Conférence de presse, de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, interviews et déclaration à RFI à Kaboul le 3 septembre 2002, sur les relations et le soutien de la France à la reconstruction de l'Afghanistan, notamment la contribution française à la sécurité, la situation intérieure et l'évolution politique de ce pays. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse, de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, interviews et déclaration à RFI à Kaboul le 3 septembre 2002, sur les relations et le soutien de la France à la reconstruction de l'Afghanistan, notamment la contribution française à la sécurité, la situation intérieure et l'évolution politique de ce pays.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie

Circonstances : Voyage de M. de Villepin à Kaboul le 3 septembre 2002 : entretiens avec le président afghan Hamed Karzaï et le vice-président et ministre de la défense, Mohamad Qassem Fahim

ti : (Interview avec le président Hamed Karzaï, à Kaboul, le 3 septembre 2002) :

Nous avons avec l'Afghanistan une relation très ancienne et ce qui se passe en ce moment en Afghanistan nous concerne tous : la lutte contre le terrorisme - et nous avons marqué notre détermination, notre contribution très importante -, la restauration et le développement de la démocratie, qui est un enjeu important pour le pays et pour l'ensemble de la région, et la reconstruction de l'Afghanistan. Nous sommes aux côtés du peuple afghan, aux côtés du président Karzaï pour engager cet effort de reconstruction dans des domaines aussi divers que la sécurité, la création d'institutions qui permettent véritablement au gouvernement afghan de travailler sur l'ensemble du pays, l'éducation, la santé, le domaine culturel. Autant de défis qu'il faut relever, et nous sommes bien évidemment aux côtés des Afghans dans cet important défi pour l'Afghanistan lui-même, pour la région et pour le monde.

Q - Monsieur le Ministre, est-ce que vous pouvez évoquer plus particulièrement ce dont le président Karzaï vient de parler, la formation, d'une renaissance de l'armée afghane ? Je sais que votre ministère est impliqué. Pouvez-vous nous en dire plus ?

R - Nous avons contribué à la formation d'un premier bataillon, et c'est très important de recréer des institutions qui soient capables d'assumer, de jouer tout leur rôle pour la sécurité en Afghanistan. Nous sommes actuellement, comme le président Karzaï l'a dit, en train de participer à la formation d'un deuxième bataillon. Nous le faisons en liaison avec nos partenaires occidentaux, les Américains exercent aussi leurs responsabilités dans ce domaine. Mais il y a bien d'autres domaines de préoccupation. Vous savez que la France va en particulier - nous l'avons évoqué et c'est une préoccupation pour le président Karzaï -, engager la lutte contre le trafic de drogue, l'éradication de la drogue. Nous allons prendre une initiative, dans le cadre de la présidence française du G8, pour avoir une conférence sur les routes de la drogue, et faire en sorte que ce fléau, qui est aussi, par le biais mafieux, à la source du terrorisme, puisse véritablement être éliminé.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 septembre 2002)

(Interview avec le vice-président et ministre de la défense, le maréchal Mohamad Qassem Fahim, à Kaboul, le 3 septembre 2002) :

Q - Quels ont été les objectifs de votre voyage à Kaboul, et jusqu'à quel point avez-vous apporté dans le domaine de l'aide à l'Afghanistan ?

R - Vous savez que la France est très mobilisée vis-à-vis de l'Afghanistan, parce que la relation entre nos deux pays est très profonde. Entre les peuples, entre les gouvernements, la relation entre le président Chirac et le président Karzaï est une relation forte qui s'est développée à la suite de la venue à Paris du président Karzaï. Nos objectifs, vous les connaissez, la lutte contre le terrorisme, encourager la marche vers la démocratie de l'Afghanistan et aider à la reconstruction.

Nous sommes aux côtés du gouvernement afghan pour restaurer l'unité et la sécurité de votre pays, et vous savez notre collaboration dans le domaine de la sécurité, en aidant à la formation de l'armée afghane, en aidant à la préparation d'une constitution, en aidant dans le domaine de la santé, de l'éducation, de la culture. C'est tout un ensemble de secteurs qui nous mobilise, mais la priorité pour nous aujourd'hui, c'est l'unité de l'Afghanistan, la sécurité de l'Afghanistan, et c'est là, je crois, l'enjeu pour assurer la stabilité de ce pays auquel nous sommes attachés de longue date, très important pour la région et pour la stabilité de l'ensemble du monde.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 septembre 2002)

(Conférence de presse à Kaboul, le 3 septembre 2002) :

Le moment de ma visite à Kaboul est un moment particulier : nous sommes aujourd'hui à la croisée des chemins.

