Article de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, paru dans "La Croix" du 14 août, intitulé "Faisons émerger l'Europe concrète" et interview dans "Le Figaro" du 17 août 2002, sur l'engagement européen de la France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Article de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, paru dans "La Croix" du 14 août, intitulé "Faisons émerger l'Europe concrète" et interview dans "Le Figaro" du 17 août 2002, sur l'engagement européen de la France.

Personnalité, fonction : LENOIR Noelle.

FRANCE. Ministre délégué aux affaires européennes

ti : Tribune parue dans "La Croix" du 14 août :

De tous les contacts que j'ai pu avoir avec les ministres et parlementaires de nos partenaires européens, y compris ceux des pays candidats, à l'occasion de mes voyages en Allemagne, en Hongrie, en Belgique ou lors de mes contacts à Paris, je tire une première et importante leçon : il existe incontestablement en Europe un besoin de France. J'écris ces mots sans forfanterie. Nos concitoyens doivent en effet savoir combien notre pays est attendu en Europe. Non seulement du fait de son ancrage, dû à sa qualité de pays fondateur de la construction européenne, mais aussi parce que, d'étape en étape, nous avons contribué à façonner le projet européen et nous avons permis les avancées les plus décisives, du Traité de Rome à l'euro.

Il faut admettre cependant que l'élan s'est, hélas ! ralenti ces dernières années, et que notre moindre engagement sur la scène européenne a nui au dynamisme de la construction de l'Europe. C'est bien pourquoi le président de la République a décidé qu'il était temps de marquer un tournant en mobilisant les Français sur "le nouvel engagement" de la France en Europe. Et il ne s'agit pas d'un v¿u pieux. Des actions concrètes sont déjà engagées.

D'abord la revitalisation de l'alliance féconde qui nous lie à l'Allemagne, illustrée lors du 40e anniversaire du Traité de l'Elysée, donnera lieu à une coopération bénéfique pour tous les Européens dans les domaines majeurs que sont la recherche, la défense ou la culture. La détermination de nos deux pays, comme nous l'avons vu au Sommet de Schwerin le 31 juillet dernier est entière. Or, c'est une détermination tournée vers l'avenir. Il ne s'agit pas seulement de commémorer les grands moments du passé, d'autant que les jeunes d'aujourd'hui ne voient plus dans la réconciliation franco-allemande qu'un simple acquis. La raison d'être de notre lien avec l'Allemagne n'est plus de surmonter les divisions de l'histoire. C'est de travailler ensemble en transcendant les intérêts de nos deux pays pour le bien de l'Europe. Tel est le sens de la déclaration commune préparée par MM. Fischer et de Villepin, qui marquera la célébration de janvier prochain.

Tout cela ne nous dispense pas de chercher à mieux expliquer l'Europe à nos compatriotes. Je refuse l'idée que les Français se détacheraient de l'Europe. La vérité est qu'ils veulent plus d'Europe, mais qu'ils se plaignent de n'en pas savoir assez sur elle, sur les mécanismes de décision qui ont des conséquences sur leur vie quotidienne et sur les objectifs poursuivis par une construction dont le but leur échappe parfois. A mon sens, c'est cette distance, voire cette opacité de l'Europe, qui alimente les frilosités, quand ce ne sont pas les craintes que suscitent parfois les perspectives d'une Europe élargie à 25 Etats membres ou davantage.

L'Europe, c'est notre présent et notre avenir. Il faut donc rapprocher l'Europe du citoyen. Il faut faire émerger l'Europe concrète. Ceci suppose un travail de proximité et un effort pédagogique de longue haleine. I1 n'est pas trop tôt pour le réactiver. Dès l'automne, je relancerai le débat sur l'avenir de l'Europe au c¿ur des villes et des régions de France. A cette fin, j'ai demandé aux responsables d'associations d'élus locaux, aux mouvements et associations européens en France, et aux forces vives du monde économique et social, de m'aider à concevoir de nouveaux modes de dialogue dans le cadre des forums que je suis chargée d'organiser à partir de la rentrée.

Quant à la société civile, le message dont ses composantes sont porteuses - qu'il soit critique ou constructif - doit faire partie intégrante du débat sur l'Europe. La contribution de la société civile à ce débat est indispensable. L'Europe doit permettre de mieux faire vivre la diversité culturelle qui existe non seulement dans l'espace européen, mais aussi à l'intérieur de nos frontières nationales.

L'Europe n'est la propriété de personne, et les politiques n'ont pas le monopole de la réflexion sur son avenir. La période qui s'ouvre, avec la Convention sur l'avenir de l'Europe présidée par Valéry Giscard d'Estaing, réclame audace et réalisme, mais surtout créativité. Pour enrichir les travaux de la Convention, nous n'aurons pas trop de toutes les idées qui peuvent s'exprimer à l'occasion du débat sur l'avenir de l'Europe.

L'étape héroïque, celle des fondateurs, est derrière nous. Le stade de la construction économique, technicienne, l'est aussi. Notre époque demande une volonté politique ressourcée. Nous devons tous aujourd'hui, au sein des différentes familles politiques philosophiques ou spirituelles, "parler européen", puisque aussi bien "c'est une langue qu'il faudra bien que l'on apprenne" comme le disait Aristide Briand. C'était en 1926.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 août 2002)
Interview dans "Le Figaro" du 17 août :

Q - Le commissaire européen Michel Barnier vient d'adresser aux nouveaux députés une lettre visant à "les convaincre de s'intéresser à la relation particulière" qui doit selon lui s'affirmer entre le Parlement français et la construction européenne. Que pensez-vous de cette initiative ?

