Interview de M. Philippe Douste-Blazy, secrétaire général de l'UMP et maire de Toulouse, à France inter le 16 septembre 2002, sur la commémoration de l'explosion de l'usine AZF à Toulouse, les séquelles sur le comportement des habitants, sa proposition de loi pour une indemnisation plus rapide des victimes et la mise en place d'une industrie chimique sans risque. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Philippe Douste-Blazy, secrétaire général de l'UMP et maire de Toulouse, à France inter le 16 septembre 2002, sur la commémoration de l'explosion de l'usine AZF à Toulouse, les séquelles sur le comportement des habitants, sa proposition de loi pour une indemnisation plus rapide des victimes et la mise en place d'une industrie chimique sans risque.

Personnalité, fonction : DOUSTE BLAZY Philippe, PAOLI Stéphane.

FRANCE. UMP, secrétaire général;FRANCE. Toulouse, maire

ti : S. Paoli - La catastrophe de Toulouse, il y a un an, le 21 septembre à 10h17, explosion, dont la puissance était comparable à celle d'un tremblement de terre, contribuera-t-elle à l'émergence en France d'une culture de la sécurité ? Toulouse, un an après, comment la ville a-t-elle changé ? Comment vont les Toulousains ? Et les explications qui ont été données de cette explosion les ont-ils convaincu ?
Invité de Questions Directes, P. Douste-Blazy, député-maire de Toulouse. Un an après, la ville a-t-elle fait son deuil ? Je rappelle tout de même : 30 morts et plus de 3.500 blessés...

- "Toulouse se souviendra toujours de ce qui s'est passé à 10h17, le 21 septembre 2001. Et Toulouse regarde en même temps aujourd'hui vers l'avenir. Mais ce que nous avons vécu, nous ne pourrons jamais l'oublier, ni au plan personnel, ni au plan collectif. Donc, c'est ce que nous ferons le 21 septembre. Ce sera à la fois digne et solennel, mais on ne pourra jamais oublier cette peur panique, qui a duré l'espace de dix minutes, un quart d'heure, en ne sachant pas d'où cela venait, en se demandant ce qui se passait, pourquoi 100.000 personnes ont été, à des titres variés, victimes d'une chose comme celle-là ? Et donc on aimerai d'abord remercier tous ceux qui nous ont aidés à ce moment-là. Et lorsqu'on voit ce qui se passe chez les pompiers de Paris aujourd'hui, qui ont perdu cinq hommes, il faut quand même se rendre compte de ce qui se passe sur le terrain quand une chose comme celle-là arrive. On ne sait pas s'il va y avoir des gaz toxiques qui vont être lâchés ; on ne sait pas s'il va y avoir d'autres morts. Ne serait-ce que d'aller chercher les morts dans le cratère de l'usine, c'était déjà un signe d'héroïsme total. Il faut donc se souvenir de tout cela et en même temps, il faut se demander quelles sont les leçons que l'on peut tirer d'une chose comme celle-là."

On va venir aux leçons. Mais là, c'est moins le regard du maire que vous êtes que celui du médecin. On a entendu beaucoup de témoignages dans les journaux ce matin. Et d'ailleurs, comme la semaine dernière malheureusement, pour les sinistrés du Sud-Est, on entend quelque chose qui reste, même dans la voix des Toulousains un an après, qui est la sidération, qui est l'inquiétude qui reste, le moindre bruit... Ca, vous le vivez encore au quotidien à Toulouse ?

- "Oui... Si vous voulez, "la sidération" surtout d'avoir pu marcher ou avoir fait du vélo, ou être allé en voiture, à côté de cette usine pendant 40 ans, en se disant que si elle s'appelle "la poudrerie", c'est que ça doit pouvoir sauter. Et en même temps, c'est impossible qu'elle saute. Parce que si elle pouvait sauter, elle ne serait pas là. Donc, autrement dit, une sorte d'habitude. On a pris l'habitude comme des centaines de milliers de personnes prennent l'habitude de passer à côté d'usines dangereuses. Et un jour, elle explose. Ca, c'est sidérant pour une ville qui a connu cette expérience. C'est comme un accident d'automobile : quand on a connu un, ensuite on fait attention. On aimerait qu'il puisse y avoir par la suite des conséquences législatives. Et je suis porteur avec J. Diébold, qui est également député de Toulouse, d'une proposition de loi que je vais déposer exactement le 21 septembre à l'Assemblée nationale, pour qu'on puisse tirer des conclusions, à la fois sur les sinistrés et aussi sur la manière de reconstruire après une catastrophe comme celle-là."

Sur la façon dont la ville va changer maintenant, vous dites "plus jamais ça", si j'ai bien compris ? Mais comment faites-vous ? Parce qu'on a entendu aussi ce matin dans les journaux l'inquiétude de ceux qui travaillent. Par exemple, AZF ferme son site et du coup, beaucoup se demandent ce qu'il en est des emplois ? Comment gérer cela ?

