Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur les grandes orientations de la politique agricole, la politique agricole commune, la simplification des contrats territoriaux d'exploitation, le soutien du gouvernement aux agriculteurs dans leurs relations avec la grande distribution et sur la réforme des retraites, Rennes le 10 septembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur les grandes orientations de la politique agricole, la politique agricole commune, la simplification des contrats territoriaux d'exploitation, le soutien du gouvernement aux agriculteurs dans leurs relations avec la grande distribution et sur la réforme des retraites, Rennes le 10 septembre 2002.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Salon SPACE (Salon des productions animales) à Rennes (Ille-et-Vilaine) du 10 au 13 septembre 2002

ti : [...] Je salue Marie-Thérèse Boisseau, ma ministre bretonne préférée, pour lui dire qu'elle peut compter sur moi et qu'elle peut porter tous les dossiers bretons à Matignon. Elle y sera toujours accueillie avec confiance. Merci à vous tous et toutes.

Un mot particulier pour Alain Madelin qui est dans sa circonscription et avec lequel j'ai des relations personnelles qui me donnent beaucoup de joie. C'est heureux et sincère que je le salue, ici, aujourd'hui.

Ce matin, j'ai vu la terre blessée dans notre Midi, j'ai vu des hectares et des hectares d'eau dans les vignes et dans les champs. J'ai vu un spectacle de désolation et j'ai vu aussi un spectacle meurtrier. J'ai vu ce qu'était la violence de la nature. Je crois que tout ceci doit toujours nous faire réfléchir sur les liens entre l'homme et la nature.

Les agriculteurs le savent : la nature peut être généreuse mais elle sait aussi être coléreuse. Nous avons besoin de l'expérience des agriculteurs, dans le lien qui existe entre l'homme et la nature, qui dépasse leur seul rôle professionnel et social mais qui, finalement, a un rôle sociétal dans notre civilisation actuelle : celui de mesurer la place de l'homme dans son environnement. Je voudrais vraiment vous dire combien au cours de cette matinée passée avec des gens qui souffrent, avec toutes ces difficultés à affronter, j'ai mesuré la capacité de solidarité des acteurs de terrain, des élus locaux, des associations, des responsables professionnels y compris des responsables agricoles engagés pour s'entraider. C'est aussi ça un peu le monde rural, cette capacité à créer des liens pour faire face à des menaces plus grandes que nous. Je pense qu'il faut toujours avoir ça en tête quand on parle de l'agriculture. C'est d'abord et avant tout, la première des relations entre l'homme et la nature.

Je voudrais vous dire que j'ai bien entendu, au cours du SPACE, les messages qui m'ont été exprimés. J'ai bien compris ce mal à l'âme qui est la première souffrance des agriculteurs. Nous avons souvent entendu dans les allées : "ne nous oubliez pas", "pensez à l'élevage", "ayez confiance en les jeunes", "pensez aux jeunes agriculteurs", "ne nous oubliez pas", "nous comptons sur vous". Ce message est, pour moi, lourd de conséquences, lourd de responsabilités. Je comprends ce mal à l'âme qui, à mon avis, est fondé sur plusieurs causes qu'il nous faut explorer si nous voulons le guérir.

Pendant très longtemps, il y a encore peu de temps, et encore dans bien des organisations professionnelles, aujourd'hui, l'agriculture inspire la société et elle n'a pas le sentiment que l'inverse soit lié à cette gratitude que l'on pourrait attendre de la société. C'est vrai qu'on parle de la solidarité - la société entière parle, aujourd'hui de solidarité - mais les agriculteurs avec le mouvement coopératif, les agriculteurs avec le mouvement mutualiste ont compris bien avant d'autres structures sociales l'exigence de la solidarité, l'exigence du travail en commun, l'exigence de la dynamique économique en faisant en sorte que l'on n'oppose pas l'entreprise et ceux qui y contribuent. Pendant très longtemps, les agriculteurs ont été des animateurs de notre pensée sociale. Aujourd'hui, ils ont le sentiment que la société ne les écoute plus, n'écoute plus leur message. Je crois qu'il est difficile d'accepter cette accusation de la société vis-à-vis d'un certain nombre de producteurs

