Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer, à "RTL" le 17 septembre 2002 sur la sécurité routière et les objectifs à fixer pour limiter le nombre de tués et d'accidentés sur les routes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer, à "RTL" le 17 septembre 2002 sur la sécurité routière et les objectifs à fixer pour limiter le nombre de tués et d'accidentés sur les routes.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, ELKRIEF Ruth.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer

ti : R. Elkrief - Un petit mot sur l'Irak : trois députés français de la majorité qui se rendent en Irak, c'est une bonne idée ?

- "Je pense que c'est inopportun dans le climat actuel. C'est inopportun, c'est une démarche qui va gêner très probablement la France et qui place la majorité dans une position un peu difficile, parce que divisée. J'espère qu'ils vont nous dire pourquoi ils sont allés là-bas et justifier leur voyage."

A chaque nouveau gouvernement, depuis M. Bérégovoy, puis M. Rocard et encore récemment J.-C. Gayssot, votre prédécesseur, on a des grandes déclarations pour nous dire qu'on va "diviser par deux" - c'était le cas de J.-C Gayssot - le nombre de victimes, qu'on va mettre fin à cette hécatombe. Et puis, à chaque fois, on se rend compte que c'est un bilan très négatif. Pourquoi est-ce que vous réussiriez, alors que les autres ont échoué ?

- "Pour plusieurs raisons. C'est vrai que c'est un sujet difficile et que les gouvernements, en tout de bonne foi, ont essayé d'agir, et d'agir assez fort. D'abord parce que c'est une volonté du président de la République et donc, l'impulsion est donnée par le Président lui-même. C'est quand même la première fois. Cela veut dire que derrière, il doit y avoir une mobilisation nationale qui va non seulement partir des cinq ministres, mais de tout le monde, de toutes les associations, de tous les acteurs qu'ils soient administratifs ou dans le privé - les constructeurs automobiles par exemple -, jusqu'au stade éducatif, c'est-à-dire le corps professoral, qui va se mobiliser pour obtenir enfin des résultats. On ne peut pas rester dans la situation actuelle. Vous la connaissez..."

8.000 morts par an.

- "8.000 morts, mais entre 100.000 et 150.000 blessés. Cela veut dire que lorsqu'on est 5 autour d'une table, statistiquement bien sûr, on peut être sûr qu'il y en aura au moins un de blessé au cours de sa vie. Ce sont des perspectives qui font froid dans le dos. On ne peut pas rester dans cet état-là. C'est vraiment une cause nationale. Le Président a parlé de "chantier", "un grand chantier du quinquennat". Nous avons, tous, les uns et les autres, chacun avec nos apports et notre volonté, quitte à être impopulaires - je le dis franchement - à mettre des mesures, même difficiles, en place pour que les résultats soient au bout du compte. Je ne sais pas quels résultats. Il y a une obligation de moyens dans un premier temps. Il faudra bien que derrière il y ait des résultats."

Tout de même, est-ce qu'il faut vraiment proposer de nouvelles lois, alors que celles qui existent déjà ne sont pas vraiment appliquées ? Quand on voit les chiffres, le degré d'impunité est très important : 60 % des usagers dépassent la vitesse autorisée, 60 % des infractions constatées ne sont pas suivies de sanctions. Sanctionnons d'abord, puis créons de nouvelles lois après, non ?

- "60 % d'infractions constatées ! Mais il y a combien d'infractions qui ne sont pas constatées ? Il y en a évidemment beaucoup plus. Vous avez raison : le premier objectif a atteindre est d'avoir un système de contrôle des infractions et de sanctions quasi automatique. Quand on fait une infraction sur la route, il faudrait que l'on soit à peu près certain que l'infraction soit relevée, d'être pris en cours de conduite avec excès de vitesse, sans ceinture et le cas échéant, avec un degré d'alcool dans le sang supérieur à 0,5 degré - pas cumulé mais un des trois - et que derrière, quand on est pris, qu'on paye et donc, qu'on ait une sanction. Que ce soit un retrait de permis, une suspension de permis, ou on enlève des points, ou bien une amende. Mais il faudrait que ce soit automatique. Le double petit jeu est fini. Le premier qui consiste à prendre sa voiture pour jouer avec - slalom, on fait de l'épate etc... Le deuxième petit jeu est d'échapper justement aux contrôles et à ces infractions. On peut même dire qu'il y a un troisième petit jeu, qui consiste aussi à ne pas avoir d'amendes ou de peines, de sanctions lorsqu'on a été pris. Il y a beaucoup de gens qui y échappent. Le premier objectif est qu'il y ait une quasi automaticité de l'infraction à la sanction."

