Lettre de M. Serge Lepeltier, président délégué du RPR et membre du bureau politique de l'UMP, publiée dans "Le Figaro" le 27 août 2002 sous le titre "Lettre à un ami gaulliste", sur l'avenir de l'UMP autour des valeurs du gaullisme. | vie-publique.fr | Discours publics

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Lettre de M. Serge Lepeltier, président délégué du RPR et membre du bureau politique de l'UMP, publiée dans "Le Figaro" le 27 août 2002 sous le titre "Lettre à un ami gaulliste", sur l'avenir de l'UMP autour des valeurs du gaullisme.

Personnalité, fonction : LEPELTIER Serge.

FRANCE. UMP, membre du comité politique;FRANCE. RPR, président délégué

ti : Cher compagnon, notre mouvement s'apprête à vivre des jours essentiels. Si je tiens à vous écrire, c'est parce que, à la place qui est la mienne, je sens souvent que votre enthousiasme pour la nouvelle aventure qui s'ouvre à nous est teinté d'inquiétude.
Qu'allons-nous devenir en effet ? Ne risquons-nous pas de perdre notre identité sur l'autel de l'union ? Le gaullisme finira-t-il avec le RPR ? Voici les questions que je lis dans beaucoup de vos lettres et que j'entends dans bien des conversations.

Ces questions, je me les suis également posées. Et c'est parce que ma conviction est faite que je veux vous la faire partager. Nous venons de remporter une série d'éclatantes victoires. L'un des nôtres, celui pour lequel nous nous sommes battus depuis plus de vingt-cinq ans, est à l'Elysée. Il y entame son second mandat avec une majorité confortable à l'Assemblée nationale qui lui permet de mener la politique pour laquelle il a été élu.

Et pourtant, plutôt que de prospérer, assis sur nos lauriers, nous avons pris la décision de nous ouvrir à d'autres au sein d'un grand mouvement dont le nom provisoire est Union pour la majorité présidentielle (UMP). Gaullistes encore une fois déconcertants, qui ne vivent que dans le mouvement, le changement et la marche en avant !

Mais, voyez-vous, depuis la création de notre mouvement à laquelle j'ai participé en tant que militant, j'ai acquis une certitude et je suis certain que vous la partagez : le gaullisme, ce n'est pas un pécule ou un magot que l'on compte et recompte dans l'ombre de l'autosatisfaction. Le gaullisme ce n'est pas un petit territoire qu'il conviendrait de protéger par l'exclusion. Ce n'est pas un de ces clubs chics où il faut montrer patte blanche.

Notre longue histoire commune, notre culture et nos valeurs nous ont toujours poussés à rassembler, à nous ouvrir à tous ceux qui, comme vous et moi, ont un lien singulier avec leur pays. Le RPR a toujours suivi cette logique. C'est pourquoi nous sommes un mouvement et non un parti politique.

Comme le général de Gaulle, nous avons toujours refusé la logique des partis qui conduit au repli et à la défaite.

C'est pourquoi, aujourd'hui, notre défi, ce n'est pas un combat pour défendre une structure, ce n'est pas de nous arc-bouter sur un pré carré constitué tout au long de ces années. Notre défi, c'est dans la sensibilité gaulliste qui est la nôtre, de combattre pour des idées en les confrontant au monde qui est le nôtre, en les actualisant, en les modernisant.

Le gaullisme, pour moi, c'est la somme d'une idée, d'une espérance et d'un combat.

C'est l'idée que l'homme vaut tous les sacrifices, qu'il est le centre de tout projet politique. J'ai l'habitude de dire que dans tout regard, il y a de la lumière. Cherchons-la et trouvons-la. L'humanisme est notre lien.

Notre espérance est celle d'un pays auquel et en lequel nous croyons. Nous n'avons pas le monopole de cet amour de la France mais nous nous en faisons une certaine idée. Nous ne voulons pas qu'elle dirige le monde. Mais nous savons qu'elle peut être un exemple, une lumière qui guide. La France est une chance par sa capacité universelle de dire des choses au monde. Pour cela, travaillons à ce qu'elle soit grande et juste.

Notre combat consiste dans le rassemblement de femmes et d'hommes libres réunis par le seul lien de leurs idées et l'unique espoir de les faire triompher. A la base de l'esprit de résistance, il y a l'idée que le cours des choses n'est jamais irréversible. L'action de l'homme, la politique au sens noble, a un sens. C'est la capacité de dire non dans des circonstances historiques.

Jacques Chirac nous a conduits à la victoire. Chaque adhérent du RPR a contribué à ce succès. Il s'agit aujourd'hui de lui donner les moyens d'atteindre les objectifs qu'il s'est assignés.

Nous avons su rallier autour du président celles et ceux de nos amis de Démocratie libérale, de l'UDF, du CNI, des radicaux, du PPDF... qui souhaitaient légitimement ne pas perdre leur identité mais qui se reconnaissaient dans les valeurs et l'action de celui qui préside aujourd'hui aux destinées de la France.

Avec eux, nous partageons de nombreuses convictions. Il existe certes des différences entre nous. Mais l'union que nous construisons ensemble se nourrit de nos ressemblances ainsi que de nos différences. Nous ne souhaitons pas constituer autour de nous une alliance de " clones " de gaullistes mais plutôt construire une famille unie de toutes les sensibilités qui s'expriment dans leur soutien au président de la République, à ses idées, ses engagements, ses projets.

Le mot union paraît souvent bien galvaudé, tant d'erreurs ayant été commises en son nom et tant de projets ayant avorté sous son magistère. Mais nous voilà face à une chance historique : nous réunir, non pas pour une élection ni pour le temps d'un scrutin, mais pour l'avenir.

Nous ne pouvons pas nous dérober. C'est la France des vingt, trente prochaines années qui est en jeu. Nous pouvons aujourd'hui construire la grande force politique de droite et du centre qui fait défaut à notre pays. Nous devons, comme nos voisins européens, fédérer nos idées, nos forces militantes, nos volontés et nos espoirs.

Il ne s'agit en aucun cas de nous fondre dans je ne sais quelle structure au ventre mou dont les fondations reposeraient sur notre plus petit dénominateur commun.

Notre avenir, c'est un grand mouvement, uni, libre et démocratique. Par un fonctionnement ouvert qu'il est de notre responsabilité de mettre en place, il se régénérera dans le temps et répondra aux intérêts de nos concitoyens.

Nous lui apporterons la force de notre expérience, la puissance de notre organisation, la fermeté de nos convictions, la pertinence de nos valeurs, la modernité de notre culture.

Faire l'UMP, ce n'est pas se perdre c'est au contraire mieux encore se retrouver. Le gaullisme y trouvera un nouveau souffle. A nous d'y contribuer.

(Source http://www.rpr.asso.fr, le 28 août 2002)

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