Je le dis comme je le pense : la société française ne traitera pas ces problèmes en désignant des Français adversaires d'autres Français. La société française ne réglera pas ses difficultés en voulant accuser un certain nombre de nos compatriotes. Il est évident que l'agriculture est aujourd'hui victime d'un certain nombre d'accusations qui sont injustes. J'ai suivi, depuis longtemps, les évolutions de cette économie et ce ne sont pas les agriculteurs qui ont poussé toujours à des prix les plus bas, à des prix écrasés, à des compétitions qui sont aujourd'hui celles que nous trouvons souvent dans la distribution et qui font qu'un grand nombre de produits ne dégagent plus les marges pour rémunérer le travail de ceux qui les produisent.

Nous devons avoir une vision globale de notre système économique. Nous ne pouvons accepter la mise en cause du métier d'agriculteur. Cette mise en cause est réelle. Quand, dans nos régions de l'Ouest, nous circulons dans les lycées professionnels agricoles et que nous voyons qu'il n'y a plus de fils d'agriculteurs dans les MEPA, cela veut dire qu'une génération d'agriculteurs ne fournit plus sa propre relève. Cela veut dire aussi qu'il existe une crainte pour l'avenir de ceux qui, aujourd'hui, exercent eux-mêmes cette profession. Nous ne pouvons pas considérer que ces sujets sont légers pour la société et pour notre avenir.

Mise en cause du métier et puis paradoxe rural, ce paradoxe que nous fréquentons les uns et les autres quotidiennement : cette ruralité dont on se moque, qu'on qualifie d'archaïsme et qui, par ailleurs, attire l'urbain et le vacancier grignote en plus la ruralité. Cette ruralité considérée quelquefois comme un signe du passé et qui, pourtant, aujourd'hui, connaît une renaissance importante. Je crois qu'il faut éviter d'opposer une sorte de ruralité primaire, dont l'agriculture était la colonne vertébrale, à une ruralité secondaire dont l'urbain ou le tourisme aujourd'hui sont les charpentes nouvelles. Je crois qu'il nous faut réfléchir à ces changements de vocation de l'espace et de la terre. Mais j'ai une conviction profonde, chers amis : il n'y a rien de bon à gagner dans notre pays à opposer l'agriculture et la ruralité. L'agriculture reste la colonne vertébrale de la ruralité. Il ne peut y avoir d'avenir à notre espace rural, si on le laisse grignoter par l'agglomération sans un développement équilibré de notre agriculture. Je suis très attaché à cette idée. C'est pour cela que j'ai tenu à ce que le ministère de l'Agriculture puisse exercer aussi cette mission pour la ruralité : c'est un élément majeur de la cohésion territoriale qu'il nous faut développer.

Mise en cause du métier, paradoxe rural mais aussi le sentiment qu'il y a une sorte de déclassement de l'agriculture dans le hit-parade des priorités nationales. Au fur et à mesure des années, on a le sentiment que l'agriculture est descendue dans l'échelle des priorités. Je voudrais dire que ce n'est pas mon avis : je ne fais pas partie de ceux qui veulent diviser l'agriculture pour l'affaiblir. Au contraire, je souhaite que vous puissiez vous rassembler, au-delà des clivages, pour faire en sorte qu'on retrouve dans ce pays cette force de l'agriculture capable de défendre le projet national et européen dont nous allons parler tout à l'heure. Je crois qu'il est très important de faire partager aux Français notre mobilisation pour l'agriculture.

Ce qui s'est passé pour la crise de l'élevage est significatif. Il y a dix ans, il y a quinze ans, la crise de l'élevage - je veux parler de l'ESB, de la fièvre aphteuse - a été une crise nationale, un drame national. Et là, dans les périodes que nous avons vécues, cela a été présenté comme une crise catégorielle, une crise spécifique, alors que ce métier d'éleveur était remis en cause, fondamentalement, dans l'être même des éleveurs. Je voudrais dire à tous les éleveurs et notamment tous ceux qui sont spécialisés, qui se consacrent à cette dynamique des vaches allaitantes, combien je comprends ce à quoi leur métier est différent de bien d'autres, ce métier de passion, cette relation spécifique avec le temps. Les heures ne sont pas les mêmes que les autres, l'espace n'est pas le même que les autres. Cette relation à l'animal, cette proximité, qui fait la brutalité et la cruauté de toutes les formes d'abattage, cette relation-là, est une relation spécifique à des métier de passion. On ne peut pas les traiter simplement comme on traite des statistiques ou comme on traite simplement des procédures bureaucratiques.

