Interview de M. Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux transports et à la mer, à "LCI" le 17 septembre 2002, sur la sécurité routière, sur le déficit de la SNCF, sur le développement des lignes TGV, et sur la privatisation d'air France, Paris le 17 septembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux transports et à la mer, à "LCI" le 17 septembre 2002, sur la sécurité routière, sur le déficit de la SNCF, sur le développement des lignes TGV, et sur la privatisation d'air France, Paris le 17 septembre 2002.

Personnalité, fonction : BUSSEREAU Dominique, HAUSSER Anita.

FRANCE. SE aux transports et à la mer

ti : A. Hausser - Vous êtes secrétaire d'Etat aux Transports et à la Mer. Mais "Transports", ce sont aussi les routes et aujourd'hui vont se ternir les états généraux de la Sécurité routière. Il y a une volonté affichée de réduire le nombre de morts, qui est de 8.000 par an, ce qui est énorme. On a affaire au scepticisme des associations qui disent : si on commençait par appliquer la loi. Va-t-on commencer par cela ou va-t-on faire d'autres lois ?

- "J'ai été maire, je suis élu dans un département de bord de mer où il y a beaucoup d'activité nocturne, l'été, toute l'année, donc il y a énormément d'accidents, je vois des familles entières disparaître, des jeunes disparaître. C'est quelque chose d'épouvantable. Il faut appliquer d'abord les lois existantes. Elles sont très nombreuses. Et si parfois la police et la gendarmerie n'avaient pas les moyens de les appliquer, avec les nouveaux moyens donnés par la loi sur la sécurité, ils vont pouvoir le faire. Et puis comme le président de la République et le Premier ministre l'ont indiqué hier, et le rediront aujourd'hui, à l'occasion de ces états généraux, il y a certains domaines où il faudra durcir l'arsenal répressif. Mais honnêtement, en appliquant très bien ce qui existe et en complétant, on aura un véritable arsenal. Après, ce sera une question de responsabilité personnelle de chacune et de chacun."

On va créer une police de la route ?

- "C'était une proposition que nous avions faites durant la campagne électorale, en disant que la police nationale, la gendarmerie ont déjà des missions d'ordre républicain et qu'on pourrait spécialiser des unités sur la route. Cela existe dans d'autres pays européens, c'est une des pistes de réflexion."

Uniquement de réflexion, ça ne va pas être annoncé aujourd'hui ?

- "C'est une des pistes de réflexion."

Etes-vous aussi chargé des Fleuves ? Je vous pose la question car, à la suite des inondations, on a constaté qu'il y a un vrai problème de drainage hydraulique...

- "Il y a un vrai problème de drainage hydraulique, il y a un problème de responsabilité des uns et des autres. Parce que finalement, on s'est aperçu que l'Etat..."

Mais "les uns et les autres", qui est-ce ?

- "C'est tout le monde. C'est l'Etat qui autorise à ses gendarmes d'installer des casernes dans des zones inadaptables, c'est le département qui fait la même chose avec ses pompiers, ce sont les maires qui accordent des permis de construire. Et puis c'est un état des lieux qui fait qu'une catastrophe qui n'était pas arrivée depuis des dizaines d'années survient. Donc, dans une catastrophe, il y a toujours une part de choses qu'on ne peut pas prévoir. Cela veut dont dire qu'il faut que nous ayons de vrais dispositifs d'alerte, et R. Bachelot a insisté là-dessus et elle a raison. C'est-à-dire que, ça fonctionne rapidement, que les gens reçoivent un coup de téléphone, même en pleine nuit, qu'ils soient prévenus de manière "moderne"..."

Cela n'a pas marché apparemment...

- "Et deuxièmement, il va falloir aider tous ces gens-là. Je vois dans le domaine des Transports qui est le mien, avant qu'un train ne circule entre Nîmes et Alès, il s'écoulera peut-être des semaines, parce qu'il y a des viaducs qui ont été complètement emportés. C'est la même chose pour le réseau routier. Il faut donc la solidarité nationale et la solidarité de tous les Français. Il y a des tas de gens qui envoient des chèques etc. C'est très bien et cela montre que les Français ont été très attentifs..."

