Interview de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, à "RTL" le 8 août 2002, sur la mesure de suppression des allocations familiales pour les familles de jeunes délinquants, la possibilité d'une intervention armée américaine en Irak, la dissolution du groupe unité radicale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, à "RTL" le 8 août 2002, sur la mesure de suppression des allocations familiales pour les familles de jeunes délinquants, la possibilité d'une intervention armée américaine en Irak, la dissolution du groupe unité radicale.

Personnalité, fonction : LE PEN Jean-Marie, ARZT Richard.

FRANCE. Front national, président

ti : R. Arzt - On commence par la suppression des allocations familiales pour les familles des jeunes délinquants qui sont en centres fermés : vous approuvez ?

- "Cela ne me choque pas. Je trouve, en effet, que le contribuable est bien fondé à penser qu'il n'a pas à payer deux fois un service qui lui est dû, en quelque sorte, à savoir que les familles reçoivent des allocations et en même temps, il faudrait financer le séjour d'un délinquant dans un centre fermé. Par conséquent, je trouve qu'il est normal, dans la mesure où l'Etat assume la charge familiale du délinquant, que ce soit lui qui perçoive ou qui retienne l'argent de ces allocations. Cela dit, je crois que C. Clerc a révélé le fond de l'affaire quand elle a rappelé la consigne donnée par J. Chirac à son premier Conseil des ministres, à savoir : "Surtout paraissez faire quelque chose, et vite !".

Elargissons la question : que ce soit sur la justice ou sur la sécurité, vous observez, avec les lois qui ont été votées, un durcissement du Gouvernement ?

- "Quand le malade a une très forte fièvre, on ne peut pas déconseiller de lui donner de l'aspirine. Mais attendre de cette médication ou de cette thérapeutique qu'il guérisse, c'est une autre question. Je crois que le ministère de Raffarin, c'est le ministère Diafoirus, c'est le ministère de l'aspirine. On agit sur les conséquences les plus visibles et sur lesquelles il est le plus facile d'agir rapidement mais on ne traite pas les problèmes au fond. On ne traite pas le problème de la suppression de nos frontières qui est posé par la mondialisation et qui met toute notre économie dans une compétition vouée à l'échec à échéance proche ou lointaine."

Vous voulez dire que, globalement, les leçons du premier tour où vous étiez numéro deux, n'ont pas été tirées par ce pouvoir ?

- "Si le Gouvernement s'est largement lepénisé, avec une démarche corrélative, à savoir s'efforcer d'empêcher le Front national de parler. C'est pour cela qu'on nous a retiré le terrain pour notre fête des Bleu-Blanc-Rouge - c'est la municipalité socialiste de Paris. Mais d'un autre côté, monsieur Bosson, qui est un maire de la majorité, essaie de nous empêcher de tenir notre université d'été à Annecy."

Vous en êtes où ? Vous cherchez une autre ville ?

- "Il est trop tard pour chercher une autre ville. Nous sommes dans une position juridique que nous estimons très solide et nous en avons appelé au tribunal administratif dans un recours pour excès de pouvoir contre le maire. Mais cela témoigne, tout de même, d'une attitude résolument anti-démocratique. De la même manière que l'on avait essayé pendant la campagne électorale de m'empêcher d'avoir le nombre de maires suffisant pour me présenter..."

C'est la même chose, à votre avis ?

- "Oui... De la même manière, M. Gaudin donnait la clé de la politique gouvernementale en disant : "il ne faut pas qu'il y ait un seul député du Front national au Parlement". Autrement dit, on passait de l'équilibre à la persécution. Là, nous sommes dans une phase de persécution. Mais dans le même temps, il faut essayer de récupérer cette clientèle - c'est en ces termes économiques que pensent nos hommes politiques de la majorité - du Front national. Mais cela, c'est une autre affaire."

Est-ce que vous pensez qu'il y a persécution contre Unité radicale qui a été dissoute par le Gouvernement ?

- "J'ai trouvé la mesure absurde. D'abord dissoudre quelque chose qui n'existe pas est quelque chose de kafkaïen."

C'est quand même un groupe plus ou moins organisé ?