Pour l'Afghanistan : un chemin important a été parcouru. Un nouveau gouvernement est en place. La lutte contre les réseaux terroristes a commencé à porter ses fruits. Mais nous devons consolider ce travail et assurer sa pérennité. Il est essentiel que notre engagement et notre action s'inscrivent dans la durée.

Pour la région : il y a un défi stratégique dans le renforcement de la stabilité en Afghanistan. Ce qui est en jeu, au delà de ce pays, ce sont les liens avec le Pakistan, la construction de relations pacifiées en Asie du Sud, le progrès vers la paix au Moyen-Orient. L'Afghanistan est au c¿ur des fractures du monde contemporain. Il revient à chacun de nous d'en faire un pôle de stabilité.

Pour la communauté internationale : le travail qui a été accompli dans les domaines de la sécurité, de la police, de la lutte contre la drogue, de l'éducation, de la culture et de la santé doit être conduit à son terme. La coopération exemplaire entre les nations, notamment dans la lutte contre le terrorisme, est un succès pour l'Afghanistan comme pour la communauté internationale. Notre détermination à poursuivre en ce sens doit rester intacte. J'ai évoqué cette question avec mes partenaires européens lors de la réunion informelle de samedi dernier. J'aurai l'occasion d'en reparler avec mes différents homologues à New York en marge de l'Assemblée générale des Nations unies notamment lors d'une réunion G8.

La France a en Afghanistan un engagement fort qui s'est manifesté depuis un an par trois objectifs prioritaires :

- la lutte contre le terrorisme : notre pays a participé avec détermination et avec des moyens importants au combat contre Al Qaïda. Un détachement naval a été basé dans l'Océan indien jusqu'en juin 2002. Six Mirage 2000-D ont participé aux opérations militaires de lutte contre Al Qaïda. Cinq cents militaires français participent toujours à la Force internationale d'assistance à la sécurité en Afghanistan. Ils ont notamment participé à des opérations de déminage dans l'aéroport de Kaboul. Des événements tragiques récents ont montré l'importance de cette action ;

- la lutte pour la restauration de la démocratie. La situation est aujourd'hui fragile mais l'espoir est réapparu : les hommes et les femmes de ce pays réapprennent peu à peu à vivre. L'aide que M. Carcassonne apporte à la rédaction d'un projet de constitution afghane souligne notre volonté de participer à ce mouvement de restauration de la démocratie ;

- enfin, la rénovation d'une relation bilatérale ancienne : vieille fraternité entre nos deux peuples ; vieux dialogue culturel qui a permis de maintenir, même aux heures les plus sombres du régime afghan, un lien précieux entre les partisans de la liberté de nos deux pays.

Je suis venu à Kaboul réaffirmer notre engagement à mettre en oeuvre ces objectifs.

Après la visite du président Karzaï à Paris en février dernier, je suis venu à Kaboul lui confirmer notre soutien. J'ai également rencontré Sa Majesté Zaher Shah, le ministre des Affaires étrangères et le maréchal Fahim, ministre de la Défense.

Avec tous mes interlocuteurs je suis parvenu à la même conclusion : l'unité de l'Afghanistan est la condition essentielle de sa sécurité, de son développement et de la restauration de sa place sur la scène internationale. Il n'y aura pas de solution durable aux problèmes de l'Afghanistan sans une affirmation concrète et forte de son unité.

Notre action portera ses fruits si nous sommes capables d'assurer la stabilité de l'Afghanistan.

La sécurité est une question prioritaire. C'est pourquoi la France poursuivra son action de formation de la nouvelle armée afghane qui doit devenir le symbole de l'unité retrouvée du pays. Nous avons déjà achevé la formation d'un premier bataillon. Nous travaillons avec un deuxième bataillon qui sera disponible fin novembre. Je me suis entretenu de cette question avec le maréchal Fahim qui a, je crois, pris la mesure du rôle historique qui lui incombe.

