Interview de M. Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat au tourisme et à la mer, à "RTL" le 22 août 2002, sur les projets du gouvernement en matière d'infrastructures de transport, de prévisions budgétaires, sur la compagnie Air Lib, et sur le regard qu'il porte sur Jean-Pierre Raffarin et sur le dernier livre de Marie-Noëlle Lienemann. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat au tourisme et à la mer, à "RTL" le 22 août 2002, sur les projets du gouvernement en matière d'infrastructures de transport, de prévisions budgétaires, sur la compagnie Air Lib, et sur le regard qu'il porte sur Jean-Pierre Raffarin et sur le dernier livre de Marie-Noëlle Lienemann.

Personnalité, fonction : BUSSEREAU Dominique, ARZT Richard.

FRANCE. SE aux transports et à la mer

ti : R. Arzt.- Depuis une dizaine d'années plusieurs grands projets d'infrastructures de transports - TGV, autoroutes, canaux - ont été annoncés sans que le financement en soit fixé ; et le Gouvernement, il y a quinze jours, a décidé un audit pour faire le tri. Vous voulez savoir parmi ces infrastructures lesquelles peuvent être effectivement construites et celles qui doivent être abandonnées ?

- "Non, on veut savoir la vérité. Car le gouvernement précédent avait annoncé, un peu partout, des grands projets, dont la plupart d'ailleurs sont très intéressants pour l'aménagement du territoire, mais sans les hiérarchiser. On attend en même temps le TGV à Bordeaux, à Dijon, à Marseille et à Nice, mais on ne sait pas lequel sera fait. Pour l'instant, les choses sont claires : on est en train de construire le TGV Est. D'ailleurs, le gouvernement précédent nous a laissé 10 % de l'addition non financés et, ensuite, il y aura, bien sûr, d'autres aménagements de lignes TGV. Mais nous allons déterminer un ordre pour ces lignes, des priorités en fonction des données de l'aménagement du territoire, de l'Europe et de l'intermodalité. On ne peut pas faire sur la même liaison, un canal, un TGV, améliorer les aéroports. Il faut faire des choix intermodaux, bien organiser la politique des transports. C'est ce que voudrait faire cet audit. A la fin de l'année, l'ensemble des Français, l'ensemble des élus régionaux, départementaux connaîtront l'ordre de priorité du Gouvernement."

Il ne s'agit donc pas de tout abandonner ?

- "Absolument. Il s'agit de mettre les choses en ordre et de faire les choses rapidement, mais avec bon sens et avec un petit peu des priorités politiques et européennes."

Bien sûr, derrière cette question de grands équipements, il y a le souci du Gouvernement de faire des économies budgétaires. Précisément, parlons-en, que pensez-vous de la "sincérité budgétaire" - c'est le mot employé par P. Méhaignerie, le président de la Commission des finances à l'Assemblée - ? Il a dit, hier, dans Le Monde, "construire le budget sur une hypothèse de croissance de 3 %, ce serait un peu excessif". Il faut donc être sincère et le dire ?

- "P. Méhaignerie, comme toujours, dit les choses de manière franche, intelligente et utile au débat. Nous avons un objectif clair, qui est celui du président de la République annoncé durant sa campagne : premièrement baisser l'impôt sur le revenu, deuxièmement baisser les charges sociales et troisièmement baisser la fiscalité des entreprises. Dans le collectif budgétaire qui a été voté récemment, nous avons mis l'accent sur l'impôt sur le revenu ; l'année prochaine, en fonction de la conjoncture, nous jouerons sur ces trois objectifs, mais en les respectant toujours. C'est-à-dire qu'à aucun moment le Gouvernement n'abandonnera un des trois objectifs au profit des deux autres."

Pour l'impôt sur le revenu, on pourrait attendre en 2004 ou 2005?

- "L'impôt sur le revenu fait partie des priorités cette année - moins 5 % cette année. Il y aura l'année prochaine, à nouveau, une baisse de l'impôt sur le revenu, mais nous pouvons jouer, selon la conjoncture, entre le revenu, les charges sociales des entreprises et la fiscalité des entreprises. Tout dépend également du taux de croissance. Car P. Méhaignerie pose, à juste titre, le problème du taux de croissance. Doit-on réfléchir avec 3 %, qui était notre hypothèse actuelle, ou est-ce qu'il faut, en fonction de la conjoncture, baisser un peu ?"

Que répondez-vous ?

- "Je réponds que nous dirons le taux retenu au moment de l'élaboration définitive du budget, c'est-à-dire à la mi-septembre, en fonction de la conjoncture. Et au dernier moment, en fonction des choses, le Gouvernement dira quel est le taux de croissance qu'il retient pour son budget 2002."

Tout cela est l'expression technique de la difficulté budgétaire à appliquer le programme électoral de J. Chirac ?

- "Non, c'est la difficulté de la conjoncture. Les choses ne sont pas simples. L'économie allemande tourne au ralenti. L'Allemagne va encore souffrir des événements qu'elle vient de vivre et qu'elle vit actuellement sur son sol. La situation économique aux Etats-Unis n'est pas non plus extraordinaire. La France est au milieu de tout ça. Elle a des objectifs politiques qu'ont voulu les Français, qu'ils ont choisi par leur vote et elle tient compte de la conjoncture. Et nous essayons de mettre tout ça en musique le plus intelligemment et le plus raisonnablement possible."