Il y a derrière ce métier d'élevage, et d'éleveur, un engagement d'une personne, d'une famille, qui est un engagement complet, au-delà même de la place de chacun dans l'exploitation. C'est pour cela que nous devons être des militants de ce métier, faire partager cette passion. Et pour cela, donc créer les conditions qui permettront à l'élevage et à tous ceux qui produisent cet élevage de qualité, de pouvoir faire face dans la dignité à leur mission professionnelle.

Je voudrais dire combien on peut mesurer aujourd'hui les changements des modes de consommation, combien on peut sentir la nécessité de convaincre, en permanence, l'opinion sur la démarche qualitative, combien il faut être vigilant sur cette relation entre producteurs et consommateurs. Mais je crois qu'il faut remettre l'élevage, aujourd'hui, au coeur des priorités nationales et de notre politique agricole. On ne peut pas accepter d'être dans cette situation où, encore aujourd'hui, nombre d'entreprises dans le secteur de la viande mais aussi dans le lait, sont menacées quant à leur avenir, par une situation très précaire. Et quand je pense aux filières du porc, de la volaille, on ne peut accepter aussi qu'une frontière, qui se referme pour tel ou tel prétexte sanitaire, remette en cause l'ensemble d'une filière.

Avec le président de Rohan, nous sommes intervenus pour l'agriculture, tout récemment. Nous mènerons un certain nombre d'actions également à l'international pour essayer de reconquérir ces marchés que méritent nos agriculteurs.

Sachez-le, je vous dis cela avec conviction, je suis vraiment persuadé que la qualité de la viande française - des viandes françaises - mérite que nous puissions mettre un certain nombre de moyens des pouvoirs publics, nationaux et internationaux, au niveau de nos marchés et de notre capacité de développement.

Je voudrais dire que les pouvoirs publics sont aux côtés des agriculteurs dans leur sentiment de mal-être. Et je le dis ici, au coeur de la Bretagne, solennellement : j'appelle toutes les Françaises et tous les Français à aimer les agriculteurs de France, au moins autant que les Américains aiment leurs agriculteurs. Je leur demande de bien mesurer que l'agriculture n'est pas une cause catégorielle, mais aujourd'hui plus que jamais, une cause d'intérêt national. Dans la bataille pour l'emploi, nous avons besoin de l'agriculture.

Monsieur le président, vous vouliez connaître les orientations du Gouvernement concernant la politique agricole. Elles rejoignent celles de votre organisation professionnelle. D'abord, je suis fier d'avoir vu, aujourd'hui en Bretagne des exemples significatifs. Mais d'abord, le choix de l'avenir, qui n'est pas une condition suffisante mais nécessaire, c'est le choix de la qualité. C'est vrai de l'agriculture, mais c'est vrai de toute l'économie française. Face au gigantisme, face à la concentration, notre réponse ne peut pas être celle de la standardisation, celle de la banalisation. La réponse de la France est celle de la qualité, de l'innovation, de la valeur ajoutée, celle des labels, des signes de qualité. C'est cette démarche qualitative qui est la voie d'avenir de la France. Cela ne suffit pas à assurer toujours la réussite mais sans ce choix-là, il n'y a pas d'avenir. Ce n'est pas par la banalisation et la concentration que la France trouvera en agriculture ou ailleurs son chemin d'avenir. C'est par sa capacité à injecter de la valeur ajoutée, c'est-à-dire du talent, de la capacité personnelle et individuelle des Français dans le processus de production.

Cette stratégie nationale, nous voulons l'encourager en soutenant davantage les efforts de qualité, en donnant les moyens de promotion, de valorisation de ces démarches de qualité auprès des Français, comme le demandait Luc Guyau, C'est un des points majeurs de notre développement.

