Interviews de M. Hamlaoui Mékachera, secrétaire d'Etat aux anciens combattants, dans "Les Echos" du 16 et "La Croix" le 19 août 2002, sur la revalorisation des pensions des anciens combattants originaires des ex-colonies françaises, la transmission de la mémoire des guerres, la prise en charge des examens médicaux des anciens soldats touchés par le syndrome de la guerre du Golfe et le choix d'une date de commémoration pour la fin de la guerre d'Algérie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de M. Hamlaoui Mékachera, secrétaire d'Etat aux anciens combattants, dans "Les Echos" du 16 et "La Croix" le 19 août 2002, sur la revalorisation des pensions des anciens combattants originaires des ex-colonies françaises, la transmission de la mémoire des guerres, la prise en charge des examens médicaux des anciens soldats touchés par le syndrome de la guerre du Golfe et le choix d'une date de commémoration pour la fin de la guerre d'Algérie.

Personnalité, fonction : MEKACHERA Hamlaoui.

FRANCE. SE aux anciens combattants

ti : Interview dans "Les Echos" du 16 août :

Q - Depuis la décolonisation, les anciens combattants originaires des ex-colonies françaises se battent pour la revalorisation de leurs pensions. Comptez-vous accéder à leur demande ?

R - Vous faites ici référence aux militaires de carrière, qui se sont battus pour la France, pendant la première ou la seconde Guerre mondiale, mais aussi pendant les guerres d'indépendance. Ces hommes, en tant qu'anciens militaires français, reçoivent des pensions d'invalidité ou de retraite et parfois les deux. Il est vrai que ces pensions ont été fixées une fois pour toutes au moment de l'indépendance des pays. On appelle cela la "cristallisation". Depuis longtemps, ils demandent qu'elles soient "décristallisées" et je trouve cela normal. Je peux vous dire que ce dossier est une priorité pour le gouvernement et que nous ferons tout pour accéder à cette demande légitime.

Q - Le gouvernement va-t-il s'aligner sur la décision du Conseil d'Etat, mettre les retraites à niveau et rembourser tous les arriérés ?

R - Une telle solution est irréaliste. Le budget de l'Etat n'est pas extensible à l'infini. Nous nous acheminons plutôt vers une mesure qui tienne compte du niveau de vie de chacun. Tout cela est encore à l'étude, mais nous pensons appliquer le taux fixé par l'ONU, en les affectant d'un correctif. Le gouvernement est en effet tenu à une obligation de résultat. Le maître-mot dans tout cela est : l'équité. Et, parce qu'il faut faire vite, une décision sera prise avec le vote du prochain collectif budgétaire, donc avant la fin de décembre 2002.

Q - Cette solution avait déjà été avancée par le précédent gouvernement et les associations d'anciens combattants avaient déjà manifesté leur colère et estimé que la décision du Conseil d'Etat vous obligeait à faire plus ?

R - Mais nous allons leur faire justice. (¿) Nous allons prendre une décision, comme je vous l'ai dit, avant la fin de l'année. Cependant, je le répète, l'égalité n'est pas envisageable ; et pas seulement pour des raisons financières. Imaginons un instant que la retraite d'un ancien combattant malgache soit mise au niveau d'un Français. Que diraient les soldats de l'armée locale ? Comment cela serait-il accepté qu'un homme touche du jour au lendemain autant d'argent ? La revalorisation des pensions, si elle a lieu, doit être longuement discutée et étudiée avec les pays concernés et je peux vous dire que nous avons déjà commencé.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 20 août 2002)
Interview à "La Croix" du 19 août :

Q - Que vous inspire le raid allié du 19 août 1942 à Dieppe, objet aujourd'hui de la commémoration à laquelle vous participez ?

R - Une profonde reconnaissance pour tous les volontaires, en majorité des Canadiens, qui y ont participé au péril de leur vie. Si le raid de Dieppe a été un échec, il a aussi été plein d'enseignements qui ont ensuite permis de perfectionner la stratégie du débarquement en Normandie, en juin 1944.

Q - Pourquoi le souvenir des guerres du siècle dernier est-il indispensable ?

R - Les principes de dignité et de liberté, qui étaient en jeu dans les conflits du XXème siècle, conservent une modernité. Les attentats du 1l septembre aux Etats-Unis ont montré qu'i1 convient encore de se battre pour les préserver contre les forces de l'obscurantisme et du fanatisme. Il faut donc transmettre la mémoire des guerres. C'est un devoir collectif. Les anciens combattants ont été les témoins de la précarité de ces principes. Leur témoignage et l'exemple de leur sacrifice sont, à ce titre, instructifs pour les jeunes générations.

Mais il convient de dynamiser davantage, notamment en les décentralisant encore plus, les actions de communication de cette mémoire. La contribution des plus jeunes des anciens combattants - ceux qui ont participé aux opérations de maintien de la paix à l'étranger ces deux dernières décennies - y aidera. Leur expérience, qui est le signe d'une évolution fondamentale du rôle des armées dans le monde libre, doit permettre, en outre, de jeter un pont de plus entre l'armée professionnalisée et la société civile.

Q - Vous avez décidé de revaloriser les retraites des anciens combattants des anciennes colonies. Que prévoyez-vous pour ceux de la guerre du Golfe et des Balkans qui réclament, notamment, une prise en charge de leurs séquelles ?

R - Une vaste enquête épidémiologique a, d'ores et déjà, été lancée à l'initiative du ministère de la Défense afin d'analyser les conséquences sanitaires de la participation de nos militaires à la guerre du Golfe. Je demande, pour ma part, d'inscrire au budget de 2003 les crédits permettant de prendre en charge les examens médicaux de tout soldat se plaignant du syndrome de la guerre du Golfe ou d'une manière générale de psychotraumatismes liés à une opération à l'étranger.

Q - A quelle date commémorer la fin de la guerre d'Algérie : le 19 mars, qui est la date du cessez-le feu, ou le 16 octobre, qui est celle du retour officiel du corps du soldat inconnu ?

R - La question de la date de commémoration de la fin de la guerre d'Algérie divise le monde des anciens combattants. I1 est vrai que cette guerre a opposé une partie de la France à une autre. Je propose que toutes les associations concernées débattent de la date de commémoration au sein d'une commission consultative où siégeraient également des personnalités à la neutralité incontestée.

Dans le cadre du dialogue que je tiens à avoir avec l'ensemble des partenaires, cette idée me semble pouvoir faire son chemin. Sur ce point comme sur d'autres, décider autoritairement, sans écouter les divers interlocuteurs, serait une erreur. I1 faut laisser le temps faire son ¿uvre d'apaisement. Le gouvernement s'en tiendra à entériner, dans un projet de loi, la date sur laquelle les associations se seront mises d'accord.

Q - Ne doit-on pas faire la lumière sur la pratique de la torture dans l'armée française durant la guerre d'Algérie ?

R - Ne ravivons pas des plaies qui ne sont pas encore cicatrisées ! Quant à moi, qui ai fait toute la guerre d'Algérie comme lieutenant, je puis en tout cas témoigner que je n'ai jamais vu la torture et que, si je l'avais vue, je ne l'aurais pas tolérée.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 20 août 2002)

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