Interview de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, à "France Soir" du 6 août 2002, sur les raisons de l'échec électoral de la gauche et du PS et sur les perspectives du Parti socialiste. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, à "France Soir" du 6 août 2002, sur les raisons de l'échec électoral de la gauche et du PS et sur les perspectives du Parti socialiste.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. PS, premier secrétaire

ti : Le Parti socialiste est-il en train de vivre une crise grave ou n'est-ce que le prolongement d'un échec électoral?

Ce n'est pas la première fois dans son histoire que le parti socialiste est confronté à une défaite. Il en a connu dans les années 70 un certain nombre, mais il n'était pas, à ce moment-là, aux commandes du pays. Il en a vécu d'autre, ensuite, en 1986 et surtout en 1993 où l'échec fut cinglant. Aujourd'hui, après l'immense désillusion de la présidentielle et le choc du 21 avril, les socialistes restent malgré tout la force sur laquelle l'opposition peut se construire pour préparer l'alternance le moment venu.

Beaucoup ont dit que la défaite électorale était injuste¿

Une défaite, il faut d'abord la reconnaître et éviter de trouver des excuses. Mais elle est injuste au regard du travail important fait pour la France pendant 5 ans. Mais il ne faut jamais reprocher au peuple ses décisions. On ne s'est sans doute pas adressé à lui avec les bons arguments. Peut-être n'a-t-on pas assez valorisé ce qu'on avait fait. Mais peut-être, aussi, n'avons-nous pas assez écouté ce que les Français voulaient nous dire depuis plusieurs mois : leur exigence d'ordre, de respect de la règle, la valorisation du travail et l'amélioration du pouvoir d'achat.

Qu'aurait-il fallu faire ?

Marquer plus clairement les différences entre la gauche et la droite. Eviter de laisser la question de la sécurité occuper toute la place dans le débat électoral. Insister davantage sur la nécessité de mieux rémunérer le travail. Affirmer l'ambition d'une Europe plus politique et plus sociale. Enfin mettre en garde la gauche et les électeurs sur les dangers des divisions et de la dispersion. Mais c'est facile à dire aujourd'hui.

Ce qu'on vous a beaucoup reproché dans la gestion de ce gouvernement Jospin, c'était une dérive, dite socio - libérale.

La raison d'être de la gauche c'est d'abord la réduction des inégalités, sans jamais cesser d'être moderne. Elle a toujours incarné le mouvement, l'adaptation à la société, l'anticipation par rapport au besoin de liberté ou à la revendication sociale. C'est sa nature même d'être dans l'imagination et dans la prospective. Mais moderne ne signifie pas la banalisation, l'abandon des principes ou le simple accompagnement social du marché. Il faut prendre en compte la mondialisation et participer au combat pour la rendre plus humaine, plus sociale et surtout plus régulée, plus ordonnée.

Qu'en est-il de la gauche plurielle ?

Nous avons, d'abord, à construire une grande force socialiste. Mais la spécificité de la gauche française, c'est qu'elle n'est pas appuyée sur une organisation unique qui serait elle-même en situation de pouvoir toujours représenter à elle-seule l'alternance. Cela tient à des conditions historiques, la place du parti communiste, la permanence d'un courant d'extrême gauche, l'aspiration écologique, etc.. C'est une réalité qu'il faut se préparer à dépasser. Le rôle des socialistes aujourd'hui, c'est d'accueillir largement tous les citoyens qui veulent participer à l'élaboration d'un nouveau projet politique fondé sur la maîtrise collective de notre destin, sur un système de valeur profondément humaine et sur une nouvelle organisation de l'Europe et de la Planète. C'est ainsi que nous servirons les intérêts de la gauche toute entière.

Que va devenir " l'appareil PS ", façon François Hollande ?

Je vous répondrai par une formule qui est de François Mitterrand " quand les français entendent appareil, ils pensent à appareil dentaire¿ " Un parti politique, ça n'est pas ça, c'est un mouvement qui doit justement rester à la fois souple dans ses formes - c'est indispensable - et clair dans son identité. Nous allons organiser, dans les prochains mois, un grand débat avec nos militants, avec nos sympathisants, nos électeurs, avec tous ceux qui veulent travailler librement avec nous, je pense aux associations, aux syndicalistes. Pour bien comprendre ce qu'est la société française aujourd'hui. C'est ça le rôle d'une formation politique : comprendre et anticiper sur les réponses qu'il faut apporter puisque nous avons vocation à revenir demain au pouvoir. C'est ce que j'attends du débat. Il faut, aussi, qu'on puisse retisser des liens avec tous ceux qui nous accompagnent et qui ne nous ont pas lâchés.

Dominique Strauss-Khan a dit vouloir un parti similaire à l'UMP¿

Je pense qu'il faut d'abord se constituer en grande force socialiste. C'est le point de départ. Le reste viendra par surcroît. C'est le rôle de notre congrès du mois de mai prochain.

M. Chevènement affirmait, lors de la campagne :"Chirac - Jospin c'est du pareil au même." Et vous ?

La différence, entre la gauche et la droite, est partout. Elle est éclatante depuis maintenant 3 mois. Elle est présente sur le texte de la justice où la droite est revenue sur les principes mêmes de la présomption d'innocence et du volet éducatif de la justice des mineurs. Elle est évidente en matière d'emploi-jeunes que le gouvernement veut supprimer pour les remplacer par de nouvelles baisses de charges aux employeurs sans contrepartie en terme de formation, alors que la gauche veut une politique qui insère véritablement les jeunes dans le secteur privé comme dans le secteur public. Cette différence est claire en matière fiscale. La baisse de 5 % sur l'impôt sur le revenu a été suivie d'une hausse de la fiscalité sur l'essence et l'augmentation d'un certain nombre de tarifs publics au mépris de la justice sociale. S'il y a eu crise politique le 21 avril, c'est parce qu'il n'y a pas eu assez de lisibilité à l'égard des distinctions qui opposent les uns et les autres et qui sont profondes.

C'est ce que nous nous efforcerons de démontrer dans les prochains mois. Ce sera la meilleure façon de servir la démocratie française.


(source http://www.parti-socialiste.fr, le 20 août 2002)

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