Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA à RTL le 20 août 2002, sur les équilibres de la production agricole en Europe, suite aux inondations en Europe de l'Est, la production agricole et la réforme des aides aux agriculteurs présentée par la Commisssion européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA à RTL le 20 août 2002, sur les équilibres de la production agricole en Europe, suite aux inondations en Europe de l'Est, la production agricole et la réforme des aides aux agriculteurs présentée par la Commisssion européenne.

Personnalité, fonction : LEMETAYER Jean-Michel, ARZT Richard.

FRANCE. FNSEA, président

ti : R. Arzt.- Toutes sortes de récoltes potentielles sont déjà noyées par les inondations en Europe de l'Est. Il va y avoir de sérieuses conséquences sur l'équilibre de la production agricole en Europe ?

- "Il y a des pertes de récoltes, mais il y a aussi les animaux. Et donc, effectivement, il faut que la solidarité joue pour les agriculteurs allemands, autrichiens et aussi tchèques. On peut penser qu'il peut y avoir des conséquences sur les marchés, parce que les équilibres sont fragiles et que, notamment en matière de céréales, il peut y avoir des conséquences."

Par exemple, les produits agricoles français sont-ils en mesure de faire face à une demande beaucoup plus forte d'exportation vers ces pays-là ?

- "Je pense qu'en matière de céréales, il n'y a pas de problème. Malheureusement, à la fin de la dernière campagne, on a mis en stock. La récolte cette année est de bonne qualité, abondante. Je crois qu'on saura faire face et faire jouer aussi la solidarité. D'ailleurs, je regrette qu'il faille des catastrophes naturelles de cette ampleur pour parler de lancement d'un Fonds européen de gestion de ces catastrophes naturelles."

Vous voulez dire que là, l'Europe sert à quelque chose ?

- "On parle tellement de "construction européenne" que, si l'on veut construire l'Europe, il faut aussi être prêt à agir dans des moments aussi terribles, pour les citoyens mais aussi, bien entendu, pour les agriculteurs."

Si à la suite de ces inondations - mais pas seulement -, le Pacte de stabilité était remis en cause, ce qui a l'air d'être possible, l'équilibre budgétaire repoussé à plus tard, ce serait une bonne chose ?

- "Je pense que l'Europe a besoin de règles du jeu et que ce Pacte de stabilité doit être respecté."

Revenons en France. Où en sont les relations entre agriculteurs et grande distribution ? La question se pose notamment pour les éleveurs de porcs, pour les producteurs de fruits et légumes. Ils vendent leurs produits de moins en moins chers, mais le consommateur ne voit pas la différence dans les magasins.

- "Nous avons multiplié les rencontres avec les enseignes de la distribution ces dernières semaines. C'est vrai que les producteurs ont du mal à comprendre la politique et l'attitude de la distribution. Prenez l'exemple des producteurs de porc : le cours du porc a frôlé 1 euro..."

Il n'arrête pas de descendre...

- "... et le consommateur a payé toujours le même prix. Il n'y a pas eu de répercussion au consommateur. Je vais et je saisis R. Dutreil, là, dès la rentrée, pour que l'on se mette autour d'une table..."

Le ministre des PME...

- "... - Le secrétaire d'Etat aux PME mais aussi à la Concurrence -, pour que l'on se mette autour d'une table - producteurs, entreprises, distribution - et que l'on aille un peu plus vers une politique contractuelle. Parce qu'on ne peut pas jouer au yo-yo comme ça, en permanence. Et en fait, on joue au yo-yo avec le revenu des producteurs et ce n'est pas acceptable."

C'est-à-dire que vous allez demander que le revenu des producteurs soit garanti et qu'ils soient mieux payés tout simplement ?

- "Il y a le débat du revenu des producteurs, mais il y a aussi l'aspect transparence des pratiques commerciales. Il y a une loi qui a été votée il n'y a pas si longtemps - Nouvelle régulation économique -, qui prévoyait notamment..."

Il y a deux ans...

- "Oui, il y a deux ans, qui prévoyait la transparence des pratiques commerciales. Il y a une commission normalement qui est là pour statuer. Or, cette commission ne fonctionne pas. Et tout le monde sait que les pratiques commerciales sont totalement opaques. Je pense qu'il y a un débat sur les marges, et notamment des marges dans la distribution, qui méritent d'être mises à plat. Je crois qu'on a besoin d'y voir clair, le consommateur aussi."

A propos de lois qui avaient été votées sous la gauche, la loi sur l'eau est remise en question par l'actuel Gouvernement. On repart à zéro apparemment. Vous approuvez que l'on reprenne tout ?

