Interview de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, dans "Le Figaro" du 22 août 2002, sur les projets de réforme des modes de scrutin. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, dans "Le Figaro" du 22 août 2002, sur les projets de réforme des modes de scrutin.

Personnalité, fonction : VILLIERS Philippe de.

FRANCE. Mouvement pour la France, président

ti : Le Figaro : Que pensez-vous des projets de réforme des modes de scrutin du gouvernement Raffarin ?

Philippe de Villiers : Il serait dommageable que le premier ministre place la rentrée sous le signe d'une telle réforme. Les Français attendent qu'on règle leurs problèmes, pas ceux de l'UMP ! Or, on voit bien que le projet de régionalisation du scrutin des élections européennes aurait pour conséquence d'éliminer les courants d'opinion qui gênent le duopole UMP-PS. Sans doute est-ce d'ailleurs l'intention cachée de cette opération qui n'est pour l'instant qu'une rumeur de couloirs ministériels.

Le Figaro : En quoi cette éventuelle réforme du scrutin des européennes serait-elle néfaste ?

Philippe de Villiers : Aujourd'hui, les députés français au Parlement européen représentent la France. Si demain ils devaient représenter la Basse-Normandie ou Rhône-Alpes, le sens même de leur mandat serait transformé. Cela conduirait à l'établissement d'une Europe des régions et à la marginalisation de l'Etat. Ce serait le triomphe du désir de Bruxelles de n'avoir affaire qu'à des régions à statut constitutionnel.

J'ajoute que ce découpage régional fausserait l'image fidèlement exhaustive de l'opinion française telle que la fournit le scrutin proportionnel à l'échelle nationale. Enfin, les députés européens régionalisés seraient plus que jamais des hommes d'appareils puisque les listes hétérodoxes seraient délibérément éliminées. De plus, la campagne européenne avec scrutin national est le seul espace d'expression, le seul moment de la vie politique où l'on parle de l'Europe. Régionaliser le scrutin, c'est dénationaliser et dépolitiser les enjeux.

Le Figaro : Elus dans le cadre des régions, les députés européens ne seraient-ils pas au contraire plus proches des électeurs et donc plus enclins à rendre des comptes sur le travail du Parlement de Strasbourg ?

Philippe de Villiers : S'il s'agit de mieux contrôler Bruxelles, la manipulation du mode de scrutin n'est pas la solution. La seule manière pour nos députés de contrôler efficacement l'action de la Commission, c'est de s'exprimer au nom d'un Etat fort qui ne se laisse pas dicter sa conduite par les eurocrates. Elus de leur région, les députés européens ne seraient plus que des conseillers régionaux aux yeux de Bruxelles. Leur mission ne serait plus de faire entendre la voix de leur pays mais de distribuer les fonds structurels. La boucle serait ainsi bouclée.

Le Figaro : Ne faites-vous pas un procès d'intention au gouvernement ?

Philippe de Villiers : Je ne fais aucun procès d'intention, je me place sur le terrain des principes. Je souhaite la réussite de Jean-Pierre Raffarin. Mais si les lois annoncées sur la décentralisation tendaient elles aussi à remplacer la nation par les régions, revêtues du pouvoir législatif, en vertu du syndrome corse, ce serait, pour tous ceux qui sont attachés à la souveraineté nationale, une cause de rupture. J'attends du premier ministre qu'il lance l'effort de redressement national que le pays attend pour contrôler l'immigration, abolir les 35 heures, lancer une grande politique familiale et mettre au pas la technocratie européenne.

Le Figaro : Etes-vous aussi critique avec le projet de réforme du scrutin des élections régionales et des élections législatives ?

Philippe de Villiers : Le projet Sarkozy ne fait que reprendre le projet Jospin en le corrigeant et en le compliquant, comme peut le faire un parti dominant qui se croit tout permis. Nous assistons à une tentative inacceptable de l'UMP pour verrouiller la vie politique, pour empêcher l'émergence de tout autre force politique. Quant aux élections législatives, ces brillants cerveaux ont-ils envisagé l'hypothèse où l'UMP, devenant impopulaire, se trouverait distancée à la fois par le PS et par le Front national ?

Le Figaro : Qu'attendez-vous maintenant de Jean-Pierre Raffarin ?

Philippe de Villiers : Je lui conseillerai de remiser prudemment cette note de Nicolas Sarkozy sur une étagère du ministère de l'Intérieur. Qu'il se souvienne toujours qu'un mode de scrutin n'est jamais reçu comme il a été conçu. Je compte sur la finesse d'esprit politique du premier ministre. Quoi qu'il arrive, que ceux qui veulent empêcher les souverainistes de s'exprimer aux élections européennes sachent qu'ils les retrouveront lors du référendum qui aura obligatoirement lieu sur le traité constituant que nous annonce la Convention présidée par Valéry Giscard d'Estaing.


(source http://www.mpf-villiers.org, le 13 septembre 2002)

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