Au-delà de cela, il faut évidemment - comme vous le demandez, comme vous avez déjà pris de nombreuses initiatives pour le démontrer - faire en sorte que l'on puisse promouvoir ces bonnes pratiques. Car il faut regagner la confiance du consommateur. Cette confiance se gagne en effet par la promotion des bonnes pratiques, par cette capacité que vous avez à défendre la qualité, à assurer la traçabilité, à montrer que les politiques sanitaires, phytosanitaires, sont aujourd'hui des politiques maîtrisées.

J'apprécie à la fois le travail, madame le Préfet, que vous avez engagé sur le traitement des déchets et la qualité des eaux concernant les productions hors sol. J'apprécie les propos tenus à l'instant par le président de Rohan. Faisons en sorte, dans le cadre des lois d'expérimentation que nous allons voter prochainement, dans la décentralisation, que la Bretagne puisse avoir les moyens de mener cette politique de maîtrise de l'environnement mais au service d'une dynamique de la production. C'est vrai pour le porc, pour un certain nombre de productions. Et nous avons tout intérêt à faire cela au niveau régional.

C'est au niveau régional que les producteurs seront le mieux compris, que le dialogue sera le plus sincère entre les consommateurs et les producteurs. Plus on remonte vers le haut, plus le propos est idéologique. Et plus on est sur le terrain et plus le propos est pragmatique. C'est dans le pragmatisme qu'on règle le problème, ce n'est pas dans l'idéologie. C'est pour cela que je suis très attaché à cette expérimentation. Je crois qu'il nous faut ensemble mener ces efforts.

Troisième élément de notre politique, évidemment : le soutien aux revenus des agriculteurs. Pas d'agriculteur sans revenus et sans perspective. C'est un élément très important de notre travail. Je veux vous dire d'ores et déjà, qu'avec le ministre de l'Agriculture et de la Ruralité, Hervé Gaymard, nous préparons un projet de loi sur le développement rural, dont l'agriculture sera le coeur même. Nous voulons faire en sorte qu'un certain nombre de moyens renforcés soient à la disposition des producteurs. Plusieurs dispositifs se verront confortés. Je pense, par exemple, pour les éleveurs à "la prime à l'herbe" pour l'année 2003, et à divers dispositifs à l'intérieur des Contrats territoriaux d'exploitation.

Deux mots sur le "Contrat territorial d'exploitation" - le CTE - : il est important qu'il y ait un contrat entre la nation et l'agriculteur. C'est pour cela que je suis favorable à ce contrat dans l'exploitation. Mais je voudrais que ce contrat se fasse avec des objectifs : intégration à l'environnement, développement économique. Mais surtout, je voudrais que l'on sorte de la bureaucratie et de la paperasserie dans lesquels nous nous trouvons.

Si, vraiment, nous continuons dans ce type procédures, quand vous ferez les comptes, il y aura plus d'argent pour le papier que pour l'agriculteur. Oui, à la logique territoriale, oui à la responsabilité, oui aux engagements. Mais faisons en sorte que tout ceci soit des procédures simples.

Nous avons suspendu le dispositif pour voir où on allait financièrement. Il ne vous a pas échappé qu'en France, il y avait un certain déficit. Quand on dit : il faudrait que le budget fasse ceci, que le budget fasse cela ... Le budget c'est quand même au moins déjà 44,6 milliards d'euros de déficit avant que l'on commence à y toucher. C'était le cas dans l'audit que nous avons commandé avant de prendre les responsabilités. L'autre jour, je voyais quelqu'un qui disait : "Il faudrait faire un grand emprunt"... Avec 44 milliards de déficit, on a déjà l'emprunt. Ce sont nos enfants qui sont en train de payer le déficit budgétaire. Il faut donc le stabiliser pour être responsable pour les générations futures.

Il faut qu'on soit prudent dans nos investissements. L'appel à la dépense systématique est souvent un appel à la dette. Et vous savez ce qu'il y a derrière la dette ? On n'y échappe pas, c'est l'impôt. On peut le reporter mais on n'y échappe pas.

