Interview de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, à RTL le 16 septembre 2002, sur le décès de cinq pompiers dans un incendie, la proposition des Etats-Unis d'une intervention militaire en Irak et le voyage à titre personnel de trois députés dans ce pays et sur la gestion et le déficit de France-Télécom. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, à RTL le 16 septembre 2002, sur le décès de cinq pompiers dans un incendie, la proposition des Etats-Unis d'une intervention militaire en Irak et le voyage à titre personnel de trois députés dans ce pays et sur la gestion et le déficit de France-Télécom.

Personnalité, fonction : DEBRE Jean-Louis, ARZT Richard.

FRANCE. Assemblée nationale, président;FRANCE. UMP, membre du comité politique

ti : R. Arzt - Un incendie qui aurait dû être banal s'est terminé par la mort de cinq pompiers, ce week-end, à Neuilly. Une très grande émotion, un sentiment d'injustice s'exprime dans la presse ce matin.

- "Oui, c'est légitime. Nous devons tous rendre hommage au courage de ces sapeurs-pompiers. Vous savez, tous les maires de France - et je suis maire d'Evreux - savent très bien le courage, le professionnalisme, les risques que prennent les pompiers. Et ce qui s'est passé à Neuilly, samedi, nous a tous touchés. Sur toutes les mairies de France, il y a ce mot de "fraternité". Eh bien, les pompiers sont les architectes de cette fraternité."

Dans un tout autre terrain, des militaires, en tout cas aux Etats-Unis, sont, semble-t-il, en train de se préparer. Les autorités françaises commencent-elles à être convaincues du bien fondé d'une intervention militaire en Irak ?

- "Il faut le demande au gouvernement français. Je crois que la position de la France est claire et raisonnable. Elle s'articule autour de quatre idées. Première idée, nous sommes déterminés à combattre le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. Deuxième élément, il faut donner à ce combat contre le terrorisme international, et pour la destruction de ces armes massives, un cadre législatif, un cadre légitime. Et ce cadre, cette légitimité internationale, sont donnés par les Nations unies. Troisièmement, vis-à-vis de l'Irak, il faut poursuivre un objectif qui est simple, clair : vérifier que ce pays ne possède pas ces armes de destruction massive et qu'on nous en apporte la preuve. Quatrième élément : si l'Irak fait obstruction ou si les informations que l'on pourrait avoir sont probantes, alors, voir avec le Conseil de sécurité, s'il faut passer à une nouvelle phase..."

C'est la position française...

- "C'est la position française, raisonnable, et qui correspond aux intérêts de la France."

Question posée maintenant au président de l'Assemblée : trois députés, membres de l'UMP, effectuent un voyage en ce moment en Irak. Le ministère des Affaires étrangères a désapprouvé. Que dites-vous de ce voyage ?

- "D'abord, je n'ai pas été informé..."

Ils ne vous ont pas prévenu ?

- "Ils ne m'ont pas prévenu, ils ne sont pas là-bas en tant que représentants de l'Assemblée nationale, et comme l'a fort bien dit le Quai d'Orsay, il s'agit d'une initiative personnelle. Je ne la trouve pas particulièrement opportune. J'espère au moins qu'ils ne sont pas manipulés. Mais quand je vois de tels voyages, je me pose un certain nombre de questions."

C'est-à-dire ?

- "Je vais vous dire. C'est mon vieux réflexe de juge d'instruction, pour bien voir s'ils ne sont pas manipulés. Naturellement, je n'ai pas de réponse à cette question. Comment ce voyage a-t-il été préparé ? Par qui a-t-il été préparé ? Comment a-t-il été financé ? Et est-ce que ce qui est montré à ces parlementaires - par qui d'ailleurs, ont-ils été choisis ? - est l'expression de la réalité sur le terrain ?"

Si les réponses ne sont pas celles que vous attendez, il pourrait y avoir des sanctions à leur retour ?

- "Il ne peut pas y avoir de sanctions, puisque c'est un voyage à titre personnel. Chacun a le droit d'aller où il veut. Mais j'attends des réponses à ces questions. Sur le fond, ce qu'ils disent ne me choque pas..."

Ils ne sont pas si loin de la position française...

- "Ce qu'ils disent ne me choque pas. Simplement, je trouve que dans cette affaire, il faut faire preuve de responsabilité et chercher à ne jamais être l'otage de qui que ce soit."

Je reviens en France. France Télécom : les pertes de l'entreprise qui ont été dévoilées la semaine dernière sont considérables. Une aide de l'Etat budgétairement est-elle envisageable et sous quelle forme ? Il faudra que le contribuable paye autrement dit ?

- "Je crois qu'avant de répondre à cette question, nous avons un certain nombre d'interrogations à avoir. Premièrement, y a-t-il eu ou non défaillance du conseil d'administration ?"

Et donc, de l'Etat-actionnaire ?

- "Si oui, lesquelles et pourquoi ? Deuxième interrogation : la tutelle de l'Etat a-t-elle fonctionné ? Les choix stratégiques de France Télécom ont-ils été imposés à France Télécom par l'Etat-actionnaire et si tel a été le cas, est-ce que la direction générale a bien respecté ces choix ? De ces réponses à ces questions..."

Mais ces questions, faut-il les poser, comme le demande un député, P. Ollier, à L. Jospin et à L. Fabius ?

- "Il faut les poser à tout le monde. Il faut rechercher. Je ne voudrais pas politiser cette affaire, parce qu'à travers cette affaire, c'est toute une réglementation que nous devons avoir concernant le fonctionnement des conseils d'administration des grandes entreprises. Donc, avant de poser - là aussi, c'est mon vieux réflexe de magistrat - à la vindicte publique, telle ou telle personne, qu'elle soit de droite ou de gauche, ce n'est pas mon problème, cherchons à savoir pourquoi cela n'a pas fonctionné, bien fonctionné ? Et est-ce que l'Etat-actionnaire a eu un rôle ? Si oui, quel rôle et à la limite étendue de ce rôle ?"

L'UMP, l'Union pour la majorité présidentielle...

- "On change vraiment de sujet ! C'est bien, c'est bon pour l'esprit !"

Du point de vue de l'esprit, on apprend que cela pourrait s'appeler finalement - puisqu'en novembre il va y avoir un congrès fondateur - "La Maison bleue". Est-ce une appellation pour l'UMP qui vous plaît ?

- "J'ai entendu cela à la radio. D'abord, ce sont les militants qui décideront de leur nom. Je n'aime pas beaucoup ce nom, parce que les couleurs, ça passe. Je préfère que l'on retrouve des termes qui sont à l'origine de l'UMP : "l'Union", "le rassemblement", "le regroupement"..."

Vous avez une proposition ?

- "Non, je n'en ai pas, mais je trouverais que ce serait bien si on pouvait s'appeler "le Rassemblement"."

(source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 16 septembre 2002)

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