Interview de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, à France 2 le 29 août 2002, sur les propositions du gouvernement Raffarin concernant le smic et l'aménagement des 35 heures, sur le débat interne au PS, le rôle de Lionel Jospin et le retrait annoncé de Dominique Voynet de la direction des Verts. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, à France 2 le 29 août 2002, sur les propositions du gouvernement Raffarin concernant le smic et l'aménagement des 35 heures, sur le débat interne au PS, le rôle de Lionel Jospin et le retrait annoncé de Dominique Voynet de la direction des Verts.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François, SICARD Roland.

FRANCE. PS, premier secrétaire

ti : R. Sicard.- Les socialistes se retrouvent à partir de demain à La Rochelle pour une grande explication après la défaite du printemps, mais vous, vous n'avez pas attendu la rentrée pour tirer à boulets rouges sur le Gouvernement. Le Gouvernement qui a annoncé, hier, par la voie de son porte-parole, J.-F. Copé, que l'examen du budget serait reporté d'une semaine. Comment interprétez-vous ce report ?

- "Le Gouvernement a beaucoup communiqué depuis maintenant près de quatre mois et le temps de la communication est aujourd'hui terminé, car il faut prendre des décisions. Et le Gouvernement donne l'impression - et ce n'est pas seulement une impression - d'être sous la pression. Pression du Medef - on l'entendait -, pression des promesses qu'il a faites et pression surtout des faits c'est-à-dire d'une croissance qui ralentit, d'une activité qui est molle et d'une Bourse qui ne va pas bien. A partir de là, ce Gouvernement peine à prendre des décisions. Et les décisions qu'il prépare sont en plus - et c'est là le point le plus délicat à mon avis - dangereuses pour les Français. Je pense notamment à la remise en cause des 35 heures, à ce changement du mode d'indexation du Smic. Cela mérite de la part des organisations syndicales de la vigilance - là aussi, le dialogue qui est engagé sera surtout difficile pour le Gouvernement - et de la part de l'opposition avec le souvenir de ce que nous avons fait de bien et de moins bien, la vigilance qui est indispensable."

Vous disiez justement que le Gouvernement consulte les syndicats, notamment sur la question des 35 heures. Il semble que le Gouvernement soit prêt à autoriser un plus large recours aux heures supplémentaires. Finalement, est-ce que cela n'était pas inévitable ?

- "Ce qui me frappe, c'est que le Gouvernement avait dit, dès sa formation, qu'il fallait négocier, discuter avec les organisations syndicales, notamment sur les 35 heures."

C'est ce qu'il fait...

- "Sauf qu'il leur présente un projet qui devrait normalement être soumis au Conseil des ministres à la fin du mois de septembre et qui n'est rien d'autre que ce que demande le Medef : le passage par la loi ou les décrets pour décider d'en haut ce que les entreprises et les partenaires devraient faire en bas. Il me semble qu'il y a là non seulement un changement de méthode, mais une volonté non pas simplement d'assouplir les 35 heures - comme il l'a été dit - mais tout simplement de les remettre en cause."


Vous parlez du Medef et du patronat. Malgré tout, il n'est pas satisfait et il dit que cet aménagement des 35 heures n'est pas du tout satisfaisant, parce que ce que fait le Gouvernement pour le Smic va complètement être compensé et qu'il n'y aura pas de gains de productivité.

- "Le Medef considère qu'il a gagné les élections et donc, il veut aujourd'hui sa part, ses "dividendes" - si je peux utiliser cette expression. Il voudrait à la fois un changement des règles du Smic, il voudrait la fin des 35 heures, il voudrait l'allégement des charges, la baisse de l'impôt sur les sociétés. Ce qui est beaucoup. Mais pour le Gouvernement sans doute quand même trop, parce que le Gouvernement est sous une autre pression : il a fait des promesses. Faut-il baisser les charges ou les impôts ? Cela a été tout le dilemme. Et c'est encore tout le dilemme de J.-P. Raffarin, surtout qu'il a promis aussi des augmentations de dépenses et des réductions de déficit. Quand on est devant un cercle qu'on a beaucoup caressé - selon la bonne expression de Ionesco -, il devient vicieux. C'est ce qui se passe aujourd'hui. Il est très difficile pour le Gouvernement d'en faire la quadrature."

Vous avez l'impression que le Gouvernement ne tiendra pas ses promesses, c'est ça ? Ce n'est pas un peu tôt pour faire ce procès d'intention ?

- "C'est d'autant plus tôt que le Gouvernement n'a pas pris ces décisions. Je crois qu'il faut le laisser faire. Il tarde à les prendre. Mais il est devant la même difficulté qu'en 1995 : quand on a beaucoup promis, trop promis à tous et notamment aux plus favorisés, et que cela coûte cher, il y a un moment où on ne peut plus. Et ce moment-là est peut-être bientôt arrivé."

