Déclaration de M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, sur le pluralisme de la presse écrite, la situation économique du secteur et les perspectives en faveur de la presse, La Courneuve le 16 septembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, sur le pluralisme de la presse écrite, la situation économique du secteur et les perspectives en faveur de la presse, La Courneuve le 16 septembre 2002.

Personnalité, fonction : AILLAGON Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Diner organisé par "L'Humanité" à La Courneuve le 16 septembre 2002

ti : Messieurs les Présidents,
Messieurs les Directeurs,
Mesdames,
Messieurs,
Chers Amis

Je suis particulièrement heureux d'être parmi vous ce soir à l'invitation de l'Humanité pour ce dîner, désormais traditionnel, où se rencontrent tous ceux qui font la presse dans notre pays : éditeurs, directeurs de rédaction, journalistes, distributeurs, représentants de la profession... Ce dîner est le signe de la diversité de vos professions, mais également celui du pluralisme d'opinions qui règne dans notre pays. Signe aussi de ce pluralisme, le fait que je prononce mon premier discours consacré à la presse sur le lieu de la fête de l'Humanité. Je remercie Patrick Le Hyaric de m'en offrir la possibilité.

Monsieur le Directeur, je tiens tout d'abord à vous féliciter pour les efforts accomplis et les résultats obtenus après la crise grave qu'a traversée votre quotidien. Vous êtes parvenu à mobiliser avec ampleur vos lecteurs -magnifique preuve de leur attachement à leur journal- et à rétablir ainsi les capitaux propres de l'entreprise. Le Gouvernement ne pouvait pas rester indifférent à l'avenir d'un titre aussi prestigieux, fondé par Jean Jaurès, qui fait partie de notre histoire commune.

J'ai, pour cette raison, veillé à ce que l'Humanité reçoive cette année, comme en 2001, le même concours au titre du fonds d'aide aux quotidiens à faibles ressources publicitaires et cela en dépit de l'élargissement du périmètre de ses bénéficiaires. Cet effort marque l'importance que j'attache au pluralisme de la presse, l'un des fondements de notre vie démocratique.

Malgré l'apparition de nouvelles télévisions, du développement des radios et celui de l'Internet, je suis en effet convaincu du rôle essentiel que joue l'écrit pour l'information de nos concitoyens. La presse peut offrir une information de réelle proximité, mais aussi une vision plus large de l'Europe et du monde, un recul, des analyses et des points de vue. Il nous appartient de tout faire pour en soutenir le développement et la diversité.

Permettez moi aussi de vous confier quelques réflexions sur la situation économique de la presse.

Dans l'ensemble, l'an dernier, dans notre pays, la diffusion de la presse a connu une relative stabilité, malgré un contexte difficile. Mais cette situation globale doit être appréciée selon les familles de presse et les titres. La diffusion de la presse magazine a connu un tassement, mais celle de la presse hebdomadaire régionale a augmenté. Comme dans de nombreux pays au monde, la diffusion des quotidiens s'effrite malheureusement, même si là aussi la situation globale doit être nuancée, car celle de certains titres, qui ont réalisé d'importants et de courageux investissements, mais aussi engagé de fortes initiatives rédactionnelles, parvient à progresser. L'avenir de la presse quotidienne est à mes yeux un enjeu majeur. Il faut donner et redonner à nos concitoyens le goût de prendre en main un quotidien, en donner notamment le désir aux adolescents, aux scolaires et aux étudiants. Je vais m'attacher, en concertation avec vous, à prendre des initiatives en ce sens et suis, dès à présent, à l'écoute de vos propositions. Je suis à cet égard sensible aux remarques que vous formulez sur la question des " gratuits " qui sont désormais installés massivement dans le paysage médiatique.

J'observe, par ailleurs, que le développement de suppléments en presse régionale où la politique de développement du portage - que le Gouvernement continuera de soutenir - fournissent des réponses adaptées pour capter durablement des lecteurs occasionnels ou servir efficacement les abonnés. Mais, plus généralement, c'est dans la modernisation de la presse, celle de son impression et celle de sa diffusion, qu'est l'une des clés de l'avenir. C'est pourquoi, le Gouvernement est très attaché aux mécanismes du fonds de modernisation. L'an dernier, le Comité d'orientation du fonds de modernisation a examiné 91 dossiers. 86 d'entre eux ont débouché sur une décision favorable, mobilisant 15,72 millions d'¿ d'aides réparties en 13,78 millions d'¿ de subventions et 1,94 million d'¿ d'avances.

Dans ce contexte, je me dois d'évoquer les rapprochements intervenus récemment entre certaines entreprises. On a que souvent déploré la moindre puissance et donc la moindre capacité d'action de grands groupes par rapport à ce qui se passe dans d'autres pays pour se plaindre, par principe, des mouvements qu'on observe dans ce sens et des accords qui les accompagnent. Après les Cahiers du Cinéma, Courrier international, le groupe Midi-Libre, le Monde vient de se rapprocher du Nouvel Observateur, puis surtout des Publications de la Vie Catholique. Un pôle important se constitue.

Par ailleurs, vous le savez, la Socpresse se propose de racheter le groupe Express-Expansion et le groupe l'Etudiant. Nous devons dans le même temps nous féliciter que ces titres phares restent entre des mains françaises et rester vigilants au respect du cadre juridique fixé par l'Etat, tant en ce qui concerne la loi de 1986 sur la presse, que celle sur la régulation économique du secteur.

