Interview de Mme Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, à France 2 le 20 août 2002, sur la régularisation des sans-papiers, le problème de l'immigration clandestine, les projets du gouvernement visant à modifier les modes de scrutin, les modalités d'attribution de l'allocation de rentrée scolaire, le bilan des premiers mois du gouvernement Raffarin et les perspectives de la gauche. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, à France 2 le 20 août 2002, sur la régularisation des sans-papiers, le problème de l'immigration clandestine, les projets du gouvernement visant à modifier les modes de scrutin, les modalités d'attribution de l'allocation de rentrée scolaire, le bilan des premiers mois du gouvernement Raffarin et les perspectives de la gauche.

Personnalité, fonction : BUFFET Marie-George, SICARD Roland.

FRANCE. PCF, secrétaire national

ti : R. Sicard.- Vous êtes à peine rentrée de vacances et vous êtes déjà en pleine action. Dès cet après-midi, vous allez rendre visite aux sans-papiers qui occupent la Basilique de Saint-Denis. Ces sans-papiers demandent leur régularisation : vous y êtes favorable ?

- "Oui, parce que nous avons là des hommes et des femmes qui, pour certains, vivent depuis très longtemps dans notre pays. Certains ne sont pas expulsables, parce qu'un membre de leur famille vit en France et ils peuvent demeurer en France. Il faut donc examiner tous ces cas de façon positive, je crois. Je pense que cette démarche vise à les soutenir et à faire en sorte que la préfecture et les autorités prennent bien en compte leurs situations."

Vous pensez qu'il faut tous les régulariser ?

- "Je crois que nous avons une situation avec la loi française qui fait que des hommes et des femmes sont placés dans une situation où ils ne peuvent pas repartir chez eux, car c'est impossible et ils ne trouvent pas les conditions pour une vie digne et en sécurité et, en France, ils sont placés dans des conditions d'être en clandestinité. Je préfère qu'ils soient régularisés, qu'ils puissent travailler, vivre dans la dignité. Je crois que cela contribuera à créer du lien social dans notre pays."

Cela dit, le Gouvernement a été élu, lui, sur une politique de fermeté vis-à-vis de l'immigration clandestine. Ce programme a été approuvé. Vous pensez que votre position va être comprise par les Français ?

- "C'est un autre problème que l'immigration clandestine qui est en train de se faire aujourd'hui. Je crois que si nous voulons régler cette question, il faut s'attaquer à la racine du problème. Si des familles entières fuient leur pays, traversent, parfois dans des conditions effroyables, des frontières, pour se heurter ensuite à la non-reconnaissance et à la clandestinité, c'est parce qu'il y a problème chez eux. Je pense donc qu'il faut développer une coopération internationale permettant de réduire les inégalités qui règnent au niveau international et faire en sorte que ces familles puissent rester dans leurs pays. Je crois que c'est cela la véritable solution. On ne pourra pas mettre des barbelés autour de l'Europe. Ce n'est pas possible. Il faut donc que l'Europe crée une coopération qui permette à ces hommes et à ces femmes de rester chez eux."

Autre dossier d'actualité : le Gouvernement envisage de modifier les modes de scrutin, notamment pour les législatives. Seuls les deux candidats arrivés en tête pourraient se maintenir. Vous êtes pour ?

- "Non, je suis complètement opposée à cette mesure. Pourquoi ? Parce que nous allons encore accentuer la bipolarisation de la vie politique dans notre pays. Je n'ai pas envie de me retrouver dans la situation anglaise où les électeurs et les électrices n'ont plus que le choix entre deux grands partis. Je pense que cette situation amène certainement à une abstention encore plus considérable qu'elle n'existe encore aujourd'hui. Je pense que ce tripatouillage autour des formes de scrutin est négatif pour la démocratie."

Un des arguments de la modification du mode de scrutin est que cela permettrait de limiter l'audience du Front national. Vous y êtes sensible ?

- "Bien sûr, j'ai mené une très forte bataille entre les deux tours de l'élection présidentielle, pour faire en sorte que Le Pen ait le moins possible de voix. Mais je pense que si on veut faire reculer les idées du Front national, il faut faire reculer à la fois la misère sociale et les discriminations. Il faut faire en sorte que les hommes et les femmes apprennent à se connaître ; il faut faire un travail de fond. Je pense que si on donne au Front national l'occasion de se présenter de nouveau comme des martyrs, on va encore accentuer peut-être les voix qu'il recueille, déjà, aujourd'hui."