- "Juste après la catastrophe, il a fallu gérer deux choses. D'abord, les dommages corporels. Il y a eu, vous l'avez dit, plus de 3.000 blessés, on a fermé les deux CHU, on a fait un hôpital de guerre, de campagne, et ensuite on a opéré les plus graves, et ensuite les moins graves. Et puis, les traumatismes. Nous voyons aujourd'hui - et je demande une étude sur les professeurs, sur les enfants, dans les écoles primaires, y compris les agents municipaux - que ceux qui ont vécu cela, ont aujourd'hui trois types de problèmes : des problèmes psychologiques, des dépressions - on l'a entendu sur votre antenne ce matin encore -, des acouphènes, des bourdonnements aux oreilles. Et puis, un problème qui peut être encore plus grave pour demain, c'est-à-dire, la non-insertion en général dans la société, la peur, l'angoisse, l'anxiété. A côté, il y avait 120, 130 équipements publics municipaux, pour ce qui me concerne, qu'il fallait reconstruire. Là, ils sont tous reconstruits, en dehors des deux écoles qui ont été totalement soufflées."

Tout le monde est relogé aujourd'hui ?

- "Là aussi, 90 % du parc HLM a été refait. Là, sur les copropriétés par exemple, il faut savoir aujourd'hui que quand une copropriété de 200 logements a été touchée, pour changer une fenêtre au dixième étage sur les 200 appartements, il faut l'accord des 200 propriétaires. Il faut trouver une loi qui permette d'aller au-delà, de passer au-dessus de la loi classique, une sorte d'exceptionnelle dérogation, une loi d'urgence, lorsqu'il y a des catastrophes naturelles ou industrielles."

C'est cela que vous déposez ? C'est pour que les gens puissent être indemnisés tout de suite ?

- "Indemnisés tout de suite et relogés tout de suite, avec un système soit par l'Etat directement, soit par un système de fonds que les assurances abonderaient sans arrêt. Et un jour, le Gouvernement décide que telle catastrophe mérite que nous passions à la loi d'urgence. Et alors, ils seraient à la fois immédiatement relogés et indemnisés. Passez aujourd'hui à Toulouse et vous verrez qu'en face de l'usine, vous avez toujours les bâtiments qui sont dévastés comme au lendemain de l'explosion pour un certain nombre d'entre eux. Evidemment, ce ne sont pas des logements d'habitation. A New York, aujourd'hui, ils ont tout nettoyé. Pourquoi ? Parce que la loi sur les marchés publics, l'administration, les lourdeurs administratives empêchent de démolir d'urgence et de reconstruire d'urgence. Donc là aussi, je dépose un projet de loi pour que, très vite, on puisse reconstruire. Enfin, je demande aussi à AZF, à TotalFina Elf de faire tomber cette cheminée qui nous nargue et qui nous rappelle également en permanence cette explosion. Vous parlez de l'économie..."

C'est une inquiétude aussi, peut-être l'avez-vous entendu ce matin dans les différents témoignages, mais beaucoup se demandent comment on faire pour les emplois. Est-ce qu'en effet, la ville est menacée dans son économie ?

- "D'abord, Toulouse est une des villes les plus dynamiques sur le plan économique. Nous recevons 10 à 12.000 personnes par an qui viennent depuis une dizaine d'années ; cette année, ce sera encore un peu plus. Nous avons l'Airbus A380, les 9.000 emplois qui arrivent sur Aéroconstellation, le plus gros chantier d'Europe au niveau industriel, nous sommes la capitale européenne de l'électronique, en particulier l'électronique embarquée - Motorola, Siemens. Mais sur le plan chimique, j'aimerais une diversification, et nous avons, il y a dix-douze jours - c'est un beau symbole - inauguré une entreprise de biocatalyse. De quoi s'agit-il ? Il s'agit d'une usine de "chimie verte" : nous allons faire des produits chimiques sans qu'il y ait un seul polluant dans la Garonne et sans qu'il y ait un seul polluant dans l'atmosphère et dans l'air. Car je crois que dans une ville martyre comme celle-là, qui a connu le symbole de la pollution - on ne peut pas faire pire -, il est bon de réfléchir à un développement industriel durable et respectueux de l'environnement. En tout cas, c'est ce que je souhaite : inciter les biotechnologies. Je vais demander au Gouvernement de nous aider pour changer l'industrie chimique : passer d'une industrie chimique lourde et donc dangereuse à une industrie beaucoup plus fine, beaucoup plus verte, beaucoup plus respectueuse de l'environnement ; cela s'appelle les biotechnologies."

On a entendu dans les différents témoignages ce matin, pas mal de Toulousains s'interroger sur les explications qui ont été données... Vous êtes absolument convaincu que c'est un accident ? Franchement ?

- "J'attends évidemment toutes les enquêtes judiciaires pour m'exprimer. Il semble que ce soit un accident. Ce sont les causes de l'accident qui ne sont pas encore tout à fait définies. Est-ce qu'il y avait, à côté de ces 300 tonnes d'ammonitrate, 500 kilos de chlore ? Pourquoi sont-ils arrivés là ? Pourquoi, depuis quarante ans, depuis le début du siècle, depuis que cette usine existe, il n'y a jamais eu de mélange entre le chlore et le nitrate d'ammonium ? Je n'ai pas encore personnellement, comme un maire, très bien compris. Ce que je dois aux Toulousains, c'est que l'enquête judiciaire qui me sera transmise, je leur enverrai in extenso, à chacune et à chacun d'entre eux, parce qu'ils méritent cette vérité."

(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 16 septembre 2002)

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