R - Je rencontre souvent Michel Barnier qui joue comme membre de la Commission un rôle très important. Sa lettre aux parlementaires français est informative et comporte également des propositions précises pour mieux les associer au travail législatif communautaire. Quant à son aspect de "plaidoyer pour l'Europe", je crois qu'il ne faut pas laisser penser que nos députés et sénateurs sont insuffisamment engagés dans l'Europe. Au contraire, j'ai constaté que la plupart d'entre eux ont une connaissance approfondie des dossiers européens. C'est au niveau des citoyens qu'un effort supplémentaire de pédagogie me semble nécessaire.

Q - L'Europe sera-t-elle au menu des travaux du Parlement dès la prochaine rentrée ?

R - Depuis longtemps le travail de notre Parlement intègre la dimension européenne. Mais il est vrai que cela ne fait que s'accentuer. Voyez le passage à l'euro. Il doit nous conduire sur la voie de l'harmonisation des fiscalités en Europe, ce qui suppose que le Parlement français en délibère. Il en va de même de la construction d'un espace de justice et de sécurité qui suppose un rapprochement des politiques et procédures pénales. En outre, dans le cadre de la Convention présidée par Valéry Giscard d'Estaing, dont le rôle est de proposer un traité constitutif de l'Union européenne, les représentants des parlements nationaux ont un rôle prééminent. En effet, ils représentent plus de la moitié des 105 membres que comporte cette Convention. Jamais dans l'histoire de l'Europe les parlementaires nationaux n'ont été autant associés à la construction de l'Union européenne. J'ajoute que cette sensibilisation du Parlement français à l'Europe va se trouver concrétisée par une innovation : le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, vient d'annoncer que des séances de questions d'actualité entièrement consacrées à l'Europe seront organisées à la rentrée.

Q - Quelle part comptez-vous prendre, en qualité de ministre déléguée aux Affaires européennes, à une association plus étroite du Parlement français à l'élaboration de la politique européenne ?

R - Il faut faire sortir l'Europe du cercle des initiés. Ainsi, à chacun de mes déplacements, je viens, accompagnée de parlementaires (nationaux et européens), d'un chef d'entreprise ou d'un syndicaliste et de journalistes. Plus généralement, je suis soucieuse d'être constamment à l'écoute des parlementaires nationaux que je rencontre chaque semaine car je conçois mon rôle d'une certaine manière comme celui "d'un facilitateur d'Europe" pas uniquement dans la conduite des débats mais dans la déclinaison de l'Europe "sur le terrain". Ainsi, j'organise régulièrement des contacts entre les parlementaires français et européens et les ambassadeurs des pays candidats et des pays membres. Deuxième exemple, j'incite les parlementaires à chaque fois que l'occasion m'en est donnée de me signaler les difficultés qu'ils rencontrent face à certaines procédures qui méritent une simplification.

Q - Les récriminations contre "l'Europe technocratique" restent très vigoureuses. N'avez-vous pas le sentiment que l'Europe sert parfois d'alibi facile à l'impuissance des politiques face à certaines difficultés sociales ?

R - L'Europe est une machine compliquée. La construction européenne fondée sur la volonté politique des Etats de bâtir une communauté de paix et de prospérité est une aventure unique en son genre. C'est parce qu'elle est le fruit de concessions réciproques qu'elle constitue un édifice parfois difficile à expliquer. Ne nous leurrons pas, s'il n'y avait pas d'Europe, il faudrait tout de même fixer des règles, par exemple en matière d'environnement, qui pourraient aussi bien être contestées.

Q - Vous souhaitez faire sortir l'Europe du cercle des initiés, parmi lesquels vous placez à l'évidence les parlementaires nationaux. Comment sensibiliser les citoyens aux enjeux des prochaines échéances européennes que sont le traité constitutif et l'élargissement de l'Union européenne ?

R - Il existe depuis plusieurs années des opérations de communication sur l'Europe, en partie financées par des fonds européens et s'appuyant sur l'action des préfets de régions. Je souhaite faire évoluer cette action dans deux directions.

D'une part, il me semble indispensable d'établir le lien entre l'Europe et le terrain en faisant jouer la créativité locale. Le 1er octobre prochain, je réunirai les associations d'élus locaux pour leur demander de me faire des propositions sur la meilleure manière de faire connaître l'Europe dans leur collectivité, leur ville, leur département ou leur région. Chaque territoire a son identité et donc sa propre sensibilité par rapport à l'Europe et il faut en tenir compte.

D'autre part, je souhaite m'adresser aux jeunes pour qu'ensemble l'on dialogue sur l'Europe. Il faut leur expliquer ce qu'être citoyen européen veut dire, car ils ont perdu de vue le sens historique de la naissance de l'Europe. Le traité de l'Elysée, signé il y a quarante ans par le général de Gaulle et le chancelier Adenauer avait entendu léguer à la jeunesse un pacte de paix.

Aujourd'hui l'Europe a pour les jeunes un contenu pratique avant tout : voyager plus facilement, étudier à l'étranger¿ C'est bien, mais ce n'est pas suffisant. Appartenir à l'Europe doit surtout représenter un modèle social, des valeurs à partager de respect mutuel, de tolérance et de diversité culturelle, en bref une source de fierté.

Q - On parle beaucoup de la relance du couple franco-allemand. Comment comptez-vous y participer ?

R - Si le choix de mon premier déplacement officiel, le 4 juillet, fut Berlin, ce n'est pas le fruit du hasard. Le moteur franco-allemand a manqué ces derniers temps de carburant pour l'action. C'est pourquoi, je vais rencontrer à nouveau mon homologue allemand à la fin du mois d'août pour réfléchir à l'élaboration de positions communes sur les grands dossiers de ces prochains mois, notamment la Convention. D'ailleurs, en recrutant dans mon cabinet un diplomate allemand comme conseiller, j'ai entendu marquer cette priorité de mon action.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 20 août 2002)

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