La sécurité concerne également la lutte contre la drogue. Il s'agit d'un enjeu majeur pour l'Afghanistan comme pour l'Europe qui est le principal débouché de ces trafics. La France a engagé un programme d'assistance à l'éradication de ce fléau. Elle a également proposé l'organisation d'une conférence sur les "routes de la drogue" en provenance d'Afghanistan qui se tiendra à Paris en 2003, pendant notre présidence du G8.

Notre effort de reconstruction sera durable s'il s'attache également aux enjeux essentiels de l'éducation et de la santé.

J'ai été heureux de visiter les lycées Esteqlal et Malalaï et d'y voir de jeunes Afghans et de jeunes Afghanes satisfaire leur soif de connaissance et d'ouverture au monde. Ce n'est qu'un premier pas qui s'inscrit dans une longue tradition de coopération franco-afghane.

Les programmes de formation de médecins et d'infirmières, de même que les projets de rénovation d'un hôpital à Kaboul sont un témoignage de notre volonté d'assurer au peuple afghan un niveau sanitaire de qualité.

Au-delà du combat immédiat, politique et militaire, contre le terrorisme et la barbarie, c'est par l'ouverture au monde, c'est par le dialogue entre les civilisations, par la diversité culturelle et donc le respect de la culture de l'autre, que l'on répondra à l'obscurantisme qui s'est abattu sur l'Afghanistan pendant vingt ans.

Le développement d'une presse libre et indépendante permettra au peuple afghan de se tourner vers l'extérieur. La France fournit donc un appui aux médias afghans. J'ai été heureux de feuilleter tout à l'heure l'avant numéro de la revue "Les nouvelles de Kaboul" qui sera publiée dans quelques jours avec le soutien de notre pays.

Nous allons également former des journalistes et aider la radio et la télévision afghanes.

Je tiens à ce sujet à souligner l'importance de la contribution des ONG dont j'ai tenu à rencontrer les représentants pour saluer le travail admirable qu'ils accomplissent sur le terrain. L'énergie et la compétence qu'ils déploient font honneur à notre pays.

Le dynamisme de notre coopération culturelle se reflète dans l'accord que je viens de signer avec le Dr Abdullah sur la création d'un centre culturel français à Kaboul. Ce centre mènera des actions variées et sera également une structure d'appui à l'enseignement du français.

Dans la même veine, je mentionnerai notre coopération archéologique qui unit nos deux pays depuis longtemps. L'exposition du musée Guimet que le président Karzaï a inauguré en compagnie du président de la République en début d'année à Paris en a été un magnifique exemple.

Je remercie M. Jean-François Jarrige de m'avoir accompagné dans ce voyage. J'ai hâte de visiter avec lui le musée de Kaboul et de voir la beauté des oeuvres qu'il recèle, ainsi, hélas, que les dommages, parfois irréversibles, commis par l'obscurantisme du régime précédent. Quel témoignage plus parlant de l'outrage fait à la grandeur de la civilisation afghane comme aux valeurs de l'humanisme !

Près d'un an après les attentats du 11 septembre, l'Afghanistan est à la croisée des chemins. Il est sorti d'un enfer de vingt ans. La liberté, la démocratie et le développement sont à portée de main, mais, je le répète, rien n'est acquis. L'effort de tous reste nécessaire. C'est vrai pour les Afghans eux-mêmes. C'est vrai pour la communauté internationale dont l'action doit se concevoir dans la durée. Telle est la principale conclusion que je tire de cette visite.


Q - Monsieur le Ministre, c'est tout à fait admirable que vous soyez venu ici, montrer votre drapeau, presque exactement un an après les attentats du 11 septembre ; mais, je le rappelle, le fait que nous ayons dû ce matin porter des gilets pare-balles dans l'avion montre qu'il ne s'agit pas encore d'un pays où la sécurité est entièrement assurée. Il y a un changement d'attitude aux Etats-Unis à ce sujet et on commence à penser que le fait d'avoir une installation logistique en dehors de Kaboul, dans les régions, serait quelque chose qui permettrait d'assurer une plus grande sécurité. Si cela devait se faire avec des prises de position, de commandement et de contrôle, est-ce que la France serait prête à y participer ?