Là, on est dans la partie visible. Mais cela s'était déjà produit dans la Somme. On a dit que les fleuves n'étant pas drainés, les inondations se produisent plus facilement.

- "Dans la Somme c'était un phénomène tout à fait différent, parce que c'étaient des inondations très lentes, c'est remonté par le sol avec les nappes phréatiques qui étaient gonflées par des phénomènes naturels. Là, l'orage cévenol est malheureusement quelque chose auquel on est habitué, on a connu des catastrophes à Nîmes, on a connu d'autres catastrophes. Le président de la République et le Premier ministre consacreront une réflexion particulière de l'Etat à tout cela. Des mesures seront prises et nous essaieront d'aider les populations qui sont vraiment dans une situation épouvantable."

On va en venir à votre domaine de prédilection, à savoir la SNCF. Il y a un comité d'entreprise qui va se tenir aujourd'hui et on sait déjà que les pertes sont beaucoup plus importantes que prévu. Cela va donc générer des économies et par conséquent des mouvements de protestation ?

- "Ce que le président Gallois va annoncer à ce comité central d'entreprise, et je le rencontre aujourd'hui, c'est que les prévisions de trafic - grandes lignes, trafic fret - n'ont pas été à la hauteur des souhaits de l'entreprise. C'est lié à toute une série de phénomènes sur lesquels je ne reviendrai pas, en particulier le fait que le rendez-vous de la reprise de la croissance n'est pas venu au moment escompté. C'est certainement dû aussi à des dysfonctionnements et à une mauvaise organisation dans certains secteurs - je pense au fret. Et le Gouvernement a pris des mesures importantes, puisque nous venons de désigner deux parlementaires extrêmement chevronnés en mission, pour nous faire des propositions, pour améliorer le trafic ferroviaire. Les entreprises veulent aller sur le train, veulent sortir du "tout routier", et malheureusement, la SNCF n'est pas en mesure de leur donner des trains, des locomotives, des sillons. Nous allons donc essayer de remettre un petit peu en fonctionnement normal le fret à la SNCF qui ne répond pas aux attentes des entreprises françaises et qui nous pose un problème de développement durable avec des camions sur les routes, souvent trop nombreux."

On parle beaucoup d'économies et de chantiers qui sont remis en question à cause des déficits publics. Est-il envisageable que les chantiers pour les futurs TGV, que ces investissements-là ne soient pas pris en compte dans les déficits publics ?

- "Le Gouvernement précédent, c'était un peu "Le Père Noël des annonces". Il avait annoncé du TGV dans chaque coin de France. Chaque maire, chaque président de région voyait arriver dans les 12 ans un TGV. Ce que nous faisons ce n'est pas du tout stopper, c'est de faire une photo. Cela s'appelle un audit. C'est-à-dire que, pendant trois mois, des inspecteurs généraux des Finances, des membres du Conseil général des Ponts et Chaussées, vont analyser la situation, voir combien cela coûte, à quoi ça sert, les financements mis en place. Nous aurons tout cela, cette photo instantanée, à la fin de l'année. Ensuite, pendant trois mois, le Gouvernement réfléchira, avec la DATAR et l'ensemble des responsables français, à une classification de ces projets - quels sont ceux intéressants pour l'aménagement du territoire, pour l'Europe. Et ensuite il y aura un débat au Parlement, dans la transparence, pour que le Parlement prenne ses responsabilités sur les propositions que lui fera le Gouvernement. Et après on passera à la réalisation..."

Vous ne répondez pas à ma question...

- "Non, cela veut dire que chaque coin de France on saura... C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas de stopper en disant qu'il n'y a plus de sous et qu'on arrête tout". Il s'agit de dire que l'argent public est une denrée rare, l'argent des collectivités locales, qui participe du financement des investissements, est aussi une denrée rare. Donc, il faut hiérarchiser et définir des priorités, un schéma national, ce que nous allons faire."