Cela veut dire quand même des moyens supplémentaires en hommes, dans la justice pour appliquer des sanctions, des moyens policiers et des moyens techniques. Le Gouvernement est prêt à mettre ces moyens ?

- "Le Gouvernement est prêt à mettre les moyens, à condition d'être sûr de l'efficacité des moyens, d'où l'objet des états généraux de cet après-midi, pour que l'on soit tous bien en phase et que ce soit une mobilisation générale : la justice, la police, ceux qui appliquent les peines mais aussi, en amont, toutes celles et tous ceux qui peuvent participer à l'acte d'éduquer même, depuis la tendre enfance, ceux qui font passer le permis ou ceux qui apprennent la conduite et le code. C'est vraiment toute la chaîne de la conduite automobile qu'il faut sensibiliser à ce drame national. On est les plus mauvais élèves de l'Europe et on veut être, sinon tout de suite les premiers, les moins dangereux en Europe..."

Vous vous fixez un objectif précis ? On voit 8.000 morts et plus de 150.000 blessés. Est-ce qu'il y a un chiffre ?

- "Cela n'a pas réussi à mon prédécesseur, qui avait annoncé des chiffres mirobolants de baisse du nombre de tués sur les routes. Moi, je crois qu'il faut très vite revenir au moins à une moyenne européenne. On est les derniers ? Eh bien, il faut être au minimum, très vite, comme la Grande-Bretagne si possible."

A peu près 3.000 morts par an...

- "La moitié, ce serait très bien. Mais disons que la moyenne européenne, cela montrerait que les mesures que nous avons prises sont utiles. Mais surtout, c'est sur la durée. Ce n'est pas, à mon avis, un objectif que de prendre des mesures et seulement pendant six mois faire attention à leur application. C'est toute une culture de la conduite qu'il faut modifier. La conduite doit être pacifiée. Les routes doivent être pacifiées. On prend sa voiture pour se déplacer et on ne prend pas la voiture pour s'amuser."

Est-ce qu'il y aura des injonctions aux constructeurs ? Après tout, les véhicules sont souvent fabriqués dans des normes qui dépassent les limitations de vitesse existantes dans tous les pays d'Europe ?

- "Les constructeurs sont partie prenante dans cet acte de sécurité automobile. Ils se rendent bien compte d'ailleurs que si l'automobile devient une arme plutôt qu'un moyen de déplacement, un jour au l'autre, on va se dégoûter de l'automobile. C'est tout leur intérêt de rendre les voitures plus sûres."

Ils ont déjà commencé. Il y a un certain nombre de mesures qui sont prises avec l'Airbag etc...

- "C'est vrai, mais il ne faut pas non plus que cela donne un sentiment de sécurité qui permette de faire encore plus les fous sur la route. Ils ont intérêt à pacifier la voiture aussi. Et ils y travaillent. J'ai rencontré les présidents de Renault et de Peugeot pour vous donnez deux exemples. Ces deux grandes marques françaises vont participer aux tables rondes de cet après-midi. Ils vont nous dire ce qu'ils peuvent proposer comme moyens techniques à ajouter dans la voiture pour les rendre plus sûres et pour responsabiliser - je crois que c'est cela - les conducteurs. Tout à l'heure, vous avez cité le nombre de victimes : il faut savoir que si les gens se sentent invulnérables, les victimes sont à 60 % de gens qui ne sont pas responsables de l'accident. Les victimes sont les victimes de la non connaissance de la bonne conduite par la personne qui est en face. N'importe qui, demain, peut être victime sur la route."

(source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 17 septembre 2002)

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