C'est pour cela qu'il faut faire en sorte que les dépenses soient maîtrisées. C'est pour cela que nous avons souhaité savoir ce qui se passait sur les CTE et l'impact financier de tous ceux qui sont aujourd'hui en instruction. Ensuite, dans le nouveau dispositif, construire une formule qui s'inspirera du contrat, qui intégrera les travaux qui auront été faits pour améliorer la production dans le sens qualitatif. Ce sera plus simple pour permettre un travail beaucoup plus efficace et beaucoup moins bureaucratique.

Deux autres éléments : Le travail avec la distribution est très très important. La grande distribution - je me suis souvent exprimé sur ce sujet - doit comprendre qu'elle doit participer, avec tous les acteurs, à une vraie réflexion sur les filières françaises, sur nos filières de production. Car si on veut chercher en permanence les productions plus banalisées, celles qui coûteront le moins cher, celles qui ne défendront pas les normes de qualité, nous aurons à faire de plus en plus à des produits importés et nous aurons à faire à d'autres produits que ceux qui défendent la qualité France. C'est pour cela que j'appelle la distribution à jouer la carte de la valeur ajoutée, à jouer la carte de la qualité France, à jouer la carte du travail des Français. C'est très important si l'on veut faire en sorte que nous gardions des capacités de production de qualité. Nous avons besoin du concours de la distribution pour qu'elle reconnaisse que ceux qui sont derrière les produits ont droit à la dignité de vivre de leur travail. C'est un élément très important de notre équilibre national. On ne peut pas avoir systématiquement dans une filière un aval prospère et un amont étranglé. L'ensemble des marges sur la filière doit être mieux partagé.

Je voudrais dire un mot aussi sur les retraites. Nous ferons en sorte de tenir dans le temps les décisions qui ont été engagées pour permettre, en effet, à la fois le dispositif de pré-retraite et les retraites complémentaires. Je crois qu'il est très important de progresser. Mais, le chantier des retraites est immense dans notre pays. Quand je vois sur le fronton de nos mairies "Liberté, égalité, fraternité", je lis égalité. Je regarde ensuite le dossier des retraites, je me dis qu'aujourd'hui, il y a du travail pour que l'égalité en matière de retraite soit vécue par tous. Sachez que je suis sensible à cela.

Nous avons, chers amis, un certain nombre d'orientations que nous voulons développer ensemble : faire en sorte, comme le disait le représentant des jeunes agriculteurs tout à l'heure, que nous soyons dans une agriculture qui défende plus la logique de projets que la logique de structure ; faire en sorte que nous soyons capables d'accompagner la dynamique de projets que veulent les agriculteurs. Vous pouvez compter sur la détermination du Gouvernement. Je suis très mobilisé sur ces dossiers. Vous pourrez toujours, avec Hervé Gaymard, compter sur le soutien de l'Hôtel Matignon.

Un mot maintenant sur notre agriculture dans le monde. Nous sommes ouverts pour débattre de l'avenir de la politique agricole. La France n'est pas fermée à des débats ; la France est ouverte à une réflexion européenne et mondiale sur la place de l'agriculture. Mais la France veut que les échéances soient respectées tels que les engagements les ont définis. A Berlin, il a été décidé entre tous les partenaires de l'Europe que nous engagerions une révision de la Politique agricole commune après 2006 : nous sommes d'accord pour parler d'une nouvelle PAC adaptée aux réalités du temps mais nous le ferons pour 2006. Nous ne voulons pas que la PAC serve aujourd'hui de variable d'ajustement à la politique d'élargissement de l'Union européenne. C'est un élément très important de la conviction de la France. Vous pouvez compter sur la détermination du chef de l'Etat qui, quotidiennement, se bat pour faire entendre notre voix. Et, progressivement, nous gagnons des alliés. J'étais moi-même, hier, avec sept Premiers ministres de l'Union européenne du centre et du centre-droit : nous avons parlé de ces sujets et je vois nos idées avancer. Il est clair que nous voyons, dans cette organisation nouvelle, aujourd'hui, des débats qu'il nous faut poser. Je demande aux agriculteurs de s'engager dans cette réflexion sur le terrain, avec la société civile, pour bâtir l'agriculture 2010 à laquelle nous sommes attachés. Il faut faire en sorte que le débat soit ouvert. N'ayons pas peur du débat ! On peut défendre l'agriculture avec confiance.