Par exemple, Lyon-Turin n'est plus une priorité ?

- "Tout est audité. Nous avons reçu hier avec G. de Robien, le ministre italien des Transports. Les Italiens nous ont rappelés l'importance pour eux du franchissement des Alpes, aussi bien de manière routière que de manière ferroviaire. Il y a également un projet très important avec l'Espagne entre Perpignan et Figueras, des projets très importants le sol national. Ils sont tous à égalité. On fait le point et ensuite on annoncera dans quel ordre tous ces projets seront réalisés."

Après la catastrophe de France Télécom, la privatisation d'Air France sera peut-être un peu difficile à mener. Confirmez-vous l'information selon laquelle KLM pourrait entrer dans le capital d'Air France ?

- "Si on privatise Air France - et je vais répondre à votre question -, ce n'est pas pour des raisons idéologiques. C'est parce que nous estimons que cette entreprise, qui a bien résisté au 11 septembre, est une des seules grandes compagnies mondiales aériennes qui a su bien résister aux conséquences du 11 septembre, est apte aujourd'hui à jouer dans la cour des grands au niveau mondial, des grandes alliances. Et d'être parmi les premières compagnies mondiales, en tout cas certainement la première compagnie européenne. Pour cela, il faut des alliés, Air France a déjà des alliés. Et il faut encore plus d'alliés et passer à la dimension supérieure. Et naturellement, comme il y a des contacts avec Alitalia, les contacts avec KLM sont très importants. Et si nous pouvons bâtir autour d'Air France des grands ensembles européens, avec des participations croisées entre compagnies aériennes, ce sera un atout pour les personnels d'Air France, pour la France et pour l'ensemble des Français qui verront également les tarifs aériens être à un niveau permettant à chacune et à chacun d'accéder à l'avion."

Air Lib peut continuer ?

- "Oui, c'est souhaitable naturellement. Il y a des hommes et des femmes qui ont un outil de travail utile et important. Nous avons besoin d'Air Lib pour assurer la déserte de l'Outre-mer. Simplement, il faut qu'Air Lib..."

Une autre compagnie va être créée ?

- "Ecoutez, si Air Lib et puis Corsair, qui est également une compagnie importante aux côtés d'Air France, plus les compagnies nées en Polynésie, à La Réunion font bien leur travail, d'autres compagnies ne sont pas nécessaires. S'il y avait une défaillance d'une des compagnies de cet ensemble, il faudrait une compagnie spécialisée pour l'Outre-Mer."

Vous êtes un des fondateurs de l'UMP. Aujourd'hui...

- "Vous voulez que je vous chante "La maison bleue", c'est ça ? C'est une belle chanson de M. Leforestier !"

Je ne sais pas, vous chantez ce que vous voulez. Est-ce que la bataille autour du nom cache une autre bataille ?

- "Non, pas la bataille qui est autour du nom. Le fait qu'on discute si ça reste "l'UMP", si ça peut s'appeler "Union", je crois que J.-L. Debré a proposé "Rassemblement", on parle de "La Maison bleue", tout cela cache la réalité politique importante de cette rentrée. C'est-à-dire que, pour la première fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la droite et le Centre ont été capables de s'unir, de créer une formation commune, de mettre en commun leurs réflexions politiques pour soutenir le gouvernement de J.-P. Raffarin, pour mener une nouvelle politique. Si j'étais venu il y a un an, je ne vous aurais pas dit qu'il y aurait un parti unique de la droite en 2002."

Et les députés de l'UMP n'ont pas de comptes à rendre ?

- "Vous parlez de ceux qui se promènent du côté de l'Irak ? Je pense qu'au retour, leurs collègues vont les interroger avec une certaine vivacité. C'est des questions bien légitimes qui leur seront posées."

(source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 17 septembre 2002)

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