P. Méhaignerie a raison d'avoir soulevé toutes ces questions ?

- "P. Méhaignerie a posé de bonnes questions. Il appartiendra au Gouvernement de donner de bonnes réponses. Et J.-P. Raffarin le fera rapidement."

Je reviens à votre domaine, les transports : la sécurité routière, on le sait, est un des grands chantiers annoncés par J. Chirac. Un point précis sur cet accident tragique, le week-end dernier, qui a relancé le débat sur l'autorisation de conduire une grosse cylindrée quand on a le permis de conduire depuis peu de temps...

- "Oui, c'est ce garçon qui, à Talange, avec une grosse voiture, a écrasé des jeunes, dans une cité de la ville, à l'entrée de la ville. On est tous parents et je pense que la raison est de ne pas permettre à un jeune conducteur de se trouver au volant d'un véhicule lourd et dangereux."

Il pourrait y avoir une réglementation précise ?

- "Mais en dehors du bon sens auquel je viens de faire appel, il pourrait y avoir une réglementation précise. G. de Robien prépare toute une série de mesures pour améliorer la sécurité routière. D'abord faire bien vivre celle qui existe et deuxièmement, en imposer d'autres, dans le dialogue et la concertation. Je pense que ce type de mesures fera partie des annonces ou des projets de G. de Robien."

En ce qui concerne le transport aérien, Air Lib, cette compagnie qui provient de la fusion entre Air Liberté et AOM, il y a un an, connaît apparemment de sérieuses difficultés de trésorerie. L'Etat ne veut plus lui donner de l'argent, parce qu'il en a déjà donné beaucoup du temps du précédent gouvernement. Ou alors la condition, c'est qu'Air Lib présente un plan social de restructuration ?

- "Air Lib a encore une escalier long à monter et elle n'en est encore que sur le perron. Il faut arriver à trouver des investisseurs, qui seront des investisseurs capables de permettre à la compagnie d'améliorer sa flotte et de la moderniser. L'Etat tient ses engagements, c'est-à-dire que nous avons permis à Air Lib de ne pas rembourser un prêt qui était accordé par l'Etat et qui s'achevait au mois juillet. Nous lui avons donné l'échéance au mois de novembre. Nous lui avons demandé de commencer à payer ses charges sociales, taxes d'aéroport et autres, tout en ne lui demandant pas de payer ce qu'elle doit et qui avait été stoppé par le moratoire du précédent gouvernement que nous avons maintenu. Mais cela ce sont des cautères sur une jambe de bois. Il faut qu'Air Lib, qui est une compagnie qui a de bons pilotes, de bons équipages, qui a un projet d'avenir certainement intéressant comme d'autres en France sur la desserte de l'Outre-mer, trouve pendant l'hiver, et avant la fin de l'année, des investisseurs, se restructure, s'organise, si elle veut se maintenir dans un paysage aérien qui est un paysage difficile."

Elle risque la disparition ?

- "Vous voyez qu'actuellement aux Etats-Unis, les grandes compagnies mondiales à l'échelle internationale - US Airways, Continental Airlines, United - ont des grandes difficultés. Vous imaginez bien que pour Air Lib, les choses sont difficiles. Mais le Gouvernement ne la lâche pas, à condition qu'Air Lib fasse des efforts pour se restructurer et se moderniser. Comme l'ont indiqué le président de la République et ma collègue en charge de l'Outre-mer, le Gouvernement a cette volonté d'améliorer la desserte de l'Outre-mer, de ne pas la laisser en situation de monopole. Donc, nous avons besoin d'un opérateur français particulier, spécialisé sur l'Outre-mer."

Vous êtes un proche de J.-P. Raffarin de longue date. Tel que vous l'observez en tant que Premier ministre, est-ce qu'il a changé ?

- "Quand vous m'aviez invité le lendemain de sa nomination, le 8 mai, je vous avais dit ce que je pensais de l'homme. L'observant depuis cette date, je trouve qu'il n'a pas changé. Nous avions auparavant un Premier ministre froid, nous avons un Premier ministre chaleureux et ses qualités personnelles qui sont celles d'être quelqu'un de naturel et de sincère ne se sont pas modifiées. Le regard que porte sur lui les Français est un regard intéressé, parce qu'ils ressentent quelqu'un qui parle et réagit comme eux. Je crois que c'est un atout très important pour mener le Gouvernement de notre pays."

Vous avez fait une allusion à L. Jospin : "froid" dites-vous. Vous avez entendu parler que M.-N. Lienemann avait écrit un livre ?

- "Oui, elle, c'est glacial ! Il y a un très joli mot de F. Hollande - je ne le cite pas toujours - qui dit que ce n'est pas digne, que c'est inélégant. Donc, moi, je trouve que ce que disent les dirigeants du Parti socialiste de M.-N. Lienemann est parfait. Quand en plus cette dirigeante socialiste donne des leçons de morale, alors qu'elle est partie se parachuter sur les terres embrumées de M. Mellick, à Béthune, en ayant délaissé ses électeurs de l'Essonne, tout cela n'est pas très digne et elle aurait mieux fait de retenir sa plume."

Vous ne venez pas en défense de L. Jospin ?

- "Non, mais je pense que dans la vie politique, on n'est pas obligé d'accabler ses amis. Et quand on a été au Gouvernement, cracher dans la soupe, cela ne me paraît pas de la bonne politique et, pour reprendre l'expression de J.-P. Raffarin, de la bonne gouvernance."


(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 23 août 2002)

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