Interview de M. Serge Lepeltier, membre du comité politique de l'UMP, à France 2 le 19 septembre 2002, sur la libération de M. Papon, la prochaine dissolution du RPR, l'union de la majorité au sein de l'UMP et le choix d'un nom pour ce parti politique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Serge Lepeltier, membre du comité politique de l'UMP, à France 2 le 19 septembre 2002, sur la libération de M. Papon, la prochaine dissolution du RPR, l'union de la majorité au sein de l'UMP et le choix d'un nom pour ce parti politique.

Personnalité, fonction : LEPELTIER Serge, LABORDE Françoise.

FRANCE. UMP, membre du comité politique;FRANCE. RPR, président délégué

Circonstances : Libération de M. Papon pour cause médicale le 18 septembre 2002

ti : F. Laborde - Un mot sur cette libération de M. Papon, sur laquelle on entend beaucoup de commentaires et dans l'ensemble quand même beaucoup de surprises.

- "Sur un tel dossier, il y a eu une décision de justice, nous ne pouvons qu'en prendre acte et nous ne devons pas la commenter. Je souhaite simplement dire deux choses. D'abord, que je pense aux familles et que je comprends dans ce moment leur indignation. Il faut imaginer ce qu'elles ont vécu, leur histoire, leur douleur. Et dans ce moment, naturellement, cette douleur ne peut que ressortir. Et puis aussi le fait que notre pays, la France, ait eu sur ce dossier le courage d'aller au bout et de faire ce procès, d'aboutir à une condamnation, c'est-à-dire au fond de tirer les leçons de l'Histoire. Je me réjouis que le septennat de J. Chirac ait été très clair sur cette question et c'est important de le rappeler aujourd'hui."

D'ailleurs, J. Chirac a toujours refusé toute remise de peine et toute grâce à M. Papon, même quand il lui a demandé.

- "C'est de son pouvoir total, mais c'est effectivement ce qu'il a fait."

Tout de même, on comprend qu'effectivement la loi permette à des prisonniers en fin de vie de mourir entourés des leurs, et non pas dans le cadre austère des prisons. Mais on a le sentiment quand on voit M. Papon aujourd'hui que c'est un vieillard certes, mais qu'il n'est pas totalement à l'article de la mort et qu'il l'est d'autant moins que manifestement, il entend en quelque sorte mettre à profit cette liberté retrouvée pour obtenir réhabilitation et nouveau procès. Là dessus, qu'en pensez-vous ?

- "C'est une décision de justice, encore une fois. Ce sont des juges qui, aux vues du dossier, ont décidé et de je n'ai pas à commenter cette décision de justice."

Vous n'allez pas donner de conseils à M. Papon sur le thème, il vaut mieux que vous vous taisiez, que vous restiez chez vous tranquillement ?

- "C'est à lui, dans sa conscience, de le savoir, mais on se rejoint."

Il y aura d'autres prisonniers qui pourraient en bénéficier ? On parle par exemple de J. Crozemarie, qui lui aussi est à la Santé, dans un état de santé paraît-il déplorable ?

- "C'est, en fonction des textes de lois, aux juges de le dire, mais il est évident qu'un certain nombre de situations doivent être regardées."

Puisque manifestement je n'obtiendrais rien de plus de vous sur ce thème là, revenons au RPR ! Le RPR disparaîtra ce week-end. Les compagnons ont le c¿ur un peu serré forcement ?

- "J'étais le 5 décembre 1976 à la création, j'étais tout proche de J. Chirac lorsqu'il a fait ce discours extraordinaire cet après-midi du 5 décembre. Donc, nous avons tous, et ils ont comme moi, un peu de nostalgie. Je viens de faire une tournée de toutes les régions de France et, ce qu'ils ressentent, c'est aujourd'hui la nécessité, le besoin de répondre à la population, qui nous demande depuis plus de 20 ans, de nous unir. Ce que nous disent les Français c'est "unissez-vous, quand vous êtes unis, vous gagnez les élections, vous pouvez gouverner, quand vous êtes désunis, vous perdez". Donc, c'est pour répondre à ce besoin. Et aujourd'hui, ce que nous disent les compagnons, c'est que c'est le moment, qu'il faut y aller et qu'au fond, il peut y avoir beaucoup d'enthousiasme dans cette création d'un nouveau parti pour les 20 à 30 prochaines années. On est en train de restructurer notre vie politique, c'est en quelque sorte une révolution politique qui se passe, sans forcément qu'on le sente toujours."

Donc, il n'y aura pas de militants RPR qui refusent de rejoindre la nouvelle équipe ?

- "Vraisemblablement quelques-uns et c'est tout à fait légitime. Nous allons d'ailleurs, dès le 22 septembre, après nos Assises, nous adresser à l'ensemble des adhérents du RPR, en leur disant qu'ils sont adhérents de ce nouveau parti, sauf avis contraire de leur part. Nous devons respecter leur liberté. Mais j'ai vraiment le sentiment aujourd'hui que ce sera à la marge."