- "Nous avions déjà eu de longs débats sur le dossier. Parfois on avait été mis beaucoup au banc des accusés, ce qui n'est pas forcément supportable..."

En tant que pollueurs qui devaient payer...

- "Pollueurs... Oui, dans le débat, il y a effectivement : qui doit payer ? Madame Bachelot a décidé de remettre là aussi tout à plat, de repartir à zéro. Nous serons présents dans le débat, comme nous l'avons été dans le débat précédent."

Vous pensez que vous arriverez à d'autres équilibres, si tous les arguments ont été donnés ?

- "On a besoin de comprendre un certain nombre de choses. On avait quelques points que l'on souhaitait voir revus dans le cadre de la loi. L'eau est aussi un moyen de production. Je pense au Sud de la France : l'irrigation est une nécessité, sinon il faut rayer de la carte certaines régions agricoles. Le travail des agriculteurs n'est pas aussi polluant que cela. Donc, il y a des points sur lesquels on doit discuter et il faut faire attention aux conséquences sur les coûts de production pour les agriculteurs."

Un mot encore sur l'Europe, avec la PAC. On a bien vu que la Commission européenne voulait réformer tout ça, afin que l'aide aux agriculteurs ne soit pas liée à la quantité de ce qu'ils produisent - en gros, c'est la logique. Qu'attendez-vous du Gouvernement français là-dessus ? Qu'il entre dans un rapport de force, une épreuve de force avec l'Europe ?

- "Je voudrais d'abord dire que l'aide ou les aides à l'agriculture ne sont plus liées encore à la production. On sort des récoltes de céréales. Que je produise 54 ou 90 quintaux à l'hectare, le montant de l'aide - je suis aussi producteur de céréales - est le même. Cela veut dire que ce n'est déjà plus lié à la production. Mais plus précisément, on attend que la France se batte pour que l'on ne discute pas du projet Fischler en l'état."

Fischler est le commissaire européen chargé de la question...

- "Le commissaire européen chargé des questions agricoles et c'est son projet qui est sur la table. Nous attendons que l'on mette en avant un certain nombre d'arguments, et notamment des échéances qui nous attendent : l'élargissement de l'Union européenne. Sur quelles bases va-t-on le faire ? Il y a une négociation avec l'OMC, que négocie le commissaire européen chargé de la question, le commissaire Lamy. Signe-t-on un chèque d'ores et déjà à nouveau, pour les Américains, dans ce dossier ? Je pense que ces échéances, qui sont prévues pour 2004, méritent d'être débattues avant de parler d'une nouvelle évolution de la PAC."

Les Français sont en position défensive là-dessus ?

- "Non, il faut être en position offensive. Déjà nous, en tant qu'agriculteurs européens, je crois qu'il y a une certaine unanimité pour rejeter le projet de monsieur Fischler. Je crois que la France n'était pas aussi isolée que cela au dernier Conseil des ministres où il en a été question. Au rendez-vous de l'automne - puisque c'est au Conseil des ministres d'octobre que la question sera débattue -, j'espère que la France saura rassembler suffisamment de pays autour d'elle pour que l'on ne débatte pas maintenant du projet de la PAC."

Dans deux jours, J. Bové va participer aux Journées du mouvement Attac, qui ont lieu en Arles. Pensez-vous qu'il a perdu de sa crédibilité, J. Bové ?

- "C'est à l'opinion de le dire, ce n'est pas au président de la FNSEA."

Vous pourriez estimer qu'il en fait trop, non ?

- "Non, mais J. Bové fait ce qu'il veut. Ce qui importe pour moi, c'est de défendre les paysans, de défendre leurs revenus. Je l'ai suffisamment dit au cours de ces derniers mois, et notamment dans la campagne électorale récente, où on a peu parlé d'agriculture. Il y aura des paysans demain s'il y a un revenu. Et on installera des jeunes, si effectivement des paysans peuvent gagner leur vie avec ce métier, ce beau métier."

Le thème de "la malbouffe" contre lequel J. Bové a beaucoup combattu, c'est un thème que la FNSEA pourrait reprendre à son compte ?

- "Il se trouve surtout que c'est un mot qui est très dommageable à l'image de la France, de la gastronomie de notre pays, qui est un pays reconnu pour sa gastronomie. Je pense qu'on mange bien en France, on mange "sécurisé", et je crois qu'il faut faire confiance aux paysans français et à la qualité des produits qu'ils mettent sur le marché."


(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 20 août 2002)

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