Mais nous ne voulons pas, aujourd'hui, que la politique agricole commune remette en cause ses principes et ses méthodes comme elle a tendance à le faire. Ce n'est pas la PAC qui est à l'origine de tous les malheurs du monde. J'entends dire que la PAC serait à l'origine du problème du sous-développement. Ce n'est pas la PAC qui fait que le cacao et le café s'effondrent aujourd'hui ; ce n'est pas la PAC qui est responsable de toutes les difficultés d'un certain nombre de pays en voie de développement. Faisons en sorte, aujourd'hui, qu'on puisse discuter. Discutons les principes avant les modalités ! Discutons les orientations avant des mesures ! C'est ce que je demande au commissaire Fischler et c'est ce que j'ai demandé à Hervé Gaymard. Faisons en sorte que le problème soit posé au niveau de la perspective avant qu'il soit posé au niveau des modalités ! Nous avons déjà vu cette méthode dans l'Union européenne avec Natura 2000 : je définis d'abord la zone et après je verrai ce qu'on fait à l'intérieur. Non !

On dit d'abord ce qu'on fait et après on définit les mesures. C'est cela, l'orientation à laquelle nous sommes attachés. Cette politique-là est celle de la France. Elle est affirmée par l'ensemble des autorités françaises avec fermeté. Nous rappelons que nous sommes attachés aux principes fondateurs de l'Union européenne, comme nous sommes attachés au principe, par exemple, de la préférence communautaire, y compris quand on fait pression sur la production française en important des céréales d'Ukraine. Nous demandons vraiment à ce que le système qui était le système fondateur de l'Union européenne, fondé notamment sur la préférence communautaire puisse être respecté. Cela fait partie de cette confiance du pacte européen à laquelle nous sommes profondément attachés.

Au plan mondial, nous voulons que la France puisse défendre ses convictions. Nous avons été satisfaits de voir qu'à Johannesburg, la parole de la France était entendue. Prenons le débat sur la perspective du développement durable : l'agriculture à sa place dans ce débat. Qu'elle ne se sente pas accusée ! Nous avons besoin d'une agriculture qui puisse répondre au problème de la faim dans le monde ; nous avons besoin d'une agriculture qui puisse répondre au problème du développement économique ; nous avons besoin d'une agriculture qui s'affirme solidaire, ouverte au monde, qui a suffisamment confiance en elle pour pouvoir discuter dans le monde entier avec la main tendue. C'est cette vision d'une agriculture qui n'a pas peur de l'avenir que nous voulons pour la France ; Non pas une agriculture qui défendrait des positions mais une agriculture qui sait qu'elle a sa place dans la République et dans la communauté nationale et qui veut pouvoir, elle aussi, relever les défis de l'avenir.

Voilà, chers amis, le message que je voulais vous délivrer. Je crois vraiment que la mission qui est aujourd'hui la nôtre, pour les pouvoirs publics, c'est de montrer aux Françaises et aux Français que les agriculteurs sont indispensables à la réussite nationale. Nous ne pourrons pas réussir notre dynamique nationale dans une compétition difficile en divisant les Français, en les opposant les uns aux autres. C'est en faisant en sorte que chacun puisse trouver sa place dans le projet national, dans la mobilisation du pays, c'est en faisant en sorte que les professions s'additionnent plutôt qu'elles se combattent qu'on pourra trouver les chemins de l'avenir. Vous pouvez compter sur notre dynamique. Vous avez un jeune et brillant ministre de l'Agriculture ; le Premier ministre n'est pas un adversaire de l'agriculture et le président de la République - ce n'est un secret pour personne - a beaucoup de sympathie pour l'agriculture. Alors, ensemble, dans les cinq ans qui viennent, faisons en sorte que, par la politique qui sera menée, non seulement les agriculteurs, reprennent confiance dans l'avenir mais que la France retrouve son amour pour l'agriculture.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 17 septembre 2002)

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