Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "Le Journal du dimanche" le 1er septembre 2002, sur la situation de l'UDF et ses valeurs dans la majorité et sur les incertitudes de l'Europe face aux Etats-Unis. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "Le Journal du dimanche" le 1er septembre 2002, sur la situation de l'UDF et ses valeurs dans la majorité et sur les incertitudes de l'Europe face aux Etats-Unis.

Personnalité, fonction : BAYROU François, MONTFERRAND Raphaël.

FRANCE. UDF, président

Circonstances : 27ème université d'été de l'UDF aux Karellis (Savoie) du 30 août au 1er septembre 2002

ti : Que pensez-vous des querelles à gauche après la défaite de Jospin ?
Toute défaite entraîne son lot de contestations et de méchancetés. Mais le problème de la gauche est plus profond. C'est un problème idéologique. Il y a un combat, qui ne s'achèvera pas de sitôt, entre ceux qui veulent le socialisme, c'est-à-dire l'étatisme, et ceux qui ont compris que le socialisme était un échec et plaident pour un social-libéralisme. Or l'un est incompatible avec l'autre. Jospin s'est cassé la figure sur ce sujet. Et la gauche ne résoudra pas aisément cette question.

Quelles questions l'UDF entend-elle appuyer dans le programme du gouvernement ?
L'UDF a sa propre vision. Pour nous, la crise de la démocratie française n'a pas disparu après le 21 avril. L'inquiétude des Français est grande et ils ne trouvent pas dans les politiques les relais et l'efficacité nécessaire pour changer leur pays et le monde. Cette crise n'a pas disparu simplement avec le remplacement d'un gouvernement de gauche par des gouvernants de droite. Pour nous, c'est toute la démocratie qu'il faut repenser en profondeur, en posant franchement la question européenne, la question nationale et la question locale.

Sur l'Europe par exemple, comment comptez-vous marquer la singularité de l'UDF ?
Il n'y a, en fait, qu'une seule question : accepte-t-on sans rien faire la toute-puissance américaine ? L'Europe doit enfin s'occuper de ses véritables sujets : la politique étrangère et la défense. Une guerre américaine se prépare en Irak. C'est un immense sujet. Jacques Chirac a dit des choses très justes. Mais chacun parle pour son compte ! Schröder, Blair, Chirac, s'expriment pour eux-mêmes, aucune position européenne forte n'est même discutée. Tant que nous seront des Curiaces, éclatés et dispersés, face à l'Horace américain, il n'y aura dans le monde qu'une seule puissance. Et pas deux. Et il ne faudra pas se plaindre des conséquences, qui seront lourdes.

Seriez-vous devenu eurosceptique ?
C'est le contraire. Mais je vois le retard que l'Europe est en train de prendre. Je mesure le fossé qui se creuse entre l'Amérique et nous, en matière de défense, en matière de recherche, en matière de puissance tout simplement. Cela ne devrait pas nous laisser une minute de répit. Nous devrions tous être en train de discuter avec les autres Européens de la construction urgente et nécessaire d'une Europe capable de se faire entendre, d'agir, et de faire participer ses citoyens à ses décisions. L'élargissement est mal parti. Dix pays supplémentaires vont être pris, si nous n'avons pas la clairvoyance et la volonté nécessaires, dans ce cycle de dispersion et d'affaiblissement.

Qu'est-ce qui vous inquiète encore ?
C'est la représentation des citoyens. 65% des Français n'ont pas voté pour les candidats des deux principaux partis à l'élection présidentielle. Or, au lieu de les prendre en compte, on s'évertue à nier leur existence. Certains affirment qu'on va verrouiller les élections de l'avenir et que les Français n'auront plus le choix qu'entre l'UMP et le PS. Ce n'est pas comme cela que l'on rendra sa vérité à notre démocratie. Et d'ailleurs, cela ne marchera pas ! Faut-il une démocratie verrouillée, ou une démocratie qui représente mieux la diversité ? Je suis persuadé que les Français veulent une représentation plus équitable. Enfin, notre démocratie locale est un labyrinthe. Est-on décidé à simplifier, à clarifier ou pas ?

Mais vingt-neuf députés UDF, est-ce suffisant pour se faire entendre ?
Oui, bien sûr. L'essentiel est d'avoir un groupe pour avoir la parole sur tous les débats. Après, ce qui compte, c'est la force de ce que vous dites.

Comment jugez-vous les débuts de Jean-Pierre Raffarin ?
Le Premier ministre bénéficie d'un préjugé favorable des Français. Je partage ce préjugé favorable. Les Français attendent beaucoup de cette alternance. Un échec de plus serait très grave pour la France. C'est pourquoi je ferai tout, à la mesure de mes moyens, pour aider à la réussite du gouvernement. Mais, dans la majorité, chacun son rôle. L'UMP, parti gouvernemental, sera naturellement l'avocat du gouvernement auprès des Français. L'UDF, qui est plus libre, devra être l'avocat des Français et de leurs attentes auprès du gouvernement.

Un courant UDF au sein de l'UMP, cela vous réjouit ?
Cela me fait sourire. Si c'était pour refaire un courant UDF, pourquoi quitter l'UDF ? Mais chacun ses choix. Pour moi, je crois que l'on pèse plus lorsqu'on est cohérents, soudés, assurés de ses convictions et libres de sa parole. C'est ainsi depuis que le monde est monde. Je crois que l'on pèse plus, et plus justement, lorsqu'on est un partenaire plutôt qu'un fragment. Les Français ont besoin que, dans la majorité, tout le monde ne soit pas enrégimenté. C'est une réserve d'espoir pour eux.

Comment remobiliserez-vous vos militants de l'UDF, aujourd'hui ?
Je leur dirai que nous avons une responsabilité éminente, que beaucoup de Français comptent sur nous. Je leur dirai aussi qu'un chemin extraordinaire s'ouvre devant nous et que la vertu principale en politique c'est le courage.


Propos recueillis par Raphaël de Montferrand


(Source http://www.udf.org, le 4 septembre 2002)

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