Revenons-en au Parti socialiste : on a l'impression que cela va être le grand déballage à La Rochelle. Un mot sur M.-N. Lienemann qui a écrit un livre qui tire à boulets rouges sur l'action de L. Jospin : qu'allez-vous dire à M.-N. Lienemann ?

- "Le débat est libre et, entre socialistes, on peut tout se dire - c'est ce qui fait la spécificité de cette formation politique. Mais il y a une règle qui est la courtoisie et l'élégance, la dignité à l'égard des personnes, surtout lorsqu'on a participé soi-même à une action gouvernementale avec L. Jospin. Mais je crois que les réactions à ce livre ont été unanimes et donc, de ce point de vue, je dois dire que l'incident est presque clos, tant le livre a suscité immédiatement une forme d'unanimité autour de ce qu'a été la personne et l'action de L. Jospin. Donc au moins, ce livre-là aura servi à cela."

C'est à un peu près le seul point sur lequel les socialistes sont unanimes, parce qu'on a l'impression qu'il y a un vrai débat qui s'engage - on en revient au vieux démon des courants au PS -, avec d'une part ceux qui veulent un PS plus moderne, ceux qui d'autre part veulent un PS plus à gauche. Est-ce que tout cela ne risque pas d'éclater ?

- "Le débat est nécessaire : quand il y a une défaite qui se passe dans les conditions que l'on sait, il faut aller jusqu'au bout de l'analyse de la compréhension et en tirer les leçons. C'est cela qui compte pour l'avenir parce qu'on est une formation politique qui n'est pas dans l'introspection, mais qui est dans la prospective. On est là pour jouer notre rôle d'opposition et de proposition. C'est vrai que si on reprenait les vieux mots, les vieilles rengaines, les vieilles méthodes, je ne suis pas sûr qu'on aurait tiré précisément les leçons. Je souhaite un débat ouvert et large, mais je souhaite qu'il puisse se conclure par une ligne politique qui ne soit pas une caricature des positions des uns et des autres, mais qui soit la ligne que souhaitent les militants du PS. C'est à eux de prendre la parole. Ils vont la prendre. C'est à moi, ensuite, avec ceux qui le voudront, d'en conclure les termes. Mais c'est pour que le PS soit doté d'une ligne et change un certain nombre de pratiques. Il y a eu avec le 21 avril plus qu'un avertissement, une sirène d'alarme qui a retenti. Il faut que les formations politiques changent leur mode de relations avec les citoyens. C'est ce que nous allons faire."

Vous-mêmes, votre autorité était contestée : est-ce que vous allez rester à votre poste ?

- "Ne confondez pas les partis politiques. Mais j'ai veillé à maintenir l'unité du Parti socialiste. C'était l'essentiel après ce qui c'était passé..."

Vous voulez rester à votre poste ?

- "Je ne veux pas rester pour rester, mais je veux faire en sorte que le Parti socialiste ait à son prochain congrès une direction, une ligne et une capacité à convaincre."

Vous parliez aussi de L. Jospin. Est-ce que, selon vous, il doit revenir et participer à ce grand débat du Parti socialiste ?

- "Il ne faut pas faire dire à L. Jospin ce qu'il ne veut pas dire ni lui faire faire ce qu'il ne veut pas faire."

Pour l'instant, il n'a rien dit !

- "Si. Il a dit au soir d'une défaite : "Je ne suis plus dans la vie politique". Cela ne veut pas dire qu'il n'est plus dans le débat. A un moment ou à un autre, il reviendra. Mais je crois qu'il a pris une décision qui a été coûteuse humainement pour nous politiquement peut-être, mais qui en tout cas est la sienne et que je respecte. Il faut savoir ce que sont les leçons de l'action de L. Jospin, ce qui a été sa méthode politique, mais aussi vivre au moins pour un temps et un temps qui sera celui qu'il décidera - parce que c'est à lui de le faire - sans L. Jospin. Je crois qu'il a pris la décision de ne plus être dans la vie politique."

Il y a un autre grand départ, c'est celui de D. Voynet. On a l'impression que la plupart des grandes figures de la gauche s'en vont. Comment cela se fait ?

- "Il n'est pas anormal - ce serait même d'ailleurs la logique -, qu'après une défaite électorale, il y ait un certain nombre de conséquences. L. Jospin est sans doute le premier - il y a longtemps que cela ne s'était pas produit, puisque c'était le premier ! - qui a dit : après une défaite, il faut en tirer la leçon et il faut partir. Peut-être que D. Voynet, qui a connu aussi une défaite aux élections législatives, au bout d'un certain moment politique dans son propre mouvement, prend ou va prendre - et là aussi je pense que c'est une attitude respectable - une position de retrait. Cela ne veut pas dire une position de départ, mais au moins de retrait."


(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 30 août 2002)

Rechercher