La question de la publicité est également, vous le savez, cruciale. 1999 et 2000 ont été des années record, vous vous en souvenez. Dans un contexte général de ralentissement de l'économie française, cette situation n'est plus la même. Les attentats du 11 septembre et les incertitudes qui s'en suivirent ont amené certains secteurs, comme le tourisme et les transports, à réduire fortement ou à annuler leur budget de communication. Au total, les recettes de publicité commerciales ont reculé de 3 % en 2001. Cette baisse a affecté tous les grands médias, télévisions, radios, cinéma. J'observe cependant que la presse écrite continue de capter la moitié des recettes publicitaires des grands médias et que, malgré les difficultés, sa part de marché est restée stable. De même, si l'on met de côté les deux années exceptionnelles de 1999 et 2000, il faut constater que le niveau des ressources publicitaires de la presse reste supérieur de 13,8 % à celui de 1998.

Quelles sont, dans ces conditions, les perspectives qui s'ouvrent à l'action du Gouvernement en faveur de la presse ?

Pour répondre aux inquiétudes qui ont pu se manifester, je crois pouvoir vous indiquer que le projet de budget des aides à la presse devrait reconduire globalement, à travers ses diverses composantes, les crédits adoptés en 2002. S'agissant des aides directes, les fonds d'aide au portage et le fonds d'aide des quotidiens locaux à faibles ressources de petites annonces, sont confortés. Comme je l'ai déjà dit tout à l'heure, l'aide aux quotidiens nationaux à faibles ressources publicitaires est évidemment maintenue.

Le projet de budget 2003 devrait maintenir également les crédits en faveur de la distribution de la presse quotidienne nationale d'information politique et générale. Le Gouvernement sera à cet égard attentif au respect des engagements souscrits par les parties les plus directement concernées par le système de distribution des quotidiens nationaux. Il faut à cet égard se féliciter des avancées réalisées dans le cadre du plan de modernisation 2000 - 2003 des NMPP qui manifestent le double souci de dynamique concurrentielle et de reconquête des parts de marché. La mise en ¿uvre du plan de restructuration de Paris Diffusion Presse a connu des retards. Mais, les dernières négociations dégagent des résultats tangibles.

Les ressources attendues en 2003 sur le compte d'affectation spéciale alimentant le fonds de modernisation de la presse devraient être de la même ampleur qu'en 2002. Elles permettront donc de nouveau le financement des deux volets de ce compte : " fonds de modernisation " et " aide à la distribution ".

Enfin, le Gouvernement souhaite marquer fortement son engagement en faveur de l'Agence France-Presse. L'une des trois agences mondiales est française. Quel atout pour le rayonnement pour notre pays ! Combien seraient trop heureux de s'engouffrer et de profiter d'un recul des positions de l'AFP dans le monde, d'une agence qui se replierait sur la seule Europe. Que serait le pluralisme si une voix francophone s'éteignait ? Dans le panorama actuel de la " Société de l'information ", il est de toute première importance que l'AFP existe, que ses journalistes et photographes soient présents sur tous les fronts de l'actualité.

Malgré cependant un dynamisme certain, ayant conduit au renforcement de ses positions commerciales sur plusieurs marchés, la situation financière de l'agence reste fragile. Le Gouvernement est faut-il le préciser, prêt à défendre l'avenir de cette agence à travers la définition d'un contrat d'objectifs et de moyens auquel mes services ont commencé à travailler. Il le fera d'autant plus que l'agence saura elle-même poursuivre ses efforts sur le plan commercial et dans la maîtrise de ses charges. L'AFP est un atout national. Un atout pour la presse française, et aussi pour les équilibres démocratiques de l'information dans le monde. Car l'information libre et objective est un des droits de l'Homme et du Citoyen, et la France a vocation à parler et à agir sur ce terrain.

Je voudrais terminer mon propos en évoquant deux questions d'actualité importantes.

Comme vous le savez, la Commission européenne a ouvert le 7 mai à l'encontre de la France un pré contentieux contre la réglementation interdisant la publicité télévisée pour plusieurs secteurs d'activités : la distribution, le cinéma, la presse et l'édition. Il s'agit là, vous en avez tous conscience, d'une question importante pour le secteur de la presse. La réponse qui sera prochainement apportée au courrier de la Commission rappellera ces enjeux essentiels. Une concertation doit cependant être engagée avant toute décision sur le fond et cette démarche, qui sera proposée à la Commission, me paraît pouvoir être comprise et acceptée. Je suis évidemment très attentif aux intérêts de toutes les parties concernées par ce dossier, notamment aux conséquences de l'ouverture de la grande distribution sur les recettes publicitaires de la presse quotidienne régionale. Il est donc très important d'examiner la question sérieusement avec l'ensemble des parties.

Autre sujet : les relations Etat, presse et poste. Les accords " Galmot " prévoyaient qu'un bilan de cinq années d'application serait dressé à la fin 2001. Pour des raisons tenant notamment à la mise en place plus longue que prévue de la comptabilité analytique de la Poste, ce bilan n'a pas encore été fait. La poste va être désormais en mesure de donner des chiffres fiables et une réunion avec la presse, dans le cadre de " l'observatoire des tarifs postaux ", mis en place dans le cadre des accords Galmot est prévue à la fin de ce mois. C'est un dossier essentiel ; j'y serai très attentif.


(Source http://www.culture.gouv.fr, le 17 septembre 2002)

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