- "Oui, mais comment dissolvez-vous un groupe qui n'a pas de structure ? La dissolution vise à priver une formation de ses structures. C'est un coup de publicité extraordinaire pour Unité radicale. Cela ne m'étonnerait pas que dans 10, 15 ou 20 ans, on retrouve dans les cabinets ministériels, ou en tous les cas comme collaborateurs, les dirigeants actuels d'Unité radicale. On a vu cette manipulation de l'extrême droite activiste depuis trente ans dans notre pays et on a retrouvé les dirigeants révolutionnaires de ces organisations dans le cabinet du ministre de l'Intérieur."

Si vous aviez M. Brunerie, celui qui a voulu tirer sur le Président, devant vous que lui diriez-vous ?

- "Premièrement, je ne sais pas s'il a tout son bon sens. Et puis là, je fais confiance à nos institutions - encore que... Mais il y a quelque chose qui m'a frappé tout de même : il y avait, paraît-il, 4 000 policiers pour assurer la sécurité de cette manifestation et personne ne s'est inquiété de ce que l'on voit dans tous les films policiers, à savoir quelqu'un qui a un instrument de musique. Il aurait pu transporter un canon avec un étui de contrebasse, il pouvait mettre un fusil mitrailleur ou une mitraillette ! Personne ne lui a demandé : "Vous ne voulez pas ouvrir cela, pour nous le montrer ?"."

Que sous-entendez-vous ?

- "Je montre trois fois ma pièce d'identité quand je prends l'avion à Orly..."

Et pourtant on vous connaît ?

- "...Et pourtant on me connaît ! Malgré cela, en revanche, là, il semble que cela n'ait pas paru étonnant que ce jeune homme soit, le matin du 14 juillet, avec son étui à guitare dont dépassait, d'ailleurs, paraît-il, le canon de sa carabine... Tout cela me paraît un peu bizarre ! C'est pour cela que je crois que cet incident a été gonflé, utilisé, exploité, instrumentalisé pour donner un peu de panache à J. Chirac et le conforter dans la victoire assez fallacieuse qu'il a obtenue au deuxième tour."

Autre sujet : la Corse. Si la Corse suit un chemin de précurseur de la décentralisation et que cela apaise les revendications, vous direz que cette ligne suivie par le Gouvernement est positive ?

- "Le Gouvernement se trouve exactement dans la situation d'un directeur de banque qui, étant braqué par des gangsters, dit : "Il n'y a pas de problème : pour arranger tout, tous les gens qui sont dans la banque vont leur donner exactement la même somme que celle qui est exigée par ceux qui portent des mitraillettes". Autrement dit, pour débloquer le processus corse, on va engager l'ensemble des régions dans ce processus de décomposition de la nation. Il est bien évident qu'on est là dans une situation absurde et que l'on va très au-delà de ce que voulait faire Jospin."

Dernier sujet : vous avez toujours exprimé une sympathie à l'égard de S. Hussein ; on voit aux Etats-Unis, autour du Président Bush, un visible débat sur le bien-fondé d'intervenir militairement en Irak.

- "Vous posez mal le problème : je n'ai jamais manifesté une grande sympathie pour S. Hussein. J'ai manifesté de la sympathie et de la compassion pour un peuple, le petit peuple irakien - 19 millions d'habitants - martyrisé, affamé et ruiné par les Etats-Unis en pleine paix. Depuis dix ans, le blocus américain a provoqué la mort de plus d'un million d'enfants. Ma femme, qui est présidente de l'association "SOS Enfants d'Irak", en a eu des preuves. Mais tout le monde, maintenant, le sait et l'ONU l'a reconnu. Il y a quelque chose d'assez monstrueux dans le fait que le gouvernement américain puisse annoncer calmement qu'il va changer le gouvernement d'un pays indépendant, parce que cela déplaît à M. Bush qui le soupçonne de toutes sortes de vilénies possibles. Je comprends maintenant mieux pourquoi les Américains sont contre la cour pénale internationale : probablement, après une affaire comme celle-là, ils en seraient les premiers clients."

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 12 août 2002)

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