D'après vous, pourquoi le Gouvernement prend-il cette initiative ?

- "Je pense qu'il veut assurer de façon artificielle une garantie de garder le pouvoir dans les années qui viennent."

Autre dossier : l'allocation de rentrée scolaire. C'est aujourd'hui que les foyers vont la toucher. Cette année, plus de personnes vont la toucher, parce que les plafonds ont été modifiés. C'est une bonne chose ?

- "Oui, je crois qu'il était nécessaire de lever la guillotine qui était imposée à des familles, parce qu'elles avaient juste un peu plus que le plafond imposé. Je pense que l'allocation de rentrée scolaire est un droit à l'enfant. C'est permettre à chaque famille de donner à l'enfant les moyens nécessaires pour assurer une bonne rentrée scolaire. Ceci dit, je crois que la mesure qui est attendue par les familles, c'est un relèvement des plafonds."

Cela a été le cas...

- "Ce n'est pas suffisant. Aujourd'hui, si vous avez deux Smics et un enfant, on va vous dire que vous gagnez trop d'argent pour toucher ce genre d'allocations. Je pense qu'il faut vraiment, là, relever les plafonds."

Justement, le Gouvernement a pris une mesure qui va dans le bon sens, selon vous ?

- "Je viens de vous dire que je pense qu'il est temps en effet de relever le plafond."

Vous pensez que ce n'est pas suffisant ?

- "Ce n'est pas suffisant."

Globalement, que pensez-vous des trois premiers mois du gouvernement Raffarin ?

- "Vraiment, lorsqu'on regarde l'ensemble de la politique mise en oeuvre, on a l'impression que ce gouvernement va mettre en place une société encore plus insécuritaire..."

Ce n'est pas son projet !

- "Non relèvement du Smic, des baisses d'impôts pour ceux qui déjà ont les moyens et rien pour ceux qui sont les plus modestes ; les privatisations qui vont enlever une sécurité au niveau de la garantie des droits - je pense à l'accès à l'énergie et à l'électricité, on a vu ce qui se passe à La Poste... Je ne pense pas que, pour l'instant, la France d'en bas dont a parlé M. Raffarin, soit gagnante dans la politique qui est menée. Bien au contraire."

C'est une politique sur laquelle le Gouvernement s'était engagé pendant la campagne. Finalement, il ne fait qu'appliquer ce qu'il avait dit ?

- "Je ne suis pas de ceux qui s'étonnent de la politique menée. En effet, on avait alerté sur les dangers de la venue de la droite au pouvoir. Nous sommes en face d'une politique ultra libérale, celle qu'avait souhaitée M. Seillière lorsqu'il avait mené cette campagne politique pendant l'hiver qui a précédé les élections. La droite va privatiser ; la droite va faire en sorte que l'argent aille déjà à ceux qui en ont. Je pense que l'on va assister à une aggravation de la situation pour ceux qui vivent de leur travail. Pour moi, cela ne m'étonne pas. Je n'attendais pas autre chose de la droite telle qu'elle est aujourd'hui dans notre pays."

Vous prévoyez une rentrée sociale difficile ?

- "Difficile pour les familles, oui, je le pense, et pour les salariés. Je pense que l'on va assister de nouveaux à une vague de licenciements boursiers. Déjà des entreprises annoncent des pertes annuelles..."

Vous prévoyez des mouvements sociaux importants ?

- "Ce n'est pas à moi de décider de ce que les salariés vont faire. C'est à eux de décider avec leurs organisations syndicales."

Un mot de la gauche : le Parti socialiste réfléchit et certains au PS parlent de programme commun, voire de parti unique de la gauche, un peu comme cela s'est fait à droite avec l'UMP. Qu'en pensez-vous ?

- "Je pense qu'il faudrait plutôt à gauche se pencher sur ce qui s'est passé les cinq dernières années. Pourquoi nous avons été aussi durement sanctionnés lors des dernières élections ? C'est certainement parce que la politique que nous avons mise en place ne correspondait pas aux attentes des électeurs et des électrices de gauche. Je pense que la réponse est dans une autre politique. C'est ce que propose le Parti communiste français. Une autre politique à gauche, et non pas dans une espèce de grande organisation consensuelle, où on ne se pose même pas de question de savoir ce qu'on va faire demain si, de nouveau, nous avions la responsabilité de diriger ce pays."

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 20 août 2002)

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