Parce que tout de même, le militant-type du parti gaulliste, du RPR, n'est pas exactement le même que le militant-type de l'UDF. Il y a des valeurs communes entre ces deux cousins, parfois un peu éloignés quand même ?

- "C'est tout à fait vrai que lorsque l'on va d'ailleurs dans une réunion du RPR et que l'on va dans une réunion de Démocratie libérale, ce n'est pas tout à fait la même sensation. Mais c'est tout de même très enthousiasmant de mettre ensemble aujourd'hui des personnes qui sont différentes, qui ont vécu une histoire politique différente et qui veulent travailler ensemble. Donc, il y a là un véritable défi qui n'est pas simple, mais je crois que ce défi est vraiment extraordinaire à mener."

Alors dans ce nouveau mouvement, est-ce qu'on va retrouver des courants justement en fonction de sa famille d'origine ou peut-être encore plus d'idées ?

- "On a à répondre à deux défis. D'abord, le défi de l'union : il faut vraiment que ce soit une véritable union, réelle, pas virtuelle, qu'elle se construise dans le temps. Et le défi de la diversité, ce qui veut dire qu'il faut que les sensibilités existent pour que les idées puissent être confrontées, qu'on puisse comme ça être en phase avec la population. Et la meilleure façon d'être en phase avec la population, de répondre à ses préoccupations, c'est évidemment de pouvoir confronter les idées. Donc, ces sensibilités vont se reconnaître."

Donc il y aura par exemple une tendance libérale, une tendance très européenne, une tendance plus sociale, une tendance ¿ ?

- "Ce que je souhaite, c'est qu'on ne voit pas là la reconstitution des anciens partis, parce que sinon, ça ne servirait plus à rien, mais que ce soit des regroupements sur des idées, que ce soit un véritable combat d'idées, pour que nous nous adressions aux Français, que nous leur proposions de vraies solutions. Donc, on retrouvera des sensibilités de type républicain, libéral, européenne. Que tout cela travaille dans la réflexion et qu'on puisse, encore une fois, s'adresser aux Français pour que leurs préoccupations soient prises en compte."

Des courants avec peut-être une personnalité emblématique qui incarnerait telle ou telle tendance, comme il y a eu par exemple les séguinistes à un moment donné, quand ce courant existait au sein du RPR ?

- "Ce qui est important, c'est qu'à la base, ce soient les idées, l'ambition - l'ambition républicaine, l'ambition européenne - qui soient la base de ces courants. Et naturellement, des personnes s'incarnent là dedans, c'est bien normal. Ainsi, on verra que quelquefois, cette concurrence, les ambitions des uns et des autres tout à fait légitimes, pourront se gérer à l'intérieur de ce grand parti."

Le parti va s'appeler comment ? On entend circuler des noms divers et variés, "Maison bleue" entre autres. "Maison bleue", ça plaît aux militants gaullistes franchement ?

- "Ecoutez, dès que le nom est sorti, ils se sont tout de suite, dans les réunions, précipités sur moi en disant, plutôt "non" ! Donc, c'est un peu ce que l'on ressent. Ce que je souhaite, c'est que justement ils soient très clairement concernés. Le nom, ce n'est pas anodin ; on s'identifie à un nom, on doit s'approprier le nom auquel on appartient, donc il faut absolument qu'ils soient concernés. Ce que je souhaite, c'est tout simplement qu'ils soient consultés sur ce nom."

C'est-à-dire que vous demandez un vote solennel à l'ensemble des militants ?

- "Ce que nous voulons faire, c'est un nouveau parti, ce n'est pas seulement un parti de plus, c'est un parti qui fonctionne autrement et en particulier, qui soit basé sur la démocratie. On ne peut quand même pas dire que l'on va consulter les militants sur une ligne politique et ne pas les consulter sur le nom. Donc, je souhaite qu'ils votent sur ce nom."

Au congrès du 17 novembre, vous demanderez à ce qu'il y ait un vote sur le nom du parti ?

- "Je le souhaite, ce sera arbitré dans les prochains jours, mais je défendrai cette position."

Selon toute vraisemblance c'est A . Juppé qui sera président du mouvement. Personne d'autre ne va se présenter à ce poste ?

- "Ce qui a été prévu, c'est que les trois composantes - le RPR, Démocratie libérale, l'UDF - soient dans cette nouvelle direction, donc avec A . Juppé, avec P. Douste-Blazy, avec J.-C. Gaudin. Je crois que c'est un très bon équilibre, donc ils devraient recueillir l'assentiment de la très grande majorité du parti."

Vous vous intéressez beaucoup au développement durable. Le président de la République a souhaité qu'il y ait un séminaire gouvernemental sur ce thème, vous allez beaucoup vous y investir ?

- "Ça me paraît très important, parce que l'environnement ne peut pas être seulement le fait d'un ministre ou d'une ministre dans un coin : il faut que ce soit la politique de l'ensemble du Gouvernement. Et ça, J. Chirac, avec son ambition dans ce domaine, l'a bien compris. Il veut mobiliser l'ensemble du Gouvernement. Je m'en réjouis, parce qu'il faut que chaque ministre se sente porteur de l'écologie et de l'environnement."

(source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 19 septembre 2002)

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