R - Le problème de la sécurité doit être apprécié au regard du chemin parcouru, depuis un an notamment, ne parlons pas des années qui ont précédé. Je crois qu'en un an, beaucoup a été fait par le gouvernement, par la communauté internationale. La Force d'intervention qui, vous le savez, comporte aujourd'hui une majorité d'Européens, a pour mission d'assurer la sécurité à Kaboul. La priorité de notre action, de l'action de la France, et l'objectif que s'est fixé la communauté internationale, c'est d'essayer de recréer les bases d'un Etat en Afghanistan, d'un Etat moderne, capable d'assurer sa sécurité, capable de s'organiser à travers le territoire pour véritablement permettre de consolider la situation. Beaucoup a été fait. Il y a un objectif, qui est le nôtre, qui est celui de la Force internationale et de la communauté internationale, à travers l'appui donné à un Etat, notamment la coopération en matière militaire : il s'agit de former l'armée afghane et de lui donner les moyens d'assumer tout son rôle, je crois que c'est la priorité aujourd'hui. Il ne faut pas se substituer à la responsabilité du gouvernement afghan, il faut l'aider à assumer cette responsabilité. C'est pour cela que nous nous investissons si fortement, de façon si exigeante ; les Américains le font de leur côté pour la formation d'une partie de l'armée, nous le faisons en ce qui nous concerne. Je l'ai dit, un premier bataillon a été formé, un deuxième bataillon est en cours de formation. Je crois que c'est sans doute le moyen le plus efficace, le plus sûr, le plus responsable, d'essayer de permettre à ce pays de retrouver la sécurité, en partant, je le rappelle, d'un chemin qui a été parcouru et qui est tout à fait impressionnant, le président Karzaï le reconnaissait lui-même.

Je crois, par ailleurs, que le gouvernement afghan est aujourd'hui conscient de l'effort qu'il lui reste à faire. Le maréchal Fahim a évoqué ce matin le renforcement des structures de l'armée, l'amélioration des matériels, l'augmentation des effectifs. Augmenter le recrutement est un élément important pour permettre à cette armée d'être plus efficace, plus présente sur le terrain. Je crois que notre responsabilité, c'est de permettre à cette armée d'avoir les moyens de faire son travail, et pas de nous substituer à elle.

Q - Monsieur le Ministre, l'Union européenne fait un effort assez conséquent d'aide financière en Afghanistan, nous l'avons évoqué. Cependant, des critiques sont émises ici et là, à Washington récemment, sur la lenteur de l'aide ou une certaine insuffisance de cette aide. Est-ce que vos interlocuteurs afghans ont invoqué ce problème de l'importance de l'aide et des délais ?

R - L'aide européenne a été évoquée par mes interlocuteurs, mais c'est pour s'en féliciter, et je crois que s'il y a pu y avoir des critiques, ce ne peut être que le fruit de malentendus. L'Europe est le principal fournisseur d'aide, le principal bailleur de fonds : 600 millions d'euros pour l'année 2002. Bien évidemment, vous l'imaginez, préparer des projets, nourrir cette coopération, tout ceci demande des délais, tout ceci n'est pas facile. Mais je crois que les dispositifs se sont rapidement mis en place. Nous sommes en mesure, maintenant, de faire fonctionner cette collaboration dans les meilleures conditions. Nous avons évoqué cette situation à Elseneur au Danemark, il y a quelques jours avec les Quinze, et je crois qu'il y a là conscience du formidable effort fait par les Quinze. En tout cas le gouvernement Karzaï en est parfaitement conscient.

Q - Sur la question de l'élargissement de l'aide militaire à d'autres régions que la région de Kaboul, en avez-vous parlé explicitement avec tel ou tel de vos interlocuteurs et avez-vous été l'objet de demandes en ce sens ?

R - La question a été évoquée par le Dr Abdullah, le ministre des Affaires étrangères, pour souligner les besoins dans le domaine de la sécurité de la part de l'Afghanistan, et je lui ai donc indiqué quelle était notre priorité, notre parti pris, notre souci d'essayer d'abord de répondre aux exigences et aux impératifs de formation de l'armée afghane.

