera pas en baisse en 2003, contrairement à certaines rumeurs.

Le Sud, c'est le coeur, celui de la jeunesse dont l'ensemble de la société ne peut se priver.

La France de la jeunesse c'est aussi la France généreuse, celle qui, le 5 mai, a pour la première fois depuis longtemps fait acte de conscience politique en défendant la République, cette République dont elle souhaite que les valeurs soient davantage partagées. C'est à cette préoccupation que nous voulons répondre et à laquelle tendra notamment l'action de Luc Ferry. Nous avons commencé à le faire avec les contrats d'insertion dans la vie sociale (CIVIS) que nous mettrons en oeuvre dans les prochains mois.

Dans de trop nombreux cas les plus jeunes de nos concitoyens ne sont pas parvenus à l'insertion professionnelle : 30 % des jeunes de 16 à 22 ans sans qualification sont au chômage. Les emplois jeunes suivaient une mauvaise direction : l'Etat recrutait des jeunes souvent diplômés pour une durée déterminée sans leur offrir de possibilité de carrière.

Nous proposons au contraire de véritables contrats d'insertion qui permettent aux jeunes sans qualification d'obtenir une expérience professionnelle et une formation. Les entreprises pourront alors recruter plus facilement et le chômage de ces jeunes baissera.

Le gouvernement en mouvement Notre action se fonde sur des principes simples. Parce qu'il est l'émanation du vote populaire, le gouvernement doit rester proche des Français : depuis le 7 mai les différents membres du gouvernement ont visité 76 départements, effectué plus de 220 déplacements et j'ai insisté pour qu'ils prennent le temps de rencontrer nos concitoyens.

A la rentrée certains passeront une semaine par mois hors de Paris. Rester proche des Français c'est pouvoir répondre à l'appel d'un maire, consterné par l'hécatombe causée par l'insécurité routière parmi les jeunes de son village, c'est écouter ceux qu'on n'entend pas, ces artisans, entepreneurs, ouvriers, employés qu'on néglige trop. Ecouter, c'est aussi se mettre en phase avec les réalités, avec ce qui touche les personnes : le président de la République a montré la voie en rappelant, le 14 juillet, que nos grands chantiers étaient d'abord " humains " : démultiplier la lutte contre le cancer, mettre un terme à l'insécurité routière avec son cortège de drames, de morts et de blessés, permettre aux handicapés de mieux vivre et de s'épanouir dans notre société.

Nos concitoyens nous ont élus sur un projet celui du président de la République et de la majorité parlementaire et sur une exigence : respectez vos engagements. La parole tenue restera notre fierté. Nous devons faire preuve de créativité : un gouvernement efficace doit savoir prendre de la distance avec l'événement, anticiper et proposer des solutions nouvelles à des problèmes anciens. L'art de gouverner doit toujours être renouvelé.

Notre action s'inscrit en cohérence de pensée avec l'humanisme. Les centres éducatifs fermés ne seront pas des prisons, il n'y aura pas de barreaux. Ils accueilleront huit jeunes au maximum et assureront un suivi éducatif et pédagogique adapté à leur personnalité. Ces centres leur permettront d'éviter la prison en les responsabilisant. Education et responsabilité personnelle sont deux valeurs fondamentales de l'humanisme. Dans une société moderne la personne ne peut pas être totalement " innocente " d'elle-même. La responsabilité est aussi une école.

Les grandes échéances

Budget.

A la rentrée des échéances importantes nous attendent : le budget d'abord, que nous avons préparé avec le souci de l'équité. Si nous restons optimistes quant aux prévisions de croissance, nous savons, comme l'a rappelé l'audit des finances publiques, que notre pays a besoin de " réformes de fond (...), la simple recherche d'économies sans modification de l'organisation et des structures n'étant plus à la dimension du problème ".

Décentralisation.

Pour rendre plus efficace l'architecture des responsabilités dans notre pays, moins coûteuse et plus profitable à l'ensemble de la collectivité nationale, nous allons entamer une nouvelle phase de la décentralisation qui sera un levier de la réforme de l'Etat. Des transferts de compétences immédiats et à plus long terme sont nécessaires. Concertation et expérimentation seront nécessaires : cela permettra d'éviter les erreurs coûteuses puisque seules les expérimentations réussies seront poursuivies, étendues, voire généralisées. Nous avons accepté que l'Alsace gère les fonds européens à titre expérimental et nous attendons les propositions des autres régions françaises. Quant à la concertation, elle est notre façon de gouverner. Nous ne pensons pas que l'Etat et le gouvernement détiennent la vérité essentielle. Nous ne pensons pas que l'Etat doive imposer des réformes à l'ensemble du corps social. Je poursuivrai donc le dialogue sur le terrain avec les élus et les citoyens. J'irai à la rencontre de plusieurs régions et territoires et, dès la rentrée, en Normandie, en Alsace, en Rhône-Alpes notamment.

Social.

Ce souci de concertation est aussi au centre de notre projet social : le projet de loi qui sera présenté à l'automne relatif à l'assouplissement des 35 heures et à l'harmonisation des SMIC sera le fruit du dialogue social tout comme la nécessaire réforme des retraites en 2003, ce qui n'empêchera pas le gouvernement de prendre ses responsabilités.

Etat.

Ces réformes et leurs modalités seront l'occasion de redéfinir les fonctions de l'Etat et de redonner à ceux qui les portent, les fonctionnaires, premiers militants, premiers serviteurs de la République, la place éminente qui doit être la leur dans notre société. Ils assurent des missions essentielles en travaillant pour l'intérêt général : nous voulons, par ces réformes, améliorer la qualité du service public, pour le bénéfice de tous, des fonctionnaires comme de tous les citoyens. Les métiers de la fonction publique ont changé parce que le monde a changé : il faut en tenir compte et faire évoluer les qualifications, la formation et la gestion des ressources humaines. La fonction publique, c'est la fonction de l'homme au coeur de l'Etat.

Parce que ce qui nous inspire c'est l'esprit de tolérance et d'ouverture, de respect de l'autre, de dialogue toujours renouvelé, nous saurons remettre la France et son Etat dans le bon sens. Nous avons confiance, car le courage ne nous manque pas.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 13 août 2002)

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