Q - Monsieur le Ministre, votre réponse pose un problème. Vous dites qu'il y a eu 600 millions d'euros. Or le gouvernement afghan ici nous dit : "on a reçu, au titre de Tokyo, six cent millions de dollars. Donc il ne peut pas y avoir eu 600 millions d'euros dans le cadre de Tokyo. Et c'est pour cela qu'il y a tous ces problèmes de critiques qui sont avancées entre les engagements et ce qui a été réellement obtenu. Donc, ces six cent millions, c'est ce qui va venir ou c'est ce qui est déjà disponible ?

R - J'ai parlé des montants de l'aide européenne pour 2002, ce déboursement de l'aide implique, bien sûr, que les projets soient arrivés à maturité, qu'ils aient pu être présentés, qu'ils aient pu être préparés, étudiés et qu'ils soient immédiatement réalisables. Souvent, vous le savez, ces projets demandent de lourdes préparations. J'ai évoqué cette question avec le président Karzaï. Il y a un lourd travail de préparation technique et il faut, sans doute, que nous nous employions peut-être davantage à travailler en concertation, en amont, pour aider l'Afghanistan à préparer ces projets. Cela suppose la mobilisation d'institutions financières internationales, du FMI, de la Banque mondiale, ce sont des processus lourds. On ne peut pas, dans un pays comme l'Afghanistan qui sort de si longues années de guerre, investir dans des délais très courts des montants aussi colossaux. Cela demande une préparation si l'on veut éviter le risque de gaspillage, les dépenses inutiles. Cela signifie qu'il y a, bien sûr, des délais et je peux vous dire, en ce qui concerne l'aide européenne, que les choses se passent selon un processus parfaitement conforme à ce qui a été prévu, et que nous faisons en sorte que cette aide, de plus en plus, puisse arriver à être débloquée effectivement et efficacement. C'est l'un des soucis particuliers que l'on a en ce qui concerne l'attribution d'aides aussi importantes.

Q - Le commandant américain disait que la guerre contre Al-Qaïda devrait être étendue à d'autres pays, à savoir le Pakistan. Est-ce que vous partagez ce point de vue ?

R - Je peux vous dire de la façon la plus claire la détermination de la communauté internationale, la détermination française à lutter contre le terrorisme où que ce soit. C'est vrai pour le terrorisme, c'est vrai pour les menaces de prolifération d'armes de destruction massive. Il s'agit là d'un impératif essentiel. Mais les moyens sont nombreux et complexes. Il y a, bien sûr, l'action militaire, quand cela est nécessaire, mais il y a d'autres coopérations qui sont indispensables si l'on veut être efficace. La sécurité ne peut pas tout, il faut mettre en place des dispositifs dans le domaine de la coopération policière et judiciaire, dans le domaine de l'échange de renseignements, autant de coopérations indispensables si l'on veut éviter en permanence de lutter contre des sables mouvants. Il faut pouvoir s'attaquer aux racines du problème, circonscrire et non pas en permanence courir après une hydre dont la tête coupée peut repousser ailleurs. Il faut donc une mobilisation de l'ensemble de la communauté internationale à travers des moyens d'actions variés et prédéterminés, s'inscrivant dans la durée. On ne doit pas sous-estimer le fait que ces actions exigent une mobilisation constante, pour de longues années encore.

Pour résumer ma pensée sur cette question, je veux souligner à quel point, face au terrorisme, la politique de sécurité seule ne peut permettre de régler définitivement le mal. Il faut, à une politique déterminée de sécurité, adjoindre une perspective politique. C'est vrai dans toutes les crises mondiales. Il faut prendre le risque de la paix, le risque du dialogue, le risque qui consiste en permanence à essayer de nouer des fils pour permettre de trouver des solutions durables. Aucune solution de force ne peut permettre de trouver des solutions durables, des solutions pérennes. Il faut cette part indispensable du dialogue politique, de la cicatrisation, du dialogue des cultures qui permet d'introduire plus de tolérance, plus de compréhension à l'intérieur d'un même pays en crise ou entre des pays qui sont animés l'un contre l'autre de haines parfois très profondes et très complexes.

Q - Monsieur le Ministre, la France est l'un des premiers pays à avoir envoyé de l'aide à l'Afghanistan pour aider à lutter contre Al Qaïda, et j'aimerais savoir combien de temps les forces françaises vont rester en Afghanistan. Elles assurent la sécurité à Kaboul, mais même dans Kaboul, il y a des attaques à la bombe. La France entraîne des bataillons de l'armée afghane. Mais néanmoins, il y a toujours des attaques à la bombe. Ne pensez-vous pas que cela amènera les Afghans à réagir de façon négative à de telles attaques ?

R - La force d'intervention effectue son deuxième mandat, mandat qui finit à la fin de l'année. Nous allons donc avoir l'examen d'un troisième mandat et j'ai dit que, dans le cadre des contacts réguliers et très prochains, que je vais avoir avec nos partenaires des Quinze - la force est constituée en majorité d'Européens -, nous allons examiner cette situation. Notre effort dans le domaine de la sécurité, notre effort de coopération avec l'Afghanistan, s'inscrit bien dans la durée. Nous avons conscience qu'il faut poursuivre avec détermination si nous voulons véritablement obtenir des résultats tangibles qui puissent conforter la situation afghane. C'est bien dans ce sens que nous voulons travailler. Vous avez, par ailleurs, évoqué l'explosion des bombes à Kaboul et une situation qui reste difficile dans une partie du territoire afghan. On ne s'habitue pas au terrorisme. Il faut lutter contre le terrorisme, c'est bien évident, et nous sommes mobilisés pour continuer à faire face à cette menace. Mais il faut le faire avec les moyens qui sont les plus appropriés et nous estimons aujourd'hui qu'ils appartiennent au gouvernement afghan. C'est pour cela que nous contribuons aussi fortement à la formation de l'armée afghane, qui a pour responsabilité d'assumer la sécurité. Nous voulons apporter notre soutien à la formation de l'armée pour permettre, justement, au cours des prochains mois, des prochaines années, de rendre plus efficace l'action de l'armée et donc le renforcement de la sécurité dans le pays.

Vous évoquiez l'inquiétude du peuple afghan. Je crois qu'il faut se souvenir aussi du chemin qui a été parcouru, comme le rappelaient le président Karzaï et le maréchal Fahim. Quand on se rappelle la situation d'il y a quelques mois, d'il y a quelques années, je crois qu'un formidable effort a été fait, et par le gouvernement afghan et par la communauté internationale.

Q - On parle beaucoup d'une éventuelle attaque de l'Iraq par les Etats-Unis en raison de la présence d'éléments d'Al Qaïda dans le pays. Nous aimerions savoir quelle est la position de la France.

R - Nous l'avons rappelé, et le président de la République l'a encore rappelé récemment. Je vous le répète : la position française, c'est une détermination très grande face au terrorisme, face à la menace de prolifération des armes de destruction massive. Nous considérons, dans ce contexte, que l'Iraq doit se conformer aux règles de la vie internationale. C'est pour cela que nous demandons que les inspecteurs des Nations unies puissent revenir en Iraq pour exercer leur contrôle, pour exercer la vigilance nécessaire, pour faire respecter les résolutions des Nations unies. A partir de là, nous considérons que, dès lors que cette demande n'est pas satisfaite, il appartient au Conseil de sécurité, dont c'est la responsabilité, de se saisir de la question et d'examiner toutes les options qui peuvent être retenues.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 septembre 2002)

(Déclaration à RFI à Kaboul, le 3 septembre 2002) :


L'Afghanistan occupe une place à part dans le coeur des Français. Nos relations sont très anciennes et ce qui se passe aujourd'hui en Afghanistan nous concerne tous : la lutte contre le terrorisme - et nous avons marqué notre détermination, notre contribution très importante -, la restauration et le développement de la démocratie - enjeu important pour le pays et pour l'ensemble de la région -, enfin la reconstruction de l'Afghanistan.

Nous sommes aux cotés du président Karzaï et du peuple afghan pour engager cet effort de reconstruction dans des domaines aussi divers que la sécurité, la création d'institutions qui permettent véritablement au gouvernement afghan de travailler sur l'ensemble du pays, l'éducation, la santé, le domaine culturel. Autant de défis qu'il faut relever et pour lesquels nous sommes aux cotés des Afghans. La lutte contre le trafic de drogue et son éradication sont des préoccupations pour le président Karzaï.

Nous allons prendre une initiative dans le cadre de la Présidence française du G8 pour avoir une conférence sur les routes de la drogue, faire en sorte que ce fléau qui est aussi par le biais mafieux à la source du terrorisme, puisse véritablement être éliminé.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 septembre 2002)

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